PREMIERS TRAVAUX DE LA COMMISSION SANITAIRE
Organisation du bureau de la Comnriission sanilaire. — Relations avec le Bureau médical de l'armcc. — Système d'approvisionnements. — Nomination d inspecteurs sanitaires. — Mesures prises pour obtenir la coopération complète du Bureau médical. — Nomination du docteur llanmiond à la place de chirurgien-général de l'armée. — Concentration des efforts et des ressources. — Vente de Chicafiro.
Depuis le jour où le comité s'était adressé au ministère jusqu'au 9 juin 1861, date de la signature du décret d'autorisation par le secrétaire de la guerre, huit semaines s'étaient écoulées. Le président donna son approbation officielle le 13 juin, et la Commission sanitaire fut enfin légalement constituée; en même temps le plan d'organisation avait été examiné et approuvé par le secrétaire de la guerre.
Le caractère bien connu des vingt-deux membres composant la Commission était un gage suffisant du succès qui l'attendait. Le président et principal agent exécutif était le révérend docteur William Bellows, savant théologien, qui pouvait parler avec autorité
au nom des philanthropes du pays. Le secrétaire général était M. Frédéric Olmsted, homme de grande expérience, doué d'un remarquable (aient d'organisation et d'un esprit très-pratique. Parmi les militaires, l'un était le chef d'état-major du général Scott, commandant en chef de l'armée des Etats- Unis ; un second était l'un des fonctionnaires actifs du Bureau médical; un troisième était à la tête du commissariat; deux autres avaient été préalablemen'. employés au secrétariat de la guerre; un sixième avait servi à l'étranger; un septième jouissait d'une certaine réputation scientifique ; un huitième, alors employé au secrétariat de la guerre, élait un médecin habile, d'une expérience spéciale; et les autres membres, qui appartenaient à la vie civile, n'étaient pas moins éminents et distingués, chacun dans sa partie.
Le document officiel issu du ministère donnait à l'institution nouvelle le titre de : Commission sanitaire d'enquête et d'aris sur les intérêts hygiéniques des troupes des Etats-Unis^ . Aux termes de l'autorisation, la Commission avait pour objet d'instituer des recherches sur les règlements et les usages militaires ayant rapport à l'hygiène des recrues et des soldats en activité de service, d'étudier la condition sanitaire des volontaires et les moyens de maintenir
' A Sanitary Commission of inquiry and advice in respect of ihe Sanitary Interests of (lie United States forces .
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OU de rétablir leur santé, d'assurer le bien-être général des troupes et leur bon état de service, de veiller à ce qu'il y eût des cuisiniers, des infirmiers et des ambulances en nombre suffisant, etc. Le document officiel ajoutait que la Commission serait libre de rédiger tels règlements qui lui sembleraient convenables au sujet du mode d'enquête, et qu'après approbation du secrétaire de la guerre, ces règlements seraient fixés comme devant servir de guide général dans les recherclies. En outre, la Commission était invitée à entrer en correspondance avec le ministère et le Bureau médical pour leur rendre compte des résultats de son enquête, et leur communiquer de temps à autre les observations et conclusions qui lui paraîtraient importantes.
