‹ La Commune 1871: le coup d'état du 18 marsChapitre 12 sur 14 · RIVE GAUCHE · texte numérisé non relu

RIVE GAUCHE

La Légùm it honneur nWita plui : cet éligant hâM in*

eandlé le 23 mai, avait été construit en 1786 par 1 archi* tecte Rousseau pour le prince de Saim, agent secret de l'Ailémftgne sous la révolution et qnl monta sur l'échafaud; il «ervit à m mort de salle de séaneé pour un elub et fut acheté ensuite par un traitant faussaire qui finit au bague. Madame de Sta^l Thabita après et en 1803 TÉtat en ûi l'aequisition.

11 était clKirmant, ce pe.it palais, avec ses verdures, ses bas-relieis galants, ses médailions, ses statues d'hommes Célèbres et d'Aspasles de tons genres. Lee murailles restent, mais elles n'abritent que le vide.

Les statues tout enfunaées semblent restées dans leurs niches pour veiller sur les cendres de ce qui fut les archi- TOS de la Légion d'honneur.

« On sait, dit le Siècle, que toute demande de décoration allait des préfectures, des ministères, des chancelleries, des salons, des boudoirs^ s*engloutir dans les cartons de la frrande chancellerie. C'est là aussi qu'étaient classés, étiquetés, consultés au besoin, tous les dossiers de ceux qui avaient failli aux lois de Tordre et parfois tentaient la réhabilitation. Que de gens intéressés à ce que ces casiers, qui renfermaient les renseignements les plus précis sur des membres de toutes les classes de la société, périssent & un moment donné ! »

Le gouvernement a fait a[)pel aux légionnaires eux-m(5mes dans le Journal of/iciei, dans les termes suivants, pour

il. ,

arriver à reconstruire promptemei^t ce monnment, ce qui

nécessitera une dépense d'un million.

d £q présence des désastres qui affligent notre malhen* renx pays, il n*est pas possible de demander an crédit de pareille somme au luidgct; mais les soixante-cinq mille membres de cette grande famille qui s'appelle la Légion d*honneiir ne Tondront pas laisser périr le berceau de leur institution. Au moyen d'une souscription volontaire, dont le grand ciiancelier n'hésite pas à prendre Tinitiative, Us arriveront facilementi sans imposer aucune cbarge àTÊtat^ à relever cette maison, qui est k leur, qui est celle de leoxs enfants.

« Les noms des souscripteurs, publiés dans le JounuUof" fieielf seront inscrits en outre sur un livre d'or qui formera le dernier et le plus précieux élément des nouvelles matricules de la Légion d'honneur, et bientôt, sur le fronton de ce palais, rendu aux légionnaires et aux arts, grâce au concours de tous, ils verront renattre notre immortelle devise qui garantît le succès de la souscription :

< Honneur et Patrie. »

La Cour des comptes a été brûlée en même temps que les bâtiments voisins : c^était là que se trouvait le seul dépôt

public à Taide duquel pouvaient ctre apurés les derniers budgets de l'Empire ; quel service a rendu Tincendie aux agioteurs bonapartistes I

Le palais d'Orsay abritait aussi le Conseil éFÉtaU Ce bâtiment long, froid, sans caractère, datait de 1811.

n a eu pendant sa construction des destinations différentes. 11 dut être d*abord le palais du roi de Rome; puis recevoir le ministère des affaires étrangères; enfin, vers 1840, on se décida à y établir le Conseil d'État, qui siégeait alors dans un bâtiment du ministère des travaux publies, et qu'on installa au rez-de-chaussée. La Cour des comptes, qui de temps immémorial avait son siège au Palais de Jus* . tice» occupa le reste du palais d'Orsay.

« Le mardi 23 mai, ft six heures du soir, lisons^nousdans

le journal les Débais, les troupes du gouvemement ayant occupé le palais Bourbon, les insurgés commencèrent à

déguerpir; à plusii iirs reprises ils avaient pris la fuite, et l'on crut le quartier sauvé; mais les fédérés revinrent aux palais de la Légion d'honneur et d'Orsaj, pour mettre à exécution les sinistres instructions parties de l'Hôtel de ville. Des tonneaux de pétrole sont apportés dans la petite cour du côté de la rue Bellechasse, et le feu est mis à la partie ouest du bâtiment. En môme temps des gardes natio* naux du 67® enfoncent les portes du Conseil d'Ktat, et apportent dans les salles et la bibliothèque des matelas imprégnés de pétrole. Tout le rez-de-chaussée est incendié.

