MTAILLE DE MISSION-RIDGE
troupes fédérales. Prévoyant bien que cette marclie amènerait une bataille, il fit préparer des approvisionnements considérables et s'adjoignit des assistants nombreux et dignes de confiance, prêts à se mettre à l'œuvre au premier signal. Le passage suivant, extrait de son rapport, donne un tableau très-net de ce qui se passa :
«Mercredi matin, notre drapeau flottait au sommet de Lookout-Mountain, et nos troupes avançaient sur la forte position de l'ennemi à Mission-Ridge. Après un sérieux engagement à notre gauche, dans lequel Sherman perdit beaucoup de monde, les retranchements qui longeaient la base de Mission- Ridge furent assaillis par nos soldats. Alors commença cette périlleuse, mais glorieuse ascension au pas de course, d'une colline élevée de 500 mètres au-dessus de la plaine, ascension qui surprit et découragea tellement les régiments confédérés, et couvrit d'honneur les braves qui avaient osé la risquer. Après une heure d'attente, attente mortelle pour les spectateurs incapables de porterie moindre secours, le sommet fut conquis et gardé ; le fracas des quarante pièces de canon qui le couronnaient fit place au silence, et nous comprîmes qu'une grande victoire venait d'être gagnée.
c( Deux wagons avaient été retenus d'avance pour porter aide partout où il serait nécessaire. Aucun
point du champ de balaille n'étant éloigné de plus de cinq kilomètres du quartier général, toutes les mesures avaient été prises par le directeur médical de l'armée pour le transport immédiat des blessés à l'hôpital. Le contenu de nos wagons étant disposé de sorte à pouvoir être distribué instantanément, M. Ch. Read et moi, avec quelques provisions, nous parcourûmes le champ de bataille à mi-côte de Mission-Ridge, tandis que M. Loomis se dirigeait du côté du nord pour voir si le Corps du général Slierman avait besoin de quelque secours. A minuit tous les blessés unionistes avaient été ramassés et transportés à l'hôpital. Ceux des ennemis qui restèrent dans les maisons où ils avaient été déposés reçurent toute l'assistance qu'il était en notre pouvoir de leur donner, et à une heure du matin nous rentrions en ville. M. Loomis arriva en même temps que nous ; il annonça que tous les blessés du 15^ corps d'armée avaient été rassemblés dans les hôpitaux de la division, mais que leurs approvisionnements étaient encore attendus, et qu'ils avaient un urgent besoin de notre aide. Un wagon rempli de lait, de viande, de biscuits, de sucre, de thé, de cordiaux, de bandages, etc , leur fut immédiatement expédié, et fut reçu, on peut le penser, comme un présent inestimable.
c( Le lendemain, de très-bonne heure, M. Read et moi nous visitâmes les hôpitaux des 2', 5^ et 4" di-
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visions du 15" corps d'armce, à cinq kilomètres en amont sur la rivière Tennessee. Nous trouvâmes la 4^ division, qui avait le plus grand nombre de blessés, soit 400, suffisamment pourvue, grâce à tout ce que nous lui avions envoyé la veille; mais pour le moment seulement, car ses fournitures s'épuisaient rapidement, et, sur notre proposition, ufi autre chargement leur fut expédié dans la journée: Les hôpitaux des 2^ et 3^ divisions, situés sur le bord même de la rivière, n'avaient encore d'autres approvisionnements que ceux que les chirurgiens avaient apportés dans leurs propres wagons, pour subvenir aux premiers besoins; aussi le dépôt était à peu près épuisé. Au moment où j'offrais au docteur Rogers, qui dirigeait l'hôpital de la 5^ division, de mettre à sa disposition nos ressources, un des aidesmédecins s'approche : a Docteur, que ferons-nous? c( Nos approvisionnements ne sont pas encore arritt vés, nos hommes sont couchés sur le sol et n'ont « pas assez de draps. Nous n'avons ni cordiaux, « ni bandages, ni aliments convenables. Si la Comc( mission nous avait envoyé seulement un agent, (( tout irait bien! » Je fus heureux de lui annoncer que le bon ange qu'il venait d'invoquer répondait à son appel. Quand je l'eus assuré que dans une heure il recevrait des tablettes de bouillon, du lait, des vêtements, de la literie, et quelques paillasses remplies de coton, sa figure s'illumina de
satisfaclion, et il s'écria, en même temps que le chirurgien en chef : a Bénie soit la Commission saa nitaire! »
Ces courts extraits font deviner quels genres de services étaient rendus sur le champ de bataille. Des détails plus complets pourraient remplir plusieurs volumes; mais il en a été assez dit pour qu'on puisse se former un jugement sur l'efficacité et sur l'opportunité de l'intervention des agents sanitaires au milieu des scènes de douleur et de déchirement qui suivent le choc de deux armées.
