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6* Les électeurs voteront sur la présentation de la carte qui leur a été délivrée pour Télection des députés à VA»-
semblée nationale, le 8 février 1871, et dans les mêmes locaux;
7^ Ceux des électeurs qui n'auraient pas retiré leur carte àcette époque ou l'auraient égarée depuis, prendront part aa Tote, aprôs vérification de leur inscription sur la liste. Ils devront faire constater leur identité par deux électeurs inscrits dans leur section ;
8^ lie scrutin oavrira à huit heures du matin et sera clos à sixhenres du soir; le dépouillement commencera immédiatement après la clôture du scrutin.
Citojrens,
Le Comité central remetaux mains du peuple de Paris le pouvoir tombé de mains indignes. Les élections communales se feront d'après le mode ordinaire; mais le Comité central exprime le vœu qu*à l'ayenir^ le vote nominal soit
considéré comme le seul vraiment moral et digne des principes vraiment démocratiques*
j£ Comité central de la garde nationale:
Avoinefils, Ant. Ai luuid, G. Arnold, Assi, Andignoux, Bouit, Jules Bergeret, Babick, Boursier, Barou, Billioray, Blanchet, Castioni, Choutcau, G. Dupont, Ferrât, Henri Fortuné, Fabre, Fleury, Fougcret, C. Gaiidier, Gouhier, Guiral, Gôresme, Grolard, Josselin,Fr. Jourde, Maxime Lisbonne, Lavalette, Charles Lullier, Maljournal, Ed. MoreaTi, Mortier, Prudhommey Kousseau» Kanvier, Yariin, Viard.
A cette proclamation du Coniitij central répond une af- ' fiche signée des députés de Paris annonçant à Ja population ^ue FAssemblée a reconnu le droit de la capitale, qui sera appelée, dans le plus bref délai, à élire son conseil municipal.
Dans cette situation, les représentuits espèrent que tout ie monde comprendra la nécessité d'éviter les disastres qui naîtraient en ce moment de tout conûit entre le^ citoy ens.
Malheureusement la situation s'aggrave encore. Une non» velle épouvante se répand dans tons les quartiers.
A une heure, une grande manifestation sans armes se forme sur lu place de TUpéra. Au moment où eUe ?a se naettre en m^cbe, eUe es( assfuUie par des eQ^ps de feu venant de la rue de la Paix.
Une grande partie des personnes qui prennent part à la Wawfestation portent u^ rvb^p )de^ h la boutonnière; c'est i| liQot portant que les coups de feu ont été tirés, d'abord ca Tair, mais bientôt ils on^ I4U (\^^ vicUiftes,
Vingt à vingt-cinq personnes tombent tuées ou blessées; un lieutenant de mobiles est frappé ; un peu plus loin ua gfirde national reçoit une balle eu pleine figure.
MiMf» la foule se disperse bientât.
Lapanîqueserépand jusqu'au boulevard Montmartre où çn un çiiu d'œil, les cafés, les m^asins sont fermés. * *
dette BOUTelle, bientôt répandue partout, jette la stupéfaction dans tous les quartiers de Paris.
A ei^t heures, una nouvelle {i(»oc}amatio|i des députés et des maires deÎParisest affichée sur tous les murs. Cette proclamation esL un i,u])réinô appel au patjriûU^rjie de tous leçi citQjreiiSt
Vbrsaillbs. ^ Toute la séance du 22 a pour ainsi dire été remplie par le discours de M, Jules F^vre, C'était, ce jour-U, révéP^ment de Yersuitte?, t'éloquenoe du ministre des affaires étrangères avait passionné la Chambre ; mais dans un moment où le patriotisme ^ doit ftherçher que Tapaiseinent et la réconciliation, on peut dire que chacune des paroles de l'orateur est retombée sur Pai is commue unç lave brûlante.
U terminait ainsi :
<c Si queUiues-ung d'entre vous tombaient entre leurs mains, iQ sort des géaéfau3^ Clémeat Thomas et Leeomte •«ait te ?âtî«t Q^f va^e wa^ine? pas messieurs, qu^ik
^ésayouent dd îî^mi^^blôs çiJE'imâsl lia l6ii ju^iiû^nU. i )i (Moayement). »
Il n'y ^ura qa*uQ6 voix en France pour flétrir lliarrible
exécution du 18 mars. Mais le jour où M, Jules Favro prenait la parole» il fallait moins songer {^u pf^â qu'i\u pip^ sent et àTaveniri et la yqe du précipice ouvert devant i^ous
commandait surtout d'éviter tout ce qui pouvait cu^pv^ ùu;ù couler le sang. L'abime attire Fabime ; mais il ne faut pas que le sang attire le sang 1
A la Un de la séance, M. Edmond Turquet, député de l'Aisne, a raconté Tarrestationdu général Cbauzjr et la sienne :
Samedi 18 mars, dit-il, le train do Tours entrait à Paris, quand il fut brusquement arrêté par des gardes nationaux armés qui requirent rouyertu|*e porMérea* Je Toyl^[eai8 avec ma famille, dans u|i v/ a^^on-saloa ; la porte en fut ouverte à cpups d^ grosse : « Où e§t le général Chanzy? mo demanda-t-on. — Il n'est point içU répQf^dis-je, >) Alors Qii m'adressa des injures; on me dît : «Le général esit là, et vous êtes son aide de ûauip. » Je r^^pliquai : « Je n'ai pas rhonneur d'être Taide de camp 4u général, mais je suis 80|^ collègue à VÂasemblée natioi^ale. »
I^^^bQmines pénètrent alors daAs le wagon, b;*i^ant tout à cepps de orasae et de baïonnette. Cela fait« ils desoendir^ut et arrivèrent à la queue du tvain, oi^ ils déeouvrirept \q
général Çbanzy, qui ne se cachait pas, puisqu'il était en tenue de général en campagne, et portait la plaq^uç 4^ la Légion d'I^OAneur, lui déclai^ qu'on rfi.rrétait aii v^om
delà iûi, au nuni du Comité de la garde nationale.
AjQHtp||3 À ce r^eit W% Panii, les ié.put^a et les Vfksiv^ se iiont Qcçupés de cette arrestation du général qqi a vive^
ment fra[)pé ropinion. L'ordre d'élargissement du génér^il Chanzj, sigi^é p^r M. Tirard, au nom des {nuniçipalités Paris, n'a pas été pris ei^ considératiop.
MM. SclieelcUer et Clo{pQncci^ii so. sont cgMe^put pré^ leutés a l^Hôtel de ville pour demander, nQO^ ((^a ^^fn^
tés de Paris, rélargisscment du général arrêté sans aucune espèce de motif.
Après une attente de plus d*ane heure^ les deax députés ont dû se retirer sur l'avis que le Comité avait décidé le maintien de Tarrestation.
Si le gouTernement se montre énergique, on voit que le Comité eentral est réeoln à loi tenir téte.
Ii6 23 mars.
Paris. — Des afûches sur tous les murs.
Une nonrelle proclamation du Goniité central annonce
que les élections, qui deyaient avoir lieu le 24 mars, sont remises au dimanche 26 mars.
Mais Tantagonisme entre les maires nommés par le suffrage universel et les délégués du Comité central continue. Une manifestation avait réinstallé la municipalité élue au sixième am^ndissement, et le docteur Tony Moilin» délégué du Comité central, avait repris dans la journée la mairie avec le 135° bataillon, commandé par M. Charles Lullier. Toutefois, dans la soirée^ M* Leroj, représentant la municipalité élue, était une deuxième fois réinstallé dans ses fonctions.
I)*un autre côté, une afâcho signée de M. Clémenceau, maire du dix-buitlôme arrondissement et de ses adjoints annonçait qu'un délégué du Comité central, conduit par une compagnie de la garde nationale, était venu prendre sa place et l'avait forcé de quitter la mairie.
La presse maintient aussi ses protestations, comme la députation de Paris et comme les municipalités. Son langage, depuis le premier jour, a toigours été le même. Voici ce que dit le Stèck :
€ Quieonqae voterait ou prêterait son conoonrs au vote
illégal décrété par le Comité se rendrait complice de la violation des lois et serait coupable de trahison envers la Eé« publique.
4k Un tel vote serait d'aHlenrs frappé de nullitéi viciô dans son essence, nul et de nul effet. "
< L'abstention est donc ici un devoir étroit.
« Opposons du moins à la force rinyincible obstacle de
la résistance passive.
<c Faisons le vide autour et dans les urnes illégales du Comité. »
Mais à ce langage le Journal officiel de Paris répond par la note suivante:
< La presse réactionnairo a l ecours au mensonge et à la calomnie pour jeter la déconsidération sur les patriotes qui ont fait triompher les droits du peuple.
€ Nous ne pouvons pas attenter à la liberté de la presse : seulement» le gouvernement de Versailles ayant suspendu le cours ordinaire des tribunaux, nous prévenons les écrivains de mauvaise foi auxquels seraient applicables en temps ordinaire les lois de droit commun sur la calomnie et Toutrage, qu'ils seront immédiatement déférés au Comité central de la garde nationale* »
Bn présence de cette situation, le journal le Siècle ùàt la déclaration suivante :
€ La situation faite & la presse est à cette heure celle que lui fitt il 7 a vingt ans, le 2 décembre.
« Nous devons à notre dignité, au droit que nous défendons, à la liépublique, pour laquelle nous sommes prêts à nous sacrifier, de dire que cette situation ne modifie en rien le jugement que nous exprimioits hier sur ce que nous croyons être le devoir de tout bon citoyen. »
Versailles. — Le Journal officiel de Versailles annonce la nomination de âixHsept nouveaux préfets.
— fl2 -
Il publie égaloiDûut nno dépêche du cUôf du pOHTQir exécutif qui donfle Tordre h tou» les militeiras, aoldets ou ofil«-
ciers vciiant isolément ou en troupe, de ^s'arrêter aux stations de Versailles, Etampes, Corbeil, Melun, INoge^tsmvSeine, Meaux, Soinson»» Pentoiseï GbaotiUj et Poisiity.
La dépôche donne le môme ordre aux marip3| aiâsi (qu'aux ionctionuaires publics.
