UNE LETTRE
toire, si nous avons bonne mémoire), il est certain qu'il entend parler des écrits dictés par l'homme qui en demeure (quoi qu'on en dise) le plus grand capitaine, et non des écrits arrangés, d'après ces dictées, par ses secrétaires. En un mot, ce qu'on veut avoir de Napoléon c'est sa pensée de premier jet, telle que l'a formulée sa parole brève et ferme, et non celle qui a été remaniée pour satisfiaire des besoins d'administration ou des considérations de personne.
Le spécimen que nous donnons ci-dessous est donc précieux, parce qu'il met bien en parallèle les deux rédactions, celle de premier jet, la minute ; celle de secrétariat, l'original. On peut d'ailleurs s'assurer que le remaniement est intelligent, qu'il tend à la correction, à la précision et à la clarté. Mais on sent qu'il arriverait fiicilement à décolorer le style. Ainsi, quand on parle des grandes qualités d'écrivain qu'a pu posséder l'Empereur, il importe de les étudier, non da;is les originaux qui exposeraient à de singuliers mécomptes, mais dans les minutes mêmes.
Cette observation est un peu en dehors du cadre des recherches qui intéressent nos lecteurs. L'objet de la pièce ne les laissera sans doute pas indifférents. Les petits monuments dont la cons* tniction a été ordonnée par l'Empereur lors de son excursion en Italie, après le couronnement, étaient tombés dans un profond oubli. La question se posait à noub de savoir ce qu'ils étaient devenus ^ Deux aimables voyageurs, M. Pécoul et M. le marquis de Laborde, chacun de son côté, ont bien voulu mettre à profit leur séjour ou leur passage en Italie pour ouvrir à ce sujet une enquête. Le résultat de leurs investigations étant demeuré, malgré de nombreuses démarches, insuffisant, nous nous sommes adressé à M. Dieudé Defly, consul général de France à Gènes. Avec une obligeance dont nous devons lui témoigner ici toute notre gratitude, M. Defly est parvenu à recueillir des renseignements importants. De la correspondance échangée entre lui et les syndics ou maires d'Alexandrie, de Montenotte, de Mondovi et de Dego, on tire les faits suivants :
I* A Dego, le souvenir du monument s'est à peu près perdu. S'il en reste quelque chose, c'est à l'état douteux et vague ;