COMPOSITION DES ARMÉES
Dans l'armée américaine, les raisons matérielles de force et de santé ne sont pas les seules qui rendent impropre âu service militaire. En 1852, sur 16,000 volontaires environ qui se présentèrent au bureau d'inscription, 11 ,000, soit 68 7o, furent refusés pour des motifs autres que des défauts physiques, tels que : Irop jeune, — trop vieux , — ne parlantpas anglais, — marié, — intempérant, — immoral, — déserteur d'une autre armée. Du chiffre restant, soit 5,169 hommes, près de 2,500 ont été renvoyés pour inaptitude physique. Il en résulte que les acceptations ont été de 2,726 seulement, soit une proportion de 177o, environ un sixième des candidats. Un nombre de refusés aussi considérable ne s'est vu qu'aux États-Unis et en temps de paix^ En effet, il est de notoriété publique qu'à une époque de tranquillité et de prospérité générales, personne ne songea s'enrôler dans l'armée régulière, à moins qu'il ne lui soit impossible de faire quelque chose de mieux. Mais il en est autrement quand éclate une guerre. Alors une meilleure classe d'hommes, ayant pour mobile un noble patriotisme, viennent offrir leurs services à leurs pays ; en conséquence, les refus d'inscription sont proportionnellement bien moins considérables.
La conclusion naturelle qui ressort de ces faits est qu'à l'instant de son enrôlement la population
* Voir Médical statistics of Ihe United States army, from 1830 10 1854, p. 625.
26 Lk COMMISSION SANITAIRE DES ETATS-UNIS.
militaire est physiquement très-supérieure au reste des habitants. Toutes choses étant égales d'ailleurs, si les conditions sanitaires étaient le mêmes pour les uns et les autres, les morts et les maladies devraient être moins nombreuses dans l'armée que dans la société civile.
Mais l'expérience démontre qu'il n'en est point ainsi, et les faits contredisent la théorie d'une façon déplorable. Pour maintenir à son maximum d'intensité la force vitale d'une armée, il faut autre chose que le simple choix d'hommes se trouvant tous dans la fleur de l'âge et dans la force de la santé. Le corps humain est un mécanisme admirable et délicat qui exige pour son action normale la consommation incessante d'ingrédients appropriés, et, pour sa conservation, des soins intelligents et continuels. Il lui faut en abondance une nourriture convenable et de l'air pur ; il lui faut une protection suffisante contre le froid, la chaleur, l'humidité, il lui faut l'alternance d'un travail modéré et d'un repos réparateur. La privation d'un seul repas, l'usage d'aliments peu nutritifs ou d'une digestion difficile, la perte d'un sommeil nécessaire sont inévitablement suivis d'un déficit proportionnel dans la force de l'individu, et, par le fait même de sa constitution, il est impossible que de pareils accidents ne se répercutent pas dans l'intérieur de l'organisme. Les organes digestifs s'approprient, pour les déverser dans les vaisseaux