AU PEINTRE DAVID
Communiquée par M. Benjamin Fillon,
A David, cy devant peintre du Roi, aujourd'hui Représentant du peuple. — Je croyais qu'il n'y avait point de calomniateur sur la Montagne. Hier samedi 20 avril, à neuf heures du soir, tu m'as injurié publiquement en pleine Convention. Tu m'as appelle aristo* crate. On t'a mal informé. Sais tu ce que c'est qu'un aristocrate. C'est par exemple un artiste (eut-il peint les Horaces, Brutus, Socrate), qui a mis jadis son talent aux gages d'un roi. Comme toi je n'ai jamais été d'une académie protégée par un roi; comme moi tu n'as jamais été honoré de la haine. des rois, des ministres» des pârlemens et des prêtres. J'étais patriote avant toi. Plus que toi je suis républicain, car je le suis avec connaissance de cause. Tu me dois une réparation; je te la
demande; je l'attends.
Sylvain Maréchal,
de la Bibliotëque Mazarine.
Cette lettre a été trouvée dans les papiers de David par les membres composant la commission chaînée d'inventorier les papiers de Robespierre, etc.
WÈÇB m DAVID. 407
Cette pièce eût été mieux à sa place dans lé premier v<ikiBi« de notre Société, parmi lea dociiments rdatifa à David homme politique; maie elle ne nous était point encore parvenue. La copie de cette lettre, dans laquelle Sylvain Maréchal attaque son collègue avec tant de vMence, est de la main du conventionnel Courtois et se trouvait originairement dans des notes de lui- sur le 18 thermidor et d'autres événements. Le dififiSrend d'Mlleun n*eut pas les suites que la fin de la lettre semblerait indiquer. Sylvain Maréchal, malgré son exaltation habituelle, était au fond un assez bon diable, et JDiavfi par tempérament n'était pas enclin à pousser les choses à l'extrénne.
Maréchal est certainement l'une des plus étranges figures de son temps, et l'on ne peut s'imaginer, en voyant à quelles divagations lugubres il s'est livré pendant les dernières années de la Révolution, qu'il ait été, sous la monarchie, un poète pastoral et anacréontique très à la mode. Céteit en outre un homme érudit, mais dont l'érudition était aussi variée que mal digérôei Le nombre des ouvrages qu'il a écrits dans tous les genres est véri' tablement prodigieux. U a été longtemps bibliothécaire à la Mazarine. L. G.
vni.