X.e 27 ami
Paris. — Raoul Higault, qu'on regarde eomme Togre de la Commune, a donné sa démission de délégué à Tex-pré-
fecture de police, sur le vote qui permettait à tout membre de la Commune de visiter les prisonniers mis au secret. Les mutations du personnel politique et administratif de la Commune représentent le mouvement perpétuel.
A r ex-préfecture de police, Raoul Rigault a été Tinstigateurleplus actif, le plus intraitable ^ des perquisitions et des arrestations. L'une des dernières perquisitions a été celle qui s'est faite dans l'établissement de la Société parisienne du gaz et qui a été suivie de la saisie d'une somme de 182,000 ûrancs. A cette nouvelle, la Commune a &it tapage, et sur la demande de M. Beslay, cette somme a été immédiatement rapportée au bureau de la Compagnie.
Versailles. — On a annoncé que la ville de Toulouse était en pleine insurrection. Mais le gouvernement s'est empressé de rassurer les esprits en déclarant que cette manifestation n'a pas ou plus de conséquences que toutes celles qui se sont produites jusqu'à ce jour. Le gouvernement a dit vrai. Les désordres qui ont eu lieu dans plusieurs grandes villes n^ont pas sérieusement troublé Tordre. La Commune de Paris a vu la partie légitime de ses revendications soutenue par les délégations des conseils municipaux des grandes villes; mais la partie révolutionnaire de son programme n'a pas trouvé d'appui efficace dans les départements.
C'est bien là la grande faute de la Commune et du jaco* binisme en France. On a toujours voulu copier 93, comme
si rhistoire se coulait toujours dans les mêmes moules!
Le 2Ô avril.
Paris. — Les arrestations, les mutations, lo va-et-vient inoesaant des nominations nouvelles de membres de la Gonunime appelés à d'autres fonctions, tout démontre qu'à rintérieur le pouvoir de THotel de ville est rongé pardes dissensions implacables.
Le violent conflit qui vient d'éclater entre Félix Pyat et Vermorel lôve un coin du rideau qui couvre ces divisions.
Dans une desséances de la Coniniinie, le citoyenVermorel, appuyé par d'autres membres, a reprockô amèrement sa démission au citoyen Félix Pyat.
Le rédacteur en chef du Vengeur a répondu par un article où il traite Vermorel de a bombix à lunettes, » et où il lui conseille de donner la clef de ses dépêches chifiTrées À M. Rouher. Vermorel a répondu de son côté en disant qu'il attendrait Félix Pyat sur lu dernière barricade de la Commune.
Telle est Tesquisse de ce duel à la plume qui montre a quels déchirements là Commune est en proie.
Versailles* — Le patriotisme de toas les bons citoyens, déconcerté , dérouté , se heurte à toutes les combinaisons imaginables. On parle d'un changement de ministère, et dans tous les cas, du remplacement de M. E. Picard comme ministre de Tintérieur. On s'entretient d'un projet de mani* feste que M. Louis l^ianc aurait Tinteni ion de taire signer à tous les membres de la gauche républicaine. On met également en avant l'idée d'une démission en masse de la gauche, mesure qui aurait pour conséquence probable le renvoi de la Chambre après racceptation des conditions du traité de paix. On va même jusqu'à parler delà démission de M. Thiers.
Maïs il est à remarquer qne chacune de ces combinaisons est aussi vite abandonnée que présentée par les représentants . Autant de toile^de Pénélope que la politique de Ver» saiUes fait et défait chaque jour I
liO 99 avril*
Parts. — Un rapport militaire spécial signale un fait qui peut avoir des conséquences graves pour les otages« Bans une . recomiaisaanee faite par le 185* bataillon, en avant de la barricade de Villejuif, quatre gardes nationaux auraient été faits prisonniers, et aussitôt^ sur un signe de Tofûcier, ils auraient été fusillés*
Une commission d'enquête a été immédiatement formée. Elle est composée des citoyens Gambon, Vôsinier et Lange vin. Avec le décret sur les otages que nous connaissons» on se demande à quelles conséquences peut conduire une telle affaire.
Versailles. — Deux faits dignes d'attention.
Une demande d'échange de prisonniers a été présentée à l'Hôtel de ville et au gouvernement légal* M. Barboj, Tarehevéque, serait rendu à la liberté contre M. Blanqui, retenu captif dans le Lot. La proposition ayant étôacceptéo par la Commune, rarchevéque lui-même en aurait écrit à M* TUers pour Tappuyer»
Le chef du pouvoir exécutif, après avoir ajourné sa dé* cision pour en réforer d'abord à ses ministres et à la commission permanente des quinze, a répondu par un refus, la vie de rarchevéque de Paris n^étant pas plus en péril que celle de M. I>lrLnqui, et ce dernier étant hjgitimemeiit
détenu à la suite de sa condamnatiou à mort par un conseil de guerre.
M. Lockroj qui a étô arrêté et incarcéré à Versailles
dans le b^ltiment de l'hôpital civil, adresse la lettre suivante au président de TAssemblée, qui révèle à ce scyet une particularité importante :
« Monsieur le président,
« Ma démission, parait-il, ne vous est point parvenue;
j'étaisdonc encore député lorsque j'ai été conduit en prison.
((Comme moi, monsieur le président, vous verrez, je Tes* pôre, avec douleur combien ce titre est peu respecté aujourd'hui.
(( J*ai rhonneur de vous donner ma démission de membre de l'Assemblée nationale. »
A la suite de Tenvoi de cette lettre, M. Lockrov a été maintenu en prison. La prévention reprochée à Fex-repré- • sentant rédacteur du /?appe/ résulterait des attaques contenues dans les articles qu'il a publiés contrôles généraux Ducrot et Vinoy.
Le 30 avril.
Paris/ — Encore nne nonvelle réorganisation de Taetion militaire de la Commune.