La sfoace du 23 à FAssemblée peut 8*appeler la aéi^pce des maires de Paris. Après Tadoption d*une loi relative $t Torganisation do corps de volui;taircs, iM. Ariiaud (de TAriége), maire du septième arrondissement et député de Paris» monte À la tribune et demande à TAssemblée de vouloir bien recevoir, par exception, dans les circonstances critiques pré.sentes, la dépuration des maires et adjoints de Paris. Cette proposition, oomme tant d'autres, ne provoque que les colères et les rédamations tamultueuses du la droite.
Sur le refus de la Cimmbre, M. Baze, questeur, met à la disposition des maires une des principales tribunes, et, & six heures, on voit entrer et prendre place dans une tri* bune du premier ran^, près de Tavant-scêne du côté droit, quatorze membres de la municipalité parisienne. Chacun des maires ou adjoints porte une éeharpe en sautoir. Ils se
tiennent debout.
A leur e^tréfi dm^ 1^ s^Uei TAsseiiiblée se lô et Applaudit chaleureusement. La gauche pousse unammement les cris de : Vive la France! et Vive 1^ République J Adroite, on crie seulement : Vive la France!
Le^ msûres répondent par les cri^ de : Vive la France ! Vive la Rép'ublique I
A peine ces cris viennent-ils d'être poussés par la municipalité j^arisieune, que cinquante ou soixante membres de rextréme droite crient, en désignant les maires : < A rordre! à Tordre 1 — On no respecte pas l'Assemblée! — Faites évacuer la tribune l — Ils n'ont pas le droit de
prendre ainsi la parole] nQAt ^ivm M mm titr^ que
to ptiblict )^ Ces réôîdmatioas de Textrôme droite, appuyées par une partie de la droite, sont entrémôlées de protesta-* lions d« la gatidhe en &Veur des maires.
A ce moment, le tumulte est si grand dans la salle, qu'il deyient complètement impossible de saisir les direrses exclamations qui s'entre-croisent ft droite et à gadehoc
Une trentaine de députés de l'extrême droite se couvrent, bien que le président soit déeoatert^ à son fauteuil, et qu'il n*aît pas encore annoncé que la séance était suspen*
due ou levée.
A la gauche on entend crier : «A bas les chapeaux ! Respectez donc votre président ! respectez-vous vous-mêmes I
Découvrez-vous donc I »
M. Floquet, s'adressant à la droite. — Vous insultez
Voix & droite. Et vous, vous insultez la France 1 Loin dé s^ftpatsèt*, ragitattôn tedduble encôl*e. Leâ dé-
putés de la gau lie restent à leurs bancs. Une grande partie de ceux de la droite, au contraire, ont quitté leurs places et se préparent à sortit de la salle des séftùces.
En présence de cette émotion profonde, qu'il ne lui est guère facile de dominer, M. le président ahnonce que la léancé est levée, qu*on se réunira iinmédiatemeat dans les buréàtit et qde le soii* il j aura une séance.
A la séance de nuit, Torage de la journée s'est dissipé, M. Thiers aura lancé, comme d'habitude, son quos ego stir lel flots turbulents de la majorité.
M. Arnaud (de TAriége) monté doûc à la tribune et fait à la Chambre la proposition suivante, au nom des maires de Pàris I
!• Que TAssemblée se mette à l'avenir en communication plus directe et plus intime avec les municipalités de Paris;
2® Qu'elle autorise les maires à prendre leô mesures que les circonstances autoriseraient ;
S"* Que les élections de la garde nationale aient lieu avant le 28 de ce mois i 4* Que rélection da eonaeil mtinicipal ait lieu ayant le
3 avril, si c'est possil)Ie, et que la condition du domicile fût réduite k six mois, et que les maires et les adjoints pro< cédassent aussi de l'élection.
L'urgence est déclarée, mais cette tentative comme toutes celles qu'on a pa faire ne dcTait aboniir à aucun résultat.
lie Mman.
Paris. — Les portes sont fermées par Tordre du Comité. On ne les ouvre que pour laisser passer les chariots de ravitaillement. Toutes les gares (sauf la gare du Nord) sont occupées militairement. Les ordres les plus sévères ont été donnés à rHùtel de ville pour qu'aucun soldat ne puisse sortit- de Paris.
C'est à la mairie du deuxième arrondissement que se tient le centre des délibérations des maires, des députés et des commandants qui se sont groupés autour de l'amiral Saisset. Cette résistance rend l'espoir au parti constita'tionnel, qui garde les mairies d'arrondissement par un cordon de sentinelles serrées. Mallieureusement, les bataillons qui obéissent au Comité fournissent encore plus de gardes nationaux à l'Hôtel de ville.
L'état-major général de la garde nationale est installé provisoirement place de la Bourse.
Le commandant supôriour, l'amiral Saisset ; le colonel d'état- major, le colonel Langlois, et le colonel Schoelcher, commandant de l'artillerie de la garde nationale, ont pris la direction des mouvements et de la concentration de tons
les bataillons de la garde nationale qui n'obéissent point aa Comité central.
Une proclamation du nouveau généra] en chef de la ^arde nationale fait appel à tous les bataillons. Le langage du général est approuvé; m^heureusement peu de gaiides nationaux répondent à cet appel pressant*
On s'élôye pourtant avec sévérité contre tous les refus que les propositions les plus mesurées rencontrent à THétel de Tille. En effet, il est impossible de ne pas reeonnaître * qu'en présence de toutes les concessions si larges qui se succèdent, le Comité central a montré une opiniâtreté qui De prouYe pas en fayenr de ses dispositions coneiliantes. Toutes les avances, toutes les concessions sont faites par le parti constitutionnel ; pas une n'est accordée. par le Comité central !
Versailles, — A TAssemblée, la séance de jour du 24
est consacrée à la discussion de la loi des échéances, et après un second examen tout aussi approfondi que le premier sur ce grave sujet» l'Assemblée se décide H reculer d*un mois l'époque de la présentation des billets.
Un mois l II n'est pas nécessaire d'avoir le don de prophète pour prédire à la Chambre que les récriminations seront, dans un mois, tout aussi nombreusesi tout aussi
énergiques que dans la dernière quinzaine.
Mais il paraît qu'il est plus facile de penser à ses pa^ lions qu*aux affaires de ses électeurs I
Le 25 inani.
Paris. — C'est une grande journée. Il faut absolument que la question des élections soit résolue dans la journée,
Iiaidqad le Cdmité ii*a pas empâte retiré sa cdtiYoé&tioii pour le 36.
Commençons par le Comité central.
Dés le matin, tine longue proclamatiou est afûchée sur tous les tnUifs. Bil lisant aveé^ attention ce documeiit, on voit il apporte iino lumière nouvelle dans le conflit. En ellet, le Comité central demanda la suppression des àtiaéèê periaànentes. On toit qiie le programme de rHôtel Aê tille s'agrandit.
Et dans la population, chacun se deniatide i oui dU hofl, le Comiié central n'esWi qu'une municipalité élue du veut* il eé edttstiittef ddmttë tia gonyernemënt» résola ai^egarder le .G:ouvertieinent véritable comîne h'eiistftnt plus? Le oitojen Boursier, délégué aux relations extérieures, a bien dit que la révolution du 18 mars n'a qu'un caractère essett* tiellement municipal; mais tous les actes qui se snccèdent ont tous une portée gouvcnicmentalo.
C'est ainsi qu'une autre proclamation nomme les com* mandants Supérieurs de la garde nationale qui sont les délégués Brunei, Eudes et l)uva1. Hier, le Comité n'avait qu'un commandant en chef, le citoyen Bergeret; aujourd'hui il en à trois, et Bergéret n'en est pas. L'ordre du jour des trois nouveaux cdmtnàndants est des plus énergiqué8< «Tout ce qui n'est pas avec nous c^t contre nous, n dit l'adresse des trois généraux. C'est un avertissement significatif aut citoyens qtii ne veulent pas préndre les armes dans nne guerre civile.
Dès le matin, une affiche signée de M. Tirard, aniiouoe que la paie de la garde nationale se fera par intermédiaire des municipalités légales.
Les fonds publics nécessaires à cet effet sont à la disposition exclusive des maires isc^us du suffrage universel.
Le service sera établi au palais de la Bourse pour les bataillons dépendant des mairies envahies.
Il sera repris dans ces derniores aussitôt que les maires et adjoints y seront réinstallés.
La garde nationale accueille avec joie cette nouvellë; car on sait que le Comité central manquo d'argent et n'a obtenu que bien difficilement un million de la Banque.
Dans raprés-midi, une nouvelle proclamation de Tanniral Saisset annonce enân que toutes les réformes exigées par le Comité ont été accordées par TAssemblée nationale. Toal le inonde se porte avec empressement vérs cette afôche, qui recouilait & Paris tous les droits que Paris réclamé»
Cette proelamatiofi .produit une détente générèdé. La
satisfaction se manifeste par un mouvement extraordindire dans toutes les rues. — On va s'entendre l C'est Jini I Tel est le cri général.
Il y a pourtant une sourdine à ce bruit de manifestations joyeuses. On annonce que les bataillons fédérés, avec des canons, viennent de prendre possession des deux mairies du premier et du neuvième arrondissement. Mais le récit que Ton fait de ces deux expéditions enlève toute gravité à ces deux incidents.
Et, en eiTet, voici oe qui s'était passé. Dans raprès-midif vers trois heures, dans la rue de Rivoli, un bataillon venait derHôtel de ville, avec trois canons, sous le cuiiiinaïidcmGnt du général Brunei. Les boutiques se fermaient. Le bataillon^ arrivé devant la mairie du premier arrondissement, s'arrêta et fit le salut militaire au bataillon de la mairie, qui le lui rendit.
Le général Brunei, le commandant Protot et un lieutenant entrèrent seuls à la mairie, où ils furent reçus par les adjoints Méline et Adam.
Quelques instants après, ofûciers et adjoints sortirent ensemble et se serrèrent les mains, disant que la réconci- Uation était faîte entre THétel de ville et les municipalités.
Les deux bataillons fr.u.ernisèi'ent , et ce fut ua eri général : Vive la République ! Les rangs se confondirent, dt toutes les mains se serrèrent, aux bt^ayanti) applaufiiséindiitâ dé lA foule.
