ENTERREMENTS
Nom cl numéro du décédé
Numéro et lieu de la sépulture. ...
Numéro du décédé à l'hôpital. ...
Régiment, bataillon, compagnie ...
Lieu de résidence avant l'enrôlement,
Élat civil (si le décédé était marié, in-
diquer la résidence de la veuve).. . '
Causes de la mort
A"'e du décédé > . .
Date de la naissance
Observations
Date de l'enterrement
Envoyer un exemplaire à l'adjudant-général de l'ainiée des
Élals-Uni?, et un double au marguillierde la paroisse de. . .
Mkmouanda,
lOr, LA COMMlSSlOlN SANITAIRE DES ÉTATS-UNIS.
Déjà des milliers el des milliers de poteaux funéraires dressés sur les tombes des soldats et portant chacun son inscription, conformément aux ordres donnés à cet effet par le secrétaire de la guerre, marquent les lignes stratégiques et les cimetières des hôpitaux de l'armée. En même temps tous les cas de mort sont exactement relevés dans chaque hôpital et dans chaque bureau de cimetière, ainsi que dans le cabinet de l'adjudant-général et sur les rôles des régiments. Les trois exemplaires du registre sont conservés, l'un à l'hôpital, le second à Washington et le troisième dans la paroisse où se trouve le cimetière ou bien au commissariat du régiment.
S'il est difficile d'apprécier à leur juste valeur l'importance des services rendus par l'agence des hôpitaux et par les registres d'enterrement, l'imagination ai me à se reporter vers les innombrables foyers au-dessus desquels semblait planer l'ange de la mort et qui ont été soudain consolés et réjouis par la nouvelle que celui qu'on pleurait n'était pas perdu. Des milliers de personnes abattues sous le poids d'une affreuse incertitude, ont été soulagées d'une partie de leur fardeau de douleur en apprenant que les amis chers à leur cœur avaient au moins reçu un signe funéraire sur leur dernier lieu de repos. De pareils services ne sauraient être trop hautement appréciés.
SERVICK DWSSlSTANCi:. 107
(icrvEco «rasiftiî^tnnc^ gcnérale ou ortiliiikire.
— Cette partie des travaux, que nous traitons en dernier lieu, est la plus importante, car elle s'applique à tous les soldats sans distinction.
Mention a déjà été faite de l'explosion des sympathies populaires qui se manifesta de toutes parts après le désastre de Bull-Run,en juillet 1861, Aussitôt après l'organisation de la Commission, celle-ci lança une circulaire invitant le public à envoyer des objets divers pour les malades et les blessés. Cette circulaire fut vivement appuyée par le président Lincoln et par le général Scott, qui était alors commandant en chef des forces militaires. Afin de stimuler la formation de comités auxiliaires de secours dans loute rétendue des états loyaux, le directeur général des postes adressa à tous les bureaux de distribution et à tous les citoyens influents dans chaque ville, 80,000 circulaires accompagnées d'une lettre dont voici la teneur :
Direction générale des listes.
Washington, 15 octobre iSGl.
«Monsieur, vous êtes prié de prendre les mesures convenables pour aider à l'organisation d'un comité de dames, s'il n'en existe pas encore dans votre ville, ayant pour mission de répondre à l'appel ci-joint de la Commission sanitaire.
« Le pouvoir exécutif désire vivement obtenir le
lOS LA COMMISSION SANITAIRE DES ÉTATS-IJiNIS.
concours actif des femmes américaines pour la sainte cause de l'Union ; il compte sur vous pour leur faire connaître son désir et pour travailler autant qu'il VOUS sera possible a l'accomplissement de cctie grande œuvre.
c( Je suis, avec respect,
« MoiNTGOMERY BlAIR.
