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I. La Commission des monuments

go LA COMMISSION DU MUSEUM

avoir pesé les considérations majeures qui lui furent présentées à cet égard et convaincu de la nécessité de mettre à la tête de cette importante affaire des hommes dont les lumières et le zèle pour la chose publique et le parfait désintéressement fussent con-r nus, créa, au i^"" octobre, une Commission composée de 6 membres, ils furent choisis parmi les artistes et les savants, ils sont spécialement chargés de former le Muséum national, de rechercher dans les différents dépôts appartenant à la République les objets précieux qui peuvent entrer dans l'ensemble de ce monument, ils y placent sous leur aspect le plus avantageux et dans un ordre convenable les ouvrages de peinture et de sculpture, les vases, les dessins, les pierres gravées, les morceaux précieux de mécanique, d'optique et tous les autres objets de curiosité que la République possède, ils dirigent la restauration des ouvrages que le temps ou quelque accident ont pu dégrader; les commissaires sont aussi appelles à prendre relativement à tout ce qui concerne le Muséum national les déterminations les plus utiles, soit pour faciliter les études des artistes, soit pour exciter et favoriser la curiosité du public et des étrangers que ce précieux assemblage de chefs-d'œuvre doit nécessairement attirer en France. Les déterminations des commissaires, avant d'être mises à exécution, doivent être présentées au ministre de l'Intérieur, et c'est ainsi que l'a arrêté le Conseil exécutif, qui a consigné sa volonté en termes formels dans les brevets qui ont été délivrés à chacun des membres de la Commission. D'après cet exposé, il est facile de connaître quelles sont les diverses fonctions des deux Commissions existantes, celle des monuments, dite des 33, et celle du Muséum national.

La première recherche et rassemble les objets dans des dépôts.

La seconde choisit, dispose, conserve et entretient ces objets dans le Muséum national.

Cet ordre de choses établi, il paraissait, d'après les dispositions de l'Assemblée nationale et du Conseil exécutif, que les commissaires du Muséum national devaient s'attendre à marcher avec tranquillité dans la route que leur traçait leurs devoirs, mais, dès les premiers moments de la création de cette Commission, l'esprit d'intérêt et de spéculation éveilla des hommes habitués à faire de tout des moyens de fortune, on écrivit, on fit paraître des projets, tous, disait-on, très patriotiques, et, ce qui semble incroyable, on prétendit prouver que les artistes, même les plus habiles, étaient incompétents pour juger et apprécier les productions des arts et que les connaisseurs (ne voulant pas dire les brocanteurs) étaient les seuls capables de former un Muséum ' . Ces mémoires furent envoyés au ministre de l'Intérieur, qui, voyant toujours l'intérêt personnel percer à travers le masque du patriotisme, demeura plus que jamais convaincu de la nécessité de ne confier qu'à des artistes les richesses d'art. Il connut l'avantage d'associer plusieurs artistes aux travaux du Muséum, un ou deux n'eussent pu y suffire, ou il eût fallu les arracher entièrement à leur talent. Le ministre savait que les marchands de tableaux peuvent bien, à la vérité, en connaître le prix dans la curiosité^ mais qu'ils n'ont pas les lumières suffisantes pour en sentir le mérite sous les rapports de l'art et que, d'ail-

1. Allusion très directe à la brochure de Le Brun, à laquelle Roland avait déjà répondu; voir la pièce n" 24.

leurs, leur talent, lorsqu'ils en ont, se bornant h la restauration des ouvrages dégradés, ils ont besoin d'être surveillés par des artistes.

Le ministre de l'Intérieur ferma donc l'oreille à toutes les propositions qui tendaient à détruire l'effet des déterminations prises par le Conseil exécutif, mais les hommes qui, Jusqu'à présent, n'ont pu réussir reprennent courage, et il est hors de doute que leurs prétentions se réveillent; nous le répétons, tout esprit de spéculation dans une affaire de cette nature ne peut que tourner au dommage de la République, les artistes en sont incapables, tout les en éloigne; en peut-on dire autant des brocanteurs?

La galerie destinée à former une partie du Muséum n'étant pas définitivement terminée, le premier objet des commissaires a dû être de présenter, avec célérité et provisoirement, ces ouvrages précieux de curiosité et d'étude, et c'est ce qu'ils ont fait; déjà la galerie est dans la partie dont on a pu disposer, décorée de magnifiques tableaux, d'autres sont exposés dans le salon qui la précède, les commissaires ont voulu faire connaître, par l'expérience, la différence qui existe dans la manière dont ces deux vaisseaux reçoivent la lumière et prouver par la comparaison que la lumière qui vient d'en haut est la seule favorable aux objets d'art qui la reçoivent.

Se borner à cet état de choses, citoyen ministre, ce serait perdre la majeure partie des avantages que la nation doit retirer de la possession de tant de chefsd'œuvre. Il reste beaucoup à faire, nous allons vous en donner un aperçu en masse.

1° Éclairer la galerie du Muséum par le sommet de la voûte en disposant les jours par intervalles, cal-

ET LA CRÉATION DU MUSÉE DU LOUVRE. qS

culés de manière à répandre la lumière dans sa juste mesure et laissant le plus parfait repos à l'œil du spectateur '.

2° Décorer avec une noble simplicité cet immense vaisseau, sans détruire le caractère particulier de cette galerie à laquelle nulle autre ne peut être comparée.