L'émotion avait d'abord été vive; mais à rémotion avait
saccédé une allégresse universelle î
A la suite de cette scènes les bataillons se dirigent vers la Bourse, où ils sont reçus par douze on quinze maires et
adjoints. Là encore surgissent de graves difficultés. D'une parti on se récrie sur cet ultimatum; on refuse d*accéder à des conditions faites sons une pression armée. Enfin, après des débats qui ont duré une heure et demie, on finit par s'entendre et par prendre une décision conforme au principe démocratique, c'est-À-dire d'adoption des deux points ainsi consentis :
P Les élections municipales fixées au 30 mars;
9* La nomination du chef de la garde nationale par le
suffrage direct, au 2 avril.
Les délégués du Comité sortent et, tout jojreux, annoncent la fusion aux gardes nationaux.
A cette nouvelle, les bataillons mettent la crosse en l'air et défilent devant les gardes nationaux de la place de la Bourse, qui mettent aussi la crosse en Tair» au cri, mille fois répété, de : Vive la République I Les tambours battent
aux champs.
L'enthousiasme est indescriptible. Les femmes , aux fenêtres, mêlent leur voix à la voix des gardés nationaux
acclamant la République. La population se porte en masse sur les boulevards; on se presse la main. La joie rayonne sur tous les fronts. Chacun se sent vraiment soulagé du poids d'une situation si complexe.
Mais à la dernière heure . lo Comité central refuse d*i\}oumer les élections, dont il maintient la date, en termes absolus, pour le lendemain 26 mars.
Un Comité de conciliation, composé de M^J!. Ranc, Ulysse Parent, Avenel, propose d'accepter résolument les élections pour dimanche, 26 mars, et c'est le seul parti qui reste à prendre.
C'est la décision qui est adoptée. L'amiral Saisset déclare
que son oomiûaQdement, en présence des élections qoi vont avoir lieu» n'est plus justifié» et donne ordre à Tétai-miyor
qui l'entoure de cesser ses opérations.
A peine la nouvelle de Taccord des maires et des représentants avec le Comité était-elle connue, que les bataillons de la place de la Bourse levaient le camp qu'ils y avaient établi.
Versailles. — En présence des événements graves qui se passent à Paris, tout Tersailles se préocoupe et s*entretient du silence de PAssemblée. Mais on ne tarde pas à dire
que rajournement de toute discussion est concerté entre la majorité et le gouyernement , de manière à laisser au pouvoir exécutif plus de liberté d'action.
Ainsi s'explique la proclamation affichée par l'amiral Saifiset, et qui paraît en contradiction avec les décisions prises par la Chambre.
Le 26 mai*.
Paris. — Une véritable pluie d'4iffîches«
Affiche des maires de chaque arrondissement convoquant
les citoyens au scrutin.
Affiche de Louis Blanc annonçant la proposition qu'il a faite à l'Assemblée d'approuver les élections qui ont lien.
Affiche qui annonce la résolution prise par le Comité central et les autorités légales. Les élections sont décidées, et le scrutin est ouvert.
C'est, bien entendu, le mode d'élection et le nombre de conseillers fixés par le Comité central qui sont suivis, puisque le Comité central n*a voulu rien céder de son programme.
VOffiriel (le Paris, du 26, fait un long récit de la proclamation de la Commune à Ljon. Il est vrai que le 24, les délégaés dn Comité central de Paris ont provoqué une manifestation à la suite de laquelle le préfet a été firit
prisonnier.
Mais le triomphe de la Commune a été de courte doréoi et le 25, à cinq heures du matin, le général Crousat, qui commandait à Ljon, télégrapLiait à Versailles que le Comité avait donné sa démission, que le préfet était libre» et que rordre était rétabli dans toute la ville*
Versailles. — L'Assemblée se réunit le 2G, sous l'impression du vote qui a lieu à Paris.
La Cliambre adopte un projet de loi qui décide qu'un liionuttient funèbre sera élevé à la mémoire des deux généraux Clément Thomas et Lccomte.
Sur un mot de M. Millière, M. Pouyer-Quertier annonce qu'il présentera, dans quarante-huit heures, un projet de loi sur le règlement de la question des loyers à Paris, .
Paris. — * Le vote a eu lieu.
Ici, on a voté en grand nombre j là, on s'est abstenu plus ou moins. Partout, la journée s'est passée dans le pliuf grand ordre.
Dans la matinée, on se demande quel sera le résultat du vote, et, en attendant, on lit et on commente la dernière proclàmation dn Comité central, déjà affichée depuis la veille Au soir.
C'est incontestablement la plus sage de toutes celles qu*il a publiées. La voici :
« Citojreûs,
(t Notre mission est terminée; nons allons céder la place dans votre Ilotel de ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers.
« Aidés pav votre patriotisme et Totre dévouement, nous
avons pu mener à bonne iln l'œuvre difficile entreprise en votre nom. Merci de votre concours persévérant; la solidarité n'est plus un yain mot : le salut de la Républiqae est assuré.
a Si nos conseils peuvent avoir quelque poids dans vos réso^iltionSy permettez à vos plus zélés serviteurs de vous &ire eonnattroi uv«^nt le scrutin» ce ({vl^Ub attendent du vote d'aujourd'hui.
« Citoyens,
s Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi voug, vivant de votre propre vie, souffrant des mômes maux*
« Déôez-vous autant des ambitieux que des parveuQs ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre iatéréty et finissent toujours par se considérer commet indispensables*
« Défiez -vous également des parleurs, incapables de passer à Taction ; ils sacrifieront tout à un discours, à un eâet oratoire ou à un mot spirituel, — * Évitez égaiemeut ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère.
« £nfi.n, cherchez des hommes aux convictionfl sincèreSi des hommes du peuple, résolus, actifs» ayant un sens droit et une lionnôictô reconnue. — Portez vos préférences sur ceux qui ne brigueront pas vos suffrages; le véritable mérite est modeste, et c*est aux électeurs à reconnaître leurs hommes, et non t ceux-ci de se présenter.
tt Isous sommes conv^ùncus que, si vous tenez compte
de ces observations, vous aurez euâa inauguré la véritable représentation populaire, vons aurez trouvé des mandataires qui ne ne considéreront jamais comme vos maîtres.
« HôUl de vUle, 25 mars 1871.
< Le Comité central de la garde nationale, »
Voici le résultat du vote :
Arrond. 4 GottseUlers. Elus : Adam, Méline^ Bochard, Barré.
Ârruud, 4 Coaseiller:>. Kius ; Breslay^ Loyseau-PinsoD^ TixMà,
Ghéron.
III^ Anond. $ Cenieillers. Bios: Demay, Arnaud^ Pindy, Gléraji
Clovis Dupont.
IV« Aixond. 3 Gonfieiiiers. £ius : Lefrançais^ Arthur Arnouid^ Clé*
mence^ Géiardin^ Amouronx.
V* Arrond. 5 Coûâeiiiers. Elus : Hégèrc^ Jourde, TridoOj Blanche^
Ledroit.
Yl« Atrond. 5 Conseillers. Elus : Alb^t Leroy, Goupil, Û' Robinet,
Beslay, Varlin.
YU<' Arrond. 5 Conseillers. Elus : Parisel^ E, Lefebvre, Urbaio,
Brunei, Ribeaucourt.
VIII^' Arrond. 4 Conseillers. Elus : Raoul RigauU, Vaillant, Arthur Âr«
noult^ Jules Aliix.
IX* Anond. 5 Conseillers. Elus : Ranc, Ulysse Parent, Desmarest,
Charles Ferry, Nast.
X* Arrond. 6 Conseillers. Elus : Félix Pyat, Fortuné Henry, Cham
py, Babick, Gambon, Rastoul.
XI* Anrond.7 Conseillers. Elus : Hortier, Delescloze, Protot, Assi,
Eudes, Avrial, Verdure.
Xil* Arrond. 4 Conseillers. Elus; Varlin, Pruneau, Géresme, ïheisz. XIII* Arrond. 4 Consdllers. Elus : Heillet, Duvai, Chardon, Frankel.
XIV* Arrond. 3 Conseillers. Elus. Billioray, Marielel, Descamps. XV* Arrond. 3 Conseillers. Elus : Clément, Jules Vallès, Laugevia. XVI* Anond. 2 Conseillers. Elus : D' Harmottan^ de Bouloiller. XVU'Arrond.JGunseillcf s. Elus: Varlin, Clément, Gérardin, Cbâ'
lain, Maion.
XYIIP Arr. 7 Gonseillerâ. Elus : liianqui^ Tlieisz, Dereurc^ J.-B. Clément, Th. Ferré, Yermorel, Paschal GrousseU
XlX^Ariuiid. 10 Gûiiseillerb.Lius: Oudet, 1- ugct, CourneL, Dclci^cluzc,
Ostyii, Miot, Flourens, Uenry^ Pliiiûii> Caoal.
XX« Ârrond. 4 GoDseillers. Elus : Ranvier , Bergeret , Flourens ,
Blanqui.
Versailles. — Le vote de Paris et la proposition de MM. Louis Blanc, Pejrat et autres membres de la gauche, sont Tobjet de toutes les conyersations.
A l'ouverture de la séance, M. Pelierc au- Villeneuve annonce que la commission d'initiative, après en avoir délibéré, continuant à s'en rapporter à la sagessoi à la fermeté du gouyemement sur la conduite à tenir à Toccasion des événements de Paris, propose à l'Assemblée nationale de ne pas prendre en considération la proposition présentée à la Chambre par la députaiion de Paris*
M. Thiers prend alors la parole pour donner des explications sur la conduite tenue par le pouvoir exécutif*
Au siget de la liberté municipale de Paris, M. TMers déclare que les droits de cette yitle seront consacrés. Il demande qu'on mette à Tordre du jour, le plus tôt possible, le prcget de loi concernant les attributions municipales de Paris. Les droits de cette grande cité ne seront pas méconnus ; mais une seule ville en France, quelque glorieuse, quelque grande qu'elle soit, ne peut pas dominer la France toat entière. Ce qu*U désire, c'est la liberté pour Paris, mais e'est également la liberté pour la France.
Au sujet de la Képublique, il fait cette autre déclaration importante ;
a Nous avons trouvé la République établie. C'est un fait dont nous ne sommes pas les auteurs» mais je ne la trahirai pas. Je le jure devant Dieu. La réorganisation du pays sera
uuU^e beule préoccupation, et ils mentent cent iuia, leâ mi-
8érabl68 qui osent de servir de cet argument j^our troubler la pajB. » (Monyement.)