Le trait le plus caractéristique peut-être du syslème ainsi mis en œuvre est son élasticité et la facilité de s'adaptor aux circonstances. La guerre actuelle d'Amérique est sans aucun précédent dans les campagnes antérieures des luttes européennes; la superficie du pays sur laquelle ont roulé le flux et le reflux des batailles surpasse celle de l'Europe occidentale; à travers de vastes étendues de territoire occupées par les armées ennemies, il y a absence presque complète de tout moyen de communication, sauf par eau ou par chemin de fer. Les 50^000 kilomètres de rivières navigables et les 60,000 kilomètres de chemins de fer ont donné à la science stratégique les moyens de résoudre deux nouveaux problèmes auxquels l'ancien monde n'avait jamais songé. Sur le vaste réseau de voies ferrées, sur les
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côles de l'AlIanlique et sur les eaux de fleuves aussi puissants que le Mississipi, le Missouri, l'Ohio, le Cumberland et le Tennessee, ont été transportées des multitudes de soldats et d'énormes masses de matériel militaire. Les membres de la Commission n'ont pas manqué de comprendre la situation et d'adapter aux circonstances leurs moyens de faire le bien. C'est ainsi qu'ils ont fait pour le service hospitalier l'achat d'une véritable flotte de navires composée de deux grands vapeurs naviguant sur les côtes de l'Atlantique, de six vapeurs côtiers et de deux hôpitaux flottants ; sur les fleuves de l'Ouest, ils ont mis en réquisition une flotte de huit vapeurs pour transporter leurs approvisionnements et procurer aux malades et aux blessés tout le comfort que peut donner un hôpital complet. Au moyen de ces vaisseaux remontant les rivières, les agents sanitaires ont eu accès jusque dans l'intérieur du pays ennemi et jusqu'aux campements les plus reculés de l'armée fédérale. Une lettre du secrétaire de la Commission pour les régions de l'Ouest nous raconte une scène à bord de l'un de ces transports envoyés au secours des soldats malades dans le Tennessee :
«Je ne puis vous décrire, et vous ne sauriez imaginer quels bienfaits seront pour ces pauvres gens, fiévreux, épuisés et à moitié affamés, vos œufs, votre beurre, vos oranges, vos citrons, vos conserves, vos
mille corbeilles de fruits, votre glace, vos pommes de terre, votre bière, votre vin et tous ces aulres objets de même valeur... Quand nous les reçûmes à bord du steamer, les plus dangereusement malades lurent placés sur des hamacs dans les cabines; sur chaque hamac on étendit des édredons, des draps blancs, propres, des couvertures et des coussins : un malade n'aurait pu désirer un lit plus engageant. Cela vous eût fait du bien au cœur d'entendre les expressions de satisfaction qui s'échappaient des lèvres de ces braves gens quand, débarrassés des vêtements souillés qu'ils portaient au camp, nettoyés à fond et habillés de gilets et de caleçons propres, on les étendit entre des draps, dont depuis si longtemps ils avaient perdu l'habitude. Les moins malades furent pourvus de lits confortables dressés sur le pont, près de la chaudière; des paillasses, des édredons et des couvertures en quantité furent retirés des caisses que vous avez envoyées. La nourriture des convalescenis est abondante, variée, excellente : du pain tendre, du beurre, des œufs, du bœuf frais dans la gamelle, du thé, du café, du riz bouilli, des pommes cuiles, des fruits confits, du vin et de la bière pour ceux auxquels ce régime est prescrit. »
Le système si bien imaginé des hôpitaux flottants n'a pas été employé seulement sur le cours tortueux du Mississipi, du Cumberland, du Ten