« Il était sept heures moins vingt quand le feu éclata ; il se propagea avec une rapidité inouïe, qui s explique par la construction du monument, tout en bois à Tintérienr et rempli de papiers. Non-seulement Paris fut couvert de paperasses enflammées, mais le vent en porta à Versailles, et ce qui est plus étonnant, les pompiers accourus du département de TËure rapportèrent des débris de papiers noircis provenant de la Cour des comptes, et qui avaient voltigé jusqu'à Évreux. Le palais est entièrement consumé; il n'en reste que les murs* L'escalier d'honneur de la Cour des comptes est couvert par les fresques deChassériau, qui ont échappé en partie , les deux grisailles du bas sont intactes; au premier, le grand panneau représentant la Paix protectrice des arts est brûlé en partie : le panneau en face : rOrdre pourvoyant aux frais de la guerre, est ] : ' que intact, ainsi que les panneauxdu fond, la Justice répi mant les abus et le Commerce rapprochant les peuples.

« Âu Conseil d'État, deux belles toiles sont en cendres le président Duraniy, par Paul Delaroche, dans la Salle du Contentieux, et Jmtinien, par Eugène Delacroix, dans la Salle de législation. Dans la grande Salle de l'Assemblée générale se trouvaieiil une série de beaux panneaux représentant Yauban, Sully, Coibert, Richelieu, Turgot, Suger^ Portalis et Cambacérés. d

La Conr dei eompteg étant chargée déjuger les comptée des recettes et des dépenses publiques qui lui sont présentée

chaque ann(^e par les receveurs i^énôraiix, les payeurs du Trésor, les receveurs, les directeurs des postes et des mon^ naies et le caissier central du lYôsor (sept mille comptes environ par an) et de faire des rapports à ce sujet, on peut supposer que de documents ont été anéantis dâns TincencUe de ce bâtiment où se trouvaient aussi les archives du Gon* seil d'État dont les attributions sont si nombreuses.

Jjïi Caserne Bonaparte, autrefois hôtel d'E^rraont. et caserne des gardes du corps, séparée seulement par la rue de Poitiers du palais du Conseil d'État a été également atteinte par l'incendie ; mais le pavillon central seul a été brûlé sur une largeur de quelques travées. Quant à l'ancien hôtel deBeUe*Isle et Choiseul-Praslin bâti en 1721, devenu la Caisse de$ dépôts et eonsignatiom et contigud à la caserne, il n'en reste plus que les murailles. Les dépôts des liquidations du monde des aifaires, le capital de la Caisse de retraite pour la vieillesse, des sociétés de secours mutuels , de la Caisse de la dota* tîon de l'armée , avaient leur place dans cet établissement et faisaient un roulement d'un milliard par an : ces fonds n'étaient pas tous lit» mais les dossiers! ils n'existent plus. Que de difficultés vont surgir alors pour le règlement de certaines aifaires 1 II est vrai que 1 empire avait fait quelques emprunts aux fonds appartenant à la Caisse de la dotation de Tannée, à ceux des sociétés de secours mutuels et autres. Il était peut-être bon que roii ne connût pas trop ses procédés à cet égard. L'incendie est venu là encore pour simplifier les choses. Le chef agent compteur et trois pompiers ont péri en cherchant à sauver de ce brasier les dossiers les plus importants.