Ainsi qu'il était facile de le prévoir par l'attitude qu'avait prise le chef du Bureau médical, il n'y avait pas à espérer une grande cordialité de relations entre les deux institutions, l'ancienne et la nouvelle. Très-certainement, la faute n'en fut point à la Commission, dont les membres, ayant conscience de la délicatesse de leur position et de l'inévitable jalousie dont ils devaient être victimes, ne se faisaient faute de rendre pleine justice au Bureau et à son chef, en reconnaissant la pureté de leurs motifs et l'honnêteté de leurs intentions. Ils avaient même la confiance la plus illimitée dans la compétence de ce corps à remplir les devoirs médicaux; et, pour que
celte confiance fût ébranlée, il leur fallut constater que l'incapacité des fonctionnaires officiels et leur manque de connaissances pratiques étaient pour l'armée une cause de cruelles souffrances. Empêchés comme ils Tétaient de remplir une partie essentielle de leur mission, c'est-à-dire d'entrer en coopération cordiale avec les autorités médicales, ils n'avaient plus qu'à redoubler d'activité personnelle, et en même temps à se servir des armes que leur offrait la presse, en critiquant, d'une manière intelligente, l'incapacité et les erreurs palpables de ceux qui étaient en faute. Ce que les délégués ne pouvaient modifier par des remontrances privées, force leur était de le redresser par un appel au Congrès ou à Topinion publique. En réalité, les démêlés qu'avaient ensemble la Commission et le Bureau médical tiraient leur origine de leur différent point de départ. Ils n'avaient pas une notion commune de ce qui, dans une occasion donnée, est réellement nécessaire, de ce qui est la condition normale des hôpitaux et des établissements hospitaliers, de ce qui est suffisant en fait de matériel ou de personnel. A peine sortis des rangs du peuple, avec lequel ils étaient en communication constante, les délégués étaient plus près de lui, et sentaient plus profondément les besoins du soldat volontaire que ne le faisaient les bureaucrates enveloppés dans la triple cuirasse de la routine traditionnelle.
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Résolus toutefois n ne pas perdre son (emps en récriminations stériles, à éviter trcs-soigneusement tout malentendu, la Commission se mit à l'œuvre pour son propre comple. Elle ouvrit, sans plus d'hésilation, un bureau central à Washington, et fil choix d'agenls et d'employés. Son président et son secrétaire se mirent immédiatement en route pour une tournée d'inspection parmi les troupes qui se rassemblaient dans les régions de l'Ohio et du Mississipi ; en même temps, d'autres délégués partirent pour les armées de l'Est. Même avant la première bataille de Bull-Run, ils s'appliquèrent à prévenir les maladies, leur œuvre spéciale, par une inspection étendue et approfondie des conditions sanitaires qui étaient faites au soldat. Au moyen de brochures spéciales, ils répandirent dans chaque division, dans chaque corps, dans chaque régiment de l'armée, des avis et d'importantes instructions relativement à tout ce qui concerne l'hygiène. Le 9 juillet, trois semaines seulement après la formation de la Commission, nous voyons déjà son secrétaire lui adresser un rapport circonstancié sur la situation hygiénique de l'armée et sur les besoins probables des régiments de volontaires. Avant tout, l'importance pratique de l'ordre, de la discipline et de l'éducation militaires, fut mise en relief, comme un moyen efficace de développer le bien-être et les capacités physiques du soldat. On s'appliqua spécia-
lement à démontrer que la santé, le comfort etla force morale et physique des combattants dépendaient en grande partie de la présence constante, de la vigilance personnelle et de l'autorité incontestée des officiers, et que les plus graves fautes du commissariat et de la police des camps étaient dues, en dernière analyse, à une discipline relâchée et à la négligence des officiers.
La Commission se mit promptement en devoir d'organiser un système très-complet d'approvisionnements pour les hôpitaux, et bientôt les ramifications de ce système s'étendirent à chaque poste de l'armée, de manière à suppléer aux oublis qui, de la part du Bureau médical, étaient inévitables. Ce fut la Commission qui, maintes fois, donna aux malades et aux blessés la plus grande part d'assistance. Six mois après avoir été organisée, à une époque où les forces militaires étaient relativement peu considérables, la Commission n'avait pas assisté moins de 6^000 blessés pour les transporter du champ de ba* taille ou des hôpitaux dans le sein de leurs familles lointaines. Les événements, qui dans les premiers mois de cette terrible lutte se succédèrent si rapidement, ne firent qu'accroître l'énergie et l'activité de la Commission. Afin de donner plus promptement les moyens de se laver, de se reposer et de se rafraîchir aux multitudes de volontaires que chaque nouveau train amenait à Washington fatigués, inalpro-
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près et aff\inics, et qui allcndaienl impaliemmcnl des ordres de rations, de logement ou de transport, la Commission établit dans la capitale une gare de réception ou « Repos du soldat^i et, bientôt, dans les provinces de l'Ouest, s'élevèrent d'autres asiles du même genre qui donnaient comforl et assistance aux troupes de passage au moment où elles en avaient le plus grand besoin.
