ASSOCIATION CEMRALE DE NEW-YORK
chef, résidant à New-York, la plus haute autorité médicale de l'armée régulière, une série de questions qui avaient été longuement étudiées. Elles portaient sur deux points relatifs, le premier aux fonctions du corps médical de l'armée et à la possibilité d'une entente entre ce corps et l'Association centrale pour une action commune, et le second à la nature et à l'importance des secours spontanés dont on aurait probablement besoin. En outre, l'Association demandait des réponses catégoriques à diverses questionSj parmi lesquelles nous citerons les suivantes :
i . — Quelles sont les fonctions précises du corps médical dans l'armée et en temps de guerre ? Comment des aides volontaires peuvent-ils être utiles sans compromettre les règlements et les nécessilés de la discipline?
2. — Quelles sont les rations fournies par le gouvernement pour les malades et les blessés? Y a-t-il quelque lacune que puissent remplir les offres volontaires ?
o. — Quels sont les approvisionnements médicaux les plus urgents qui ne soient pas encore à la disposition du corps médical de l'armée régulière ?
4. — Est-il désirable, est il possible de s'entendre ofticiellement avec le bureau médical de Wasliing(on, le président des Etats-Unis et le ministre de la guerre, pour établir des relations suivies entre le
m LA COMMISSION SANiTATRE DES ÉTATS-UNIS.
corps médical de l'armée cl les associations volontaires ?
5. - — Selon toute probabilité, combien de soldats seront m.is en ligne durant la guerre?
G. — Quelle est la proportion des maladies dans nos armées, indépendamment du climat et du campement?
7. — Comment nos armées sont-elles affectées par un changement de climat ou de pays? Quels sont l'étendue et les résultats probables des divers déplacements auxquels elles devront être soumises?
8. — Quelles sont les maladies spéciales auxquelles notre armée sera exposée?
9. — Quelle est dans les armées en campagne la proportion habituelle entre les cas de maladies, de blessures et autres accidents?
10. — Dans la campagne du Mexique, en 1(S46, quelle a été la proporlion des morîs et des maladies relativement au nombre des hommes engagés ?
11. — De récentes guerres, soit aux Etals-Unis, soit à l'étranger, ont-elles changé les vues de nos médecins relativement à l'hygiène de l'armée?
12. — Ne peul-on pas calculer le nombre probable des cas de maladie, en prévoir la nature, et par conséquent indiquer les remèdes qui seront nécessaires ?
15. — N'y aurait'il pas à s'occuper des moyens de prévention ? Ces moyens de prévention ne de-
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vraient-ils pas être cherchés au moyen (riinc enquête sur les maladies présumées , pour savoir la pari, qiùy dans ces maladies, reviennent à des causes nécessaires et à des causés accidentelles? Que peuton prévenir ? A quoi peut-on remédier?
14. — Toutes les considérations précédentes ne seraient-elles pas réductibles à celles-ci : Quelle est la condition physique des soldats enrôlés? Quels sont la nature de leurs aliments et les moyens mis à leur disposition pour les préparer? Quelle est la qualité des vêtements? Quels sont le sile et la disposition des camps?
15. — Ne pourrait-on pas , en conséquence, réduire à son minimum le pourcenlage des morts et des maladies, en élevant à son maximum la force effective de l'armée? Ne pcurrait-on pas arriver à ce résultat par une inspection préliminaire plus attentive des comforts du soldat, par un système culinaire amélioré, par une surveillance plus constante de l'hygiène des troupes, de leur habillement, de leurs préparatifs de marche, de leurs souliers, chapeaux et autres objets ?
16. — Nos régimen(s sont ils pourvus d'un personnel médical compétent et suffisamment nombreux? Gomment inculquer l'hygiène militaire aux volontaires hospitaliers?
17. — Les conscrits ou volontaires prendront-ils avantage des avis et recommandations hygiéniques
qui pourraient leur être adressés , si les précautions sanitaires ne sont pas considérées comme une affaire de discipline rendue obligatoire par ordonnance du secrétaire delà guerre? Quels sont les moyens pratiques pour attirer l'attention sérieuse des soldais en ce qui concerne leur santé ?
L'examen le plus superficiel de celte série de questions monlre immédiatement que les membres du comité étaient parfaitement à la hauteur de leur lâche et comprenaient l'imporlance de leur mission.
