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LES CHIRURGIENS DES HOPITAUX

L'assistance publique à domicile. — Les maîtres et les compagnons à l'Hôtel-Dieu. — Leur situation et leurs privilèges. — Les chirurgiens de 1 Hospice général et des Incurables. — Les chirurgiens de la peste. — Leur recrutement et leurs honoraires. — Admission des compagnons à la maîtrise.

La Dominicale, nom qui sert à désigner le service de l'assistance publique à Poitiers, fait souvent soigner les malades pauvres à domicile, surtout quand les aumôneries, pour une cause quelconque, ne peuvent les recevoir. Le 7 août 1583, Antoine Blanchefort reçoit l'ordre d'aller par les paroisses les traiter et médicamenter, « comme les intendans et fabriqueurs y adviseront ». Il lui est plus spécialement prescrit de soigner le nommé Savyn, « auquel la Dominicale a ordonné estre baillé ung escu » (1). Ce malade avait été blessé grièvement au service de la ville. Les exemples de ce genre sont fort communs (2). On les rencontre surtout jusque dans la première partie du xvne siècle. Ils cessent à peu près

(1) Bibl. Poitiers, Gart. 53 et 54. — En t570, Mathurin Barbotin traite les blessés et malades moyennant 100 sols par an. Ayant, en 1571, fourni des remèdes, on lui alloue 20 livres.

(2i P. Rambaud, «l'Assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an V ». {Mém. $oc. Ant. Ouest, t. VII, 2e série.)

complètement, quand l'Aumônerie de Notre-Damela- Grande, ayant été laïcisée, devient l'Hôtel Dieu de Poitiers.

Le service médico-chirurgical de cet établissement est confié, en principe, au dernier des chirurgiens reçu à la maîtrise. On le met dans l'obligation d'accepter ce service à titre gratuit (1). En général, les choses se passent tout autrement. Tantôt ce sont des maîtres qui s'en chargent, moyennant de maigres appointements, tantôt des compagnons gagnant maîtrise.

En 1545, Gilles Amaury reçoit 10 livres par an, et. en 1555, son successeur, Martin Coulard,20solspar mois (2). A partir de 1581, Antoine Blanchefort est payé 80 livres chaque année, puis 100 livres en 1584, à condition de fournir des onguents aux malades. Son gendre Etienne Thevet qui lui succède, en 1587, n'ayant pas touché ses appointements, démissionne quelques années plus tard. Le maire, désireux de le remplacer, fait appel à ses confrères qui refusent d'aller visiter les malades. C'est pourquoi son successeur reçoit 100 livres, ce qui ne l'empêche point d'abandonner le service, le 22 décembre

Julien Fourré, compagnon gagnant maîtrise, entre alors en cette qualité à l'Hôtel-Dieu. Deux ans plus tard, le 22 juillet 1594, il est reçu maître (3). Le 7 mai 1595, le maire lui remet 10 écusd'or pour avoirfourni des médicaments aux pauvres Le 24 septembre suivant, François Ferrand le remplace à raison de 36 livres de gages cha-

(1) Bibl. "Poiliers, cart. 53, reg 3.

2, hl, ib.

(3) M., ib.

que année. Après son dépari, en 1604, François Toyon, qui lui succède, n'obtient que 30 livres par an. Par la suite, cette somme reste longtemps affectée au service chirurgical de la maison.

C'est de nouveau un compagnon, nommé Guillaume, qui succède à Toyon, le 14 octobre 1616. Il se fait recevoir à la maîtrise, le 14 octobre 1618, en vertu de Lettres royales et malgré l'opposition acharnée des chirurgiens (1). Ces derniers veulent bien alors le remplacer en 1620, mais, faute d'entente, ils n'y parviennent pas. Pierre J hévenet, reçu maître pour avoir soigné les pestiférés, lui succède à raison de 30 livres par an.