La commission de la guerre composée des citoyens Delescluze, Trîdon, Avrial, Ivanvier, Arnold, divise ainsi raction et la fonction des différentesforcesde laCommane : 1* Taction des municipalités d'arrondissement ; 2** la fédération de la prarde nationale repréi^entée par la Comité central ; 3^ les chefs commandant les légions.
On se demande, en vérité, comment la garde nationale de Paris pouvait conserver encore la moindre unité, la moindre cohésion, après avoir passé par tous les remaniements décrétés par la Commune.
Les manifestations se succèdent. Après les manifestations de la franc-maçonnerie vient celle de rAlliance républicaine des départements.
Le meeting anaoïicé par cette association a eu lieu dans la cour du Louvre. A une heure, la réunion comptait plus de dix mille assistants.
Les cris de î c Vive la Commune ! à bas Versailles ! » éclatent de toutes parts; la manifestation traverse le Carrousel, la rue deHivoli, longe la rue Richelieu, les boulevards des Italiens, Montmartre, Poissonnière, redescend par le boulevard Sébastopol, et se présente enfin sur la place de rHôtel-de-Viile.
Les membres de la Commane, après avoir donné audience aux organisateurs de rAlliance républicaine, se présentent sur la place. Les citoyens Joliannard, Clément, Lefrançais, membres de la Commune, prononcent des discours.
Versailles. — Que va faire le gouvernement? A Paris, comme dans les départements, les manifestations se succèdent et se multiplient.
Chose étrange I Dès que Ton discute le conflit, en dehors da gouvernement, de TAssemblée et de la Commune, on est certain do se trouver d'accord avec tous les hommes politiques sur la nécessité d'arriver à des négociations et à nne entente. Mais dès qu'on aborde les paroles et les actes du pouvoir exécutif de Versailles et de la Commune de Paris, on se trouve immédiatement en présence de Tantagonisme le plus hostile et des dispositions les plus rebelles*
Du côté de la Commune, comme du côté du gouvernement, on ne songe qu'à pousser les hostilités avec la dernière rigueur. Pendant qu'à Paris on organise des batteries d*artilierie, de nouveaux bataillons de marche, des escadrons de cavalerie et Tarmement des canonnières, le goaverncment accroît tous les jours les forces dont il dispose.
L'union des syndicats de Paris, la Ligue républicaine des droits de Paris, la frauc-maçonneriei TAlliance répabllcaine des départements vont certainement être saivies par
lêd manifestations des départements. A ee cri de ropinion
publique qui dcmamle la fin de la lutte quo répond le gouvernement? M. Du^Aure riposte par une circulaire où il signale les tentatives de conciliation comme criminelles. € Pourôtfe plus hypocrite, dit le ministre, ce langage n'est pas moins coupable. > Le conciliation, un crime !
Cette circulaire produit partout le plus détestable effet et le gouvernement va trouver dans le résultat des élections la mesure de cette animosité croissante.
C'est, en effet, le 30 qu*a lieu dans toutes les communes l'élection des conseillers municipaux. Quel en sera le résultat? La majorité de la Chambre, qui n'a devant les yeux que Finsurroction de la Commune, demeure convaincue que les électeurs vont composer les conseils de noms qui représenteront la pins violente réaction.
Mais le gouvernement et l'Assemblée ne se rendent pas compte de l'impopularité de toutes les mesures qu'ils ont votées. Des deux côtés c'est le même aveuglement et la même obstination.
te mal.
Parts. — Grande nouvelle ! Le général Cîuserot, délégué à la guerre, est arrêté. Cette mesure a été prise par la Commune à la suite de Févacuation du fort dlssj.
M. Cluseret n'a fait aucune tentative de résistance à la Commune. Il a été arrêté dans i.ua cabinet, peu d'instants après l'arrivée de la nouvelle de l'évacuation du fort. Deux commissaires sont entrés chez lui, porteurs d'un mandat d'amener. En les voyant, le général aurait dit : Je m'at-^ tends depuis huit jours à être arrêté^ et je m étonne qu'on ne l'ait pas fait plus tôt. Si /avais été coupable de ce dont on nC accuse^ c'cst-é-dire de traktsm^ ne vous aurais pas ai^
lenius. Tm pattAen pitinoncées par M. Olateret pt^uTeni
qu'il existait une certaine hostilité entre la Commune et lui avant Taffaire de ré?aouation. Du reste, le bruit a ooora plM d'une foiÊ que certains membres du eonseil soupçonnaient Tex-dclcgué il la guerre de méditer, soit une trahison en laveur de YersailleS| soit un coup d'état militaire^ pour s'emparer de la diotature. Il parait même que plusieurs despersoDues de son entourage sont suspectes de complieité avec lui, et l'ordre donné, dans le Journal officiel, à tous les officiers d'ôtat-m^or, dont le grade n'a pas été conféré à NieettMf de se présenter immédiatement au nouTean délégué à la guerre, serait^ dit-on, motivé par les soupçons qui pèsent sur les amis du général déchu*
Versailles. — Toute l'attention du monde politique se porte vers les nouvelles des départements pour connaître le résultat des éleotions. Les chefs des pairtis monarohiqnes n'hésitent pas à prédire qu'après TépouTantable insnrreotion du 18 mars, il n'y aura qu'une voix on France pour éloigner de tous les conseils municipaux tous les citoyens qni touchent de prés et de loin h la République.
C'est le thème que développent sur tous h s tons, depuis un mois, les thuriféraires d une restauration rojaiisie ou impériale. Attendons la leçon que doit leur donner ce grand acte qni doit être ^ de Tavis de tous, un grand enseignement.