La réponse que leur fit le pourvoyeur en chef du service médical fut justement celle qu'on devait attendre d'un homme intelligent, mais enveloppé dans les langes de la routine et atlaché dans les linceuls de la tradition. 11 ne manqua pas de dire qu'il se rendait parfaitement compte de l'importance des questions qui avaient été signalées à son attention, — qu'il appréciait l'admirable netteté avec laquelle elles avaient été posées, — qu'il rendait cordialement justice aux louables motifs qui avaient induit l'honorable commission à se mettre en rapport avec lui ; — mais il ne doulait pas qu'après mûre réflexion, le comité ne vînt à })artagersa conviction au sujet de la perfection relative du bureau médical de l'armée régulière, ce corps ayant du reste amplement prouvé, dans la campagne du Mexique, être de taille à se mesurer avec les difficultés gigantesques de sa mission. — Le
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pourvoyeur-général ajoutait que l'opinion publique avait été et était encore inutilement excitée au sujet de la condition sanitaire de l'armée, et que, sous la surveillance du bureau médical compétent, le tout devait aller pour le mieux. — D'ailleurs, le gouvernement était en mesure de fournir aux soldats tout ce dont ils avaient ou pourraient avoir besoin , et la peine que voulait bien se donner l'Association ne pouvait offrir la moindre utilité. — Néanmoins pour j^î^^^r un gâteau à Cerbère^ et pour adoucir le désappointement très-naturel qu'un refus absolu aurait occasionné aux philanthropes qui l'interrogeaient, le pourvoyeur en chef de l'armée condescendit jusqu'à un certain point à s'écarter des prescriptions de la routine officielle et ù permettre à l'Association de fournir une petite quantité d'articles secondaires, tels que robes de chambre, chemises de nuit, gilets de flanelle , savates , pantoufles et bandages de molleton, etc. Il espérait évidemment que, grâce à cette concession insignifiante , et dès que la fourniture demandée aurait été livrée, l'Association centrale et ses adhérents constateraient enfin l'admirable capacité du département médical pour subvenir à tous les besoins possibles, et que peu à peu se calmerait, chez ces braves gens , la fièvre de se mêler de ce qui ne les regardait pas.
Si cette réponse, bien naturelle de la part d'un fonctionnaire tout dévoué aux précédents adminis-
tratifs, eût été faite à des liommes moins convaincus et moins résolus que ne l'étaient les membres du comité, il est fort probable que le seau d'eau froide jeté sur leur enthousiasme eût dès l'origine arrêté le mouvement en faveur de la réforme sanitaire; mais, fort heureusement pour l'humanité, ceux qui avaient mis leur cœur au service de l'entreprise ne furent pas découragés par cette fin de non-recevoir. D'ailleurs ils avaient été trop loin pour s'arrêter tout d'un coup dans la marche qu'ils s'élaient tracée. En s'engageant dans l'œuvre de réforme, ils avaient souscrit les articles constitutifs de l'Association, et l'un de ces articles portait que le comité exécutif aurait à établir des relations directes avec l'étatmajor médical de l'armée. A cette intention, on résolut d'envoyer spécialement des délégués à Washington pour s'entendre avec le ministère de la guerre et le chef du bureau médical. Une députation se mit en route pour la capitale; elle était composée de MM. le révérend Bellows, le docteur Jacob Harsen, le docteur Elisha Harris et le docteur W. H. Van Buren, tous hommes distingués par leur éminent savoir aussi bien que par leur position sociale ; en outre, le dernier possédait l'avantage d'avoir été pendant plusieurs années membre de l'état-major médical de l'armée et d'avoir été employé pendant deux années dans le bureau central.
I/état de choses dont ces messieurs furent les té-
DÉPLTATION ENVOYÉE A WASHINGTON. 51
moins à leur arrivée au siège du gouvernement est plus facile à comprendre qu'à décrire. L'administration était plongée dans la plus inextricable confusion. D'heure en heure, arrivaient des milliers de volontaires pour lesquels aucun préparatifde réception n'avait été fait : on élait harcelé d'une multitude d'officiers fraîchement nommés, qui avaient encore tout à apprendre; les divers bureaux du ministère de la guerre étaient encombrés d'une masse d'ouvrages pour laquelle on n'avait pas le dixième des employés nécessaires; enfin, au-dessus de tout ce désordre, planait le génie bureaucratique des paraphes et du papier timbré.