Etant tombé malade , ses confrères offrent , le 27 mars 1650, aux administrateurs de le remplacer. Leurs propositions sont refusées et la place donnée à Etienne Boizard qui, le 10 septembre 1651, en est nommé titulaire aux appointements de 30 livres par an (2). A sa mort, Pierre Thévenet, fils de son prédécesseur, lui succède.

Vient ensuite Jacques Denis qui, à partir de 1673, reçoit 40 livres par an (3). Remplacé quelque temps par son fils, en 1686, il se voit, après plusieurs mois, dans l'obligation de reprendre son service. Il le passe ensuite à Jérémie Poitevin, le mari de sa fille. Ce dernier le garde jusqu'en 1730.

Jacques Gaillard, qui vient après lui, est aux appointements de 50 livres par an. Le 14 avril 1769, il déclare que son âge et ses occupations ne lui permettant plus de

(1) Reg. dél. mun , n° 71, p. -17, 74, 76, 147.

(2) Id., n" 96, p. 67, 109.

(S> Arch. hôp.

donner ses soins aux malades de l'hôpital, son confrère Dabon-Goupelle pourrait le remplacer(l) . Ce dernier se trouvant, en 1777, surchargé de besogne, demande et obtient 100 livres par an.

Le 17 mars 1785, Rivault lui est adjoint, mais, le 19 mai suivant, c'est son concurrent, Joseph Maury, qui obtient la place. L'Intendant, peu satisfait de voir son candidat évincé, adresse quelques observations aux administrateurs. Comme réponse, ils l'engagent à désigner luimême qui bon lui semblera. N'ayant point insisté, le nouveau chirurgien reste en place jusqu'à la fin de la Révolution.

Le service de l'Hôtel-Dieu ne fut point assuré, tout d'abord, d'une façon régulière par les maîtres nouvellement reçus à la maîtrise II fallut, pendant de longues années, le confier à des compagnons qui devaient le continuer, une fois installés définitivement, en qualité de maîtres. Il ne fut vraiment recherché qu'à partir de la fin du xvne siècle, jusqu'à la Révolution.

Le maire et, avec lui, le conseil de la Dominicale, surveillent de très près ceux qui donnent leurs soins aux malades. Le 3 mars 1591, Etienne Thevet, accusé de négligence, est invité à comparaître devant les administrateurs. Il répond qu'il n'a pas le temps de se déranger et que les malades qu'il soigne sont, au surplus, bien pansés et bien médicamentés. Le 12 février 1595, il est encore prié de dire pour quelle cause il s'occupe si peu des pauvres de l'aumônerie. Cette fois, il néglige même de répondre.

(1) Arch. hôp.

Le 16 août 1655, Pierre Thévenet, accusé d'admettre à l'hôpital des malades incurables, ce qui était formellement interdit, est menacé d'être renvoyé pour cause d'incapacité (1). Il répond en déclarant que n'étant point payé, il est prêt à donner sa démission. Il ajoute que l'accusation est fausse, car la directrice peut attester qu'il remplit bien son devoir.

Une des causes pour lesquelles les chirurgiens montrent si peu de zèle, provient de la concurrence qu'ils ont à subir de la part de leurs confrères qui, dans l'établissement, soignent les malades qui sont assez riches pour les payer de leurs visites. En 1635, Thévenet s'en plaint amèrement. « Ils vont, dit-il, dans l'aumônerie panser quelques malades particuliers, desquels ils tirent salaires et récompenses à son préjudice », car ila seul le droit de les voir et « d'en prendre et recevoir les émolumens, si aucuns sont » (2). Il en résultait qu'un certain nombre d'hospitalisés augmentaient ainsi les maigres appointements que les chirurgiens recevaient de l'Administration.

En 1644, les religieuses hospitalières ayant pris la direction de lHôtel-Dieu, se chargent du service des femmes. Elles laissent aux chirurgiens les malades atteints « aux lieux et endroits qui sont indécents à panser aux filles » (3). Ils sont, en plus, chargés des amputations des membres et de voir les entrants. Après le départ de ces religieuses, en 1656, Pierre Thévenet continue ses fonctions comme par le passé.

