‹ La Commission du muséum et la création du Musée du Louvre (1792-1793) [Documents recueillis et annotés]Chapitre 93 sur 274 · AU GRAND-DUC DE TOSCANE · texte numérisé non relu

AU GRAND-DUC DE TOSCANE

Communiquées par M. Eugène Munt^,

Rien n'est plut célèbre que l'admirable réunion de portraits de peintres par eux-mêmes qui a été commencée par le cardinal Léopold de Médicis et forme une des' parties les plus curieuses de la galerie des Offices à Florence. Les plus anciens n'ont pas été faits à cette intention et ne s'y trouvent que par acquisition et réunion, mais, à partir du xvii* siècle et )u8qu*à nos jours, ils y viennent directement des artistes eux-mêmes, et chacun d'eux a tenu à ce que son œuvre fosse bonne figure dans cette Incom* parable collection.

Il en a été publié au xviii* siècle un grand recueil gravé, et les notices imprimées ont souvent profité de celles envoyées avec les portraits par les artistes eux-mêmes. Rigaud est dans ce cas, et M. Muntz a trouvé à Florence la notice que l'artiste avait envoyée en 1716. Il ne l'a pas copiée parce qu'elle se trouve en double dans les manuscrits de notre École des Beaux-Arts et qu'elle est imprimée depuis longtemps dans les Mémoires iné» dits des Académiciens, II, 1834, p. 114-22. Mais M. Muntz y joint les cinq lettres que l'on va lire. Outi^ la façon dont elles nous font juger du style officiel de Rigaud, elles nous apprennent deux faits inconnus, l'un qu'il avait dû faire un second por* trait & la suite de la perte du premier, l'autre que le Grand* Duc l'avait remercié par l'envoi de deux groupes de faronse sans

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doute de la taille moyenne de ceui de Jean de Bologne, de Susini et de notre Girardon. Pas plus que ceux-ci les groupes envoyés de Florence n^ont dû éitre détruits; leur petitesse relative a dû les préserver du sort des grandes statues. Leurs inscriptions, éclaircies par la lettre de Rigaud, permettront à Tamateur qui a pu avoir l'occasion de les recueillir, de les reconnaître sans hésitation. Nous serions heureux que les Archives vinssent lui donner cet éclaircissement d'origine, et plus encore s'il voulait bien leur faire part de sa constatation.

A. DB M

Monseigneur,

Quoyque M', le Marquis de Salviati m'eût asseuré il y a quelques années que Votre Altesse Sérénissime seroit bien aise d'avoir mon portrait pour le mettre dans sa gallerie à la compagnie des plus grands hommes des temps passés et à venir, je me suis creu si indigne de recevoir un tel honneur que je n'aurois jamais osé entreprendre de me peindre pour ce sujet, si M', le Marquis de Torcy ne m'eût promis, pour dissiper ma crainte, qu'il ne deplairoit pas à' Vôtre Altesse Sérénissime. C'est dans cette confiance. Monseigneur, que j'ai travaillé ce portrait avec l'exactitude deûe aux ouvrages qui luy doivent appartenir.

Il tirera pourtant son plus parfait mérite de ce qu'il sera présenté a Votre Altesse Sérénissime par son Éxïiinence Monseigneur le Cardinal Gualtierio, qui me fait l'insigne faveur de s'en charger. Il ne manque à ma bonne fortune en cecy que d'avoir le très-parfait honneur de le présenter moy même à Vôtre Altesse Séré-

nissime avec les plus humbles, les plus sousmis et les plus profonds respects de celuy qui ose se dire. Monseigneur, de Votre Altesse Sérénissime le très-humble et et le très obéissant serviteur.

A Paris, ce 29 Aoust 1706. Rigaud.

(Archivio Mediceo. Carteggio di Cosimo III. Pilza iiBy.)

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