Le Z mal*
Paris. — î e successeur de M. Clnseret, M. Rossel, était déjà directeur général â la guerre avant de recevoir Tordre de la commission exécutive qni le délègue, à titre proti" soire, a ce département. M. Rossel n'a pas encore trente ans. Sorti le second de l'École polytechnique, il était, au
début de la gnerre* capitaine da génie* Prisonnier dans Metas, il est nn des ofBciers qui se sont évadés, au péril de
leur vie, et sont venus se mettre à la disposition de la délégation de Tours. M. Gambetta, à qui il avait été recommandé comme nn officier des plus capables, Favait iiommé lieutenant-colonel. Mais M. Le Flô ne voulut lui reconnaître que son ancien grade, en vertu des traditions singulières qni lui ont permis de conférer un grade supérieur aux officiers revenant d'Allemagne^ en même temps qu^il met* tait en disponibilitû les ufticiers aj'ant fait avec courage la rude campagne d'biver, à Tarmée du Nord ou à Tarmée de la Loire, comme le général Faidherbe, entre autres.
Le nouveau délégué à la guerre est considéré comme un officier capable et très-énergique. C'est lui qui présidait la cour martiale.
Versailles. — La majorité mérovingienne de 1 Assemblée est dans la consternation. Tous les télégrammes annoncent coup sur coup le succès des candidatures républi*
caines. A Lyon Tordre a été troublé; mais partout ailleurs, les ôlecUons se sont faites dans le plus grand calme, et presque partout la démocratie triomphe.
A Lille, à Limoges, à Toulouse, à Angers, an Mans, à Châlon-sur-Saone , au Havre, à Grenoble, à Marseille... les listes républicaines ont eu la mtgorité. Quel avertissement pour le gouvernement et TAssemblée 1
Et maintenant, cliacun sû dcmuiule si ce grand acte des élections municipales peut exercer une inûaence favorable sur le dénoùment des complications présentes. La Ligue républicaine de Paris et des départements se propose de coijvoquer, à Bordeaux, une imposante réunion composée des délégués de toutes les municipalités des grandes villes. Mais cette manifestation sera-t-elle plus heureuse que celles qui l'ont précédée?
Le 3 mai.
Paris. — Encore une triste réminiscence de notre première réToltttion I La Commune décrète qu'elle remplace la commission exécntive par un comité de salut public,
comme si, à notre époque, nous avions besoin de cette parodie de 93 1
G*est dans la séance du 1**^ mai que la création du comité
de salut public a été décidée.
La Commune avait déjà consacré deux séances à la discnssîon de cette proposition présentée par le citoyen Miot.
Une partie de TAssemblée a parlé et Toté contre la for-* mation d'un comité de salut public, ne le croyant nullement nécessaire dans les circonstances présentes.
Les membres opposés au comité de salut public demandaient simplement un comité exécutif, ayant pleins pouvoirs pour coordonner toutes les forces de la défense et donner la direction politique.
Le comité a été Yoté par 34 voix contre 28.
Versailles. ^ La majorité monarchique Vient de recevoir deux leçons sévères. D'un coté, les élections municipales lui ont montré que les idées démocratiques étaient comprises et défendues par les populations. En second lieu, un discours de M. Âudren de Kerdrel^ qui à youlu parler du couronnemmt de notre édifice pi'omsoire^ — lisez restauratioui — a fait apparaître À la tribune M. Thiers, qui a traité Fextréme droite arec une rigueur implacable. « Attendez huit jours, lui a crié M. Thiers, nous serons dans Paris, vous n'aurez plus rien à craindre, et alors la tâche sera pron portionnée à votre courage et k votre capacité. »
Le trait était des plus vifs. La droite a bondi sous le
coup; mais elle a dû subir Tinjure, sans pouvoir riposter, M. Thiers a*a voulu rien retirer de ses paroles; il a exigé un vote de conùance absolue, et la Chambre le lui a donné à
rnnanimité. La puissance du parti monarchique u est dune qu un fantôme qui g évanouit dès qu'on rapproche !
I4e4 mai.
Paris^ — Le public discuta le rapport présenté à la Com* mune par le délégué aux financesi le citoyen Jourde, sur les op^iions financières qui vont du 20 mars an 30 avril.
D'aprèô ce rapport, clairement rédigé, les recettes ont été de 25,613,919 fr. 70 c.
Les dépenses ont été de %,131,088 63 Excédant de recettes 482,831 08
Les dépenses de la guerre s'élèvent à plus de 20 millions. Bat» la disoQSsion qui a suivi la lecture de ce rapport» le
citoyen Jourde a déclaré qu'il dépensait 800,000 fraiicâ par jour; mais qu'il ne pouvait dépenser davantage.
La lecture de ce document^ qui était inattendu, produit une impression favorable aux hommes de la Commune. La régularité de ce compte rendu proteste contre raccusation de vol et de pillage que le gouvernement de Versailles lance chaque jour contre les hommes de rHôtel de ville.
VbrsAilles* — Le gouvernement, TAssemblée et la population manifestent les espérances d'une victoire pro*
chaine.
lies deul événements importants de la semaine sont relatif ft la prise des Houlineaux et A Taffaire du fort
d*Issj^.
L'occupation, si longtemps disputée, du village deaMoulineaox s'est aoeomplie par une centaine de marina et en»
vif on 300 soldati dti 110*, commandéi par Iô général Paron.
Les Moulineaiix sont à huit cents métrés du fort d'Isây. B^ane redoute établie en cet endroit ils n'auront pas de peine à foudroyer déânltiyemônt les dernières défenses du
fort, tout en interdisant la cir culation des canonnières sur la Seine, qu'ils dominent du Point-du-Jour au Bas-Meadoii} et en menaçant le viadae et les bastions de Grenelle.
En dépit des efforts persévérants dé Tarmée fédéiNEile, il faut bien reconnaître que la prise de la position importante des Moulineaux représente pour Tarmée du gouvernement un succès considérable» et Ton en a eu la preuve ^tar cé qui s'est |)a6ôc à Iss^' les juar^s isuivants.
lie 6 mal.
Paris. ~ Dans le récit si rapide des événements qui ont
rempli depuis le 18 mars la capitale, nous n'avons encore rien dit des discussions et des séances de la Commune. Nous devons une mention particulière à ces séances que le Journal officiel a reproduites.