Parcourons aotneUement en détail le quartier Sainte Germain le plus éprouvé de Paris,

Le carrefour de la Croix- Rut^e avait été transformé en une véritable forteresse» commandant les rues du Dragon, du

Fonr-SaiiiMtrmam, da Vieux^^Colombier, dn Oherohe-Midi

de Sèvres et de Grenelle, ajant pour réserve la place Saint^Germain-des-Prés sur laquelle s'élevaient quatre barricades : c'était là ayec le Pantiiéoii les deux grands points de résistance sur la rive gauche. Mais pour les troupes d'attaque le cheminement était relativement facile, les îlots de maisons de ce quartier renfermant généralement de vastes cours et desjardinsà trarers lesquels les troupes purent s'avancer par surprise. Toutefois les troupes eurent à lutter pendant deux jours dans ces régions, etles brôcheSy les ruines» les traces d'incendie qu'y abondent, la ! me du Bac, la Croix^Rouge, les maisons des n®' 48 et 50 de la rue des Saints-Péres j montrent rardeur du combat. I A la Croix-Kouge tous les bâtiments faisant le coin de la i place et de la rue de Grenelle ont été incendiés et quelques pans de murs seuls en restèrent. Rue de Z«7/<?,dix-bnitmal« sons, rue du Bac^ neuf ont été brûlées. Il y a eu là acte de vengeance de la part des incendiaires; les gardes nationaux I do quartier hostiles à la Commune avaient, dès rentrée des troupes de Versailles à Paris, élevé des barricades, sous les ordres du commandant Durouchoux qui fut blessé mortel- I ieinent dans la lutte, et combattu les fédérés. De là les repré- ' «ailles terribles qui accablèrent cette partie de Paris. Le récit suivant d'un témoin oculaire, M. le docteur Armand Desprôs nous a laissé le tableau le plus saisissant de ce drame efrojable . *

«Le mardi 23 mai la barricade de la rue du Bac a été attaquée et prise à peu près en môme temps quela barricade la rue Belleohasse.

A ce moment, je venais de voir un commandant des insurgés grièvement blessé, pour lequel les gardes nationaux m^avaient conduit derrière la barricade de la rue dQBac,auplus fortde Faction, sans doute en haine des bourgeois. C'est alors que j'ai recueilli le premier mot anaon^t les désastres qui allaient frapper notre quartier. Ce ^mmandant disait k ses hommes :

— Vous entendez, que tout soit fait comme j'ai dit; xiMpargnes ridn ; le fea partout I

Je ne voulus point croire que ce fut là un ordre exécutable» Mais» à sept heures, un autre blessé me demanda si je pouvais le plaeer en lieu sûr, parée que, disaii-il, on mettait le feu partout, dans la l ue, depuis la Légion d'honneur, et qu'il ne voulait pas brûler» 11 était père de famille 111 me conseillait, en outre, de m^en aller si j'étais du quartier. A ces mots, je lui dis :

— Y a-t-il de la poudre? Répondez-moi, car je suis du quartier et père de fàmille.

— Non, ajouta eet homme, il n y a t^ue le feu; du pétrole partout.

Pendant tout ce temps tout remuait rue de Beaune, rue de Lille et rue de Yerueuil; la fumée et les flammes s'élevaient sur la rue de Lille. Des hommes que les insurgés appelaient «Enfants-Perdus, Francs-tireurs, etc. », effondraient les devantures des bouliques à coujis de crosse de fusil, pour jeter dans la pièce des étoupes allumées ou des petites masses qui brûlaient

D'autres badigeonnaient les volets des boutiques et les portes de bois avec des pinceaux trempés dans le pétrole, et l'allumaient ensuite avec une torche. A côté, dans la rue de Beaune, des fédérés ajant un numéro au képi disaient aux. femmes et aux vieillards:

— Voilà les Versaillais qui envoient des bombes à pétrole et incendient le quartier; allez- vous-en vite I

— Mais, malheureux i ai-je dit à un de ceux-là, qui était resté prés de 1 ambulance pour éloigner les fédérés ivres, mais ce sont les vôtres qui mettent le feu ! Celarembarrassa fort, et je vis bien qu'il n'ignorait pas la vérité. Puis les insurgés se mirent à crier :

— Fermez les fenêtres, sauvez-vous, tout brûle 1

Les hommes armés couraient en fr-appant de la crosse du fusil les portes et les fenêtres du rez-de chaussée. Des

femmes jnsqa'alori dissimalées et ^ti'eii ne connaissait pas

parurent autour dos incendiaires. L'incendie et ie pillage allaient de compagnie; mais le feu a limité le vol.

Les Enfants-Perdus couraient de porte en porte, disant d^enlever les blessés. Un d'eux vint ft moi, le pistolet au poing, nous menaçant de mort s'il trouvait un blessé dans une maison. Sans doute ces hommes voulaient £aire disparaître un témoin capable de reconnaître les incendiaires.

