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L ADMINISTRATION DE LA COMMUNAUTE DES MAITRES CHIRURGIENS

Confrérie de Saint-Côme et de Saint-Damien. — Fête annuelle de la maîtrise. — Service pour les morts. — Obligation d'assister aux enterrements des confrères défunts. — Locaux des assemblées. — Convocations pour y assister. — Présidence. — Rang de préséance. — Discussions. — Procès-verbaux. — Coffre de la communauté. — Questions financières. — Emprunts. — Cotisations annuelles. — Budget.

Les maîtres ont l'habitude de faire une assemblée, qui est générale et obligatoire, tous les ans. Les autres n'ont lieu qu'en cas de besoin. Généralement, ils se réunissent dans les couvents de Poitiers qui appartiennent aux ordres mineurs. On les trouve ainsi chez les Augustins, les Carmes, les Cordeliers et les Jacobins. Ces deux derniers ordres jouissent surtout de la préférence des gens des métiers.

Les chirurgiens ne cessent, à partir du moyen âge, d'avoir comme patrons saint Côme et saint Damien. Les règlements de 1410 défendent de saigner ou de raser lejour deleurfête, sous peinede 51ivres d'amende. Ceux de 1427 ordonnent au lieutenant et aux maîtres de se réunir et d'inviter les officiers du roi à vouloir bien se joindre à eux pour la célébrer. Enfin, chaque aspirant

à la maîtrise est tenu, avant de passer ses examens, de verser la somme de 100 sols, destinée au paiement du service divin.

Les statuts de 1571 sont encore plus précis. L'article 9 prescrit dans chaque jurande la création d'une confrérie en l'honneur de Dieu et « des benoîts saint Côme et saint Damien ». Les confrères pourront se réunir, quand besoin sera, pour assister aux offices, en invitant, comme par le passé, les principaux officiers du roi avec le lieutenant, ainsi que les deux jurés du métier. La même somme de 100 sols sera versée par les maîtres après leur réception, afin de subvenir aux frais « de lad. confrairie ad ce que, avecl'ayde de Dieu et d'iceulx glorieux saint Côme et saint Damien, ils puissent plus sûrement ouvrer le corps humain ».

Le règlement de 1711 décrit la façon dont la fête doit se passer. Tout d'abord, les chirurgiens sont tenus, sans qu'il soit besoin de les convoquer, de se rendre à 10 heures du matin dans l'église des Jacobins, pour assister « au service et grand'messe ». L'après-midi, à 3 heures, ont lieu les vêpres, et le lendemain, à 10 heures, le service pour le repos de l'âme des maîtres défunts.

Chaque membre de la communauté est tenu, tous les ans, quand vient son tour, de présenter un pain béni, auquel s'ajoute un gâteau, comme c'est l'usage. Il est aussi tenu d'en faire la distribution, assisté des deux plus jeunes maîtres présents à l'office. Le soir, a lieu un dîner « pour entretenir l'union entre tous ». Les frais de la fête sont à la charge de la communauté ; un second repas a lieu également, mais plus tard, la veille de la fête.

Les statuts de 1723 prescrivent aux prévôts de s'occu-

per des cérémonies. Elles commencent par la célébration des vêpres, le jour qui précède la Saint-Gôme. Le lendemain, rien n'est modifié, sinon qu'un Salut doit être chanté après les vêpres. Le troisième jour, on célèbre le service des défunts. Les membres de la communauté sont obligés d'assister à tous les offices. Quant aux frais, on les paye au moyen des 2 livres en argent que les maîtres ou leurs veuves doivent verser comme droit de visite. Ces sortes de cérémonies ne se passent point toujours sans donner lieu à quelques incidents. Lors de celle du 9 septembre 1667, deux des plus jeunes maîtres, Jolly et Boury, présentent l'un les gâtelets et l'autre le pain bénit. Leur confrère Jean Faulcon ayant été reçu après eux ne manque point de protester (1). On lui répond que le prêtre est libre de choisir pour cette fonction qui bon lui semble. Comme il se plaint encore de n'avoir reçu ni gâteau ni pain béni, il lui est objecté que n'ayant pas versé les 100 sols destinés à la célébration de la fête, il ne peut de ce chef rien réclamer.

