LE STAGE EN CHIRURGIE
Durée du stage et ses variations. — Certificats. — Défense de prendre le garçon d'un confrère voisin. — L'abbé des compagnons. — Départ pour le tour de France. — Moyens divers pour se munir d'argent. — Engagements dans l'armée ou la marine. — Actes de violences entre maîtres et serviteurs. — Engagements à l'Hôpital de la peste et à l'Hôpital général.
L'apprenti ou locatif, après deux ou trois années passées chez un maitre et en possession de son certificat de sortie, prend alors le titre de garçon, de compagnon ou simplement celui de serviteur des chirurgiens. La durée du stage qu'il doit effectuer est assez variable. L'Ordonnance de U;92 la porte à six années quand il a lieu dans la boutique d'un maître. Autrement, elle est réduite à quatre, si le stagiaire prend du service à l'armée ou dans un hôpital. Le règlement de 1711 exige également quatre ans aussi bien chez les maîtres qu'ailleurs. Enfin, la déclaration du 12 avril 1772 la ramène à trois dans le premier cas et à deux dans l'autre, avec obligation de suivre les cours pendant douze mois. L'ordonnance de 1692 impose l'immatriculation du stagiaire au greffe de police, sous peine de 50 livres d'amende.
L'article 20 du règlement de 1711 déclare expressément « qu'aucun garçon chirurgien ne pourra sortir de chez son maître s'il n'est maistre de chef d'œuvre, qu'il
n'en aye mis dans sa place un capable de travailler ». En principe, nul n'a le droit de s'en aller avant d'avoir terminé son stage. Tous sont tenus en sortant « d'apporter à celuy chez qui ils voudront entrer un billet signé des maistres ou veuves, pour se placer, trois mois après leur sortie, s'ils n'en sont tous consentans ». En résumé, un patron peut empêcher pendant ce laps de temps son ancien employé d'entrer chez l'un de ses confrères.
Ce même article 20 comporte une addition qui ne saurait passer inaperçue. Elle déclare très nettement que tout garçon qui entrera chez un perruquier ne pourra plus travailler en ville comme chirurgien. De plus, l'article 22 lui enlève le droit d'exercer cette profession à Poitiers. Aussi, les maîtres perruquiers sont-ils tenus de déclarer au greffe de la communauté des chirurgiens les employés qu'ils ont chez eux, avec leurs noms, surnoms, pays et villes de leur naissance, sous peine de 50 livres d'amende.
Les compagnons se font délivrer des certificats de sortie chaque fois qu'ils changent de maîtres. S ils n'en peuvent obtenir, ils ont recours à des attestations que leur délivrent des personnes du voisinage. Ainsi, le 7 janvier 1606, Jules Janson, originaire du diocèse du Mans, fait dresser un acte notarié dans lequel il est constaté par Pierre Robert, tapissier, Michel Duboys, maître apothicaire, et Etienne Bazille, maître armurier demeurant au Château-du-Loir, qu'il a exercé la chirurgie dans cette localité (1). Cette pièce lui permet de trouver une place chez un autre patron.
(1) Min. Dubois, notaire.
Les maîtres n'ont point le droit de prendre les garçons de leurs confrères sans en avoir l'autorisation. C'est d'ailleurs un usage fort répandu dans les corporations des arts et métiers et, en cas d'infraction, susceptible d'entraîner des poursuites. Une infraction de ce genre occasionne même une discussion au sein du Conseil municipal de Poitiers. Il s'agit de savoir si un tel acte ressort du tribunal des échevins ou de celui du lieutenant du premier chirurgien du roi.
Jacques Rollandeau, procureur de lHôtel de Ville, déclare, le 8 juin 1609, qu'un chirurgien avait distrait le serviteur de l'un de ses voisins, ce qui était contraire aux ordonnances royales. A la plainte de ce dernier, son adversaire répondit que les échevins n'étaient point compétents pour en connaître à la place du lieutenant des barbiers (1). Le Conseil municipal répliqua en disant : « Attendu que M. le maire, suivant les statuts de la Maison commune de céans, donnés par les roys de France et confirmés par le roy à présent régnant, tous les habitans qui sont iceulxd. de la commune sont soumis à sa juridiction, led. Rollandeau, procureur à la police, requerera que les partyes soyent appellées par M. le maire et capitaine de cette ville. »
Le 11 octobre 1669, JeanFauîcon va trouver son confrère Etienne Caron, auquel il fait savoir, en présence d'un notaire, « que mal à propos et contre la nature de leur métier, il a prins et retiré en sa maison, en qualité de serviteur, le nommé Marsilac qu'il sçavoit très bien avoir servy chez led. Faulcon en la mesme qualité, ce qui a
(1) Reg. dél. municip., n° 64, p. 189.