Étant données ces deux ba.scs do réconciliation, le maintien de la Uôpubli^ae et la reconnaissance des ârancliisds manieipalesi on espère eneore que l'entente sera bientôt fidte.
I«e M vuuni.
Paris. — La proclamation des résultats du vote communal a eu lieu à THotel de ville, avec solennité.
La foule était immense. £lle se pressait sur les trottoirsi 4an8 les rues, sur les ponts, aux fendtres, partout.
Un grand drap rouge voilait la statue ci^uestre du « seul roi dont le peuple ait gardé la mémoire. )> Sur ce voile se détachait| ombragé de drapeaux rouges» le buste de la République.
Quatre heures sonnent. Les membres du Comité central apparaissent^ la plupart en habit noir et en cravate blanehei les autres en uniforme de gardes nationaux» tous i^vec une écbarpe rou.i^o à la ceinture.
Un membre du Comité Ut le résultat des électiûxui« Deux discours sont prononcés et applaudis* Bans rintervalle des disconrsi les musique^ des bi^talllons jouent la Marseillaise et le Chant du départ.
Les discours terminéSi le président déçlare que la Com« mnne est proclamée.
Elle a tenu aussitôt sa première séance. Le discours d'inauguration a été prononcé par M. Beslajr, ancien représentant du peuple , qui a pris plaoe au bureau comme doyen d^Age. Voici le résumé de ce discours d*inau« gui^ation :
(f Depuis cinquante ans, les routiniers de la vieille politique nous bernaient ayec les grands mots de décentralisation et de gouvernement du pays par le pays. Grandes phrases qui ne nous ont rien donné I
« Plus vaillants que vos devaneiers^ vous avez fait comme
le sage qui marchait pour prouver le monvement. Vous
ave^ marché^ et Ton peut compter que la Képali^que marcliera avec vous I
« C*est là, en effet, le couronnement de votre victoire pacifique. Vos adversaires ont dit que vous frappiez la République; nous répondonsi nous, que si nous Tavons frappée, o^est comme le pieu que Ton enfonce plus profondé* ment en. terre î
(( Oui, c'est par la liberté complète de la Commune, que la République va s^enraeiner chez nous. LaRépublique n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était aux grands jours de notre révolution, La République de 93 était un soldat qui, pour combattre au dehors et au dedans» avait besoin de centraliser sous sa main toutes les forces de la patrie ; la Eépul»Ii(|ue de 1871 est un travailleur qui a surtout béguin cio liberté pour féconder la paix.
Il Paix et travail I Voilà notre avenir! voilà la certitude de notre revanche et de notre régénération sociale, et, ainsi comprise, la République peut encore faire de la France le soutien des faibles, la protectrice des travailleurs, l'espérance des opprimés dans le monde, et le fondement de la République universelle.
« L'affranchissement de la Commune est donc, je le répète, raffranchissement de la République elle*méme ; chacun des groupes sociaux va retrouver sa pleine indépen-» dance et sa complôtu liberté d^action.
c La Commune s occupera de ce qui est local. \
u Le déparlement s'occupera de ce qui est régional.
n Le gouvernement s'occupera do ce qui est national.
0 Et, disons-le hautement, la Commune que nous tondons sera la Commune modèle. Qui dit travail, dit ordre, écono-
mi6| honnêteté, contrôle aéyère^ et ce n'est pas dans la Commune républicaine que Paris trouYora des fraudes de
400 millions, o
Nous ne liaisons que rendre hommage à la vérité en disant
que cette courte allocution avait produit à Versailles, comme à Paris, le meilleur effet. Le devoir commandait donc, de part et d'autre, de discuter tous les moyens de concerter une entente avant d'engager la lutte la plus terrible de notre histoire.
Versailles*— L'homme le plus impartial et le plus sensé de tout le gouvernement^ c'est encore et incontestablement M. Thiers.
Plus que jamais, il proclame la nécessité du maintien de la République. Un député de la droite, croyant le prendre au dépourvu, lui disait:
—Monsieur Thiers, depuis quand vous est donc venue la foi républicaine?
— Depuis quand ? répondit le chef du pouvoir exécutif, depuis que la France a perdu la foi monarchique*
Aussi, tout le monde tourne-t-il les yeux du côté du gouvernement en se demandant : que va faire M« Thiers ? £t, à Versailles, la réponse est la même pour tous* H. Thiers réunit les forces nécessaires pour prendre Paris et réduire l'insurrection, le Comité central et la Commune. C'est donc un siège, c'est donc la guerre civile que Versailles donne à Paris pour tonte espérance et pour toute perspective.
£h bien! nous n'hésitons pas à le dire, Topinion demeU'rait, en présence de ces préparatifs, résolûment attachée
aux idées de conciliation. Le pays ne demandait qu'à bénéficier lui-même des franchises communales revendiquées par Paris, et tout lui faisait désirer la paix, l'évacuation du pays par les Prussiens et la reprise du travail.
Le 29 mars.
Paris. — Dans sa première séance, la Commune de Paris a déclaré que la garde nationale et le C3omité central ont bien mérité de la patri^et de la République.
Les décrets se multiplient, et la Commune de Paris fait de plus en plus acte de gouyernement.
Yoici Pensemble des mesures les plus importantes prises
par la Commune :
La conscription est abolie, en France sans doute comme à Paris, puisque la Commune s'arroge le droit de représenter la République française.
Pour répondre au projet de loi sur les loyers du gouvernement, la Commune rend un décret dont voici les dispositions :
Remise générale est faite aux locataires des termes d'oc* tobre 1870, janvier et avril 1871.
Toutes les sommes payées par les locataires, pendant ces neuf mois, seront imputables sur les termes à venir.
n est fait également remise des sommes dues pour les
locations en garni.
Tous les baux sont résiliables, àla volonté des locataires^ pendant une durée de six mois, à partir du présent décret*
Tous congés donnés seront, sur la demande des locataires, prorogés dd trois mois. Un décret spécial réglera la question des intérêts hypo*
tbécaires.
VEusAiLrj':s. — Le g-ouvernement reste maître de tout le pajs. La Commune révolutionnaire de THétel de ville a trouvé des échos plus on moins retentissants à Lyon, à
Toulouse, àNarbomie, à Marseille, à Saint-Etienne, à Grenoble, à Avignon. Mais la plupart de ces manilostations n*ont produit aucun changement dans Tadministration légale
du pays.
Il n'y a même eu de lutte sérieuse nulle part; mais on a eu pourtant à déplorer Texécution de M. de TËspée, préfet de Saînt-Étienne.
Le bruit qui se répand partouti avec plus d'afûrmation que jamai8| c'est que le gouTemement se croit d^à assez fort pour attaquer Paris et que la lutte ne tardera pas à s'engager. Il importe de constater les deux impressions dominantes à Paris et à Versailles, A Paris, on ne croit pas à la guerre civile; h Versailles, on la regarde comme im« mineatô.
Le 30 mars*
Paris. — La Commune, instruiic des projets de Versailles, prend les mesures nécessaires pour soutenir le siège et repousser la force par la force*
Au sujet des emplois supérieurs des services publics, îa Commune, considérant que, dans une république réellement démocratique, il ne peut 7 avoir ni- sinécure, ni exagération de traitement, a décrété que le maximum de traitement des employés aux divers services communaux e^t ûxè II 6,000 francs par an.
Versailles* — Versailles regorge de troupes de toutes armes, et il en arrive continuellement. Les marins sont en nombre considérable et se font remarquer par leur tenue ferme et décidée. On commence & voir quelques compagnies de gardes nationaux volontaires, venus de la province : ils
sont encore sans uniforme et provisoiremont portent au bras gauche un brassard tricolore; les avenues, places et rues présentent ua «speet étranget oar onj Yoit des soldats de tout genre et beaneonp d'uniformes de fantaisie. Déjà arrivent les volontaires appelés par la loi votée parTAs* semblée. Versailles est on camp*
ïàô 81 mars.
Paris. — Une pcnsco préoccupait la population parisienae, l'attitude que prendrait la Prusse. Mais le Journal ^ officiel de la Commnne a rassuré^ sar ce point» les habitants» en publiant les deux documents solvants :
« Citoyens,
a Le Comité central a reçu du quartier général prussien
la dépêche suivante :
comumBMSscr m chef ov 3^ corps d'armés.
Quartier général de Compiôgne»
le 21 mars 1871.
(( Au cmmandant actuel d» Paris*
a Le goussigné, commandant en chef, prend la liberté de vous informer que les troupes allemandes qui occupent les forts du nord et de Test de Paris» aiqsi que les environs de la rive droite de la Seine, ont reçu Tordre de garder une attitude amicale et passive tant que les événements dont l'intérieur de Paris est le théâtre ne prendront point, à régard des armées allemandes» un caractère hostile et de nature à les mettre en danger, mais so maintiendront dans les termes arrêtés par las préliminaires de la paix«
« Mat«» dans lo cas où ces événements auraient un carao-
ière d'hostilité, la YiUe de Paris serait traitée en ennemie.
« Pour le commandant en chef du 3* corps des armées impériales,
« Le chef du quartier général,
fl Signé : Von ScmoTHiaM.
« Major général. »
« Le délégué du Comité central aux relations extérieures a répondu :
Paris, le 22 mars 1871.
a Au commandant en chef du 3^ corps des armées impériales prussiennes.
a Le soussigné, délégué du Comité central aux affaires extérieures, en réponse à votre dépêche en date de Gompiègne, 21 mars courant, vous informe que la révolution accomplie à Paris, par le Comité^ central, ayant un caraclière essentiellement municipal, n'est, en aucune facooi aggressive contre les armées allemandes.
« Nous n'avons pas qualité pour discuter les préliminaires de la paix votés par TAssemblée de Bordeaux.
a Le Comité central et son délégué aux affaires extérieures. »
Ybrsaillbs. — Assemblée nationale ne disente plus les
événements de Paris, et c'est assurément là un avantage, puisque cette abstention écarte du conflit une cause permanente d'irritation. La Chambre semble avoir donné carie
blanchû au gouvernement pour mener à bonne fin la soumission de Paris.