' Tous les chirurgiens sont tenus d'assister aux enterrements de leurs confrères. Il en est de même des aspirants à la maîtrise qui, à partir de 1723, doivent y aller en habits décents. Ils sont spécialement convoqués pour la cérémonie. Les quatre plus jeunes maîtres se placent autour du cercueil. Les deux plus anciens d'entre eux tiennent les coins ou cornières du drap mortuaire du côté de la tête, et les deux autres, ceux de derrière. Les absents sont frappés d'une amende de 5 sols, d'après les statuts de 1427.

(1) Min. Marrot jeune, notaire.

Cet usage commun à toutes les maîtrises est fort ancien. Le 9 août 1580, Jehan Colas, maître chirurgien, est enterré dans l'église Sainte-Opportune, sous les bancs qui joignent à la chapelle des Blanchaux (1). A ses obsèques, assistent tous les maîtres « avec d'honnestes personnes de qualité et d'honneur >% A la fin de l'acte mortuaire, le prêtre a soin d'ajouter, ce qui est exceptionnel, requiescat in pace. Dans la même église, ont lieu les funérailles de Jarry, que l'on met dans la tombe de Colas. Comme il a été pendant sa vie chirurgien des Cordeliers, le P. Prieur prononce son oraison funèbre en présence « de toute la société des maîtres en chirurgie et d'autres personnes d'honneur ».

La communauté se réunit généralement dans une des salles du couvent choisi pour y célébrer sa fête. Le 15 mai 1585, Abraham Pellejay déclare qu'il s'estprésenté chez les Augustins « en une chambre basse où les maistres ont accoustumé s'assembler pour le négoce de leur état » (2). On les trouve, le 14 avril 1614, aux Carmes, occupés à élire les jurés, après avoir assisté au service des défunts (3). Le 7 mai 1627, ils déclarent y avoir célébré leur confrérie, mais que depuis plusieurs années les moines leur ont refusé « tables, sièges et tappis, pour faire distinguer les maîtres d'avec les autres» (4). De plus, ils n'ont pu obtenir un local pour y tenir des assemblées, ce qui les a obligés, à plusieurs reprises, en 1613 et 1619, à les faire aux Jacobins. Un arrêt les ayant astreint à s'assembler chez ces derniers, ainsi qu'à leur fournir

(1) Reg. par Sainte-Opportune.

(2) Min. Guyonneau, notaire.

(3) Min. Royer, notaire.

(4) Arch. Vienne, H. 78.

les chapes et tout ce qui est nécessaire pour la célébration du service divin, ils se décident alors à changer de couvent.

Les conditions, en vertu desquelles les Pères consentent à recevoir les chirurgiens chez eux, sont inscrites sur leur registre de comptes, de 1676 (1). Il est dit que pour la fête de saint Gôme,la messe leur sera comptée 7 1. Les candidats à la maîtrise verseront 12 livres, soit 3 livresaprès chaque examen, sauf au second, troisième et quatrième dont les frais ne se monteront qu'à 30 sols. Le bon moine, qui croit que son monastère est peut-être frustré par les aspirants, ajoute qu'un autre acte se passe dans « quelque jardin », ce qui est illégal, car toutes les assemblées doivent régulièrement se tenir au couvent. Quant aux maîtres reçus pour la campagne, ils ne donnent en tout que 30 sols.