Nous n'avons pas à revenir sur le fond même de ces discussions. Le programme de la Gomttknûe est à la fois unitaire, fédéraliste, oommunalistè, individualiste et socialiste. Cette composition multiple vise manifestement à donner satisfaction aux différentes opinions représentées dans le cénacle de ]& Commune. Mais la tentative est des plus difftciles^ si Ton songé aux doctrines différentes professées par les hommes du 18 mars. Voici, en effet, la peinture que fuit M. Georges Duchéne , dans le journal la Commune^ des sectes qui ont leurs partisans à THétel de ville. « A peine écliappé aux giilies des avocats, Paris tombe aux mains des idéalistes, comme qui dirait de lièvre en chaud *
mal. Les membres de la Commune représentent une fouie de sectes à dénominations plus ou moins barbares : le commanismoy le babonvisme, le collectmsme, rindividaalisme,
le jacobinisme, Phébertisme, l'unitarisme, ie fédéralisme. Ainsi se classaient-ils eux-mêmes dans les clubs, dans les léanions pabliqaes, aox assemblées de Flnternationaley dans les manifestes des comités et les discosaîons de la presse.
(( Us sont arrivés au pouvoir tout d'une pièce, sans songer que le rôle des gouvernants est, non pas de rédiger la
charte de l'an deux mille ou le symbole des apôtres, mais de grouper les mesures, les résolutions exigées par la situation, au jour le jour. Aussi leurs actes sont-ils en di&H cordance croissante, et entre eux, et avec leurs principes. »
Voilà pour le fond. Quant à la forme de ces discussions, elle était de nature à frapper le public, et l'Assemblée aurait peut-être plus d'un exemple à prendre dans le compte rendu de ces séances.
Ce qui domine, en elfet, ces délibérations, c'est une aversion profonde pour Tart, pour le discours, pour refifet, pour Téloquence. Chaque membre, en prenant la parole, ne la garde que le temps strictement nécessaire pour exposer ses raisons, et nous n'hésitons pas à dire que cette règle des délibérations de la Commune est plus prés de la vérité que tous les discours de parade débités à FAssemblée.
Citons un extrait de Tune des dernières séances.
Le citoyen Courbet demande la parole pour informer l'assemblée que les peuples voisins, la Suisse, la Belgique, , par exemple, demandent que les droits des belligérants soient accordés aux troupes de la Commune. Il ajoute que la commission des affaires étrangères devrait faire publier ces adhésions et les provoquer chez les peuples amis*
J^es droits des belligérants^ dit-il, sont dus à tout pouvoir possédant une force suffisante pour faire respecter son autO' rité^ qui observe les bris de la giierre^ de l'humanité et des peupies civilisés.
. « La Commune de Paris a donc à ce titre plus que qui que ce soit mérité d'avoir tous les droits des belligérants, et rhumanitéy aussi bien que la justice^ooiiseille qu'on le lui
accorde.
Le citoyen Léo Meillet^ membre de la commission des affidres extérieures» répond qu'il a reçu avec ses collègues
le représentant de la République de t Equateur et d*autres républiques de r Amérique du Sud^ lesquels lui ont déclaré, au nom des États qu*ils représentaient» qu'ils reconnaissaient la Commune de Paris» et qu'ils se considèrent comme ac« crédités auprès d'elle, quoiqu'en raison des distances, ils n'avaient pas encore pu recevoir les ratiûcations de leurc! gouyemements.
Il est ensuite donné lecture d'une adresse d'une réunion publique, demandant que les citoyens qui ont lâchement abandonné ht capitale au moment du danger soient punis par la privation de letn^s droits eifnqueê pendant dix ans.
Cette proposition est renvoyée à la commission compétente» afin qu'elle soit étudiée.
Y£RSAILLËS. — Le gouvernement est toi^ours assailli d'un grand nombre de tentatives d'arrangement. Un congrès doit réunir» à Bordeaux, les délégués des conseils municipaux qui veulent absolument mettre ûn à cette guerre épouvantable.
Quel serait le moyen proposé?
Le journal If ïcuips a, mis eu lumière une combinaison pratique» sérieuse et acceptable pour le gouvernement comme pour la Commune.
En voici les deux termes essentiels :
l'* Une trêve de vingt-cinq jours;
2^ L'élection d*nne Commune nouvelle» dans les termes de la loi votée par TAssemblée, avec mandat de traiter avec Versailles sur les bases du maintien de la République, des libertés municipales et d'une amnistie complète et générale*
ho 6 mai
Paris. Importante at mémorable journée 1
Le brait i*était répanda qne dee dliMntimenti Ms-gra^»
ves s'étaient njaiiîfestés entre la Commune et le Comité central. Ce brait n*était point sans fondement, oar on arrêté du Comité de 9ùlut publie donne satiifaction aux exlgenoee da Comité central, en enlevant radmînistratlon de la guerre au général Rossel et à la commission militaire de la Commane» pour la remettre aux mains du Comité em^ irai. Cette décbion pronve que Tlnfluence du Comité central est toujours restée trés-giande, et que le Comité de sâiut public aime mieux l'utiliser que de se mettre en opposition avec lui.
Journée mémorable, avons-nous dit, et en effet c'est à partir du jour où le Comité central a pris en main TadminiatratlQn de la guerre que les mesures les plus violentes et les préparatifs de défense les plus acharnés ont été mis h exécutiuu fc>ur tous les points de la capitale.
Ce n'est pas tout. La Commune supprime encore sept journaux*
Le Petit Moniteur^ le Petit IVadonai, le Bon Sens^ la Petite Presse, le Petit Jowmaif la France^ le Temps sont les victimes du nouveau décret du citoyen Cournet.
La Commune de Paris poursuit la presse de sa haine. Par son fait, vingt-cinq journaux ont d^à péri. Comme dans oertaines épidémies où chacun se sent voué à la mort et où, chaque fois qu'on accompagne un convoi mor» tuaire, on pense à son propre danger, les journaux se disent ; Ai\)ourd'hui pour moi» demain pour toi 1
YfiasAiLLËS. — Voici un acte que nous enregistrons sani
eommentaires, car 11 n'est que là ùon^éqûmte dd la ligna inflexible tfolTie par le gonretnement
M. Picard s'oppose, au nom de la loi, au congrès de BordeauXy et voilà la dernière espéranee de paoifioation qui 8'enTole pour ne pins laisser plaee qn'à Teftifllim dn sang.
