I. Cet argument semblera plus concluant que le précédent
502 KOUVBAUX D0CU1IBN11 SDR
Tartiste aurait-il eu besoin d'un intermédiaire pour négocier le prêt du costume dont il avait besoin? Il s'agit donc d'une personne fort élevée en condition, difficilement accessible^ et qui tenait à poser devant le public dans les plus riches atours. Tout cela convient assez à une favorite du roi, et Mignard a peint en effist le portrait de M"^ de Montespan^ Je donne bien
aprèft l'oxpotàtîoii de la Présidence du Corps législatif en 1874 où, parmi des portraits plus ou moins authentiques de la marquise, figurait un portrait attribué à Mignard, peint pour M** de Grignan, transmis par succession à M"* de Luçay, sa petite fiUe, et appartenant aujourd'hui à M. le comte de Luçay (n* 347 du cat.). Cette tradition de famille a certainement beaucoup de poids dans la question; mais comment expliquer le double silence que gardent su^ ce portrait la marquise elle-même et Tabbé de Mon ville? Notons que le biographe fait mention du portrait de M"* de Grignan (voy. n* 108 de notre liste, p. i*36); comment n'aurait- il pas pensé à la mère en citant la fille? Sans nous prononcer pour ou contre l'authenticité du portrait de M. le comte de .Luçay, nous soumettons à nos lecteurs nos raisons de douter et nous remarquerons encore une fois combien il est difficile d'arriver en ces matières à une certitude absolue. Ajoutons enfin que le portrait de M"* de Sévigné placé dans la grande édition de ses œuvres publiée par la maison Hachette est gravé d'après une estampe de Nanteuil qui a passé jusquici pour le portrait le plus auâientique, sinon le seul authentique, de l'illustre écrivain.
j. C'est encore l'exposition dite des Alsaciens-Lorrains qui a mis en lumière un portrait de M** de Montespan sur un lit de repos, appartenant aujourd'hui à M. le marquis de Mortemart (n* 348 du cat.). L'exposition du costume ouverte au mois d'août 1874 au palais des Champs-Elysées a fait également connaître un portrait de M«* de Montespan appartenant à M. Récappé (p. 96 du cat. C'est à tort que le propriétaire y voit le portrait de M"* de La Vallière). Peut-être retrouverait-on dans l'un ou l'autre de ces portraits la robe à fond d'or dont il est question dans la lettre de Mignard. Nous n'avons pas gardé un souvenir aaset net de ces deux tableaux pour dire s'ils répondent au aignalementi U y a bien des chances pour que celui de M. le duc de Mortemart, véritable portrait de Âmille, soit conforme aux indices somtaiaires que nous possédons.
p. MKKfARD ST SA PAIOLLB. 5o3
entendu cette indication comme une simple conjecture; libre à chacun de mes lecteurs de la corriger ou de la démentir s^il a des arguments plus forts en faveur d'une autre hypothèse^ s'il' sait surtout ce quMtàit ce Manon dont Mignard réclame les bons offices.
Nous, publions ensuite une lettre de Mignard qui nous a été communiquée par M. Benjamin Fillon. Elle ne porte pas de date; mais comme elle est évidemment antérieure à l'entrée de Mignard à l'Académie de Peinture, elle a été écrite'' avant 1690; mais peu de temps avant puisqu'elle est d'une époque où Rigaud avait d^à unç certaine réputation. Je placerais donc cette pièce entre i585 et 1690. Il faut observer qu'elle n'est pas de l'écriture de Mignard. Il paraît probable qu'on a voulu reproduire un autographe authentique. Mais ce n'est pas sur l'autographe même que notre copie a été prise.
Les autres pièces que nous avons recueillies et que nous devons encore à l'obligeante érudition de notre collègue, M. Emile Campardon, quoique n'ayant pas trait aussi directement à la biogra* ' phie et aux œuvres de Pierre Mignard, viennent cependant fort à point .pour compléter et commenter certains documents publiés ici même. Cependant comme plusieurs de ces pièces sont des actes notariés, donations et contrat de mariage, dont les parties essentielles peuvent être résumées en quelques lignes, nous en donnerons seulement l'analyse pour ne pas surcharger outre mesure cette addition.
Le duc de Saint-Simon a pris le soin charitable de nous édifier ^ sur la liaison qua^i-publique de Catherine Mignard avec Blouin, le premier valet de chambre de Louis XIV ^. La véracité du chro-
f . Voici les deux passages des Mémoires relatifs à Catherine Mignard : le premier se trouve à la fin du ch. XXVIII : o Mignard avait une fille unique parftiitement belle. C'était sur elle qu'il travaillait le plus volontiers, et elle est répétée en plusieurs endroits de ce» magnifiques tableaux historiques qui ornent la grande galerie de Versailles et ses deux salons... » L'autre mention est au chapitre XXXIII : « Un mariage d'amour fort étrange suivit celui-ci, d'un firère de Feuquières, qui n'avait jamais fait grand chose avec la fille du célèb«ie Mignard, le premier peintre
504 NOUVSIUX DOCUMENTS SUR
nîqueur, que ses colères ou ses rancunes entraînent trop souvent à admettre à la légère des imputations calomnieuses, se trouve ici pleinement confirmée par le premier de nos documents.