Au xvme siècle, les chirurgiens ne payent le loyer de leur salle que d'une façon fort intermittente. En 1743 et 1748, ils sont en retard de cinq ans, en 1757, de quatre et enfin de trois, en 1763. Les services des défunts, célébrés moyennant 3 livres, subissent souvent un pareil retard (2). Chaque feu allumé dans la salle est tarifé 10 sols au xvne siècle, puis 1 livre à partir de

Le règlement de 1711 prescrit de placer dans la chambre de saint Côme un tableau contenant les noms de tous les maîtres, par ordre de réception, afin que chacun d'eux puisse se placer selon son rang quand se tiendront les assemblées. Pendant toute leur durée, le silence

ll) Arch. Vienne, reg. 262.

(2) Arch. Vienne, reg. 264.

est de règle quand le lieutenant ou l'un des maîtres a la parole.

C'est dans ce local et non ailleurs que, d'après les statuts de 1730, la communauté se réunit, et cela, à peine de nullité. On y prend toutes les délibérations ayant un caractère général. Là se font aussi les élections des prévôts, la reddition des comptes annuels, les examens et les installations des lieutenants ou des greffiers.

Seul, le lieutenant possède, en principe, le droit de convoquer les chirurgiens. En son absence, ce droit revient au premier juré ou au premier prévôt. Le règlement de 1723 déclare qu'en cas de refus de sa part, les maîtres peuvent, trois jours après, lui envoyer une sommation d'avoir à se présenter avec eux devant le juge de police.

Pour réunir ses confrères, le lieutenant adresse une note au dernier d'entre eux reçu à la maîtrise. Il le prie « de vouloir bien se donner la peine de convoquer tous les maîtres chirurgiens, afin de se trouver le lendemain, à 2 heures après midi, dans la chambre commune au couvent des RR. PP. Jacobins, pour affaires pressantes concernant la communauté » (1). Le billet n'indique point, en général, l'ordre du jour de la réunion.

Les convocations sont parfois l'objet de violentes discussions et même de procès. Un arrêt du Grand Conseil, du 15 juin 1613, ordonne que « Thevet aura l'obligation, chaque fois qu'il sera nécessaire ou qu'il en sera requis, de réunir les chirurgiens au couvent des Jacobins, lieu ordinaire et accoutumé de leurs assemblées. A cette fin,

(1) Min. Bourbeau, notaire (2 avril 1696).

il délivrera les bulletins et billets vingt-quatre heures après, en indiquant d'une façon expresse le sujet de lad. assemblée » (1). Les délibérations devront être, en dernier lieu, transcrites sur un registre spécial.

Ce même Thevet ayant été, le 12 janvier 1619, sommé de réunir ses confrères, déclare « que bien que ce soit une forme subreclive et indécente, eu égard à sa charge et sans qu'il eut refusé de le faire », donne l'ordre au « dernier maître ayant lettre et non à d'autres » de les convoquer le lendemain aux Jacobins (2), Le

27 octobre 1668, le lieutenant Dardin est également sommé d'avoir à faire une réunion pour nommer des jurés. Sur son refus, il est poursuivi.

Enfin, le 4 août 1755, dans une assemblée qui se tient au sujet d'une affaire concernant Jacques Cirotteau, candidat à la maîtrise, les chirurgiens présents font observer que chaque fois que cette candidature a été discutée, le lieutenant s'est absenté sans aucun motif (3). Aussi, lui envoie-t-on une sommation d'avoir à remettre le dossier qui la concerne.

Des convocations peuvent être adressées, en vertu des statuts de 1723, aux veuves de maîtres, aux apprentis, aux compagnons et aux autres personnes soumises à la juridiction du lieutenant. Tous sont tenus d'assister à l'assemblée, sous peine d'une amende à établir par le lieutenant de police.

Le dernier chirurgien reçu porte au domicile de ses confrères les bulletins qui les convoquent. Parfois, il

(1) Arch. Vienne, D. 11.

(2) Min. Chesneau (Daniel), notaire.