Un chef, passant alors, donna Tordre aux hommes de

partir au premier coup de feu d'une vedette placée rue de

Lille et s'éloigna.

Ici se place un épisode: M. Richard, le pharmacien,

s'adressant au chef, lui demanda de respecter rambulance.

Le chef se baissant, répondit:

— Je ne suis pas le maître ; sauvez-vous 1

Tout le monde partit, et c'est alors que j'ai fait mettre ma famille et mon enfant en sûreté à l'hôpital de la Charité. La fusillade reprenait alors sur ie quai : c'était l'armée française qui venait nous délivrer.

Depuis, je me suis rappelé bien des choses que f avais vues dans la journée du mardi, et je me suis rendu compte jusqu'à quel point Tincendie avait été préparé à l'avance^

Entre les pansements j'entendais ces propos :

— Les YcrsaiUais tirent sur nous des maisons de la rue du Bac; il faudra que nous brûlions le Petit*Saint-Thomas pour en finir. Des gardes nationaux qui se battent pour Versailles tirent sur nous; nous brûlerons le quartier.

Des femmes disaient en passant :

— Nous ne serons pas vainqueurs» mais nous ferons le plus de mal que nous pourrons.

Vers midi, mardi, des voitures fermées conduites par un fédéré placé à côté du cocher, étaient allées rue de Lille, en passant au milieu des barricades. Peu après, un pompier isolé, un casque sur la téte, un képi à la main, a passé pour aller rue de Lille. J'avais remarqué que cet individu, en traversant la rue, n'avait parlé à personne, qu'il ne lui

avait été rien dit, tandis que les fédérés demandaient à cliaenn r tt Où allez-rons f » Trots henres après, le même

pompier repassa, et, comme la première fois, les fédérés ne loi dirent rien, La âgnre de oet homme, sa marche lente et embamuiaée

me prévinrent contre lui. Il avait le visa^re einpoTjr]>r(^ et regardait obliquement comme s'il craignait d^étre vu. Cet homme était assurément Tenu pour disposer les matières incendiaires dans les monuments de la rue de Lille.

Les Enfants-Perdus, avec le petit chapeau de franc-tireur à plumes ronges, n'étaient point pris de boisson; ils avaient une sorte de tournure de discipline. Le mardi matin, ils ont touche;, au su du quartier, une paye de 30 h 50 francs. Etait-ce une solde de compte d'avanise ou une paye spé-> eiale pour rinoendie? C'est ce qu*il est difficile de savoir. Plusieurs de ces hommes ont été blessés, et quand on leur demandait leurs noms, un d'eux au moins a montré une

carte pliante portant en téte ces mots imprimés : «Carte d'identité et de sâreté. » Si je ne m^buse, cette carte est

celle des repris de justice.

Je n'ai pas besoin d'ajouter que tout ce que j'ai vu s'accomplir l*a été froidement, sans cette fièvre du combat qui existait chez les Bavarois quand ils ont inconclié lîazcilles pour l'arracher à l'héroïque infanterie de marine, dont j'ai pu voir la belle défense. Il n'y a en que la vue du fea qui a provoqué chez les incendiaires quelques cris que je n'ose pas lire de joie. ï>

Le faubourg Saint-Germain, par sa nature aristocratique, était désigné à l'avance à la colère de la partie haineuse de la population parisienne. Le lot de maisons compris entre la rue de Bourgogne, la rue de TUniversité^ la rue de Beaune et le quai, devait être réduit en cendres; vingt hd» tels et deux palais j sont en ruines.

Des perquisitions faites dans les bicoques du quartier ont amené la découverte de nombreux approvisionnements de matières inflammables, destinées à propager rineendie.

qn'ont farayemeni combattu les pompiers de Bouen et d'Orléans. Parmi les hôtels particuliers qui forment une longue

suite de ruines du côté des numéros impairs de la rue de Lille, était celui habité par Gondorcet en 1792 et l'ancien hôtel de Périgord, où mourut mademoiselle Clairon (1803).