3° Enrichir les appartements dits de l'Infante et devant faire partie de l'ensemble du Muséum, en y plaçant des statues, soit en marbre, soit en bronze, des objets de mécanique, d'optique, etc., décorer une des salles de ces appartements des plus beaux dessins de la collection appartenant à la nation, y placer aussi les pierres gravées, les médailles, etc., c'est sur ces objets que les artistes chargés de la formation du Muséum présenteront des projets et sur quoi l'Assemblée nationale aura à prononcer et décréter les dépenses nécessaires pour l'exécution. Mais, préalablement à cette détermination, les commissaires ont pensé à une organisation provisoire pour faire jouir le public curieux et favoriser les études des artistes.

Voici un aperçu de l'ordre que les commissaires pensent à établir.

Une partie de la semaine sera destinée à la curiosité du public et l'autre sera consacrée à l'étude, un jour sera donné aux soins de propreté du local.

Rendre le Muséum public tous les jours indistinc-

I. La grande galerie du Louvre fut en eflet éclairée d'abord par des lanternons percés dans la voûte et espacés les uns des autres. Voir à ce sujet la gravure d'après Zix représentant Napoléon se rendant à la chapelle où devait être célébré son mariage avec Marie-Louise.

tement, ce serait peu connaître avec quelle facilité la satiété enfante le dégoût, d'ailleurs, ce mouvement continuel troublerait la tranquiliié dont les artistes ont besoin pour méditer sur les chefs-d'œuvre de l'aria II est aussi nécessaire que les jours destinés à l'étude se suivent sans interruption, afin que l'artiste puisse trouver le temps suffisant pour suivre avec fruit un ouvrage commencé.

Les jours destinés au public, des gardes seront placés dans la galerie et y circuleront pour maintenir l'ordre et y garantir les objets de toute atteinte; les concierges gardiens veilleront aux portes pour plus de sûreté.

Les mêmes précautions d'ordre et de sûreté seront également employées pour les appartements dits de l'Infante et faisant partie du Muséum, enfin les commissaires veilleront à assurer à la République la propriété intacte de toutes ses richesses et faciliteront aux curieux et aux artistes tous les moyens de jouissance qu'ils doivent trouver dans ce magnifique établissement.

Peut-être serait-il à propos de parler ici du système d'arrangement des tableaux et de déduire les raisons qui nous ont fait adopter celui d'entremêler les écoles préférablement à celui de les ranger par classes d'écoles et l'ordre de temps, mais ceci devrait être l'objet d'une dissertation particulière et trop étendue en raison des bornes que nous avons dû nous pres-

I. Si cette mesure n'a pas été longtemps appliquée au Louvre, il n'en est pas de même dans d'autres musées de l'étranger; à la National Gallery de Londres, par exemple, deux jours par semaine sont consacrés aux artistes qui peuvent s'y rendre librement, alors que le public, pour pénétrer ces jours-là dans le Musée, doit payer un droit d'entrée.

crire dans l'exposé abrégé que nous venons de vous présenter.

Nous avons cru, citoyen ministre, devoir vous peindre fidèlement l'état actuel des choses relativement au Muséum national, confié à nos soins, et vous donner un aperçu de ce qu'il peut devenir par la suite, si notre zèle est secondé, et surtout vous prémunir contre la cupidité astucieuse de l'intérêt personnel. Pesez et jugez.

Archives nationales, F'' io32.

Certificat de la Commission des monuments.

25 février lygB.

Nous, membres de la Commission des monuments etbeaux-arts,établieenvertu du décret du 1 1 août 1792% l'an 3« de la Liberté, avons arrêté et décidé, ce 29 sep-

I. Nous donnons le texte de ce décret qui nomme quatre commissaires pour procéder au récolement des effets inventoriés au Garde-Meuble :

« L'Assemblée décrète que quatre commissaires seront nommés par la Commission extraordinaire pour, réunis à quatre autres qui seront nommés par l'administration municipale, être procédé au récolement des effets inventoriés au Garde- Meuble de la Couronne, et, par addition, faire la recherche partout où il en sera besoin, et dresser inventaire de tous les effets composant le mobilier de la Couronne, principalement des tableaux, statues et autres monuments intéressant les beaux-arts; les faire déposer en lieu sûr et les confier à des préposés qui donneront bonne et suffisante caution : le tout demeure recommandé à la garde et soumis à la surveillance, tant de la municipalité que des corps administratifs, chacun en ce qui les concerne. »

Ce décret ordonnait la nomination de huit commissaires, dont quatre nommés par la Commission extraordinaire et quatre autres par la Commission municipale, à l'effet de pro-

tembre 1792, que le citoyen Pierre Grandpré, commissaire à nous adjoint, se chargerait de faire restaurer par qui bon lui semblerait et sous ses yeux quinze tableaux rapportés de Versailles de la Surintendance, dont douze ont été réparés sous ses yeux par le citoyen Herinckx, en foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servir ce que de besoin. Paris, ce 25 février mil sept cent quatre vingt treize. P. CossARD, commissaire des Monuments; Courtois, député à la Convention et membre de la Commission; Grandpré.

commissaire adjoint de 1792.

Archives nationales, F^' lobg, n" i.

Garât a la Commission des Tuileries.

Le ministre, etc., aux commissaires conservateurs du mobilier national séans aux Tuileries.

Paris, le 26 février 1793, l'an 2« de la République.

Il résulte de la lettre qui m'est adressée par la Commission du Muséum', et dont je joins ici une copie, que les salles destinées à recevoir ce dépôt précieux des sciences et des arts sont en partie encombrées par des objets qui lui sont étrangers, tels que des papiers, des cartons et des meubles. Vous voudrez bien, au reçu de ma lettre, m'instruire de la

céder à l'inventaire du mobilier de la Couronne, puis également des tableaux, statues et autres monuments intéressant les beaux-arts (Baudouin, p. 69).

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