Par aae notarié, en date du 26 février 1688, enregistré aux insinuations le 20 mars suivant^ : « Louis Blouin, escuyer, premier vailet de chambre du Roy, demeurant à Paris, rue de Richelieu, pour donner des marques de l'amitié qu'il porte à la demoiselle Cathe^ rine Mignard, fille majeure, demeurant même rue, et de l'estime qu'il fait de ses vertus et de son mérite, » lui fait donation d'une somme de 100,000^ à prendre sur tous ses biens meubles et immeubles, présens et à venir, payables lors(^u'il plaira à ladite demoiselle... Pourrait-on fournir une preuve plus catégorique de Pexactitude de Saint-Simon, en cette circonstance du moins ?
L'amitié et l'estime que Blouin portait à la demoiselle Mîgnard ne s'en tinrent pas à cette première libéralité; les sévérités de Saint-Simon, qui dépassent souvent le but, ne nous ont pas dit cette fois toute la vérité. 11 est pour nous évident que ce mauvais sujet de comte de Feuquières, en se mésalliant avec Catherine
de son temps, qui était mort et dont j'ai parlé ci -devant; elle était encore si belle que Blouin, premier valet de chambre du roi, l'entretenait depuis longtemps au vu et au su de tout le monde, et fut cause que le roi en signa le contrat de mariage. » On voit par les pièces que nous analysons que Pamitié de Blouin survécut au mariage de sa belle maîtresse. Dangeau lui ausbi relate et même, ce qui paraît bien singulier dans son prudent journal,* se permet de critiquer ce mariage qui causa décidément un vrai scandale à la cour : a le comte de Feuquières, dit-il, colonel d'infiinterie et frère du marquis de Feuquières, lieutenant général, a fait signer au roi son contrat de mariage avec mademoiselle Mignard, fille du fomeux Mignard, peintre du roi; ce mariage n'a pas été approuvé de tout le monde « (t. V, p. 396). X. Ârch. nat. Y 262, fol. 3oo v*.
p. MIONARD ET SA FAMILLE. 5o5
Mignard, n'ignorait pas l'origine d'une partie de sa fortune; mais du moins pouvait-on supposer qu'il avait seulement consenti à oublier une liaison déjà ancienne et rompue depuis longtemps. Or voici un acte qui prouve que les relations de la dame de Feuquières et de Eilouin ne cessèrent pas après le mariage. De quelle nature étaient ces relations? On peut aller fort loin dans les conjectures; mais il en ressort dans tous les cas que le mari qui acceptait une pareille condition avait à peu près perdu tout sentiment de dignité et de pudeur.
Par acte notarié du 3 septembre 171 7, insinué le 22 décembre suivant « haute et puissante dame, dame Catherine Mignard, épouse non commune en biens de haut et puissant seigneur messire Jules de Pas, chevalier, comte de Feuquières, autorisée par son mari à V effet des présentes (quoique son contrat de mariage la dispensât à la rigueur de cette formalité), et messire Louis Blouin, conseiller du Roy en ses conseils, gouverneur et capitaine des chasses des châteaux, parcs de Versailles et de Marly* , demeurant à Paris, rue de Riche* , lieu, pour se donner Tun à l'autre des marques respectives de leur estime et amitié réciproque, » se font donation mutuelle, en faveur du survivant : de la moitié appartenant au premier mourant : i® d'une place qu'ils ont acquise conjointement du sieur Guillaume Davy de la Faultrière, maître en la Chambre des comptes, et de son épouse, place située rue et faubourg Saint-Honoré et acquise au prix de 20,000*, le 29 mai précédent devant Lefeuve, notaire; 2" de la maison qu'ils font construire à neuf, à frais communs, sur ladite place, à la seule charge que si la maison
I . Voy. sur Blouin, qui succéda dans cet office à Bontemps, ce que dit de sa nomination et de son caractère le duc de Saint- Simon à la fin du chapitre 85 des Mémoires.
5o6 NOUVEAUX DOCUMENTS SUR
n'était pas construite à la mort de l'un des deux co-propriétaires, le survivant serait tenu de l'achever à ses frais et d'acquitter toutes les obligations prises par le premier mourant pour cette construction; mais si le sieur Blouin mourait le premier^ et si la dame de Feuquières avait besoin de fonds pour terminer la construction, la succession de Blouin serait tenue de fournir à ladite dame les deniers nécessaires à constitution de rente au denier vingt jusqu'à concurrence de 3o,ooo^, à condition que cette succession aurait privilège primitif et par préférence à tous autres sur ladite maison'. »
Est-ce assez clair! Il £siut avouer que la dame de Feuquièret ne s'entendait pas mal en affaires. Si le comte avait fiait de son mariage une spéculation, il ne pouvait guère mieux tomber.
Nous avons vu dans le partage de la succession de Mignard, que sa fille devait recevoir la moitié de sa succession; en outre sa mère lui avait assuré par son contrat de mariage avec le comte de Feuquières (voy. ci-dessus p. 59] les deux tiers de tous ses biens présents et à venir, ne se réservant que Pusuiruit. C'est en exécution de cette promesse que, le 3i janvier 1697, Anne Avolara, « désirant donner des marques de la satisfaction qu'elle reçoit de sa fille Catherine Mignard, demeurant avec elle rue de Richelieu, d lui fait don de la propriété entière d^une grande maison située rue de Richelieu où elle demeure, estimée 3o,ooo* dans le partage de la succession de son mari^. La jouissance devait commencer à dater du i^ janvier 1697; seule-