La seule discussion, depuis huit jours, qui ait présenté un peu d'intérêt, est relative à la lettre blessante que M. Rouher a écrite en Belgique pour se plaindre des procédés du gouvernement de la République. Or, nous devons dire que le procédé dont se plaint Tancien vice-empereur ne rappelle, en définitive, que Tordre donné par M. Tiiiers
de le mettre en liberté à la frontière, lui et M. de Cassagnac. Les hommes du 2 décembre se plaindre des violaUons de la loi I Et cela» le lendemain du jour oû la République leur
fait donner la liberté I Gracchos de iediiione quœrentesl
Le le', avril.
Paris. — L'anxiété est vive dans la population.
Le senrice des postes y lent d*étre transporté à Versailles,
et le citoyen Theisz a pris poiïsession des bureaux, à Paris.
Après la nomination du général Bergerety suiyie de celle de trois commandants supérieurs, est yenne la nomination
du général Cluseret comme délégué à la guerre.
On parle ensuite de l'interruption des services des chemins de fer qui couperait les yiyres à Paris.
Enfin, les mesures de rigueur se succèdent d'un jour à l'autre. La Commune tient & exercer souyerainement tous les pouyoirs.
Le Figaro^ qui avait été supprimé le premier jour, a essayé de reparaître; mais une compagnie de 150 hommes s^est mise à la poursuite de ce numéro qu'elle saisit et
qu'elle détruit clans tous les kiosques des boulevards-,
La Commune^Wn des journaux qui défendent le nouveau gouyemement, donne à ce sujets aux fédérés, une excellente
leçon, que nous croyons devoir mettre sous les yeux de nos lecteurs.
« Il faut, entendez-lô bien, mes chers amis, que la presse soit libre : il y a plus, il faut que sa liberté n'ait point de bornes.
« Car toucher & la liberté de la presse, c'est toucher à la
liberté de Timprimerie, à la liberté du travail, ce qui est un crime,
« Et si les typographes voulaient m*eii croire, ils ajouteraient à leurs statuts un article aiusi conçu :
ff Chaque fois que le pouvoir supprimera un journal, et privera ainsi de travail des ouvriers qui ont besoin de gagner le pain de leurs enfants, tous les typographes prennent rengagement solennel de ne pas composer un seul journal, à commencer par ïOffieielf tant que la mesure qui frappe cet organe de publicité n'aura pas été rapportée.
a Si les ouvriers faisaient cela, ils donneraient encore aux gouvernants une de ces leçons dont ils ont, paratt-il, toujours besoin. »
Versailles. — L'acte le plus important de F Assemble c est incontestablement la loi suivante :
Chaque département tiendra à la disposition du gouv^er-
nement un ou plusieurs bataillons de volontaires choisis de préférence parmi les hommes ajant déjà servi dans Tarmée, la marine, ou la garde mobile, ou appartenant à la garde nationale. >
Les ofâciers de tous grades seront nommés par la pouvoir exécutif.
Non-seulement le gouvernement prend les mesures nécessaires pour augmenter ses forces; mais il songe surtout ft prendre au plus vite TofFensive, et Ton annonce ouvertement la marche de l'armue de Versailles, confiée au maréchal Mac-Mahon, contre la capitale.
Le Z avril.
Paris* -i- Vive agitation dès le matin.
On annonce que la Inttc est engagée à Neuiily et que les troupes de Versailles oatfranolii le pont.
La voilà donc commencée, cette guerre fratricide que tous les cœurs français espéraient encore voir détourner par un grand acte de conciliation 1 C'est le jour le plus triste de notre histoire !
Dans tous les quartiers, les groupes sont nombreux et animés. £t tous les entretiens se terminent de la manière suivante : Pourquoi ne pas s'entendre ?
Pendant la journée entière, on a battu le rappel et la générale«
La circulation des omnibus est arrêtée.
Les bataillons de la garde nationale, les uns portant le drapeau rouge» les antres le drapeau tricolore^ se réunis^ sent à THôtel de ville et à la place Vendôme.
Deux grandes armées sont formées : Tune commandée parBergeretet Fiourens, qui se dirigent vers Nenillj et le Mont-Yalérien ; Tautre, commandée par Eudes et Closeret,
qui prennent la direction de Vaugirard.
Une proclamation de la Commission exécutiTO de la Commune est afflchée partoût. Cette Commission exécutive,
qui est composée des citoyens Eudes, Bergeret, Duval, Lefrançais, Félix Pyat, G. Tridon, £. Vaillant^ dit, dans sa proclamation :
u Les conspirateurs royalistes ont ATTAQUÉt
tt Malgré la modération de notre atUtude, ils ont attaqué.
a No pouvant plus compter sur Tarmée française, ils ont
ATTAQUÉ, avec les zouaves pontificaux et la police impériale.
« Non contents de couper les correspondances ayec la province et de &ire de vains efforts ponr nous rédoire par
la famine, cei furieux, ont voulu imiter just^u'au bout les Prussiens et bombarder la capitale.
« Ce matin, les chouans de Gharette, les Vendéens de Cathelineau, les Bretons de Trochu, flanqués des gendarmes de Yaientin, ont couvert de mitraille et d'obus le village inoffensif de Neuillj et engagé la guerre civile avec nos gardes nationaux.
c( Il y a eu des morts et des blessés.
«Élus par la population de Paris, notre devoir est de défendre la grande cité contre ces coupables agresseurs. Avec votre aide, nous la défendrons. »
Versailles. — Le gouvernement, l'Assemblée, les émigrés, le monde politique, la population n*ont qu'un seul mot à la bouche : l'attaque est commencée, et chacun demeuré' convaincu que la défaite de la garde naiionale de Paris ne sera qu'un jeu pour Tarmée.
Le 3 avril.
Paris. — ToutParis s'inquiète, dôs le matin, dearôsultats des mouvements de troupes qui ont eu lieu dans la nuit, et que les journaux de la Commune appellent la Marche sur
Versailles.
On apprend qu'une colonne de gardes nationaux qui approchait du Mont-Valérien a été reçue & trois cents métrés
par une pluie de mitraille c^ui a fait un grand nombre de victimes.
Dans la journée, de fortes détonations du côté de Châtillon, de Meudon et dlssy.
Mais les noayelles qui ctroulent sont teUement contra** diotoires qa'il est impossible de saisir, soit dans les groupes, soit dans les journaux, une seule information sérieuse.'
D'un oôtéy certaines dépêches annoncent que Bergeret et Blourens ont fait leur jonction du côté de Bougival, et qu'ils marchent sur Versailles avec la certitude de réussir, et le même courant de nouvelles afôrme que Ciuseret et Eudes opèrent dn côté de Meudon un mouvement tournant dont TefTet est considéré comme certain. Ces mêmes journaux assurent que la troupe de ligne de Versailles refuserait de tirer sur la garde nationale.
Mais, d*un autre cdtô, des gardes nationaux fédérés qui rentrent à Paris font naître bien des doutes dans tous les esprits. La plupart se plaignent d'être mal conduits, mal nourris et, quant aux résultats de la journée, ils les considèrent comme insignifiants.
Il n'y a qu'une Yoix pour déplorer le sort de tant de victimes, immolées pour expier des fautes qu'elles n'ont pas commises I
A cette attaque de VersailieSi la Commune répond par des mesures énergiques.
Elle décrôte la mise en accusation de MM. Thiers, Favre,
Picard, Simon, Potliuau. Leurs biens seront saisis et mis sous séquestre jusqu'à ce qu'ils aient comparu devant la justice du peuple.
L'Église est séparée de l'État.
Le budget des cultes est supprimé.
Les biens dits de mainmorte, appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales.
Une enquête sera faite inmiédiatement sur ces biens, pour en constater la nature et les mettre à la disposition de la nation.
Dam la ioir^i la brait m répand que léa dépatéa ai les
anciens maires de Paris vont se réunir pour concerter les mojena do faire aboutiri entre la CommuDo et le gouvernemeatt une transaction qni puisse arrêter Teffasion da sang.
yBRflAiLLBS« ^ Pourqnoi se réunir t Pourquoi se eon-
certor ?
M. Thiers a exprimé dans IS!! bureaux le désir de ne pas ôtre interpellé sur les événements de Paris,
Il a donné des assurances que le gouvernement ne rcslait pas dans Tinaction, comme quelques députés le crojaient; qa'il ne pouvait donner des explicationSf mais que bientôt on serait & même d*appréeier les résultats de la politique prudente maïs énergique que le gouvernement avait adoptée pendant cette crise.
Ce langage signifle que Taetlon est engagée et que le gouvernement veut aller jusqu'au bout.
Le 4 avril.
Paris. — Le Journal offricl annonce que la Commune a déeidé le remplacement à la Commission exéoutive des eitoyensDuval, Bergeret et Eudes, retenus loin de Paris pour les opérations militaires, par les citoyens Delesclu^ey Cournet et Vermorelf
Le eitoyen Olnseret est délégué au ministère de la
guerre.
Cette décision de la Commune £sit naître mille oommen* taires. On se demanda oe que sont devenus les généraux
Duval, Bergeret et Eudes, et Ton constate que les en<-
tretiens des gponpeB font mentir le proyerbe qui dit : Point de nouvelles, bonnes nouyelles.
Li* Officiel annonce aussi que les clections communales» pour remplacer les membres démissionnaires ou élus dans plusieurs arrondissements, et précédemment fixées au mercredi 5 avril, sont ajournées jusqu'au jour où la situation faite à Paris par Tattaque du gouyernement de Versailles permettra lé yote.
La Commune, ên effet, était loin d'être au complet. Les citoyens Adam, Méiine, Rochart, Barré» Brelaj, Loiseau» Tirard, Chéron, Leroy, Robinet, Desmarest, Ferry, Nast, Fruiieau, Marmottan, de Bouteiller, élus le 26 mars, s'étaient démis des fonctions de membres de la Commune» .
D'un autre côté, des options devaient être exercées par les ciloyens A. Arnouid, Varlin, Delescluze, Theisz et Blanqui, élus dans plusieurs arrondissements.