(1) Ribl. Poitiers, cart. 53 et 53 bis.- Reg. dél mun., n°45, p 253, 259.

(2) Reg. dél. municip., n° 86, p. 80.

(3) ld\ n° 96, p. 67, 109.

L'entrée à l'hôpital de Charles Pallu de la Barrière, en qualité de médecin, modifie la situation du chirurgien. Le 7 février 1784, ce dernier reçoit l'ordre de lui communiquer toutes les demandes qu'il recevra au sujet de ia santé des malades qui lui seront confiés (l).Ilne peut délivrer aucun procès-verbal, sans, au préalable, lui en avoir soumis le texte.

A cette époque, c'est le chirurgien civil de l'Hôtel-Dieu qui soigne les soldats malades que l'on y hospitalise. Cette fonction lui vaut quelques privilèges, l'exemptant de la collecte et du logement des militaires. En 1771, le Ministre de la guerre fait cadeau à l'hôpital d'une boîte de chirurgie contenant : deux couteaux courbes et un droit, une scie avec sa feuille de rechange, quatre ligatures, deux garrots, deux plaques de corne, deux aiguilles dans un étui, deux tire-balles à anneaux, deux grandes sondes à séton, deux becs-de-corbin, un grand et un petit trocart, deux grandes et deux petites seringues, un trépan avec quinze pièces, une brosse, une lancette à abcès, quatre bistouris droits et un courbe, une sonde à incision, deux feuilles de myrte à pincer, deux spatules, deux paires de ciseaux droits et une courbe, deux pincettes à anneaux, deux scalpels, deux algalis d'argent et une sonde de poitrine (2). Tel est l'arsenal dont dispose un chirurgien militaire à la veille de la Révolution.

Les soldats malades ou blessés entrent tous à l'Hôtel- Dieu où on les soigne spécialement jusqu'au 1er novembre 1793. A cette date, on les envoie principalement à l'ambulance du Grand Séminaire. Dans cette ambu-

fl) Arch. hôp.

(2) Id.

lance , ils sont visités par le chirurgien Maury. A la suite de la loi du 21 fructidor an V, la situation redevient ce qu'elle était avant, car le nouvel Hôtel-Dieu remplace cette ambulance.

Lors de la création de l'Hôpital général de Poiliers en 1657, il fut décidé, par le règlement, que les chirurgiens présenteraient un compagnon qui soignerait les malades. En cas de refus, les administrateurs en désigneraient un à leur place. Celui auquel serait confié cet emploi pourrait, au bout de six ans, se faire recevoir sans frais à la maîtrise.

Les chirurgiens, soit par charité, soit par crainte d'avoir de nouveaux concurrents, se chargent eux-mêmes du soin des malades. Ils y mettent si peu d'empressement, que, le 28 octobre 1698, l'Administration se plaint de ne les voir y aller, qu'autant qu'ils n'ont rien à faire ou qu'on n'a pas besoin d'eux (1). Elle était décidée à prendre un compagnon, quand, le 19 décembre 1698, Jacques Cothet du Tailly, maître chirurgien, lui demande la place, qu'il obtient aussitôt, au grand mécontentement de ses confrères.

Cothet,dont les appointements sont de 20 livres par an, est remplacé par Joseph Delavault, le 23 juillet 1717. Ses honoraires, d'abord à 40 livres, sont ensuite portés à 80 et 100 livres de 1723 à 1733, lors de l'installation dans l'hospice d'un dépôt de mendicité. Après sa disparition, notre chirurgien ne reçoit que 40 livres ainsi que Pierre Hérault qui lui succède, le 18 janvier 1740.

(1) P. Rambaud, loc. cit.

Le Cbasseux est nommé à l'Hôpital général vers 1776. Il reste en fonction jusqu'à sa mort, arrivée en 1790. Le 6 août de cette même année, Douxami le remplace à condition de s'engager à faire les barbes.