(3; Arch. Vienne, f. Soc. Ant. Ouest.

est tenu de certifier qu'ils ont été remis à chacun d'entre d'eux ainsi qu'au greffier. Le 15 mars 1585, Abraham Pellejay l'ayant reçu d'un autre, réclame l'annulation de l'assemblée, un tel acte étant contraire aux usages (lj. De même, le 15 septembre 1640, Jean Poitevin, second juré, accuse Guillaume Cochet de lui avoir fait remettre un bulletin par son frère qui n'est pas le dernier maître reçu (2). En conséquence, il considère la convocation comme illégale.

Le lieutenant préside de droit les réunions, et, à son défaut, chacun des maîtres présents, selon son rang de réception. Cependant, si l'un d'eux veut faire une propo sition qui vise le président, celui-ci est tenu de se retirer. Un fait semblable s'étant passé, le 26 août 1696, le procureur du roi vint lui-même assurer la police de l'assemblée.

Quand celui qui doit présider appartient à la religion réformée, il n'est point toujours reçu avec aménité par les Jacobins (3). Le 21 novembre 1642, Josué Trotin se voit d'abord refuser l'entrée du couvent. Après s'y être introduit par force, en protestant avec violence et en insultantles moines, ceux-ci le renferment sous clef dans la salle Saint-Côme. Quand il en est sorti, il va se plaindre au procureur du roi.

L'assemblée une fois constituée, le lieutenant doit prendre la première place. Après lui, viennent les jurés ou les prévôts, le doyen, puis les maîtres par rang d'ancienneté. Ces derniers sont tenus de porter honneur et

(1) Min. Guyonneau, notaire.

(2) Min. Bourbeau, notaire.

(3) Min. Dubois, notaire.

respect aux membres du bureau ainsi qu'à tous leurs confrères. Ceux d'entre eux qui se rendront coupables « de paroles injurieuses seront exclus de la chambre pendant trois mois et ne pourront y revenir pour quelque cause que ce soit ». De plus, le délinquant ne devra lever aucun appareil posé par lui, sans y appeler un autre chirurgien.

Le président expose d'abord l'affaire à traiter au cours de la réunion. Ensuite, chaque membre, à l'appel du greffier, prend la parole quand son tour est venu. C'est le dernier reçu qui commence. Les statuts de 1730 les mettent tous dans l'obligation de répondre aux questions posées, sous peine d'une amende de 5 livres la première fois, de 20 livres la seconde et, en cas de récidive, d'être privés des émoluments ordinaires que leur versent les candidats à la maîtrise. Les avis sont ensuite recueillis, à commencer par les jurés ou prévôts, le doyen et les plus anciens maîtres. Le lieutenant donne le sien en dernier lieu; puis, après avoir compté les voix, proclame le résultat de la délibération.

Les décisions, prises à la majorité des voix, sont inscrites sur un registre spécial que tous doivent signer, sous peine de trois mois d'exclusion. Cependant, il est loisible à ceux dont elles ne représentent point les opinions de formuler une opposition par écrit dans les vingt-quatre heures qui suivent.

Parfois, les membres de l'assemblée se divisent en fractions opposées les uns aux autres, formant ce que l'on appelait « des brigues ». En général, les anciens sont d'un côté, tandis que les jeunesse groupent autour d'un autre jeune qu'ils désignent pour leur lieutenant. Après

avoir échangé des insultes et même des coups, les partis s'intentent des procès qui vont se terminer devant le Conseil du roi. Le 19 septembre 1619, l'assemblée est ainsi divisée : d'un côté, le lieutenant avec quatre membres, tandis que huit autres leur sont opposés. Ces derniers, qui forment ainsi une « brigue », se mettent à délibérer sous la présidence du premier juré, ne voulant même pas admettre le greffier parmi eux.

En dehors des assemblées générales, les statuts de 1723 et de 1730 en créent d'autres plus restreintes. Elles comprennent le lieutenant, les prévôts, le doyen et le greffier. Ils doivent les tenir chaque lundi pour s'occuper de tout ce qui comprend -( la police et la discipline des maîtres, des veuves, des apprentis, des garçons et de toutes les personnes qui lui soni soumises ». Si parmi les affaires en discussion, il s'en trouve une importante, les chirurgiens sont tenus de se réunir sous peine de 3 livres d'amende pour les absents qui n'ont pas d'excuses.