« Directeur général des postes. »
Après de semblables appels, il ne se passa pas un grand nombre de semaines sans que le pays entier se couvrît d'un réseau de sociélés auxiliaires, ayant foules des relations directes et suivies avec les grands comités centraux de New-York, de Boston, de Providence, de Philadelphie, de Cincinnati, de Cleveland, deColumbus, de Chicago, deWheeling,deLouisville, de Saint-Louis et de Washington. Le secrétaire général, M. Olmsted, constatait dans son rapportpour l'automne de 1861, que 100,000 objets environ avaient été reçus.
Il est facile de comprendre le système éminemment pratique et l'esprit de méthode dont on fit preuve pour l'approvisionnement et l'arrangement des magasins en se rendant compte des opérations journalières de l'un des principaux dépôts, tels que ceux de Washington et de Louisville, ou en remarquant avec quelle rapidité les articles étaient expé-
DÉPOTS DE LA CO.\iMISSION. 109
diés et distribués dans les dépôts provisoires qu'on avait établis pour les armées en campagne, à Chatlanooga, par exemple, ou près de Charleston. Le modus operanli peut être décrit comme suit :
A Washington, à Louisville et à New -York, la Commission a fondé des établissements centraux où sont réunis tous les objets achetés directement, ou bien recueillis par les soins des associations auxiliaires. Dès que ces objets sont classés convenablement, empaquetés et prêts à être embarqués au premier ordre venu, ils sont mis à la disposition des hôpitaux pour être expédiés et distribués selon que les mouvements et les exigences diverses des armées peuvent le rendre nécessaire. Quels que soient les besoins des malades, des blessés, des nécessiteux et l'endroit où ces besoins se manifestent, le premier devoir des inspecteurs est de les satisfaire. Pour obtenir encore plus de promptitude et de facilité, un bureau mobile ou provisoire de distribution est établi dans chaque division et à peu près dans chaque corps d'armée.
Ce n'est point au hasard que la Commission répartit ses trésors ; tout en se donnant pour but invariable d'épargner autant que possible tout sacrifice de vie humaine, qui résulterait d'une adhérence trop rigide aux prescriptions d'une routine aveugle ou d'une forme méticuleuse, elle a maintenu dans son système de distribution une exactitude consciencieuse pour tous les comptes, bons, reçus etcertifi-
cals. Il n'a })as été délivré un seul nrlicle d'une valeur de cinq francs pour lequel il n'ait été réclamé cl délivré une alleslation en règle, signée par le chirurgien ou par son assistant et contresignée par un inspecteur qui s'est édifié au préalable sur l'utililé delà dépense. Les plus rigides précautions sont prises pour que les généreuses contributions apportées par le peuple des Etats-Unis soient employées le plus utilement possible, et que les plus nécessiteux soient traités avec le plus de libéralité. En même temps, on veille à ce qu'aucun officier de l'armée ne soit dégagé de la responsabilité qui lui incombe de s'adresser au gouvernement, comme il en a le droit et le devoir, pour tous les articles jugés nécessaires. Les dépôts mentionnés plus haut sont placés sous la direction immédiate des agenis de secours {relie fagenU]^ choisis spécialement pour l'œuvre qu'ils ont à accomplir et contrôlés dans leurs actes par les secrétaires et par l'administration en chef. Lorsque des réquisitions sont adressées au dépôt de la part des officiers médicaux de l'armée ou des inspecteurs sanitaires, les agents de secours les inscrivent sur leurs livres, les classent, les ordonnancent et font mention sur leur journal de tous les articles livrés par eux. Les règles de la co:nplabilité doivent toujours être observées avec le plus grand soin.