Il y avait donc vingt et une réélections auxquelles le suffrage devait pourvoir. En dehors des options faites de Paris, on peut dire que les seize autres démissions représentent Topinion des membres qui tenaient à faire purement et simplement de la Commune le conseil municipal de Paris. Il suffit de lire le discours du doyen d'âge de la Commune, M. Ch. Beslaj, pour yoir que cette opinion y est encore représentée. Mais elle y est malheureusement en très-petite minorité.
Les commentaires au sujet de la tentatiye de Bergeret
et de Flourens contre Versailles, du côté de Rueil et Boupival, ne sont pas de nature à rassurer la Commune. Bergeret a dû revenir en désordre et Flourens a trouvé la mort dans eette expédition.
Aussi le Siècle n'hésite-t-ii pas à dire :
tt La journée du 3 avril a démontré toutes les illusions Bomwies p«r k portion du peuple de Paris qui soutient la Commune.
(( Les journées dn 4 et du 5 avril ont iiréfiragablment complété cette démonstration.
« Xi68 indigaations^ les réoriminationBi' les déclamations» ne sauraient modifier les faits.
cr La Commune ne peut rien contre Versaiilei:). Voilà le fait. 3
Vbrsaills8« — La première attaque de Tarmée a sur* excité les esprits et les tristes manœuvres des généraux
de la Commune sont impituj^abiemeiit tournées en ridicule par la presse de Versailles.
D'ailleurs les espérances deyiennent des certitudes. D'après une convention nouvelle, la Prusse autorise la formation d'une armée de 80,000 hommes, et avec des forces si imposantes on croit à une prompte solution.
Le 5 avril.
Paris. — L'émotion de la population est profonde.
De tous côtés, on demande des nouvelles d'un combat important engagé dans la soirée sur le plateau de Châtillon» et le Mot dordrCf journal de M. Rocheforty annonce que les nouTolles sont mauvaises et que cette position a été reprise par l'armée de Versailles.
La nouvelle de la mort de Flourens est également publiée dans presque tous les journaux. Le commandant de la
dixième légion a été tué en combattant à Chatou, par un officier de gendarmerie qui cernait, avec une escouade, la maison où il s'était réfugié.
Au sujet de ces graves événements, la Commune publie une proclamation des plus énergiques contre les Vendéens
de Charette et les agents de Piétri qui fimlknt les prison^ men^ égorgent les blmés et tirent mr les ambulances»
On annonce Tarrestaiion de Tarchevêque de PariS| du grand-Ticaire» de Fabbé Degaerry, curé de la Bfadeleine, et
des pères jésuites qui habitaient rue Lhomoiid. Un décret de la Commund déclare que les personnes arrêtées serviront d'otages et que la Commune fera fusiller trois otages eontre un combattant de Paris fusillé par Tarmée.
Un autre décret de la Commune réorganise les compagnies de marcbe, en appelant sons le drapeau rouge tous
les hommes de dix-neuf à quarante ans. Plus nous avançons et plus nous yojons se creuser Tabime qui sépare Paris de Versailles.
Versailles. — Le gouvernement montre contre la répression une énergie qui grandit avec la résistance. C^est ainsi que le Journal offtckl de Versailles & publié
la note qui suit :
« Quelques hommes reconnus pour appartenir à Tarmée
et saisis Jes armes à la rnain ont été passes par les armes, siuTant la rigueur de la loi militaire, qui frappe les soldats combattant leur drapeau. »
A cette note, le Siècle a répondu par cette réplique éloquente :
<( De toute Ténergie de notre Âme, nous en appelons à M. Thiers contre ces rigueurs.
« L'Assemblée et le gouvernement ont quitté Paris. Paris s'est trouvé indépendant et belligérant. La qualité de belligérant a été reconnue au Comité central par le gouvernement de Versailles, en vertu de Taffiche qu'il a fait placarder ici par Tamiral Saisset,
tt Nous sommes deux millions d'habitants qui nous trouvons sous le gouvernement de la Commune. Ou bien VerasiUes doit nous considérer tous comme des rebelles, on
bien il doit reipe«ter tottilM prlsomiiers qui tombent entre SCS maias , môme ceux qui ont appartenu à Tarmée im* pôriale. »
de 6 avril.
Pabis. Le gÂnéi^al Oloseret, d^Aeeord avdd la Oômmis*
sîon exêcutive, a décidé de fairo rentrer dans Paris les ' troupes dont rorganisation va être modifiée et complétée diaprés Je décret de la Commune relatif à la garde nationale.
Les journaux le Constitutionnel, le Journal des Débats, Paris-Journal et le Paya ont reçu du Comité de sûreté générale Tordre de eesser leur publieation.
En revanclie, les journaux favorables ii la Commune se multiplient» ^ous avons déjà le Mot d'ordre^ de ItocLefort» qai dit ans hommes de l'Hôtei de ville de durée véritée % le Vengeur^ de Félix Pjat; le Cri du peuple^ de Jules Vallès; le Père Duchêne, de Yermersch \ la Commune^ la Soeiakf Paris libr€t ^ Justice f le Tribun du psuple.
Versailles. — Il est vraiment étrange de Toir comment,
en dehors de Paris, à quelques kilomètres des fortiâcaiions, on est mal renseigné sur ce qui sa passe à Paris. La fanaeuse dépêche Ports est â feu et à sang continue à servir de thôme à tous les commentaires des journaux de Versailles. La
Commune pille et assassine, voilà la phrase sacraracntoîle, et certains journaux afârment qu'on marche sur les cadavres dans les rues« Telle est la version reruei corrigée et considérablement dévdoppée.
Les journaux de Versailles sont loin de la vérité. Les décrets de la Commune accumulent iautes sur fauteSi excdi
sar excès. La liberté n'est évidommeut poar eux qu*un mot* Mais entre ces violences et le massacre organisé de la population, il y a pourtant une différence dont les jour-' naux de Versailles ne paraissent même pas s'aperceToir*
lie 7 avril.
Paris. — Des comités de coneUr&tion se forment de
tous côtés, au nom des anciens maires et de la députation de Paris, au nom des chambres syndicales de Paris. Les adresses de ces chambres syndicales font d*amers reproches au gouvernement de Versailles. L'une d'elles contient ces paroles : « Paris a fait une révolution aussi acceptable que tontes les autres, et pour beaucoup d'esprits, c'est la plus grande qu'il ait jamais faite : c*est TafOrmation de la Répu» blique et la volonté de la défendre, n
Le gouvernement de Versailles, qui est resté sourd aux représentations des hommes politiques, comprendra*t-iI le langage tenu par les chambres de commerce ?
La Commune, par la commission exécutive, composée des citoyens Oournet, Delesduze, Félix Pyat, Tridon, Vaillant, Yermorol, adresse une procKiaiation aux départements* £n voici les paragraphes principaux :
« Paris yi'aspiî^e quà fonder la République et à conquérir m franchises communales^ heureuu; de fournir un exemple aux autre» communes de France.
« Si la Commune de l^aris est sort ie dn cercle de sesattri^ butions normaleiy c*est à son grand regret^ c'est pour répondre h rétat de guerre provoqué par le gouvernement de VersailleSt Paris n'aspire qu'à se renfermer dans son auto-
nomiej plein de respect pour les droits égaux des autres communes de France. »
Une autre proclamation da Comité central attire paiement Tattention. Il importe, en effet, de remarquer que le Comité centrai» en cédant THotel de ville à la Commune, a continué à siéger en dehors d'elle età exercer sur la garde
nationale toute son iniluence et toute son autorité.
Versailles. — Le Journal officiel de Versailles nous oblige à constater que la politique à outrance a toujours été celle que le gouvernement a mise à son ordre du jour. C'est ainsi qu'après avoir traité d'insurgés les gardes nationaux de Paris, M. ïiiiers u télégraphié aux départements, après les premiers succès de Tarmée : « L'effet moral est excel« lent, n C'est ainsi que M. Picard, dans une circulaire aux préfets, a dit des prisonniers conduits à Yej'.^ailles : ((Jamais la basse démagogie n'avait étalé aux regards afâigés des honnêtes gens des visages plus ignobles. » C'est ainsi enfin que M. Thiers, considérant les services récents du général Vinoy, Ta nommé grand -chancelier de la Légion d*honneur. La circonstance n'était pas, il fiautravoueri heareusement choisie*
Le 8 avril.
Pabis. — Des décrets, toujours des décrets.
Décret qui fonde une pension en laveur des veuves, des orpiielins et des blessés.
Décret qui supprime le titre de général.
Décret qui remplace Bergeret par le commandant Dom-
browski.
Les décrets qui concernent l'organisation militaire se
suivent de si prôs, qa*on 8e demande commeDt laCommnDe
peut 8 y reconnâitre.
Versailles. — Tout Versailles ne s'occupe que de l'arriyée de la délégation de l'Union nationale des syndicats de Paris. Cette démarche, entreprise an nom du commerce
parisien, n'obtient, en réalité, de M. Tliiers, que la déclaration suivante : Paris ne doit attendre du gouvernement que l'application du droit commun^ tel qu'il résulterait de la loi
que rxVssemblée allait voter. Toute concession pai^Uculière en faveur de Paris était écartée.
I<6 9 avril.
Paris. — C'est le jour de Pâques; mais cette grande féte religieuse passe cette année tout à &it inaperçue. Le sang continue à couler, et chacun ne pense qu'a la guerre civile.
Paris s agite dans le même cercle. Ici, des tentatives de conciliation; là» la continuation de la lutte» et dans tous les quartiers de Paris des visites domiciliaires et des arrestations.
Bncore une nouvelle militaire. Le général Bergeret est arrêté.
Le général Bergeret et le général Cluseret représentaient deux systèmes de guerre absolument opposés. L*un étant partisan de Toffensive énergique, Tautre d'une
défensive prudente.
Cette divergence de vues se manifesta par une mauvaise volonté de la part de Fétat-major de la place, qui motiva à
diverses reprises les observaLiuns du ministère et amena ânalement le remplacement de Bergeret et son arrestation.
VsHgàiLiiBS. L'AiaenUte a voté la loi sur les conseils manicipaux; mais il importe de remarquer que M. TUors
a exigé la nomination des maires dans les villes peuplées de ^OyOÛO habitants et au-dessus.
Gomment accorder cet article ayeo le projet de concilia- Uos que tons les esprits sages mettent en ayant entre Paris et Versailles Comment arriver à une transaction, quand le gouvernement lui-même prend la parole poar creuser encore plus profondément le gouffre qui le sépare de Paris? Fera-t-on une exception pour Paris? Ce ue serait pas là une innovation, puisque le gouvernement en faisait une autrefois pour Tadministration de la première ville de France.