La communauté possède deux registres, l'un qui sert à l'inscription des actes d'apprentissage et de réception à la maîtrise, et l'autre à l'enregistrement des délibérations ainsi qu'à la copie de différents actes. Ce dernier ne doit avoir aucun blanc. Chaque page est parafée par le lieutenant, sous peine de 50 livres d'amende au greffier.

Tous les papiers et titres, à l'exception du registre du greffier qui le garde trois ans chez lui, sont placés dans un coffre muni de trois serrures.

La clef de la première est remise au lieutenant, celle de la seconde au plus ancien juré ou prévôt, et celle de la troisième au greffier.

Ce règlement n'est point toujours suivi d'une façon

bien correcte. Le 21 janvier 1632, Jehan Chicard, «juré et garde du corps des maistres », en réclame une au lieutenant pour la remettre au greffier (1). Le 16 juillet 1640, c'est le lieutenant qui, à son tour, en est dépossédé par les jurés, sous prétexte qu'ils sont dans l'obligation de faire réparer les serrures du coffre (2). On les accuse alors d'agir de la sorte, dans le but de disposer plus facilement et à leur gré, des archives qu'on y renferme.

Au xviie siècle, toute la communauté doit donner « son avis et consentement » chaque fois que l'ouverture du coffre est reconnue indispensable. En 1658, le troisième juré ayant conservé une des clefs au lieu de la remettre au greffier, douze des maîtres protestent contre cet abus (3). Ils obtiennent, le 27 novembre de cette même année, un arrêt du Grand Conseil qui maintient leur droit.

Les questions financières préoccupent toujours d'une façon toute spéciale les maîtrises et jurandes. Jusqu'au xvme siècle, les premiers jurés s'occupent des recettes et des dépenses qu'ils soumettent au contrôle de toute la communauté. L'édit de 1723 réserve les fonctions de receveur au second prévôt. S'il reste créancier après la reddition de ses comptes, la dette est répartie par portions égales entre tous les maîtres un mois après, et les sommes sont recouvrées au bout de trois autres mois. Les statuts de 1730 ne modifient en rien cette façon d'agir.

Les deniers de la bourse commune servent à l'ac-

(1) Min. Royer, notaire.

(2) Min. Bourbeau, notaire (16 juillet 164T

(3) Min. Perronneau, notaire.

quiltement des charges ordinaires et annuelles de la communauté. Il en est fait un état, arrêté d'abord par tous les maîtres, puis ensuite homologué par le juge de police, sur les conclusions du procureur du roi. En cas d'excédent, il n'est permis de le dépenser qu'après une délibération homologuée comme précédemment. Le premier de ces magistrats reçoit alors 6 livres et le second 4 livres.

Les emprunts, comme les remboursements, se décident en assemblée générale et sont eux aussi homologués, à partir de 1723, par le lieutenant de police. En général, les premiers se font pour acquitter les emprunts nécessités par des procès, par l'achat de différentes charges, ou enfin, parles taxes qu'imposent la municipalité ou le roi.

Le 22 janvier 1631, les chirurgiens empruntent 300 livres, afin de soutenir un procès contre le maire. Le 8 août 1674, Bironnet, en qualité de lieutenant, prête 520 livres à sa communauté (1). Une autre somme de 525 livres est empruntée le 4 juillet 1688 (2). Elle est restituée le 27 août 1696 (3).

Une somme de 950 livres, destinée à couvrir certains frais de poursuites, est remboursée le 7 octobre 1698 (4). Parfois, les emprunts sont fortement discutés (5). Le 20 octobre 1689, six des maîtres sur dix s'opposent à un emprunt de 160 livres. Ils veulent en connaître l'emploi,

(1) Min. Bourbeau, notaire.

(2) Id.