Pour mieux saisir la nature et la nécessité de
INSTRUCTfOiNS DONNÉES AUX AGENTS. III
l'aide incessamment apporte par la Commission de secours, il faut ne pas perdre de vue que le « Code » imprimé des règlements de l'armée, code qui est le programme de l'action officielle du gouvernemenl, a été établi en vue d'un état normal des choses. La liberté qu'il concède à chaque employé est nécessairement restreinte dans l'intérêt de sa propre responsabilité, et de l'économie des deniers publics. Le Code est le représenlant de l'ordre au milieu de l'inévitable confusion de la guerre. Sans cet ordre, et sans incontrôlé rigoureusement maintenu, rii'n ne pourrait être mené à bonne fin ; les bureaux de la guerre seraient dans l'impossibilité de lerminer aucune affaire. Ainsi que Miss Nightingale l'a si bien exprimé : a Les besoins du soldat dépendent des circonstances; mais les distributeurs ne peuvent pourvoir aux besoins qu'en vertu de leurs instructions. »
Les règlements fixes du service sont incompatibles avec l'élasticité et la promptitude d'expédition que les exigences spéciales et imprévues de la guerre rendent nécessaires. C'est juste au moment où les règlemenls et les approvisionnements réguliers de l'administration officielle viennent à faii*e défaut, que la Commission sanitaire inlervient pour obvier aux difficultés et donner au soldat la preuve de la sollicitude paternelle du gouvernement en accordant elle-même son appui cordial. Ses agences multiples
suivent le soldai de lieu en lieu, au camp, au bivouac, dans la marche, sur le champ de bataille; et là encore, aussi loin que des non-comballants peuvent le faire, elles se présentent avec les riches contributions offertes par la bienveillance et l'affection des concitoyens aux soldats blessés et accablés de fa • tigue. C'est alors que, soit à l'ambulance, soit à l'hôpital général ou de campagne, les bons offices de la Commission sont mis en réquisition, tant pour les invalides que pour les convalescents et les volontaires en congé. Elle accompagne le soldat à chaque pas de sa carrière et lui sert d'ange gardien, en lui apportant des messages d'affection et de soulagement envoyés par cette armée loyale de travailleurs qui sont restés au foyer domestique. Elle agit comme le grand intermédiaire entre le soldat et sa famille, et de la façon la plus convaincante elle donne à l'armée la démonstration des sympathies du pays. Son œuvre, telle qu'elle a été formulée par les fondateurs, et telle qu'on peut la juger par ses résultats, est le développement de ce principe : « La guerre doit être menée avec une haute intelligence^ avec humanité et une véritable tendresse pour la santé, le comfort et la sécurité de nos troupes. »
Toutefois, la Commission n'a pas restreint les effets de sa générosité aux soldats fédéraux seulement. Sur le champ de bataille, dans les ambulances
LA COMMISSION SUR LE CHAMP DE BATAILLE. Mo
et à riiôpilal général, elle a loujours planté le drapeau de la neulralilé. Animée de cel esprit de large humanité,
Homo sum,
Niliil hiimani a me alienum puto.
elle n'a voulu reconnaître aucune distinction entre l'ami et l'ennemi. Elle a mis en pratique l'esprit de charité selon l'Evangile de la bonne volonté, et dans tout malheureux elle voit un frère et un homme.
Sur le champ de bataille, plus encore peut-être que dans les corridors tranquilles des hôpitaux, on a pu apprécier les merveilleux services de la Commission. Théoriquement le gouvernement devrait, en prévision des rencontres sanglantes, tenir prêts tous les articles qui sont nécessaires pendant le terrible conflit. Mais en pratique, la guerre, dans ses phases toujours nouvelles, produit une variété infinie de besoins qui doivent être satisfaits sous peine d'affreuses conséquences. 11 est prouvé par les récits de toutes les grandes batailles que, pendant les évolutions stratégiques, et surtout à l'issue d'un engagement qui a coûté beaucoup de monde, il faut, pour la prompte assistance des blessés, une ])his grande quantité d'hommes et de matériel de toute espèce qu'un gouvernement n'a pu encore jusqu'ici mettre à la disposition du service des ambulances. En de pareils moments, quelque dévoué, quelque infatigable que
11 i LA COMMISSION SANITAIRE DES ÉTATS-UNIS.