esté faict par led. Garon par une pure haine et pour s'atirer les pratiques dud. Faulcon et, par ainsi, somme led. Garon, comme il l'a faict aultrefois verbalement, de renvoyer et mettre hors de sa bouticque led. Marcilac, protestant, ou le s1 Garon seroit refusant de ce faire, d'en porter plainte devant quy il advisera et de tous despens, dommages et intérêts m (1). Ce dernier étant absent, il n'obtient aucune réponse.
Au sortir de leur apprentissage, nombre de compagnons s'empressent, comme ils le disent, d'aller voir du pays et d'entreprendre parfois de longs voyages. Dans certaines villes universitaires, surtout dans le Midi de la France, ils forment des sociétés avec, à leur tête, un chef qu'ils désignent sous le nom d'abbé. Nous trouvons à Poitiers, au cours du xvne siècle, une association de ce genre (2). Le 23 septembre 1658, Gilles Bodinier, serviteur de chirurgien, demeurant dans la boutique de Poirier, porte plainte au présidial contre Jean Monnet, abbé des serviteurs des chirurgiens. Il le fait condamner à lui payer 15 sols et à lui restituer sa trousse avec ses rasoirs.
Avant de partir en voyage, les compagnons doivent se munir d'argent. Les uns vendent en partie, ou môme en totalité, les biens qu'ils possèdent. Le 7 décembre 1638, Hugues Bugeau cède complètement les siens à sa bellesœur (3). Le 29 novembre 1668, Auger Gallet abandonne une rente de 12 livres à l'imprimeur Jean FJeuriau (4).
(1) Min. Marrot, notaire.
(2) Arch. Vienne, gref. civil du présid.
(i) Min. Royer, notaire.
Le 14 mai 1695, François Guionnet et Pierre-Paul Bersil vendent une terre située à Liniers (1). Les actes de vente de ce genre sont assez communs.
Certains compagnons, avant leur départ, se contentent de mettre en location leurs propriétés. Le 14 mai 1657, Jacques Courteville donne à ferme pour trois ans ses deux borderies situées près du cimetière de Saint- Georges-les-Baillargeaux (2). Au cours de l'acte, il reconnaît que le fermier lui a avancé 30 livres, montant du prix d'une année, afin de lui permettre d'acheter un habit, un manteau et des souliers pour aller ensuite « voir le pays et villes de France et travailler et s'exercer de son mestier de chirurgien ».
Il en est également qui, en cours de route, vendent ou louent les biens qu'ils possèdent. Le 10 janvier 1660, Jacques Jolly, qui travaille rue Galande, à Paris, cède le quart d'une « treille » à son beau-frère l'imprimeur Louis Faulcon (3). Pierre Nollin, lors de son séjour à Poitiers, hypothèque, le 28 février 1682, sa maison sise à Bournezeau en Bas-Poitou (4).
Parmi les précautions que nombre de voyageurs prenaient jadis avant leur départ, il en est une que les compagnons n'avaient garde d'oublier. La plupart allaient trouver un notaire pour lui dicter leurs dernières volontés. Le 10 avril 1665, Joseph Hélie, qui s'intitule « étu-
(1) Min. Marrot, notaire. Le 14 mai 1631, Philibert Thébault déclare que « ne pouvant jouir de ses biens et aj^ant formé le dessein de voyager pour se perfectionner dans son art », les vend à son curateur. (Min. Bourbeau, notaire.
(2) Min. Cbollet, notaire.
(3i Min. Cailler, notaire.
(4) Min. Rover, notaire.
diant en chirurgie en la ville de Poitiers », ne veut point entreprendre un long voyage pour se perfectionner dans sa profession, sans avoir eu soin, au préalable, de disposer des quelques biens qu'il a plu à Dieu de lui donner (1). Il fait le partage de ce qu'il possède entre tous ses frères.
Les jeunes gens qui veulent s'enrôler dans l'armée ou la marine, agissent comme les précédents. Le 4 janvier 1684, Jacques Andreau, garçon chirurgien attaché au régiment d'Anjou, réclame à son ancien patron, Nicolas Baratte, la somme de 13 livres qui lui est due, afin de la remettre à son compagnon le sieur de la Baune, auquel il l'avait emprunté (2). Le 30 août 1672, Nicolas Dumas, lors de son engagement au régiment de Navarre, charge sa sœur de gérer ses biens et lui en fait don dans le cas où il viendrait à mourir.