Le 10 avriU
Paris. — Ordres et arrêtùg du général Cius^^rot c rdonnontia suppression des aiguiilettus et galons, etorganisaut dans les bataillons ce qu'il appelle la police patmiique*
Ybrsaillbs. — Le Joumat officiel de Versailles publie» entre la Commune de 17d9 et celle de 1871, le parallèle
suivant :
a En 1793, dit-il, au fond des âmes les plus féroces, il j
avait l'amour de la France; le culte, la patrie.
a Aujourd'hui, ce sont des fédéralistes de la pire école, des amis de l'étranger, eux-mêmes en partie étrangers, qui proscrivent Pnnité française.
d En 1793, la terreur n'était qu'un mojren. La victoire était le but.
« En 1871, la ierreup est à elle seule le but de ceux qui
rappliquent, on bien, si elle est un moyen, c'est la mo jen d'assm et' le pUiaye et de proléger l assassmaf, »
lie il ainil.
Pakh* ^ JLa ligne de l'UiiioB républicaine poiinaii son œnyre eoneiliaMee avec un séle des pins louables. Une
adresse de Paris aux habitants fait connaître sou pro-» gcamme, que nous résumons ioi :
Pane élit son oonsell communal, chargé de régler seul le budget de la ville. La police, l'assistance publique, renseignement, la garantie de la liberté de conscience relèvent B&lquement de lai«
Il n*j a d'autre armée à Paris que la garde nationale) composée de tous les électeurs valides. Elle élit ses chefs et son état-major suivant le mode réglé par le coni>eil communal, de telle façon que l'autorité militaire soit toujours subordonnée k l'autorité civile.
Paris fournit sa quote-part des dépenses générales de la Fiance et son contingent en cas de guerre nationale.
L'armée régulière n'entre point ft Paris, et il lui est fixé une délimitation qu'elle ne peut franchir, comme à Rome autrefois, comme à Londres aujourd'hui.
Paris élit ses fonctionnaires et ses magistrats*
Quelle sera la réponse de Versailles I
Versailles. — Hélas ! la r cponsc de M. Thiors à la ligue de rUnion républioaine des droits de Paris est la même que oelie qu'il a fiïite à TUnion républicaine des syndicats. Il maintiendra la République ; mais il faut que Pariis se soumette« Toutci tentative de conoiliation devient donc impossible.
I*e 12 avril.
Paris. — La Commune s'occupe de la question de^ échéancaâ comme elle s'est occupée de la question des loyers* Pour les échéances, elle accordera beaucoup de temps, et la question des loyers, elle Ta tranchée en faveur des locataires. Ce qui fait dire aux journaux de la Commune que le gouyemement de rHôtei de ville représente la République du travail, tandis que le gouvernement de Versailles, qui veut immédiatement faire payer les dettes et qui ne défend que le droit des propriétaires, représente la République du capital.
VsRSiULLBS. — Les relations entre Paris et Versailles
deviennent de plus en plus difficiles. Les agents du gouvernement ne laissent passer absolument aucun journal, et pour aller à Versailles, il &ut aller par Saint-Denis et s*exposer à mille aventures plus ou moins désagréables et pénibles.
lie 13 avril.
Paris. — Grande émotion au sujet du décret de la Commune qui ordonne ;la démolition de la colonne Vendôme! C^est au*âedans de nous-mêmes, dans nos institutions,
dans nos esprits, qu'il faut démolir Fidée de la guerre et de la conquête. En voyant la Commune s'attaquer ainsi à nos monuments, on se demande où s'arrêteront ces démolitions.
VBRSàiLLBs. — Un sj mptôme malheureux vient encore
ajouter à Tanxiété de ceux qui ne songent qu'à Tintéret général et au salut de la patrie. Les intrigues monarchiques se manifestent avec une hardiesse qui s'affirme au grand jour. Légitimistes, orléanistes, bonapartistes parlent et agissent comme s'ils étaient sûrs d'arriver très-prochainement an ponvoir. Encore une menace de guerre eiyile pour Tavenir.
Le 14 avril.
l^vuis. — Organisation des conseils de guerre dans chacun des bataillons, — Mesures relatives aux formalités à remplir pour les passeports. — Visites domiciliaires pour la recherche des réfractaires. r* Émissaires envoyés dans les départements pour édiher la population sur le but poursuivi par la Commune,
Versailles. — M. Thiers devenu plus libre par l'assentiment donné À sa politique par F Assemblée nationale, se préoccupe avant tout de pousser avec activité les opérations
de la guerre. Les nouvellistes s'en vont insinuant qu'un complot doit éclater à Paris contre la Commune, et qu'un général fédéré doit livrer une on deux portes avec un fort;
mais Topinion dominaïue est poartarit colle qui représente le maréchal Mac-Mahon comme résolûment attaché au pian d*attaque qu'il a préparé et qu'il est décidé à poursuivre jusqu'au bout.
X<e 15 avril»
Paris* <— Nous marchons de violenee en yîolenee. Entre
r'dv\ii ci Versailles, il est clair qu'il s'agit déiormai^ d'une guerre ù mort, et cette perspective rend le régime de la Commune intolérant et intolérable.
Ainsi, voici le citoyen Lacord, du Comité central, qui fait placarder une afiiciie pour déclarer que , devant le
crime, Finaction devient elle-même criminelle et qae tout citoyen doit marcher contre les rebelles de Yersailles.
D'un autre côté, les arrestations se multiplient, et Ton annonce que M* Chaudey , rédacteur du Siècle vient d'être arrêté. Cette arrestation produit une impression d^autant plus profonde que M. Chaudey a montré dans le Siècle avec M. Cernuschi, un esprit impartial et complètement indépeudant dans toutes les discussions qu'ont provoquées les actes do la Commune.
Versailles. — Dans une des nombreuses lettres qu'il a écrites sur la situation de Paris, M. Henri Martin a raison de s'écrier : « Où est donc Tabime qui sépare Paris de Versailles, et qui fait couler tant de sang?» En principe,
M. Henri Martin a raison, et les revendications de Paris pourraient très-légitimement être consacrées par nne loi votée par TAssembiée nationale. Mais TAssemblée et le gouvernement sont d'accord pour ne voir dans la Commune
qu'une insurrection qu'il faut écraser.
Ainsi les journaux de Versailles, les cheù des menées monarchiques, les feuilles gouvernementales de province
se montrent d'accord puur ap^irouver le langage tenu par M. Thiers aux délégués de ï Union républicaine des cb oits
Paris, Et oette conclusion de M. Thîeni, toujours immuable sur le fond du débat, s'en tieni aux points suivants :
Promesse de défendre le goayemement de la République. — Refus de traiter les fédérés comme belligérants. Application à Paris du droit commun. — Yie sauve accoi dée aux fédérés qui mettront baa les armes.
Et malheureusement, il faut bien le dire» ehaenne de ces paroles en tombant sur la Commune et son armée produit reffet d'une goutte d'iiuiie sur le ieu.
Le 16 avril.
Paris. — La situation reste ainsi la môme» avec toutes ses angoisses et tous ses déchirements. La Commune dit
bien qu'elle a no veut pas être la dictature de la France; » mais elle n'en agit pas moins, comme si elle voulait, aprôs ayoir vaincu Tannée de Versailles, imposer ses volontés à tout le pajs. Le gouvernement, de son côté, dit bien que «le droit de Paris sera respecté,)) mais il commence par revendiquer le droit de nommer les maires dans les grandes villes, et que deviennent, alors, les iîranchises communales ? Paris restera placé dans la main du gouvernement, et le
pouvoir exécutif a la vue assez courte pour ne pas s'apercevoir que c^est là «ne des revendications les plus légitimes de la capitale» Le souvenir de Fomnipotenoe de M. Haoss-
mann traitant les Parisiens de nomades et poursuivant dans rombre des comptes occultes de quatre cents millions, estil si loin de nous?
D'un côté, comme de l'autre, on sent 1(3 vertige qui conduit aux abtmeSy et la lutte se poursuit avec acharnement jour et nuit.
Vbrsaillf??. — Les journaux do Paris et de Versailles ont plus d'une fois fait allusion à la nécessité qui pourrait inspirer à M. Thiers la pensée de faire appel à Tarmée prassienne pour mettre la Oommune k la raison. H est juste de reconnaître que jamais une telle résolution ne s'est manifestée dans les documents émanant du pouvoir. La France n*est pas descendue si bas !
Le gouvernement ne comptait que sur son armée qu'il ^'est appliqué à rendre formidable. Le conunandement en chef a été donné au maréchal Mac-Mahon,
Les commandements divisionnaires ont été donnés anx généraux de Cissey, Ladmirault et Deligny. La cavalerie est conamandée par le général de Barrai, et la réserve est confiée au général Yinoy.
Les deux principaux points d*attaque sont le fort d'Issy et Neuillj. De ce dernier côté les obus arrivent jusqu'aux Champs-Éiysées et TArcHie-Triomphe a reçu déjà plus d'une blessure !
lie 17 avril.
Paris. — C'est dans cette journée qu'ont lieu les élec* tiens complémentaires de la Commune.
D'après un tableau publié par le Journal officiel^ le vingtième arrondissement » dont la population est de 106,000 habitants, aura deux élections à faire au lieu d'une.
C'est donc trente et un conseillers que quatorze arrondissements auront à nommer. Ce chiffre portera à quatrevingt-quatorze membres la représentation totale de Paris an conseil eonununal.
Les électeurs sont peu uornbreux aux sections. On se demande si les candidats , qui sont tous partisans de la
Ckimmune, obtiendront le huitième des voix, qui est néces* saire pour la validité de Télection.
Ybrsâillbs. — M. Jules Favre, dans un de ses derniers discours, a déclaré que le délégué aux relations extérieures s'était emparé de toute l'argenterie du ministère des affaires étrangères, en ajoutant que c'était là le seul acte dont il avait à tenir compte au sujet de la diplomatie de laCommune.
Le Journal officiel de Paris a répondu ù M. Jules Favre en donnant le procès-verbal de Tenlèvement des pièces, qui ont été prises et envoyées à la Monnaie pour être fondues.