' En remontant plus haut sur ia rive guuclio et en gagnant les environs du Luxembourg, on j trouve les traces laissées parla lutte et par le feu dans les rues Kavm et Notre-Dame^ des-Ckamps, C'était le quartier des artistes. Aussi que de pertes incalculables 1 Sont anéantie les ateliers du sculpteur Préault, du peintre de Curson, du dessinateur-architecte

I Reber, le fondateur de l'Art pour ttm^ le riche collectionneur. Bouguereau, Yundt, Toulmouche, et d autres, ont vu aussi leur atelier s'écrouler par suite des explosions de

I la poudrière du Luxembourg » ou sous les projectiles qui

I sillonnaient le quartier pendant l'attaque de la formidable barricade des rues Vavin et Bréa.

La Manufacture des Gobelins^ sise dans le quartier Mouf*

I fetard, doit son nom à d'anciens teinturiers établis, dans le quinzième siècle, sur remplacement qu'il occupe. C'est Cûlbert qui eut l'idée de réunir dans un même local les hommes les plus habiles dans les arts et les métiers, tels que peintres, sculpteurs, graveurs, tapissiers, orfèvres, fondeurs, lapidaires, teinturiers, etc. En 1669, un édit de Louis XIV créa la manufacture royale des meubles de la couronne, et le peintre Le Brun en fut nommé directeur. Les plus grands privilèges, comme exemption de tailles et impositions, de logement d'officiers et soldats, etc., furent accordés aux ouvriers qui, du reste, parleur mérite, se montrèrent dignes de ces privilèges, et depuis lors la réputation de cet établissement s'est maintenue; Ton peut dire que c'est dans la manufacture des Gobelins que Tart de la tapisserie s'est non-seulement conservé, mais encore perfectionné. Le nombre des ouvriers, nous jouvons dire des artistes des Qobelins, ne s*élè¥e pas à moins de eut trente, dont cent sont logés à la manufàoture même.

Ils sont tous payés à Tannée, et le chiûre mojen des traite* ments est de 1,600 firancs. Les cbefii d'atelier tonehent 3^000

francs.

La manufacture des Gobelius possède une école d'instroction primaire, une école de dessin» une école de tapisserie, et compte de nombreux apprentis tapissiers. Un établissement de cette nature et d'une semblable utilité aurait du être ménagé pins que tout autre par les incendiaires, n n*en a rien été; s'il n'a pas été détruit, il a été fortement éprouvé, et il a fallu lutter trente-six heures contre l'incendie pour s'en rendre maître.

Quatre-vingts mètres de bâtiment ont été détruits* Dans cet espace se trouvaient compris : la galerie ouverte au public; un atelier contenant six métiers ; trois salies contenant des matières premières ; un atelier de peintre ; la salle des plâtres destinés ft l'étude de la sculpture; Técole de tapisserie, perte désastreuse, irréparable, puisqu'elle contenait la magnifique coiiection de tapisseries commencées sous Louis XIV.

Cependant les tableaux destinés à servir de modèles ont été sauvés. L'incendie a été allumé aux Gobelins par les ordres du commandant fédéré Brugier. Les conduites d'eau avdent été coupées à Tavance par les insurgés. Ils avaient prévenu le personnel que l'établissement allait sauter et ravalent engagé de s'enfuir. Une poudrière voisine rendait le danger imminent; on pnt par bonbenr noyer les poudres à temps.

Le Palais de justice, l'ancienne demeure de nos rois, a été eu proie au plus violent des incendies. La salie des Pas-Perdus, déjà détruite par le feu en 1617 et reconstruite

par Jacques Desbrosses, est renversée sur elle-même dans une longueur de 73 mètres. C'est une ruine grandiose ouverte au vent et â la pluie, où s'entassent les gravats et les pootres calcinées.

Les bâtiments neufs contenant la Cour de cassation, la salle des criées, l'ancienne salle d'audience de la

chambre des requêtes^ le vestiaipe des avoeatef toat est en cendres jusqn^anx denx tours qui donnent flur le qaai de

THorloge et qui elles-mêmes, une surtout, ont beaucoup soofTert*

Des deux nouvelles salles d'assises, œuvre de H. Dnc à

qui elles valurent le prix de cent mille francs , il ne reste rien ; deux des chambres correctionnelles et la bibliothô* qne des avocats, si riche, si pleine de documents précieux,

n'existent plus.