Les départs des compagnons chirurgiens à l'armée n'étaient point rares, car la guerre était une excellente école pour l'étude de leur art. Le 23 mai 1682, François Forest, s' des Guitardières, enrôle à Poitiers les compagnons désireux de servir sur les vaisseaux du roi dans le Ponant. Il fait engager Louis Joubin, né à Hennebont en Bretagne, et Pierre Morand, fils d'un procureur de Chabannais, près d'Angoulême (3). Il promet à chacun d'eux une somme de 10 livres, plus 8 sols par jour jusqu'à leur départ, qui a eu lieu le 7 juin suivant.
(1) Min. Bourbeau, notaire.
(2) Min. Duchastegnier, notaire.
(3) En même temps s'engagent Jean de Bourdeau, né à Lusignan, et Jean Boncenne de Chauvigny. Ils ont droit à 6 livres, dont moitié au comptant et le reste au départ. (Arch. Vienne, gref. civil du présid.)
Les familles des compagnons leur fournissent certains objets dont ils peuvent avoir besoin (1). C'est ainsi que l'apothicaire Hilaire Hélie adresse à son fils, le 7 octobre 1663 :
1 paire de souliers 3 1.
1 autre qui a été carrelée 0 1. 30 s.
1 paire de canesons de chamois. . 4 1. 10 s.
Diverses sommes de 15 s., 20 s. et 0 1. 30 s.
Pour faire accommoder 5 rasoirs. . 0 1. 11 s.
Pour achat de 2 fers à moustaches. . 0 1. 30 s. 9 aunes de serge pour faire un habit,
l'aune . . . . . 0 1. 33 s.
1 chapeau noir 0 1. 33 s.
Les compagnons, souvent très vifs et très emportés, se livrent facilement à des actes de violence. Le 28 décembre 1659, le présidial informe, malgré les échevins, contre trois serviteurs de chirurgiens qui ont assassiné un pintier sur la place de Notre-Dame. Les rapports qu'ils ont avec les patrons ne sont point non plus toujours emprunts d'une bien grande aménité. Le chirurgien Jean Verdin intente un procès, le 28 février 1682, à René- Lucien de Lalande qui travaille chez l'un de ses confrères (2). Il l'accuse d'excès, de blessures et de voies de fait contre sa personne. Enfin, il n'est pas jusqu'aux femmes de leurs patrons qu'ils traitent sans respect (3). Le 20 août 1784, Pierre-Charles Baudrv, fils d'un chi-
(1) Min. Bourbeau, notaire.
(2) Gref. civil du présidial.
(3) Gref. criminel du présidial.
rurgien des Herbiers, est poursuivi pour avoir gravement insulté Marie Lemée, la femme de son maître.
Il est vrai, d'un autre côté, que parfois ils sont eux-mêmes victimes de violences (1). Le 16 juin 1711, Philippe Guiet, garçon chez le chirurgien Dumont, est frappé d'un coup de poignard par le fils d'un procureur, dans la rue Corne-de-Bouc.
Les patrons ne se montrent point toujours, eux aussi, pleins de douceur à l'égard de leurs élèves. Ils ne se contentent pas seulement de les rudoyer et de les insulter, ils vont même jusqu'à les battre. Le 10 mai 1667, le sieur Bonnemaison, lors de son arrivée à Poitiers, porte plainte contre son ancien maître, Boy, demeurant à Châtellerault (2). Le même jour, un de ses camarades, Joseph Bonnet, raconte, au tribunal, la façon dont il était traité :
« Le s1 Boy, dit-il, avoit promis à la dame de Bonnemaison que son filsauroit trois ou quatre mois de liberté. Qu'il ne rendroit aucune déférence à personne qu'au maître et à la maîtresse. Gomme led. Bonnemaison abusoit de sa liberté, Boy voulut le retenir. De son côté, quand l'autre lui demandoit une leçon pour la saignée ou autre chose du mestier, son maître la lui refusoit. Un jour, voulant saigner une personne dans la boutique, Boy s'emporta contre Bonnemaison avec inconvenance, et l'invectiva si fort, à cause de sa jeunesse, qu'il ne put faire une saignée. »
Bonnet ajoute avoir vu à diverses reprises le s1 Boy « battre Bonnemaison à coups de pieds et le tirer aux
(1) Gref. criminel du présidial.