soit le corps des chirurgiens, l'aide de volontaires du dehors est absolument indispensable afin de prévenir les plus horribles souffrances et le plus déplorable gaspillage de vies humaines. Pour ne citer qu'un exemple entre plusieurs, toute une armée d'hospitaliers volontaires aurait à peine sufti à l'œuvre douloureuse que leur eût imposée une bataille comme celle de Solférino. Sur ce point, nous pouvons invoquer le témoignage explicite de M. J. Henry Dunant dans l'éloquent récit qu'il nous a donné sous le titre de : Un Souvenir de Solférino. Témoin oculaire luimême, il raconte Tinsuffisance absolue des ressources médicales que les armées alliées avaient à leur disposition. Ecoutons M. Dunant :
« Le soleil du 25 juin éclaira l'un des spectacles les plus affreux qui se puissent présenter à l'imagination. Le champ de bataille est partout couvert de cadavres d'hommes et de chevaux; les routes, les fossés, les ravins, les prés sont parsemés de corps morts, et les abords de Solférino en sont littéralement criblés. Les champs sont ravagés, les blés et les maïs sont couchés, les haies renversées, les vergers saccagés; de loin en loin on rencontre des mares de sang. Les villages soni déserts et portent les traces des ravages delà mousqueterie, des fusées, des bombes, des grenades et des obus; les murs sont ébranlés et percés de boulets qui ont ouvert de lar-
BATAILLE DE SOLFERIKO. Ilô
gcs brèclics; les maisons sont lézardées, trouées, détériorées ; leurs habilanls, qui ont passé près de vingt heures cachés et réfugiés dans leurs caves, sans lumière et sans vivres, commencent à en sortir; leur air de stupeur témoigne du long effroi qu'ils ont éprouvé.
ce Les malheureux blessés qu'on relève pendant toute la journée sont pâles, livides, anéantis; les uns, et plus particulièrement ceux qui ont été profondément mutilés, ont le regard hébété et paraissent ne pas comprendre ce qu'on leur dit; ils attachent sur vous des yeux hagards, mais cetle prostration apparente ne les empêche pas de sentir leurs souffrances; les autres sont inquiets et agités par un ébranlement nerveux et par un tremblement convulsif ; ceux-là, avec les plaies béantes où l'inflammation a déjà commencé à se développer, sont comme fous de douleur : ils demandent qu'on les achève et ils se tordent, le visage contracté, dans les dernières étreintes de l'agonie.
ce Ailleurs, ce sont des infortunés qui non-seulement ont été frappés par des balles ou des éclats d'obus qui les ont jetés à terre, mais dont les jambes ou les bras ont été brisés par les roues des pièces d'artillerie qui leur ont passé sur le corps. Le choc des balles cylindriques fait éclater les os dans tous les sens, de telle sorte que la blessure qui en résulte est toujours fort grave; les éclats d'obus, les balles
coniques produisent aussi des fractures excessivement douloureuses et des ravages intérieurs souvent terribles \
c( Pendant la journée du samedi, le nombre des convois de blessés devient si considérable que l'administration, les habitants et le détachement de troupes laissé à Castiglione sont absolument incapables de suffire à tant de misères. Alors commencent des scènes aussi lamentables que celles de la veille, quoique d'un genre tout différent : il y a de l'eau et des vivres, et pourtant les blessés meurent de faim et de soif; il y a de la charpie en abondance, mais pas assez de mains pour l'appliquer sur les plaies; la plupart des médecins de l'armée ont dû partir pour Gavriana, les infirmiers font défaut et les bras manquent dans ce moment si critique^ »
La Commission sanitaire des Etats-Unis s'est proposé les moyens de pourvoir à des éventualités aussi terribles. Par l'organisation d'un système indéj>endant de transports, les approvisionnements peuvent être par elle dirigés sur tous les points où de grands engagements se préparent. Les employés du service des secours, étant avertis à temps par les inspecteurs sanitaires qui suivent l'armée, et munis des instruc-
* Un souvenir de Solférino, pages 49 et suivantes. 2 /&îflf., pages 70 et 71.