OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES
précipitaient vers les champs de bataille, le peuple n'avait pas encore conscience de la tâche gigantesque qui l'attendait. Les premiers efforts d'organisation médicale qui furent tentés après le premier désastre de Bull-Run élaient aussi généreux qu'énergiques ; mais faute d'unité convenable et de direction, ils ne pouvaient être que confus et incomplets, et devaient s'éteindre bientôt avec l'enthousiasme qui les avait produits.
Un vaste champ d'action s'ouvrait aux sentiments de philanthropie qui animent le peuple américain aussi bien que la plupart des nations civilisées ; mais il fallait à ces sentiments une direction intelligente et une surveillance continuelle pour que l'œuvre d'humanité fût remplie dans son entier. A ceux qui ont eu assez de haute sagesse pour comprendre la grandeur de la lutte qui allait éclater et les sacrifices qu'elle devait imposer, à ceux qui ont eu le courage de se mettre à la hauteur des circonstances, à ceux-là revient tout l'honneur des actes qui ont justement excité l'admiration du monde entier.
Il suffit de jeter un regard intelligent dans les rapports de statistique militaire pour constater d'une manière certaine que les conditions hygiéniques des soldats sont de beaucoup inférieures à celles des hommes restés dans la vie civile. La proportion des morts et des malades dans toutes les armées, soit en
temps de guerre, soit en temps de paix, est relativement pi US considérable qu'elle ne Test parmi les personnes du même âge dans les professions ordinaires. C'est là un fait qui peut sembler étonnant à tous ceux qui savent comment se fait le cboix des hommes destinés au service. Chaque gouvernement prend la (( fïeur » de son peuple pour en recruter ses armées. Une constitution robuste et vigoureuse, l'exemption de toute infirmité, sont les premières conditions imposées à tous les conscrits, sur lesquels cependant frappe la grande mortalité. 11 est'aussi curieux qu'instructif de mettre en regard les nombres de ceux qui en plusieurs pays se sont présentés au conseil de révision, et de ceux reconnus propres au service. Pendant les vingt années qui se sont écoulées de 1852 à i 851 , un peu plus de 500,000 candidats ont demandé à être admis dansrarméeanglaise,etplusde97,000, soit 52 °/p, n'ont pas été acceptés pour divers motifs. En France, durant une période de treize années, de 1851 à 1845 inclusivement, 2,280,540 jeunes gens ont dû tirer au sort, et sur ce nombre près de 200,000 ont été renvoyés, parce que, vigoureusement constitués d'ailleurs, ils restaient au-dessous de la taille requise. En faisant cette déduction il reste près de 2,100,000 individus parmi lesquels 680,000, soit 52 7oî ont été rejetés pour inaptitude pliysique\
' Voir Report on the Sanatary condition of the British army, p. 418.