Les chirurgiens de cette maison, tout en visitant les pauvres, ont le droit, comme à l'Hôtel-Dieu, de se faire payer des pensionnaires qui en ont les moyens. C'est ainsi que tout en ne recevant qu'un maigre traitement, ils peuvent, grâce à quelques privilèges, gagner un peu d'argent ?

Lors de l'installation définitive de l'Hospice des incurables, en 1739, Félix Dumont, chirurgien, déclare à l'Administration, le 7 décembre de la même année, qu'ayant depuis longtemps soigné les pauvres de l'établissement, il demande à continuer et, en même temps, à jouir des privilèges attachés à sa charge. L'Intendant du Poitou fit droit à sa requête l'année suivante.

Deux ans plus tard, le 1er novembre 1742, il cède la place à Jean Louvet, qui promet de servir gratuitement les pauvres avec zèle et assiduité (1). Après lui, vient Sartre de Lisle, qui, étant devenu vieux, prie les administrateurs de bien vouloir lui adjoindre un suppléant. Le 5 avril 1781, il propose Pierre-Joseph Cirotteau comme, étant capable de rendre des services « par les saignées, pansements et autres opérations de l'art, notamment faire les barbes, et ce, sans aucuns salaires ni rétributions, à condition d'avoir droit à la survivance ».

(1) P. Rambaud, loc. cit,

Cirotteau obtient, en 1787, une rétribution annuelle de 24 livres et occupe sa place jusqu'au 10 thermidor an V. A cette date, les fonctions du chirurgien, et même du médecin, ayant été jugées inutiles, l'Administration les supprime et charge la directrice de faire les pansements.

Jusqu'au xvie siècle, les documents sur la peste sont assez rares dans nos archives poitevines. A partir de cette époque, grâce aux registres des délibérations municipales, il est facile de l'étudier d'une façon assez nette et assez précise.

Aussitôt que le maire entend parler de quelque épidémie dans les localités voisines, son premier soin est d'y envoyer un chirurgien avec mission d'étudier la maladie, afin de pouvoir se rendre compte de l'imminence du péril. Si le danger d'infection lui parait réel, immédiatement la ville est isolée et des hommes de garde sont mis aux portes pour empêcher les étrangers d'y entrer. Une ordonnance est également prise, interdisant l'importation des marchandises venant des endroits contaminés.

Quand, malgré cette précaution, la peste fait son apparition, les malades sont renfermés chez eux pendant quarante jours, avec une personne chargée de les soigner. Les pauvres vont habiter dans les tours des remparts, ou dans des huttes mises à leur disposition. Enfin, lorsque le fléau commence à battre son plein , les personnes riches sont invitées à se retirer à la campagne, tandis que les rassemblements demeurent interdits à ceux qui doivent rester.

Les indigents sont, à partir de 1523, placés au Sanital, appelé hôpital Saint-Roch, puis Hôtel-Dieu de la peste, et enfin Hôpital-des Champs (1). C'est alors que le maire se préoccupe sérieusement de réunir le personnel nécessaire pour soigner les malades, soit à domicile, soit dans les locaux qui leur servent d'habitation. Ce personnel doit comprendre un ou plusieurs chirurgiens, suivant le nombre de personnes atteintes par le fléau.

Les maîtres chirurgiens sont tenus de confier au dernier d'entre eux reçu à la maîtrise, le soin de soigner tous les pauvres de la ville. Comme en général ils ne mettent aucun empressement quand il s'agit d'accomplir un tel devoir, le maire, qui les en tient volontiers quittes, quand il n'y a point d'épidémie, les met au contraire aussitôt en demeure de se conformer à leur règlement, à partir du moment où elle fait son apparition.