Mesure intolérante partant impolitique.
Le 7 mal.
Paris. Un décret de la Commnne ordonne la démolition de la cbapelle expiatoire de Louis XVI.
La eolonne Yendôme est toujours debout; cependant un
éciiafandage entoure le bas de la colonne^ et des ingénieurs
font scier le monument un peu au-dessus de son piédestal, dô manière à le f<^ire tomber d'une seule pièce. Victor Hugo vient de publier dans le Rappel une grande
et belle poésie pour déreadro ce lironze qui est, à|lui seul, tout un enseignement. Mais quelle est la voix écoutée des hommes de l'Hôtel de ville?
M. de Girardiii, que Ton croyait parti, vient de reparaître à Paris, comme un revenant, en publiant un journal nouveau sous le titre de VUnion françam,
La thèse de M. de Girardin a pour but de défendre lo système fédératif avec une nouvelle organisation de la France en quinze États, une présidence de la République ayee deux Cbambres.
La destinée de M. de Girardin sera d^avoir été le Mentor plus on moins sensé de tous les gouvernements depuis I8;i0, sans avoir ôlé écouté par aucun, ce que nous sommes, dtt reste, fort éloigné de leur reprocher,
YfiRSiOLLES. Les événements se précipitent. M, Thiars
adresse une noaTelle et dernière proelamation dans laquelle
il annoncf^ que l'armée sera dans Paris avant huit jours.
Les progros de l'armée sont, en effet, sensibles. De nou- Telles batteries, comprenant soixante-douze canons, tireat incessamment de Montretout sur Auteuil, Passy, le Pointdu-Jour et les fortifications.
11 faut donc s^atteadre a des événements décisifs.
Le 8 mai*
Paris. — La Commune discute des questions d^affaires, ]eMont-<le-Piété et le trayail de nuitdes ouvriers boulangers.
Dans la discussion relative au Mont-de-Piété, question trés-gravci un délégué a cru qu'il était facile de trancher le problème en ordonnant au malheureux délégrué aux finances
de créer une institution nouvelle. A quoi M. Jourde a répondu fort sagement : a On me dit : Créez une institution nouvelle; é*e8t facile à dire; maù il faut auoir le temps d'étudier^ avant de créer, n
Et M. Jourde a bien raison, il faut étudier, longtemps étudier, ayant de créer.
D'un autre côté, la Commune tourne et retourne son ci(3cret sur le travail des ouvriers boulangers, sans pouvoir le mettre en harmonie avec les habitudes parisiennes. Qui trop embrasse, mal étreint. Le Mot d'ordre raille les
auteurs du décret; en disant que les allumeurs de gaz ont aussi demandé à ne travailler que le jour de midi à quatre heures.
Versailles. — Depuis la loi sur les échéances jusqu'à la loi sur les loyers, depuis Timprévoyance du gouvernement, le 18 mars, jusqu'à la circulaire de M. Dufaure, le pouvoir exécutif et la Commune ont commis, d'un côté comme de
rautre, tant d^érrears et tant de fautes qu^an homme politiqne résumait ainsi la situation : € Quand je suis à Yeiv
sailles, je trouve le gouvernement si maladroit et TAssemblée si aveagle, ^ueje me dis involontairement : C'est Paris qui a raison; et je viens voir ce qui se fiait à Paris. Et k Paris, quand je vois la Commune à l'œuvre, je vois s'ouvrir devant moi de si sombres perspectiveSi quQ je retourne immédiatement à Versailles. Je passe ainsi mon temps & aQer de Charenton h Bicêtre et de Bicétre & Gharenton« > Voilà la situation.
Le 9 mai.
Paris. L^attention de cette journée est tout entière consacrée aux opérations luilitaires. Les avantages et les attaques de Versailles se manifestent par des faits importants. Le fort d*Is8j est évacué. Les forts de Vanves et de Montrougc ne sont plus qu'un amas de ruines, et l'artillerie de l'armée vient de démasquer^ à Montretout, de nouvelles batteries qui font beaucoup de mal aux fortifications du Point-du-Jour,
Toutefois, il est assez difficile de préciser au juste les positions exactes des belligérants. Les informations sont le fins souvent contradictoires. Les bulletins officiels manquent de précision, et la Commune elle-même n*a pas de renseignements certains, comme on peut le voir par l'extrait suivant de ses délibérations.
Voici, en effet, comment se termine le compte rendu d'une des séances de la Commune :
Le citoyen Miot. — Je demande la parole pour un seul mot. Pourquoi n'avons-nous pas de rapports de la guerre depuis trois jours?
La eiioyMi Der^ure* ^ Depoia huit jooni ncms n'e»
avons pas ou.
Le oitoj^en président. — Voulez-vous QAVQj^r dei^x m^mbPM au Comité de salut publie?
Le citoyen Régère. — Le Comité est comme uouB» iln^eu a pas reçu.
SI le « Comité n^en â pas reçu » comment les simples
parLicuiiers pourraient- ils eu avoir?
Versau.les. — La situation des départements est calme. - Toutefois, les grandes villes, commencent à se préoccuper vivement de la position de Paris. Après les troubles de Limoges sont yenus les troubles de Bordeaux, et Tétàt de siège est déclaré à Lyon, à Bordeaux, à Toulouse et à Marseille. C'est là un symptôme grave et qui devrait inspirer au chef du pouvoir exécutif une politique plus modérée.
Il importe, en eûet, da remarquer que les sévérités déployées par le gouvernement» n*empéchent pas Tesprit des villes de se montrer favorable au mouvement des franchises communales que la Commune soutient à Paris. Le gouvernement dans la nominadon des nouveaux maires se eon* forme anx choit indiqués par les dernièves élections. Mais ce n'est pas assez. Pourquoi ne pus suivre également la politique de paix et d'union que ces élections ont £sit pré-« valoir?