Le fait est que plus la députation séjournait à Washington, plus elle poussait son examen, et plus elle était obligée de constater que ni l'administration, ni le secrétariat de la guerre, ni le bureau médical, ni l'armée, ni le peuple, n'avaient encore compris combien était énorme la tâche qui leur était dévolue. Le gouvernement lui-même, malgré les informations que ses aboutissants officiels pouvaient lui procurer, était incapable de donner des réponses exactes et tant soit peu satisfaisantes aux nombreuses questions que la députation lui adressait. Les délégués comprirent bienlot qu'il leur était impossible de remplir la mission à eux confiée sans se créer un système d'opérations plus étendu et des instruments plus énergiques que ceux dont ils pensaient devoir se
contentera l'origine. Pour résoudre la difficulté, ils curent l'heureuse idée de fonder une Commission sanitaire permanente avec un bureau régulier et des employés qui résideraient à Washington. Ils se convainquirent bientôt, à l'unanimité, qu'il était absolument nécessaire d'organiser leur mouvement en dehors de l'administration. Ils comprirent combien, dans son essence même et ses besoins, un corps de volontaires différait d'un corps de soldais réguliers. On ne pouvait pas s'attendre à ce que des hommes encore tout imprégnés de leurs habitudes civiles, et qui n'avaient pas la moindre notion de la vie des camps, entrassent dans une carrière totale ment différente sans acheter bien cher leur nouvelle expérience. Cette réflexion décida le comité à entreprendre, dès le début des hostilités, cette laborieuse tâche qui ne fut commencée en France et en Angleterre qu'après les durs enseignements d'une guerre cruelle. Cette tâche était d'éveiller l'attention de l'armée sur le danger qu'il y a de négliger, aussi grossièrement qu'elle le fait d'ordinaire, sa santé pourtant si précieuse, et sur le grand avantage qui résulterait pour elle de se conformer aux prescriptions impératives de l'hygiène.
La première démarche faite auprès du gouvernement fut de lui demander l'autorisation de nommer une Commission spécialement chargée d'étudier l'hygiène militaire, et qui recueillerait les renseigne-
DÉMARCHES AUPRES DU GOUVERNEMENT. h^
ments les plus exacts sur la question pour les répandre ensuite parmi les soldais. Mais afin que cette Commission fût vraiment utile, il était indispensable de l'investir de pouvoirs effectifs analogues à ceux qui, après la guerre de Crimée, en France et en Angleterre, avaient été accordés à une Commission analogue. Le seul avis respecté par l'armée est celui que donne Thomme ayant pouvoir de commander. L'institution que réclamait impérieusement la situation était donc celle d'un corps constitué et reconnu officiellement, formant part du gouvernement lui-même et muni des pouvoirs suffisants pour proposer et exécuter les réformes nécessaires. Mais en dépit, ou plutôt à cause de son inexpérience^ l'autorité n'était pas préparée à faire pareille délégation de pouvoirs; et, sans accorder la requête qui lui était présentée, elle commit la faute d'accepter simplement les services d'une Commission sanitaire. L'administration centrale eût été infiniment plus prévoyante et plus sage si, comprenant mieux la responsabilité qui lui était dévolue, elle eût immédiatement attaqué la difficulté et donné à l'œuvre l'organisation complète qui lui était nécessaire.
Ayant ainsi échoué dans le principal objet de leur mission, les délégués durent, après d'interminables pourparlers avec c( les pouvoirs constitués, » se contenter d'obtenir la nominalion d'une Commission sanitaire n'ayant aucun droit ni pouvoir, avec voix
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purement consultative. On lui permettait de recueillir des renseignements spéciaux, de visiter les camps et défaire adopter, uniquement par son influence morale et le bien-fondé de ses observations, les mesures qui lui paraîtraient utiles au bien-être des troupes. Celte reconnaissance semi-officielle de la Commission fut encore restreinte par une condition qui faillit lui être fatale : le gouvernement stipula que le Bureau médical devrait au préalable donner son acquiescement à tous les arrangements qui pourraient être pris. Ce fut une fort heureuse circonstance ({ue le chef qui se trouvait alors à la tête de cette administration, le docteur R. C. Wood, agissant comme chirurgien général de l'armée des Etats-Unis, sympathisât complètement avec les personnes des délégués et l'Association qu'ils représentaient. Son assentiment fut accordé aussitôt que demandé, et il s'adjoignit immédiatement au comité pour réclamer de M. Cameron, secrétaire de la guerre, la nomination d'une Commission qui fût en intime relation avec le Bureau médical et qui l'assisterait de ses avis et de ses conseils. Comme gage du vif désir qu'ils éprouvaient de cultiver la bonne harmonie, les délégués proposèrent, pour faire partie de leur Commission, des officiers intelligents de l'armée régulière, et tout d'abord le chirurgien -général. Si le docteur Wood eût été maintenu dans le poste important qu'il remplissait avec tant d'honneur, nul doute que la Com-