En fournissant à chaque inspecteur de camp dans les divers corps d'armée un même questionnaire, on donna une direction judicieuse et uniforme aux recherches entreprises dans chaque régiment au sujet d'une foule de Faits pratiques se rapportant au bienêtre hygiénique des soldats en campagne. La confiance du public et de l'armée dans l'efficacité de cette Commission fut telle, qu'en décembre 1861 plus de quatre cents formulaires avaient été remplis des renseignements demandés et expédiés au bureau central , qui, par l'organe de son secrétaire, résuma ces renseignements en un tableau clair et précis. La condition hygiénique de l'armée étant ainsi nettement déterminée, les causes de maladies dans tel ou tel régiment étant distinctement indiquées, l'autorité officielle elle-même ne pouvait manquer de voir quels étaient les remèdes à employer.
A cette période de son existence^ la Commission ne s'élait point encore proposé de fournir à l'armée sur
^ Soldiers' Rest.
une grande échelle les objets nécessaires au service des hôpitaux et au comfort des soldats; elle avait borné ses fonctions à celles d'instituer des enquêtes et de donner des avis. Cependant le rapport publié en décembre 1861 mentionnait que les besoins d'effets d'habillementj de couvertures, etc., avaien naturellement augmenté, mais qu'heureusement les moyens mis par le public à la disposition du Comité avaient donné aux inspecteurs le moyen de tenir tête à l'augmentation des demandes. Près de 54,500 articles pour costumes d'hôpital, sans compter une foule d'objets non classés, avaient été, par le seul dépôt de Washington, distribués, dans le mois de novembre 1861, à 156 hôpitaux. Dans l'Ouest, 69,000 objets avaient été déjà reçus au dépôt de Cleveland, et sur ce nombre 51,000 articles, sans compter des tonnes de provisions pour hôpitaux, avaient été expédiés sur divers points occupés par l'armée de la vallée du Mississipi.
Soutenue comme elle l'était par les sympathies populaires, la Commission comprit que, pour devenir ce qu'elle devait être et pour accomplir ce qu'on attendait d'elle, la coopération entière et cordiale du Bureau médical de Washington lui devait être acquise. A mesure que le cercle de ses opérations s'étendait, à mesure qu'un champ plus large s'ouvrait à sa bienfaisante influence, cette nécessité deve-
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nail de plus en plus évidente. Pour arriver a ce résultat, il était indispensable de changer le chirurgien on chef de l'armée. La Commission n'hésita pas à se charger de la responsabilité de l'attaque et se mit en devoir de battre en brèche le système d'apros lequel la plus imporlante fonction médicale de l'armée était accordée à l'ancienneté seulement. N'ayant aucune ambition de se substituer au lieu et place du Bureau, et ne voulant point se poser en rivale, elle demandait simplement une coopération sincère et déclarait que le Bureau médical ne pourrait être administré d'une façon satisfaisante tant qu'il serait dirigé par un homme prenant à tâche d'arrêter au passage « l'avis et l'assistance » que le secrétaire de la guerre avait expressément demandés. 11 fut donc résolu d'en appeler au Congrès, afin qu'il réformât l'ancien système et nommât un nou» veau président du Bureau médical. L'aide toutepuissante d'une presse libre et indépendante fut mise en réquisition pour porter la question devant le public. Les comités militaires dans l'une et l'autre chambre du Congrès furent saisis de l'affaire ; un bill fut présenté pour l'abolition du principe exclusif d'ancienneté et pour le choix d'un candidat qui, après avoir été présenté par le corps médical de l'armée tout entier, serait considéré comme le plus capable de remplir une fonction aussi importante. Le grand âge du fonctionnaire dont la position
était disculée ayant semblé à tout le monde être la vraie cause de tous ces désagréments, le président se sentit obligé de faire choix, pour le remplacer, d'un homme plus jeune et plus actif. De leur côté, les membres de la Commission assumaient une part de responsabilité en présentant un candidat. Après des délibérations communes, on fit choix du doctei^' William A. Hammond, de la Pensylvanie, qui jouissait alors de la plus entière confiance du peuple et de Tarmée^ et le docteur Finley fut, sur sa propre demande, mis à la retraite. C'est ainsi que se termina par une victoire la lutte entreprise pour obtenir la coopération sérieuse du Bureau médical.