Ï4e iO mA*
Paris. — Un coup de tonnerre J
h0 délégué à I4 gumo^ Eo890l« dans ana lettre publiée par lo Mot ifordr$^ vu^t li^ nu ce qu'il appelle k chao$ d*or^
yarmatioii de l'administra tiun de la gueri'ç jtarta^^^ ^a^r^
le délégué, le Comité ceulral, iea chois do légion et le comité d'artillerie.
Ce Tiraient réquisitoire se termine ainsi :
« Mon prédécesseur a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde.
€ Solaire par son exemple, sachant ijue la force d*an réyolationnaire ne consiste que dans la netteté de la situa*»
tion, j'ai deux lignes à chuisir : briser l'obstacle qui entri^ve mon action ou me retirer.
Je ne briserai pas Tobstaclei car Tobstaole c*est roas et votre faiblesse : je ne veux pas attenter h la souveraineté
publiciue,
<( Je me retire et j'^i Thonneur de vous demander une cellule k Mazas* « Signé ; Rosseii. n
C^tte lettre da délégué à 1^ guerre, qui est un véritable acte d'accusation contre la Commune, a produit une wpreu* ' non profonde.
La Commune s'est réunie et a fait arrêter le colonel Rossel, qu'elle a confié à la garde du citoyen Gérardin^ à THotel de ville. Mais le colonel Rossel, qni 4tait prison-^ nier dans les bureaux do la questure, a quitté THétel de ville en compagnie du citoyen Gérardin, membre de la Commune, et avant-hier encore membre du Comité de 8fi)]ut public,
Des mandats d'amener ont été lancés contre le citoyen Rossel et le citoyen GéxardiUé
YEUSÂiLLfis. ^ Le Journal officiel d$ Versailles eontiient k pronalgatioa de la troisième loi sur les itehémeeSi qui ne sera malheureiueBient pas la demidre»
Les effets de commerce, quelle que soit la date de leur soufloription, payables dans le département de la Seine, échos on à échoir à partir du 18 mars dernier Jusqu'au
dixième jour qui suivra le rétablissement du service do Ja poste entre Paris et les autres parties de la France, ne seront exigibles qu^aprôs ce<terme«
I« 11 mal.
Paris. ~ Journée de nouYelleg, d*éinotions, ^e batailles et d'événements importants.
Une affiche annonce que le délégué à la guerre Rdssel sera traduit devant une cour martiale. Mais il n*est pas encore arrêté.
Une autre affiche annonce que le citoyen Delescluze est nommé délégué civil à la guerre. Le nouveau délégué &it
uno proclamation pour encourager Paris à la résistance. Le Comité central fait aussi aificher une proclamation qui prouve la part envahissante que prend le Comité dans les opérations militaires.
A la Commune, les discussions en comité secret, sont, dit-on, des plus violentes. Le Moniteur universel raconte que le citoyen Félix Pyat a été obligé de donner sa démission, à la suite d'un débat qui a prouvé que, malgré ses dénégations absolues, il avait expédié des ordres au général Wrobleski. L^original de la dépêche a été produit, signé du citoyen Félix Pyat lni*>méme.
Un arrêté du Comité de salut public, accompagné de considérants, et daté du 21 fioréai an 79 (lisez : Officiel du 11 mai 1871), porte :
Art. 1*^ — Les biens meubles des propriétés de Thiers seront saisis par les soins de Tadministration des domaines*
Art. 2» » La maison de Thiers située place Georges sera rasée.
L'exécution immédiate de cet arrêté est confiée aux citoyens Fontaine et Andrieu.
YBnsAniiBS. — A Versailles on apprend que M. Jules
Favre qui s'est rendu 4 Franclort pour avoir une entrevue
avec M. de Bismark, a signé déânitivement la paix avec le chancelier de l'empire allemand. Mais on dirait que la politique du gonTemement était surtout préoccupée d'en ÛDir au plus vite. On dit, en effet, f[ue les conditions signées contiendraient plutôt une aggravation qu'une atténuation des préliminaires de la paix.
Cette mauvaise nouveUe est compensée pour le gouvernement par la prise du fort dlssy qui n'est plus qu'un monceau de ruines. M* Mortimer-Temaux a prononcé devant les troupes une allocution pour les féliciter de leur victoire.
lie 12 mai.
Paris. — L'histoire de Rossel est dans toutes les bon* ches.
Le Journal officiel contient, en tête de ses colonnes, une adresse au peuple de Paris, signée de quatre membres du Comiié de salut public.
Il s'agit de Rossel et de Gérai*din, qui sont formellement accusés de trahison.
En résumé, ce qui distingue Forganisation militaire de la Conamune, c'est assurément l'excessive mobilité d'évolution de son commandement| de son personnel et de ses actes. Cette lanterne magique de nominations, de destitutions et d'arrestations, rappelle, au si:get de ce va-et-vient de rôtat-m£\jor de l'armée fédérale, le fameux vers de Bacine ;
Je n'ai fait que passer^ ii n'était déjà plus.
Après Bergeret et FlourenSt Dombrowski et Clnseret; après dnsereti Rossel, et aprds Rossel, qui vient d'offrir
•ft démission à la Commune, arrive le citoyen Deleiduze.
Notoai toutefoiSi car le fait a son importance, les derniers eommandements distribués par le dôlôgaé à la guerre,
1> après cet arrêté, le général Dombrowski se tient à Neuilljt et dirige les opérations sur la rive droite.
Legénéral La Gécilia dirige les opérations entre la Seine et la rive gauche de la Bièvre.
Le générai Wrcbieski conserve le commandement de Taile gauche*
Le général Bergeret commande la I'* brigade de réserye ;
le général Eudes coinmande la 2"" brigade active de réserve.