Cette mise en demeure n'est point toujours suivie d'effet. Les diverses causes nous en sont données par Etienne Thevet, qui écrit, en 1602 : « La première pour ce que tous n'ont pas assez de courage et hardiesse et peuvent beaucoup appréhender ce que cognoissant leur estre préjudiciable, ils ne l'osent entreprendre ; secondement, qu'ils ont femme et enfants, la crainte et offence desquels leur est une juste bride en telle hardiesse, et la troisième c'est le reject, fuite et scandale qu'ont faict d'eux avec mauvoise récompense de telle piété et charité chrestienne. » En résumé, la crainte du danger, l'isolement de la famille, la perte temporaire de la clientèle et enfin une rémunération insuffisante sont les causes

(1) P. Rambaud, Mém. Soc. Ant. Ouest, t. VII, 3e série, p. 432.

principales qui font que les chirurgiens de mérite se dispensent autant que possible de soigner les contagieux.

Ainsi, le 20 avril 1512, le maire, ayant donné l'ordre de réunir les barbiers, leur déclare que les trois d'entre eux qui auront la charge de panser les pestiférés a ne feront aucunes barbes et sera inhibé aux autres de non les visiter » (1). Le 8 novembre 1546, ils se rassemblent de nouveau à la mairie, et là désignent à l'unanimité Jehan Bonnin pour prendre le service de l'Hôpital de la peste. Seulement, il se trouve, comme par hasard, que leur candidat est en prison. Ce moyen de l'en faire sortir ne réussit point, si bien qu'il devient nécessaire d'en chercher un autre en attendant son élargissement.

Mathùrin Barbotin, auquel échoit l'honneur de le remplacer, s'y refuse d'une façon absolue. De là l'obligation de faire venir un étranger qui, moyennant 100 livres par an, veut bien entrer à l'hôpital.

Le 19 mai 1548, les administrateurs de l'Hôtel-Dieu de la peste ayant réclamé un chirurgien, la municipalité décide a qu'il faudra contraindre les barbiers et chirurgiens à eslire un g suffisant et ydoine qui recevra o0 livres par an durant la peste et 25 livres seulement quand elle aura cessé ». Cette fois, Bonnin, étant sorti de prison, accepte cet emploi.

En 1555, ce sont des compagnons que l'on met à lhôpital. A leur sortie, on les reçoit gratuitement à la maîtrise. En 1585, deux y étant morts, les maîtres se réunissent, mais aucun d'eux ne veut les remplacer. Le maire leur déclare qu'on en fera venir un de Saint-Maixent

(1) P. Rambaud, loc. cit.

el qu'ils seront tenus « de le gager et entretenir ». Tous sont alors frappés d'une taxe mensuelle allant depuis un jusqu'à quatre écus. Ils la payent deux fois, puis mettent opposition sur cet argent, entre les mains du sergent royal, auquel ils l'ont versé, en attendant la fin du procès qui, pour cette cause, est intenté à la ville.

Pierre Lecomte, chirurgien de Saint-Maixent, doit toucher 90 livres par mois, avec la promesse d'être reçu à la maîtrise pour Poitiers. En arrivant, il prête serment « de fidellement exercer lad. charge », puis prend certaines précautions dans le but d'éviter le sort de son prédécesseur. Tout d'abord, il se fait monter un lit neuf qui coûte 45 livres au Bureau de la peste. Ensuite, il s'installe sous une tente afin de rester le moins possible au contact des malades.

Ce sont encore des compagnons gagnant maîtrise que l'on retrouve à l'Hôtel-Dieu de la peste en 1607, et il en est de même jusqu'en 1638 (1). La communauté des maîtres chirurgiens doit se charger de les désigner, à la demande du maire. Le matin du 10 avril 1628, il ordonne au lieutenant du premier chirurgien du roi de réunir ses confrères afin de lui donner une réponse avant midi, sous peine de 300 livres d'amende, car il est urgent de remplacer Martial Parreau, qui, atteint de la peste, est sur le point de mourir.