(2) Id.
cheveux, puis se mettre en si grande colère, que si on ne l'eust ôlé de ses mains, il l'eût rompu bras et jambes, ce qui dura six à sept mois ». Après quelque répit, il recommença ses mauvais traitements à la suite d'une absence de l'élève. « Ce dernier, à son retour, se voyant sans espérance d'être mieux traité par Roy, prit une ou deux chemises dans son coffre et s'en alla on ne sait où. )> Il termine en disant que Roy avait frappé Ronnemaison avec son bâton jusque dans la cour du château de Châtellerault.
Le 3 septembre 1663, Pierre Royer, serviteur chez Pierre Cothereau, porte plainte contre son patron qui lui a retenu, non seulement une certaine somme d'argent, mais encore ses vêtements et ses « ustensiles de travail » . Il demande au tribunal de le condamner « à luy bailler, payer, rendre et restituer, premièrement : la somme de 16 livres restant à payer de plus grande somme qu'il luy avoitcy-devant preste, ensemble, de luy rendre 8razoirs, 1 lancette, 1 paire de bas d'estame, 21ivres.de chirurgie, 1 coiffe et bonnet, 2 fers à relever la moustache et une paire de cizeaux ». (1). Cette affaire fut renvoyée devant Joly, lieutenant du premier chirurgien du roi.
Les compagnons sont appelés, comme leurs maîtres, à donner des soins aux habitants de Poitiers quand surviennent des épidémies de peste. Certains, après avoir accompli un stage régulier, entrent à l'hôpital des pestiférés et se font ensuite recevoir à la maîtrise. D'autres, au contraire, attendent pour cela que le fléau soit passé. Ceux qui ne remplissent point les conditions exigées,
(1) Min, Martin, notaire.
ou bien encore qui sont trouvés incapables, doivent se mettre de nouveau sous la direction d'un maître.
Lors de leur entrée à l'hôpital, ils passent avec la municipalité un contrat qui les lie, soit pendant la durée de l'épidémie, soit en temps ordinaire, pendant une période déterminée. Le 26 avril 1628, Jean Gabriau, maire de Poitiers, agit delà sorte avec Jehan Charrault, garçon chirurgien à Mirebeau (1) Ce dernier s'engage à demeurer en compagnie de Parreau, chirurgien delà peste, reçu pour cette cause à la maîtrise, pendant tout le temps qu'il sera occupé à traiter, panser et médicamenter les contagieux dans la ville, les faubourgs et l'hôpital. Il le servira en qualité de garçon, lui aidera à traiter et panser les malades, selon qu'il lui sera commandé. Il recevra, pour ses gages, la somme de 6 livres par mois payable à l'avance. Si l'hôpital des pestiférés est ouvert, cette somme sera augmentée, et de plus il aura droit à la nourriture tant qu'il y séjournera.
Ce n'est guère qu'au milieu du xvie siècle que l'on voit des compagnons se mettre au service des contagieux à la place des maîtres. Ils sont accompagnés de camarades plus jeunes qui restent sous leurs -ordres. Ces derniers, peu rétribués en temps ordinaire, reçoivent alors de gros appointements toujours versés à l'avance (2). En 1563, Bonnin et Coulaud sont payés à raison de 15 livres 5 sols par mois, et Jacques Vigouroux 15 livres en 1585. Cette somme est portée à 25 livres pour Pierre Gillyot et à 60 livres, de 1585 à 1587, en faveur des deux frères Julien.
(t) P. Rambaud, « l'Assistance publique à Poitiers jusqu'à l'an V >. (Mém. Soc. Ant. Ouest, t. VII, 3e série.)
En 1606, l'état sanitaire de la ville étant parfait, Pierre Bouchet, compagnon chirurgien, au lieu de 60 livres par mois ne reçoit plus que 30 livres. Enfin, Denis Vincent, le dernier de tous ceux qui aient rempli cette charge, obtient depuis 6 livres jusqu'à 9 livres en 1628. L'année suivante, il lui est octroyé 10 livres, « attendu la peine extraordinaire qu'il prend à traiter et panser les malades de l'hôpital des pestiférés qui sont en grand nombre » (1). En décembre 1631, il gagne 16 livres, et l'un de ses confrères 20 livres.