Chacun des généraux ci-dessus désignés conserve un quartier général à Tintérieur de la ville ainsi qull suit :
Le général Dombrcnvski à la place Vendôme; 2® Le général La Céciiia à l'École militaire ; Z"" Le général Wrobleski à TÉlysée ; 4° Le général Bergeret au Corps législatif; 5» Le général Eudes à la Légion d'honneur ;
Versailles. — L'accueil fait aux conditions déûnitives du traité de paix est déplorable* Le Soir constate que le mode de payement adopté nous imposera plus de six mil'*
liards d'indemnité.
D'un autre côté, les dispositions de Topinion sont loin d'être bienveillantes*
Il n*est question» depuis le vote du 80 avril, que du ré* sultat de ces élections. tJn membre de la majorité avait dit à Versailles : « La France tout entière n'aura qu'une voix pour condamner Paris^ la Commune et la République* » Or, les élections n'ont eu réellement qu'une voix, mais pour affirmer la République^ et au lieu d'un retour vers le passé» c'est une rupture avec le vieux monde politique que nous avons à constater.
Aussi pressé par les événements, le gouvernement se toume-t-il du côté de l'arméOi en vue de hâter le dénoûment ^de la lutte.
Paris. — Lei éyénemenii sa saivant et se refiomblent,
lia Commune vient de consommer un nouveau sacrifice sur Tautel de la liberté.
Le Mmiteur universel, VObiêrvatenr, Vl/$iiver$f le iS^etaieur^ VÉtùile etiV Anonyme sont supprimée.
Si on laisse de coté les journaux officieux de la Com* mnne, dont 1 immunité se comprend, il ne reste plus à l'o* pinion publique d'autres organes que VAvefiir national^ le National^ le Siècle^ le Journal de Paru, la YMté et la Patrie,
Si la discussion servait quelque chose, nous rappelle-» rions à la Commune les paroles d*Ârmand Marrast devant
la cour des Pairs : « Si c'est une guerre contre tel ou tel journal, elle est puérile; si c'est une guerre contre la liberté de la presse, vous 7 périrez. »
Aprôs la suppression de six journaux, vient l'arrestation de Scliœlchcr.
Le citojen Schœlcher a été arrêté aux Tuileries. Il s*j trouvait au concert en compagnie du citojen Cemuschi.
C'est un lieutenant de la garde nationale, le citoyen Barrois, qui a invité le député Schlœcher à le suivre à Texpréfecture de police.
Arrêter Schœlcher! Raoul Rigault comprend pourtant que si Ton arrête Schœlcher, on doit arrêter tout le monde, et le fait mettre en liberté le lendemain.
Dernier exploit de oette journée trop bien remplie.
Des gardes nationaux ont envahi la Banque de France, avec un commissaire, dans le but d'y faire des perquisitions et d'y trouver des dépôts d'armes.
Le délégué de la Commune à la Banque, M. Beslay, est intervenu et a congédié immédiatement les gardes nationaux en armes. Mais il a considéré cette occupation mo*
mentanée de la Banque comme une désapprobation de sa conduite et de ses actes, et il a envoyé sa démission de membre de la Commune et de délégué à la Banque.
Ajoutons ici que la eondnite du eitoyen Beslay à la Banque a été très-remarquôe. Avec son expérience des affaires, M. Beslay sait que le crédit de la Banque est la condition indispensable de la reprise du travail et des transactions* Il s'est donc appliqué à maintenir intacte la situation de la Banque» dont les avances à la Commune n'ont eu lieu que par des opérationa régulières et par des sommes portées au compte de la ville de Paris et du Trésor* Ces avances, d'ailleurs, ne sont pas importantes. En conservant notre premier établissement de crédit, M. Beslaj a rendu à Paris et à la France un service immense et que le pays n'oubliera pas»
Versailles. — M. Thiers parle du maintien de la Répu-
blique. Mais il importe de contester qu'an fur et à mesura que nous approchons de la crise âuaie, c'est la monarchie qui montre son drapeau. Les journaux publient le manifeste du comte de Chambord qui, en nous apportant la royauté du trône et de l'autel, nous annonce, comme premier acte de son gouvernement, une guerre avec Tltalie pour rendre * au pape son pouvoir temporel. Aussi ce. manifeste ne parutil pas redoutable.
Le 14 mal.
Pabis. — L'action militaire devient de plus en plus pressante. La Commune a perdu le fort d'Issy. Le couvent d'issy a été ensuite évacué. Aujourd'hui, c*est le tour du fort de Yanves qui vient d'être abandonné aux troupes du général Galiffet. Enfin, les obus ont fait tomber les ytortes de Versailles et d'Auteuil, et Ton parle de brèches ouvertes par les batteries de Montretout. Les bombes tombent dans le quartier des Ghamps-Élysées*
Versailles. — Tous les succès remportés par l'armée sont longuement commentés par le tout Paris^ qui s'est réfagié aux Réservoirs de Versailles. On parle d assauts et d'attaques répétées. Vingt fois déjà on a annoncé que l'armée était entrée. Il n*en est rien ; mais il est clair désormais qne la latte ira jusqa*aa bout, et que nous aurons la bataille dans Paris. Quel dénoûment !
lie 16 mal.
Pabib.» L'événement de la journée est un décret qui ordonne à tout citojen de se faire délivrer une carte dldentité,
Ën 93, on avait décrété la carte de civisme; en 1871, la Commune décrète la carte d'identité.
Cet acte est encore une ridicule parodie d'un autre temps. Pourquoi discuter ? On ne discute que les choses rai« sonnables.
Mais ce décret est un indice. Il montre que la Commune est résolue à tout plutôt qu'à céder. Les clubs qui se tiennent maintenant dans les é^rlises font voter les mesures les plus révolutionnaires. Nous n'avons ni à enregistrer ni à discuter des motions qui n'ajoutent pas un fusil de plus aux forces que possède la Commune. Le mouvement du 18 mars a en, dés les premiersjours, tous les hommes dont il pouvait disposer, et les mesures révolutionnaires ont plutôt affaibli que fortifié le faisceau.