Ce n'est pas seulement des pertes matérielles qu'a eau- ■ sées ce sinistre, c'est l'œuvre même de la justice qui s'y

I est anéantie.

I £n eïïetf dit la Gazette des Tribunaux^ le grefe de la Ck>ur I de cassation a été atteint. Néanmoins on est parvenu à

I Bauver les minutes de la chambre des requêtes depuis et y j compris Tannée 1862, et celles de la chambre civile de- I puis 1803 : celles de la chambre criminelle ont aussi été I sauvées depuis 1847. Tout le greffe des dépôts civils, où se trouvent les pièces et les dépôts des parties, a pu être préservé.

L'incendie du Palais de justice a détruit au tribunal de la Seine toutes les minutes des jugements civils antérieures à 1861. Les dix dernières années des jugements civils et du greffe des ordres et contributions ont été sauvées* Le greffe des criées est complètement brûlé.

Le greffe correctionnel, les dossiers et les registres des jugements sont détruits. Le greffe des dépôts a été aussi incendié.

Tous les doubles des registres de l'état eivil| qui étaient au greffe du tribunal de la Seine, sont brûlés.

Les actes de l'état civil se rédigent en double minute : l'une reste dans la mairie où l'acte a été reçu ; l'autre, à la fin de Tannée, est envoyée au greffe du tribunal civil. Corn* me Fannexion de la banlieue, en 1859, avait eu pour conséquence de changer la circonscription des arrondissements

de Paris, on avftit apporté dans nne des annexes de l'Hôtel

de ville tous les rep^istres des prcmic^rcs minutes, quianpa* rayant S6 trouvaient dansées ancienaes mairies.

Tous ces registres ont été détruits par Fincendie du bàtîiTîent annexe de rHotel de ville, où ils avaient été placés ; les registres des secondes minutes ont été brûlés dans Tincendie du Palais de justice. Le feu a aussi détruit, au greffe du tribunal, les registres des anciennes paroisses de Paris, qui contenaient les actes de Féta^t civil antérieurs à 1789.

A la cour d'appel» les minutes des arrêts civils, correctionnels et criminels, ont tous été conservés. Ont été seulement brûlés les greifcs particuliers de la douxièine et de la troisième chambre de la Cour.

Les preuves de Fétat civil de toutes les famiDes parisiennes viennent d*ôtre détruites par les incendies qui ont couvert la ville de tant de ruines ; donc il ne reste ainsi à la ville de Paris que les registres des premières minutes depuis 1860, ces registres étant restés dans les mairies où les actes ont été reçus , et encore ceux de la mairie du 4^ arrondissement ont-ils été brûlés.

La Conciergerie j la dernière prison historique de Paris a été totalement détruite : Ravaillac, Damions, Marie Antoinette, les Girondins, Danton et ses amis, les Hébertistes, Robespierre» Cadoudal, les sergents de la Rochelle, Béranger, G. Gavaignac, Lamennais^ Orsini, tels furent les Hôtes les plus illustres de cette doyenne de nos prisons.

La Préfecture de police n'est plus également, et avec elle est anéantie cette masse de documents secrets relatifs à la police, environ deux millions de dossiers : dénonciations, demandes de service, renseignements, etc., tout était là» casé, classé, constituant une sorte de bibliothèque de Finfamie humaine. Que d'intéressés & faire disparaître toutes ces piOces accusatrices ! Aussi de ce côté Fincendie a-t-il été sans pitié. Cependant deux employés à force de précautions et au péril de leur vie» purent soustraire quelques liasses de papiers à la fureur de Fincendie. La majeure

partie des archives judiciaires est perdue; mais presque tous les papiers Mstoriques concernant la réToiution de ' 1793 ont été enleyés, ainsi qu^an assez grand nombre de

registres d'éerou.

Celui de TAbbajCi cependant, sur lequel ûguraient les ' noms des yictimes de septembre, a dispara, et tout porte

à croire qu'on ne les retrouvera jjas. On a pu conserver les pièces originaires du procès de Georges Gadoudai et le dos* flier complet de la fameuse affaire Maubreuil.