Ces jeunes gens, malgré les soins qu'ils prodiguent aux contagieux et les dangers qu'ils courent, ne sont point régulièrement pavés. Le 26 décembre 1587, l'un d'eux, Bernard Gillyot, déclare qu'ayant « hazardé sa vie pour servir à l'Hôtel-Dieu de la peste, y traiter et panser les personnes affligées de la peste )>, il aurait droit en plus des appointements qu'il réclame, « à quelques récompenses pour s'entretenir de vivres (2) ». On lui accorde un supplément de 10 livres.
Certains compagnons soignent en ville des personnes atteintes de la peste sans y être spécialement employés par la mairie. Ainsi, Jacques Morizet passe, le 13 juillet 1631, un marché avec Christophe Laumonier pour le traiter du mal contagieux. <( Dans le cas où il pourroit le retirer de lad. maladie ou même s'il venoit à en décesder. » Ce dernier lui promet la somme de 60 livres (3). Les marchés de ce genre n'étaient point rares en temps de peste, car les maîtres ne pouvaient visi-
(1) Reg. dél. mun., n" 78, p. 222.
[2)Id., n°47, p. 279.
(3) Min. Marrot, notaire-
ter les malades sans être astreints à fermer boutique.
L'Hôtel-Dieu ne confia jamais un service quelconque aux compagnons (1). Il en fut de même pour l'Hospice général, mais seulement à ses débuts. Les chirurgiens ayant refusé d'y aller, les administrateurs désignèrent, le 13 novembre 1670, Benjamin Mériaudeau de Grandville pour les remplacer (2). Furieux d'être évincés de la sorte, les maîtres insultèrent gravement les membres de l'administration qui, le 15 janvier 1671, portèrent plainte au lieutenant général.
Le 1er juillet 1677, Mériaudeau reçoit un certificat fort élogieux dans lequel on déclare « qu'il a toujours très bien servy et sans reproches les pauvres dud. lieu, avec assiduité pendant six ans et demy. Cette vérité est tirée du papier secrétariat par lequel il paraît que l'entrée dud. sieur Grandville fut le 13 novembre 1670. Pendant tout ce temps de service, l'on ne lui a jamais donné aucuns gages ny récompenses et il a même fourni plusieurs médicaments aucl. Hôpital, ce qui fait que le sieur Grandville a fait quelques dépenses au service desd. pauvres à cause de l'affection qu'il leur a porté jusqu'à ce jour» (3). Cet élogieux certificat se termine en disant que la seule récompense de Grandville a été d'acquérir « une parfaite expérience, suffisance et capacité en l'art de chi-
(1) Un garçon se présenta bien à 1 Hôtel-Dieu, le 9 mai 1667, pour servir les pauvres pendant trois ans, en mettant comme condition qu'il serait reçu à la maîtrise. Sa demande fut renvoj'ée aux maîtres avec prière de dire s'ils voulaient continuer à y venir chacun pendant la durée d'un mois . Ils durent agir comme par le passé, car les offres du compagnon ne furent point acceptées. (Reg. dél. mun., n° 117, p. 149.)
(2) Arch. Hop de Poitiers.
(3) ld.
rurgie, par les fréquentes opérations qu'il a fait aud. Hôpital ».
Après son départ, les chirurgiens de Poitiers s'engagent à le remplacer chacun à tour de rôle. Ce beau zèle s'étant vite refroidi, l'intendant Gilles de Maupeou ne manque point de s'en plaindre, le 28 octobre 1698 (1). Il déclare que ni eux ni même les serviteurs qu'ils emploient ne fréquentent l'infirmerie, aimant mieux s'occuper de leurs propres affaires. Cette négligence aurait même occasionné la mort de plusieurs indigents. Aussi, l'administration se décide-t-elle, le 19 décembre 1698, à recourir, pendant six ans, aux services du compagnon Jacques Cothet, s1' duTailly. Gomme son prédécesseur, il se livre en dehors de l'hôpital à l'exercice de sa profession, malgré les maîtres qui veulent l'en empêcher et contre lesquels il porte plainte, le 25 juin 1707. Il abandonne sa place en 1717. A partir de cette époque, elle cesse d'être occupée par des jeunes gens gagnant maîtrise au service des pauvres.
Nombre de garçons restent toute leur vie chez les maîtres ou chez les veuves ayant le droit de tenir boutique ouverte. Pour la plupart, ils se font simplement appeler chirurgiens, sans en posséder le titre. Nous verrons plus loin dans quelles conditions ils furent appelés à exercer leur profession sans être reçus à la maîtrise.
(1) Arch. Hôp. de Poitiers»