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TRAITE DE GENEVE

Les autres pourront être également renvoyés, à la condition de ne pas reprendre les armes pendant la durée de la guerre.

Les évacuations, avec le personnel qui les dirige, seront couvertes par une neutralité absolue.

Art. 7. — Un drapeau dislinctif et uniforme sera adopté pour les hôpitaux, les ambulances et les évacuations. Il devra êtrC;, en toute circonstance, accompagné du drapeau national.

Un brassard sera également admis pour le personnel neutralisé; mais la délivrance en sera laissée à l'autorité militaire.

Le drapeau et le brassard porteront croix rouge sur fond blanc.

Art. 8. - — Les détails d'exécution de la présente convention seront réglés par les commandants en chef des armées belligérantes, d'après les instructions de leurs gouvernements respectifs, et conformément aux principes généraux énoncés dans celte convention.

Art. 9. — Les hautes puissances contractantes sont convenues de communiquer la présente convention aux gouvernements, qui n'ont pu envoyer des plénipotentiaires à la conférence internationale de Genève, en les invitant à y accéder; le protocole est à cet effet laissé ouvert.

156 LA COMMISSION SANlTxVIRE DES ETATS-UNIS.

Art. 10. — La présenle convention sera ratifiée, et les ratificalions en seront échangées à Berne, clans l'espace de quatre mois, ou plutôt si faire se peut.

En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs l'ont signée, et y ont apposé le cachet de leurs armes.

Fait à Genève, le vingt-deuxième jour du mois d'août de l'an mil huit cent soixante-quatre.

Sans contester l'avis des savants et des hommes d'état distingués qui ont pris part à ces délibérations, nous considérons comme un sujet de vive satisfaction pour tous qu'un traité si conforme aux prescriptions d'une civilisation progressive ait pu être conclu. En effet, l'adoption d'un semblable protocole par douze des gouvernements les plus influents de l'Europe, est le signe qu'un immense pas a été fait. Dtvjà huit puissances ont ratifié la convention : la Suisse, la Belgique, la France, le Danemark, la Hollande, l'Espagne, rilalie, laBussie,et les plénipotentiaires de plusieurs autres étals doivent y ajouter leur signature avant le 22 mai J865. Ces stipulations introduisent dans le droit international le principe si juste et si humain, qu'en temps de guerre les hôpitaux, les ambulances et tout le personnel enf^ao^é dans leur surveillance seront déclarés neutres et resjiectés comme tels.

PRECEDEiNTS HISTORIQUES. 157

A ce point de vue, il est intéressant d'observer comment l'idée de diminuer les horreurs des batailles a de tout temps préoccupé les amis de l'humanité, et comment elle s'est développée par degrés et parallèlement avec la civilisation.

Xénophon, le patient et minutieux historien de la vie de Cyrus le Jeune^ nous raconte que ce monarque se distingua par sa sollicitude poui' le bienêtre de ses soldats, et par ses efforts pour l'allégement des maux résultant de la guerre. Flavius Vopiscius nous dit comment l'empereur Aurélien publia un édit spécial afin d'inculquer à ses soldats le devoir d'assister les malades et les blessés de l'armée ennemie.

Au neuvième siècle, Léon VI, empereur d'Orient, recommanda expressément à ses généraux de former un corps spécial de dcspotats, employés dont la fonction était de recueillir les blessés. Ils recevaient une paye régulière et devaient porter de l'eau fraîche sur le champ de bataille pour étancher la soif des soldats altérés.

Nous voyons aussi dans l'histoire des croisades le noble exemple donnépar l'illustre sultan Salah Eddin qui, au douzième siècle, inslitua un code reposant sur des principes presque identiques à ceux sur lesquels s'appuie le traité de Genève. Ce monarque autorisa les chevaliers de Saint-Jean, qui étaient ses ennemis, de donner aide et consolation aux croisés

dans la cité de Jérusalem qu'il avait couquise sur les chrétiens.

Vers la fin du quinzième siècle, la reine Isabelle la Calliolique fit dresser devant Grenade assiégée six vastes tentes garnies de liîs dans lesquels les médecins devaient prendre soin des malades et des blessés. A cet(e ambulance improvisée les soldats de Casiille et d'Aragon donnèrent le nom d'Hôpital de la Reine.

Mais ce fut à l'époque de Henri IV seulement qu'un service sanitaire tant soit peu régulier fut organisé dans les armées; il était, on le devine, encore bien incomplet.

En 1743, durant la guerre de succession d'Autriche, peu de temps avant que le hasard des batailles eût décidé du sort de la campagne, un traité fut conclu à Aschaffenburg, ayant pour objet de donner protection aux hôpitaux et aux blessés. Entre le comte de Stair, commandant l'armée austro-hanovrienne, et le duc de Noailles, général en chef de l'armée française, un engagement fut conclu, aux termes duquel les hôpitaux devaient être regardés et respectés comme des sanctuaires. Il faut constater à l'honneur des deux armées que ce pacte fut religieusement observé.

Pendant la guerre de Sept-Ans, un traité analogue fut signé le 6 février 1759, à l'Écluse, en Flandre, entre le major-géuéral Conway , commandant les

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troupes anglaises, et le marquis de Barrail, reprcsenlanl de la France.