Tout récemment, le docteur Hammond a perdu sa haute position en vertu d' une décision de la cour martiale. Il serait fort déplacé de discuter ici la justice ou l'injustice de cet arrêt ; mais il est de stricte équité de constater que le docteur Hammond a donné à la Commission sa coopération personnelle la plus active et sa sympathie la plus cordiale. Du reste, dans le chef actuel du Bureau, le chirurgien-général docteur Barnes, le pays a trouvé un officier très-capable et très-énergique, et l'Association un collaborateur des plus dignes et des plus sympathiques.
Le véritable but de la Commission dans cette lutte mémorable avait été, non point de supplanter le Bureau médical, mais, tout au contraire, d'en fortifier et d'en compléter l'action, de montrer au soldat que
ACCORD DE LA COLMISSION ET DU GOUVERlNTilEiNT. C7
le gouvernement était son ami fidèle; de rappeler l'administration au sentiment de ses devoirs et de la faire entrer peu à peu dans la sphère d'activité que la nouvelle entreprise s'était d'abord réservée. En effet, si la puissante machine administrative pouvait être amenée à faire l'ouvrage de la Commission sanitaire êl des institutions analogues, ces dernières n'auraient qu'à se dissoudre. Il y a certains Hsi»fu^s à courir en faisant, au lieu et place du gouvernement, l'œuvre du gouvernement lui-même : il y a le danger de faire trop, et, par cet excès de zèle, de diminuer l'intérêt que les employés institués pour cetle tâclie spéciale ont à accomplir leur devoir. La question se posa naturellement : Les agents officiels ne deviendront-ils pas négligents s ils trouvent en foule des volontaires tout prêts à exécuter leur besogne? Il est clair en effet qu'on devait fixer un certain niveau au-dessus duquel le courant de la bienveillance publique ne devait pas monter sous peine d'abus et d'excès.
Cetle difficulté a trouvé sa solution dans la nature même de la constitution politique des Etats-Unis. Par les stipulations de cette constitution démocratique, le peuple doit participer à toutes les affaires politiques, imprimer à l'action gouvernementale la direction qu'elle doit prendre. Dès qu'une crise survient, le cœur de la nation bat avec plus d'énergie ; il communique son impulsion à l'administration, à
l'armée et aux autres institutions nationales. Dans l'espèce^ il ne s'agissait pas d'une lutte entre le peuple et le gouvernement pour savoir à qui des deux, à l'exclusion de l'aulro, devrait appartenir le soin de l'armée. La question est tout simplement celle-ci : Abandonné à lui-même, sans la douce violence que lui a faite la Commission, le gouvernement eut-il lini par organiser le service hospitalier d'une manière satisfaisante? L'expérience de la guerre actuelle nous oblige d'en douter.
Ce fut donc le but spécial de la Commission sanitaire de contrôler et de diriger les sympathies populaires, et de répondre aux innombrables offres de services et d'objets de toute espèce, de manière à ne porter aucun préjudice à la discipline de l'armée, et de procurer en même temps la plus grande somme d'avantages aux soldats. 11 eût été cruel, il eût été même criminel d'arrêter le généreux élan de l'enthousiasme nalional, mais aussi il eût été funeste de négliger le développement des ressources administratives. La Commission devait donc s'employer à trouver, et effectivement elle trouva le terme moyen, si difficile et si délicat, de concilier les deux parties, et de réunir dans une même action les deux sentiments, en apparence contradictoires, de la responsabilité gouvernementale et de l'initiative individuelle.
Avec toute la bonne volonté dont firent preuve