(3) Min. Dubois, notaire. — Min. Rullier, notaire. Le 16 octobre 1689, on rembourse 509 livres à Jean Faulcon.

(4) Min. Rullier, notaire.

(5) En 1692, le ler octobre, il est fait un emprunt de 1.000 livres. (Min. Decressac, notaire.) Le 4 juin 1692, deux autres de 261 livres et de 350 livres au chirurgien Bironnet.

tout en se réservant d'accepter ou de refuser les comptes de fin d'année.

Après l'emprunt de 1.900 livres, fait en 1692, pour l'achat de deux charges de jurés royaux, il leur faut encore se procurer une somme de 900 livres, le 6 mai 1695, afin de payer des taxes imposées par le roi. Vient ensuite un second emprunt de 2.000 livres, le 16 octobre 1698. et un troisième de 200 livres (1). Ce dernier est consenti par les religieuses de Sainte-Catherine.

Une délibération des chirurgiens, du 29 février 1761, nous fait connaître une partie des emprunts émis au \vme siècle parleur communauté. On y trouve :

1° Le 20 juin 1720 : une rente de 320 livres au principal de 16.000 livres (2). Elle est faite à raison du denier cinquante, c'est-à-dire à 2 °/0. Le prêteur est René Berland, chancelier de l'Ordre de Malte. Il s'agit d'un emprunt de liquidation ;

2° Le 28 juin 1737, une rente de 62 livres au principal de 1.250 livres, due à Maurat, chirurgien (3).

3° Le 29 janvier 1748, une rente de 57 1. 10 s. au principal de 1.150 livres, due au même (4) ;

4° Le 25 novembre 1758, une dernière de 200 livres à cause d'un emprunt de 4.000 livres consenti par le nommé Bernier(5).

(1) Min. Guill., Decressac, notaire. — Min.Rullier et Marrot, notaires.

(2) Le 20 mars 1720, ils empruntent à Marguerite Cholois. Yve de .1. Vaudrin, la somme de 14.600 livres, avec intérêt de 486 livres 18 sols, pour rembourser diverses dettes. Ainsi que les chirurgiens, nombre de corporations, comme le présidial et le tribunal de commerce, réduisent à 2 '/o les arrérage de leurs emprunts.

(3) Min. Baudoin, notaire.

(4) Min. Brunet, notaire.

(5) Min. Darbez, notaire. En plus des dettes de 1761, nous en trou-

En résumé, les dettes des maîtres chirurgiens atteignent, à cette date, 22.400 livres. Les recettes qu'ils peuvent encaisser sont insuffisantes pour arriver à les éteindre. Le 28 juin 1750,1e doyen propose d'y employer les sommes versées par les candidats à la maîtrise (1). Seuls, le lieutenant, les prévôts et le doyen, conserveront les 40 sols qu'ils reçoivent comme droits particuliers. Cette proposition est acceptée, mais seulement quand il s'agira de ceux qui voudront s'établir à Poitiers et non pour les autres (2). Par malheur, deux maîtres ayant refusé de faire abandon de ce qui leur revenait pour les examens, la proposition dut être abandonnée. Chacun se trouva ainsi obligé de participer par portions égales au paiement d'une rente de 320 livres.

Des refus de cotisation se rencontrent parfois au xvme siècle, époque à laquelle les dettes sont assez importantes. Le 15 avril 1710, la communauté obtient un arrêt du présidial contre Faulcon et Boucault. Elle les oblige à verser chacun 28 1. 5 s. pour l'amortissement d'un emprunt. Le 17 mars 1729, les prévôts demandent au lieutenant de bien vouloir réunir les maîtres afin d'obtenir d'eux la permission de poursuivre quatre de leurs confrères qui ne veulent verser aucune cotisation (3). En cas de refus de sa part, la réunion se fera quand même dans les trois jours, conformément aux statuts Il répond qu'elle aura lieu le mardi suivant et ajoute

vous plus de 700 livres à l'église de Saint-Cybard, en 1740. (Arch. Vienne, G. 86.)