La rie intime de la Préfecture de police sous la Commune est curieuse à raconter :

On 7 donnait fréquemment des dîners de vingt à trente ; eonvives, sans la moindre orgie, malgré tout ce qui a été

dit à cet égard.

' La conversation était des plus ardentes, et parfois fort intéressante. Madame Ëudes venait souvent y dîner ; elle était d'un entrain charmant. L'athéisme y était toujours à Tordre du jour : Si Dieu existait^ il faudrait le fusiller ^ dit une fois quelqu'un; ce propos eut un grand succès. Après le dîner, on faisait presque toigours de la musique et de la trèsbonne.

Uj avait dans le cabinet du préfet une grande collection d*armes de M, de Oallifet : Tépée de Bazainci le fusil de chassa de M. Picard, des masses de bottes de conserves du

siège, un monceau de brassards tricolores, des tas d'actions de toute espèce. Tout cela a été consumé,

La préfecture possédait plus de 800 agents secrets. Il y en a que Ton payait fort cher. Ils allaient dans tous lôs mondes et surtout dans la kaute classe. C'est à la préfecture que Ton était le mieux renseigné sur ce qui se passait^ et jamais, je crois, police mieux faite et plus active ne 8*y déploya, — c'eût été à faire envie à Tempire. Aussi on ne s$ faisait point illusion etron savait bien que le mouvement du 18 mars ne pouvait durer.

L'on demandait un jour pourquoi Ton mettait partout ex-prôfecture, e^'-ministère.

— Vous verrez dans peu de temps pourquoi i on met cXf répondit ron d'eux.

Un témoin oculaire a raconté ainsi les dernières heures

de la préfecture de police :

Un drapeau tricolore que les insurgés prétendaient avoir pris à Tannée, est placé au milieu du grand salon ; lesfimteuils et canapés sont ran^^és autour. Des insui^gés répandent sur le tout pétrole et cartouches.

Dans le cabinet du préfeti le délégué Ferré distribue k tous ses âdèles de Targent pour le porter aux barricades. Néanmoins il a dû rester des sommes considérables q^ue l'on trouvera en lingots.

Tons les objets du culte, — ciboires, couronnes, etc., —

en or ou en ar^^eui se trouvent ià tordus, brisés, fondus.

Là bataille se rapprochant, Ferré descend avec deux commissaires au dépôt. On prend le livre d'écrou. Une liste de cent noms est dressée. On commence Tinterroga-

toire.

Un seul détenu est condamné ù mort, c'est le nommé Vaisset, accusé d'avoir donné près d'un million à la garde nationale. Lorsqu'il fut arrêté, ii était porteur d'une soraïue de vingt mille francs.

Vaisset fut conduit par les vengeurs de Flourens près de la statue d'Henri IV. Un des commissaires dit aux insurgés : « Citoyens, vous le voyez, nous faisons tout au grand jour. Voilà un misérable qui vous a trabis et qui va subir son châtiment, s

Vaisset ne prononce que ces simples mots : Je vous pardonne ma mort.,* et son crâne vole en éclats. On le jette ensuite à la Seine.

Déjii la préfecture brûlait. Ferré, Brideau, Chardon, Sicard. Le Moussu, Levraud (Edmond), Gravigny, Humbert, Regnaad, Pilotell s'étaient séparés et allaient porter de Fargeni aux barricades.

La plupart y ont trouvé la mort. — D'autres ont été fusillés.

Pendant qae le Palais de jasiicei la Gonoiergerie, la

Préfecture brûlaient, derrière les flammes et la fumée ûïbi^aLvaisBaii la Sainte-Chapelle. Résisterait-elle au contact de cet immense foyer? ËUe est sauvée^ c*est aux pompiers de Rambouillet et de Chartres que Ton doit le salut de ee chef-d'œuvre de Pierre deMontreuil, la merveille architeciturale de Paris. Châsse de pierre triangulaire , ce monuiment réunit toutes les qualités : justesse de proportions, sveitcsse des formes, pureté de coupe, hardiesse des ligneSy richesse et délicatesse des sculptures. C'est a le pieux jeune roi Louis IX d , on le sait, qui posa la première pierre de ce monument destiné à renfermer la couronne d*épines et le clou de lu croix de Jésus-Christ quQ Beaudoin lui avait vendus.

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