Jean Thévenet veut bien accepter la place; mais affligé de coliques bilieuses, en 1630, il se voit obligé de se retirer et. du même coup, renoncer à la maîtrise qu'on lui

(9) P. Rambaud, Arch. médico-chirurgicales de province (1913).

avait accordée. Son frère Pierre lui succède, moyennant une somme de 60 livres par mois, avec l'obligation de rester pendant quinze ans attaché à l'hôpital. Trouvant le service trop pénible, il veut, l'année suivante, se retirer. Toutefois, il se ravise et consent à rester tout « en demandant à Dieu le conserver et qu'il puisse encore ceste fois sortir dud. hospital mais après qu'il n'y aura plus de mal et qu'il sera fermé ».

Il fut l'année suivante sur le point d'y mourir. Après avoir eu une première atteinte de peste, il réclama, le 2 septembre 1631, un peu de repos, « estant, dit-il, malade par suite d'un long et assidu travail, auquel il s'est nuict et jour employé à panser et à traicter les pestifférrez dans l'hospital et ailleurs, à cause du mal contagieux dont il a esté frappé quatre diverses fois au grand péril de sa vie ». Il termine en déclarant qu'il reprendra son service, aussitôt que sa santé sera rétablie.

Les chirurgiens de la peste visitent également les malades de la ville qui se font soigner chez eux. En 1628, la municipalité refuse d'accorder un cheval à Martial Pareau, qui trouve ce service trop pénible. Inutile d'ajouter qu'ils sont tenus, selon l'usage, de porter une verge blanche à la main au cours de leur pérégrination à travers les rues.

Les appointements des chirurgiens restent fort variables. En dehors des épidémies, ils touchent de 20 à 30 livres par an pour se tenir à la disposition de la mairie. Quand débute la peste, ils se gagent au mois et se font payer à l'avance. Leurs mensualités qui se montent d'abord à 11 ou 12 livres, vont jusqu'à 25 livres. Elles augmentent par la suite et passent à 30 livres, puis à

60 livres et même à 90 livres en cas d'extrême besoin. Un simple compagnon, comme Denis Vincent, en 1631, ne gagne que 8 à 9 livres. Cependant, on le met à 10 livres, « attendu la peine extraordinaire qu'il prend à traicter et panser les malades de l'hôpital des pestifférés qui sont en grand nombre ».

En général, au dire d'Etienne Thevet, on attend toujours trop tard pour choisir de bons chirurgiens (1). Il faut alors se résoudre à prendre au hasard ceux qui se présentent. Il s'en trouve parmi eux qui n'ont jamais vu un bubon, de sorte que nombre de personnes restent renfermées par erreur ou portées à l'hôpital. Aussi, bien des gens refusent, pour cette cause, de se conformer aux ordonnances de la mairie.

Des plaintes sont portées contre certains de ces compagnons chirurgiens. Ils fréquentent le public, malgré les ordonnances, et ne font point suivre aux malades les régimes prescrits. L'un d'eux est traité d'ignorant, ne sachant <x pas même cognoistre les malades » comme on en a eu des exemples. Un autre, à cause des « blasphèmes et insolences qu'il commet à l'hôpital », en est chassé et déclaré indigne de jouir des privilèges attribués aux chirurgiens de la peste.

A côté des faiblesses dont se rendent coupables les chirurgiens, il faut tenir compte des dangers qu'ils courent. Denis Vincent, l'un d'eux, nous raconte que de mars 1631 à février 1632, il en mourut neuf à l'Hôpital des pestiférés. C'est ainsi que Martial Pareau « laissa plusieurs enfants et peu de bien ». Il en est de même des compa-

(1) Etienne Thevet, loc. cit.

gnons qui souvent sontfort mal payés. L'un d'eux déclare, le 16 décembre 1587, « qu'il a hazardé sa vie pour servyr à l'Hostel-Dieu de la peste pour traicter et panser les pauvres affligez de contagion ». Il réclame, en conséquence, ses gages de deux mois avec « quelque récompense pour s'entretenir de vivre ».

lin résumé, nombre de ces chirurgiens choisis un peu au hasard surent montrer autant de courage que de dévouement à l'égard des malades atteints par le fléau. Il y en eut qui s'établirent par la suite à Poitiers, mais ce ne fut que le petit nombre.

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