‹ La Communauté des boulangers du MansChapitre 1 sur 11 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Turgot, fils d'un prévôt des marchands de Paris, mais imbu des doctrines économiques, va bientôt abolir les jurandes et porter un coup funeste aux travailleurs, en détruisant les corporations d'arts et métiers qu'il fallait seulement réformer. Hâtons-nous donc avant la publication de l'édit de mars 1776, de pénétrer chez un maître ou « établi » boulanger de la ville du Mans. Inspecter sa demeure, examiner son matériel, éplucher sa comptabilité, supputer ses gains et ses pertes, surveiller son travail, le suivre lui-même au marché, dans ses réunions avec ses confrères, à l'église et en procession sera peut-être intéressant pour plusieurs.

Nous ferons donc connaissance avec i'ouvroir et le bluteau du boulanger ; nous interrogerons cet artisan et nous contrôlerons ses dires auprès des administrateurs municipaux et des magistrats afin de savoir comment il s'approvisionnait de blé, quelle influence les disettes de grains avaient sur le prix de cette précieuse denrée, quels droits le mesureur, voire le bourreau, prélevaient sur les céréales, de quelle façon s'établissaient la mercuriale des grains et la taxe du

pain. Après une courte \'isite chez le meunier, nous reviendrons étudier la fabrication, assister à de solennels « essais » du pain. Sans craindre d'être indiscrets, nous fouillerons dans les documents hélas 1 trop peu nombreux de la « communauté » des boulangers ; et, si incomplets soient-ils, nous tâcherons, avec leur aide, de déterminer approximativement et sans trop de témérité, le budget d'une famille de boulanger, l'importance de sa clientèle, la consommation et le prix du pain au Mans. Nous recueillerons, au passage, les plaintes de ces artisans relatives aux vexations dont ils étaient l'objet. Après avoir vu le boulanger à l'œuvre isolément, nous considérerons en lui le membre d'une corporation de métier. Nous saurons les conditions requises pour gravir les degrés de la hiérarchie corporative, depuis l'apprentissage jusqu'à la maîtrise, les devoirs et les pouvoirs des gardes jurés. Nous assisterons aux réunions professionnelles et pieuses du boulanger de la ville du Mans, admirant quel esprit de foi chrétienne subsista jusqu'à la fin dans la corporation et attristés de ces mesures fiscales, de ces créations d'offices qui contribuèrent à la décadence de cette intéressante communauté.

Les principaux éléments du présent travail appartiennent malheureusement à la période la plus récente et la moins prospère de la communauté ; ils ont été tirés des archives du département de la Sarthe (Série E, dossiers 251 à 253).

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