Le 7 septembre 1759, Louis XV et Frédéric II de Prusse accordèrent le droit de neutralité à tout le personnel médical, qui désormais devait être exempt de capture.

Dans la campagne de 1800, le général français Moreau et le général autrichien Kray, qui opéraient en Souabe l'un contre l'autre, convinrent que leurs blessés, à quelque nationalité qu'ils appartinssent, seraient recueillis et soignés, et à leur convalescence renvoyés sans molestation aucune dans l'armée à laquelle ils avaient appartenu. Nous croyons intéressant de reproduire le premier article d'une convention qui mérite certainement d'être immortelle. Elle fut rédigée par le chirurgien en chef de l'armée française :

« Les hôpitaux militaires sont considérés comme autant d''asiles inviolables oij la valeur malheureuse sera respectée, secourue, et toujours libre, quelje que soit l'armée à laquelle ces hôpitaux appartiennent et sur quelque terrain qu'ils soient établis. »

Après la première victoire des Français à Montebello, le Moniteur du 29 mai 1859 rendait ainsi compte de l'un des faits les plus mémorables dans r histoire des guerres :

ce L'empereur Napoléon III, voulant diminuer autant qu'il dépend de lui les maux que la guerre entraîne avec elle, et donner l'exemple de la suppression des rigueurs qui ne sont pas nécessaires, a décidé, en date du 28 mai, que tous les prisonniers blessés seraient rendus à l'ennemi, sans échange, dès que leur état leur permettrait de rentrer dans leur pays. »

En harmonie complète avec l'esprit de ce décret, les représentants de la France siégeant au congrès de Genève s'appliquèrent à donner à la neutralisation projetée la plus large extension. Tout en s'effor- (jant de prévenir, par une rédaction des plus nettement formulées, toute possibilité de malentendu au sujet de la portée précise de la convention, les députés français s'appliquèrent à donner aux généraux en chef des armées en campagne la plus de marge possible relativement à une interprétation libérale des lois et des nécessités de la guerre. Nul doute que ce traité ne reçoive tôt ou tard l'approbation et la signature de toutes les puissances, et que les doctrines qu'il professe ne soient pratiquées également par toutes les nations.

Mais pour donner à ce nouvel élément du code international une autorité et une durée suffisantes, il faut que les peuples coopèrent cordialement à ce projet de leurs gouvernements. Pour atteindre ce

IMPORTANCE DES ASSOCIATIONS L1R1\ES. IGl

but, le meilleur moyen est l'organisation d'associations de volontaires hospitaliers dont les membres seront en temps de guerre prêts à payer de leur personne, et à rendre ces bons services qu'il est impossible d'exiger d'un corps médical officiellement organisé.

Les exigences de la guerre sont si soudaines, si inattendues et si terribles, elles sont marquées toujours d'un caractère si excoplionnel de nouveauté, qu'avec toute la bonne volonté du monde, et tout en disposant des moyens immenses que leur procurent des ressources en apparence inépuisables, le gouvernement ne peut y subvenir. Il y a toujours, il y aura toujours des besoins que le peuple seul est capable de satisfaire. Aux États-Unis, l'expérience a prouvé qu'on avait eu raison de se fier à la nation pour ces secours additionnels, malgré les obstacles continuels opposés par une routine inepte et réactionnaire. Cependant tout était neuf en Amérique, la guerre elle-même était une exception ; quand la rébellion éclata, il n'existait pas, à proprement parler, d'armée régulière; l'éducation des camps devait commencer à la fois pour un million de conscrits, qui devaient tous être pris ab initio avant de pouvoir servir à quelque chose^ L'armée, qui à ses débuts possédait à peine quelques éléments de discipline, s'est peu à peu développée jusqu'à ce qu'officiers et soldats aient

appris à respecter sincèrement et cordialement les règlements auxquels ils ont dû être soumis. C'est donc au milieu des éléments les plus divers et les plus hétérogènes que la Commission sanitaire a dû entreprendre ses premiers travaux. Loin de se mettre en antagonisme avec les officiers réguliers, loin de relâcher les liens obligatoires de la discipline militaire, elle a usé de son influence pour fortifier la hiérarchie et l'organisation officielle de l'armée.

Ce point est essentiel. Il n'est que juste de mettre en relief cette conduite et de la citer en exemple. Avec les institutions libérales des EtatsUnis, avec le sentiment de fraternité existant entre le peuple et Farmée, le comité central sanitaire et ses succursales ont pu accomplir une œuvre plus étendue et plus importante qu'il n'eût été possible d'entreprendre en Europe; cependant l'exemple de l'Amérique peut être imité dans son esprit, et l'on peut compter sur des résultats non moins magnifiques.

On aurait eu quelque motif de supposer que, par suite de l'aversion native d'un peuple républicain contre tout ce qui offre une apparence dictatoriale, il aurait pu naître un conflit, ou du moins un défaut de sympathie, entre les agents de la Commission et les officiers de l'armée. Mais le résultat a prouvé combien ces appréhensions auraient été

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