(1) Arch. Vienne, f., Soc Ant. Ouest.-

(2) Arch. Vienne, Greffe civil du présidial.

(3) Arch. Vienne, E., no 226.

qu'il ne veut à aucun prix prendre part aux procès et aux cabales qui existent entre ses confrères.

Certains maîtres, aussitôt reçus, refusent d'accepter la part qui leur incombe dans les dettes de la communauté. Pour éviter cet ennui, on les oblige, par écrit, à s'en rendre solidaires, avant de les admettre à prêter serment. Le 23 août 1733, quatre d'entre eux s'engagent ainsi à participer au paiement d'une rente de 35 livres (1). Le 21 janvier 1761, Hyacinthe Grivet approuve et ratifie, aussitôt sa réception, tous les contrats passés jusqu'à ce jour, après en avoir écouté la lecture. Il consent à les exécuter a comme sy lors et au temps de leur apparition il eut été maître » (2). Il ne s'engage au paiement du capital et des arrérages, « qu'autant qu'il sera dans le corps et communauté des maîtres chirurgiens ». De toute façon, sa femme et ses enfants en demeureront déchargés.

Quelques années plus tard, on n'attend plus la fin des examens pour prendre cette sage mesure. C'est avant de les passer que le candidat doit s'engager à payer sa part des dettes. Le 7 janvier 1764, Pierre Chein, après lecture des contrats indiquant les rentes dues, « déclare les approuver et ratifier (3), consent à ce qu'ils soient exécutés par lui et la communauté, s'engage à en payer les arrérage échus et à échoir ».

Les chirurgiens n'ont à leur actif que deux rentes dues par le roi. L'une de 15 livres et l'autre de 20 livres provenant, la première, de l'achat des offices d'inspecteurscontrôleurs de la communauté, et la seconde, d'audi-

(1) Min. Bourdon, notaire.

(2) Arch. Vienne, f., Soc. Ant. Ouest.

(3) Min.» Jacques Darbez, notaire.

teurs-examinateurs des comptes créés par les édits de 1691, 1710, 1734 et 16 février 1742.

Le budget des chirurgiens établi, le 3 mars 1750, pour l'année qui vient de s'écouler, nous donne les chiffres suivants :

Recettes 130 1. en huit articles.

Mises 701. 8s. 6d.

Reste. ..... 591. 11 s. 6 d.

Cette somme est remise par le receveur Maurat entre les mains de Delavault qui, en qualité de successeur, lui en donne décharge.

Ce dernier reçoit en outre, avec les clefs du coffre, un billet dû par Cotherau, chirurgien à Jaulnay (1). En plus, quatorze quittances, parmi lesquelles une de 120 livres, du 13 mars 1740, signée Marrot ; une seconde, de 296 livres 16 sols, du 4 septembre 1750, signée Chaillou ; une troisième de 39 livres 13 sols, du 16 novembre 1750, signée Rollon ; une quatrième de 21 livres 6 sols, du 24 décembre de la même année (2). Toutes sont mises aux archives. La reddition des comptes terminée, les maîtres s'en vont dîner ensemble, selon l'usage, aux frais de la communauté.

En résumé, l'administration intérieure de la communauté des maîtres chirurgiens de Poitiers connut nombre de périodes difficiles. Des discussions, des disputes plus ou moins violentes, et enfin des procès vinrent à maintes reprises la troubler. Les lieutenants, dans

(1) Min. Jacques Darbez, notaire.

(2) Arch. Vienne, f., Soc. Â.nt. Ouest.

plusieurs occasions, manquèrent d'autorité et se virent obligés de comparaître avec leurs subordonnés devant les tribunaux.

D'un autre côté, les dettes occasionnées, surtout par de nombreux procès, rendirent parfois la situation financière fort dilïicile. De là, de continuels tiraillements et un manque d'entente presque constant entre les chirurgiens dans l'administration de leur communauté.

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