Le Mot d'ordrCf en racontant ces faits, ajonte que M. Ernest Picard, comme ministre du gouvernement de la dé-^ fense nationale, avait proposé lui-même, le 8 septembre, la môme mesure au sujet de toute l'argenterie des Tuileries, qui eût été convertie en monnaie, si le manque de numéraire s'était fait Sdutir.
Mais ce ne sont là que des incidents de la lutte. Le gouvernement et TAs. emblée tournent leurs regards vers los départements et les nouvelles qui arrivent des grandes villes paraissent devoir condamner la politique suivie par M» Thiers et la Chambre. On annonce qu'aux tentatives de conciliation faites par les délégations de Paris vont succéder de nouvelles démarches préparées par les conseils municipaux.
Le 18 avril.
Paris, — Le résultat des élections complémentaires est
tel qu'on pouvait Tattendre après Tabstention générale observée par les électeurs. Le nombre des votants est véritablement insignifiant. N'importe 1 Après avoir discuté la
question de la validation ou de l'invalidation, parce que beauconp de membres n^ont pas obtenu le huitième des Yoix^ la Commune prend la résolution de maintenir, par 20 voix contre 13, les nominations. Voilà donc la Commune au complet. En sera-t-elie plus forte t La Commune a d(^à assez vécu pour montrer qu'il lui manquait absolu* ment deux choses : Tunitô de vues et des hommes capables de réaliser un programme politique.
Ybiueulilles. — On est vraiment frappé de Timplaeable
obstination que le gouvoineraent a montrée pour repousser toutes les négociations pacifiques. Vainqueurs ou vaincus, M* Thiers n*a jamais change un mot a ce programme. C'est ainsi qu'il a dit que a les délégations de Paris n*étaient pas venues au nom de la Commune, et n'avaient fait qu'implorer, dans rintérét des vaincus, la clémence des vainqueurs* »
M. Thiers s'est ainsi attiré un démenti de la part do la Ligue, Cette protestation déclare que la Ligue n'est pas intervenue auprès d*un vainqueur en faveur d*un vaincu^ mais qu'elle est intervenue auprès de deux belligérants
dans le but do laire cesser le plus tôt possible une lutte douloureux,
Versailles, il &ut bien le dire, n*a jamais dit la vérité sur
Paris. Gouverucrucnt, ministres, journaux, tous s'étudiaient à exagérer encore la situation, déjà si triste, faite à Paris par la Commune.
Le 19 avril.
Pahis*"-* L'événement de cette journée est la suppression de quatre nouveaux journaux : rOpinion no/tonafe, le Soitf la Cloche^ le Bien publie.
L'Avenir natùmal fait suivre cette nouvelle des réflexions . suivantes :
a A notre avis, quand le bldme n'est pas permis, Télog-e n'est que de Tadulation, et ceux qui s'y abandonnent sont justement soupçonnés d'obéir soit à la crainte, soit au triste
désir de rechercher les faveurs des dctenteurs de l'autorité.
« Nous aurions pour nous le même mépris que nous avons eu pour les autres, si aujourd'hui, où- le blâme entraîne la persécution, nous pouvions nous laisser entraîner à un seul mot d'approbation sur les actes de la Commune. Puisque la Commune ne souffre plus que le rôle de thurifô* raire, nous n'acceptons pas ce rôle, et nous accentuerons d'autant plus notre critique que la critique est d'autant moins permise* i>
La violence est donc plus que jamais à Tordre du jour et Paris apprend que la Cour martiale, présidée par le colonel Rossely a condamné à mort le commandant Oiraud, du 74* bataillon, comme coupable de désobéissance pour marcher contre l'ennemi.
Versailles. — Au sujet de l'intervention des municîpa- Htés des grand os villes» nous avons déjà à enregistrer un fait considérable.
Des membres du conseil municipal de Lyon ont été délégués auprès du gouvernement de Versailles et de la Commune de Paris, d*abord pour rapporter à leurs condtojens une appréciation exacte de la situation, puis pour tenter, • au nom de la seconde ville de France, une conciliation qui mette fln à la guerre civile dans la première.
Les honorables délégués ont été reçus par M* Thiers qui a repris avec eux la défense du programme qu'il a d^à exposé aux délégations de Paris. Au sujet des francliises communales, M. Thiers a répondu que, selon lui, il ^ait d^autant plus armer le pouvoir» dans une République, qu^ Tordre y était plus difficile à maintenir, surtout au corn*
mencement. Mais la loi n'était qu'une loi provisoire^ et il a laissé entendre qu'il j ?ojaît lui-même des améliorations possibles.
Les délégués de Lyon sont ailés à Paris conférer avec la Commune* Il parait qu*À Versailles on considérait leur voyage comme un acte héroïque. Us ont été surpris euxmêmes en 70jant le calme et l'ordre qui régnent ù Paris, bien qu'ils n'aient jamais voulu croire aux légendes et aux calomnies répandues dans les départements par les journaux de Versailles.
En résumé, on voit que l'action des délégués s'élargit et s'agrandit chaque jour. Ce n^est plus la Ligue républicaine de Paris, ce ne sont plus les chambres syndicales du commerce parisien, qui interviennent pour exercer une pression sur les résolutions du gouvernement. C'est la iiguo des villes qui se forme pour réclamer les mêmes finmchises que Paris, et c'est la voix de la France intelligente qui va se faire entendre pour amener la pacification qui est le vœu du paja. Maie il importe de le constater» plus la pression des délégations se iladt sentir, plus le gonvemement montre d'activité dans les opérations militaires, en repoussant plus que jamais toute transaction.
Le 20 avril*
Pabis*-* Voici la Commune occupée de la grosse question du travail* A première vue» on serait tenté de dire que le mouvement du 18 mars étant Mi surtout par les travailleurs, les questions qui se rattachent au trataii devaient être celles que la Commune devait mettre en pleine lumière. Hélasl il n'en est rien, et le travail, comme la
politique, n'a , en réalité , rien vu sortir du chaos de la Commune.
\iQ Journal officiels, publié uû décret qui convoque les chambres sjmdicales ouvrières et les charge de eonstitaer des sociétés coopératives pour Texploitation des ateliers
abandonnés par leurs patrons.
Daosles considérants de ce décret , la conduite des patrons qui ont quitté Paria est qualifiée de lâche abandon^ et
il y est dit qu'ils sont partis pour échapper aux obligations civiques.
L'article 4 de ce décret parle de la cession définitive des
ateliers aux sociétés coopératives moyennant une indemnité pécuniaire, et de la formation d'un jury pour âxer le taux de cette indemnité.
C'est donc purement et simplement l'expropriation que la Commune applique aux chefs d'industrie qui ont quitté Paris. Est-ce ainsi que la Commune comprend Tentente du capital et du travail? Elle ne voit donc pas que, par ces mesures révolutionnaires, elle n^arrive qu*À tuer Fun et l'autre 1
Quant à Torganisation du travail et de la Commune, une
grande proclamation de ITIôtel de ville, qui porte le titre de Déclaration au peuple français^ expose longuement la nature^ la raism et le but de la Révolution qui s'accomplit. La Révolution communale, commencée le 18 mars, dit la proclamation, inaugure une ère nouvelle de politique expéri' mentale f positive et scientifique» C'est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l'exploitation, de Tagiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage.
En résumé, des mots et des phrases* Et Ton ne doit pas s'en étonner. La Commune comprenait trop de doctrines opposées pour arriver à Télaboration d'un programme réalisable. Tous étaient bien d'accord pour défendre la cause du trayail; mais, dès qu'il s'agissait de formuler un décret
pour aborder lâ pratique, on arrivait à la tour de Babel, à la eonfasion des langues.
Versailles. » Pour bien montrer combien on se fait dUlInsion à Versailles sur la situation de Paris, nous n^avons
qu'à rappeler les observations sui vantes de la Patrie^ qu'on n'accusera pas de pactiser avec les hommes de la Commune :
a En dehors des déplorables événements militaires qu'amènent nos discordes civiles, et dont nous publions pins loin les douloureux récits, la situation morale apparaît chaque jour plus horrible, plus néfaste et plus insoutenaljle entre Paris et Versailles. De part et d'autre, on en est venu aux plus cruelles extrémités. Le pouvoir exécutif s'est laissé aller à des rigueurs précipitées; la Commune répond à ces actes par des arrestations et par un décret dont nos lecteurs trouveront plus loin le texte, et devant rexécution duquel les signataires eux-mêmes ne pourraient, nous en sommes convaincus, s'empêcher de reculer. Pressée entre ces deux pouvoirs, enserrée au milieu de cette lutte, la population parisienne, et avec elle la nation entière, étouffe et agonise, ii
Oui, le pays agonise; mais plutôt l'agonie de la France qu*une transaction, tel est le dernier mot du gouvemement de Versailles.
lie 81 avril.
Paris. — Encore un changement dans l'organisation des pouvoirs de la Commune.
Le pouvoir exécutif est et demeure oonûé, À titre pro« visoire, aux délégués réunis des neuf commissions entre
lesquelles la Commune a réparti les travaux et les attributions administratives.
Ont été nommés, pour composer la Commission ezécu-
tive, les citoyens :
Clttserety guerre ; Jonrde, finances;
Yiard, subsistances;
Paschal Grousset, relations extérieures ;
Franokel, travail et échange;
Ppotot, justice;
And ri eu, services publics;
Vaillant, enseignement;
Raoul Rigaulti sûreté générale*
Versailles* Nous avons dit que la politique du gon^
vernement n'avait d'autre résultat que de ressusciter les fantômes monarchiques. En veut-on la preuve? La Situa- /îbfi, journal bonapartiste de Londres, osait écrire un article dont nous reproduisons la fin :
« Enfin, elle a sonné pour l'empire démocratique Tlieure de la revanche ; et ceux qui croyaient reconquérir les traîtres vont, il faut l'espérer» assister au massacre des traitres..* (?)
« Il n y a plus de salut que dans l'audace* Tant mieux I... a Enfin, l'empire est là, sauveur, debout, armé, 11 peut
« tout sauver, s'il est ce que nous disons qu'il est. Au seu cours, sire! au secours, madame! au secours, énergique « adulte, qui aimez tant l'audace I La France tous at«