Versailles. — M. Thiers montre une conâance imperturbable. Il dit et répète à qui veut l'entendre que Tarmée peut tenter l'assaut quand eUe voudra, et que d'un jour à
l'autre la France peut s'attendre à la défaite de Tinsurrection. C'est assez dire que Versailles, du matin au soir, n'entend plus qne cette question : o Sont->ils entrés ? s De sorte
que le dialogue entre Paris et Versailles peut se résumer ainsi. Pârisdit : n Ils n'entreront pasi » Ët Versailles rô« pond : « Noua entrerons demain 1 »
I«e 16 mat.
Paris. «— Une des grandes journées de la Commune.
D'abord, résolution importante de la minorité du conseil. Cette minorité, composée de vingt-trois membres, déclare jiar nn manifeste qu'elle ne siégera pins à THotel de ville» parce qu'on ne tient aucun compte de son opinion.
Cette déclaration laissa sans doute la place libre à la ma^ jorité ultra-révolutionnaire de la Commune et au Comité de salut public; mais l'opinion la regarde comme une dis* location du pouvoir qui commande à Paris.
Et puis, encore une nouvelle hécatombe de journaux.
Sont supprimés» cette fois ; le Siècle^ la Discmswn^ le Natitmal^ V Avenir national, le Corsaire^ le Journal de Paris,
Ile tous les anciens journaux quotidiens do Paris, il ne reste plus que la Vérité et la Patrie^
Eafin^ troisième et mémorable événement, la colonne Vendôme est abattue ! L'opération , commencée a une heure, ne s'est terminée qu'à six heures. Une foule énorme assistait à cette destruction qui a porté un coup mortel à la Commune.
A la suite delà chute de la colonne de la place Vendôme, plusieurs discours sont prononcés» un entre autres par le citoyen Ranyîer qui se termine par ces mots :
« La colonne Vendôme, la maison de M. Thiers, la chapelle expiatoire, ne sont que des exécutions matérielles. Mais le tour des traîtres et des rojalistes viendra inévâta* Memenly ai la Commune y est forcée 1 »
VERSiViLEâBS. — M. Edgar Quinet avait proposé précédemmentàrAssemblôe un projetde loi qui rectifiait rorganisation
du suffrage universel, de maniôrs à donner au soûrage des villes sa valeur réelle, qui se trouve parfois supprimée par le suffrage des eam pagnes.
La proposition est soutenue à la Chambre par M. Edgar Quinet et quelques membres de la gauche; mais elle est combattue par M. Victor Lefrane, qui soutient le système d'organisation actuelle dans une brillante argumeniutioa, et décide TAssembléâ à repousser le projet à une grande majorité.
Inutile d'ajouter que les ruraux ont applaudi h la poli* tique qui défendait les campagnes.
Le 17 mai.
Paris, — Ençore une catastrophe 1 Vers sii^ heures du soir» la cartoucherie Rapp, située au Ghamp-de^Mars, dans Tavenue da même nom, a fait explo-
siun par une détonation formidable, qui a fait subir une secousse à tous les quartiers de Paris.
On parle de nombreuses victimes.
Mentionnons ici les mesures financières prises par le délégué aux tinances pour faire rentrer les sommes dues par les chemins de fer et les compagnies d'assurances*
Versailles. — Â rapproche du dénoûment, il est vraiment étrange de voir que le gouvernement, bien renseigné
pourtant sur les projets de la Commune et du Comité centrai, ne fasse rien pour éviter la lutte que la victoire de Fermée ne peut manquer d'engager dans Paris. Comment ! pas une hésitation devant une résolution qui va faire de chaque rue de Paris une rue Tran^nonain! pas une tentative pour arracher Paris aux périls qui vont fondre sur lui I Pas la moindre répulsion devant un ordi'e qui va fitire couler le sang à iluts I
Le 18 mal.
Paris. — Sappresaioii da neuf joamaux : la 'fiùnmme^ VÉehù de Parù^ Vhdépendance française ^ la Patrie^ le
Pirate, le Républicain^ la Revue des Deux- Mondes^ VÉcho de Ultramar^ la Justice.
Aaonn couveau journal oa écrit périodique politique ne pourra paraître avant la fin de la guerre.
Les attaques contre la République et la Commune seront déférées à la cour martiale.
Paris n'a plus que les journaux de la Commune.
Versailles. — L'Assemblée a suiri, en quelque sorte ^
pas à pas la Commune. Elle a voté une loi qui autorise et légitime les reprises à exercer par les propriétaires sur tous les biens, meubles et immeublest dont ils pourraient avoir été dépossédés soit par les membres de la Commune, soit par ses agents.
Trois autres votes ont également résolu : 1* que la maison de M. Thiers serait rebâtie aux frais de l'État; 2^ que la colonne serait relevée ; 3* que le monument de la chapelle expiatoire de Lonis XYI serait rebÀti.
Tous oes votes peuvent se caraetériser par un seul mot : rAssemblée a relevé ce que la Commune a démoli.
Le 19 mai»
Paris. — La physionomie de Paris devient de plus en plus morne. Des barricades ont été élevées dans un grand nombre de rues; beaucoup de magasins sont fermés. Le va-
6t-vient dea bataillons qm. vont aux remparts exiteiient seul an peu d'animation* On se dit partout que Ton arriYe
à la crise suprême.
Proclamation de la commission militaire de la Commune et du Comité central poor affirmer que Tunion et la frater^. nité font battre tous les cœurs à l'unisson.
Mesure qui ordonne à tous les absents de rentrer dans, les quarante-huit heures, sous peine de voir brûler leurs titres de rente au Grand*Liyre.
La Commune est plus active, plus rigoureuse que jamais,
Versailles. — Voici quelle est la composition exacte des commandements de Tarmée de Versailles :
M. le maréchal-duc de Magenta, commandant en chef.
M. le général Borel, chef d'état-major général. M. le général Princeteau, commandant l'artillerie. M. le général Le Bretonvillois» commandant le génie. M. rintendant général Uhrich, intendant en chef. M. le médecin-inspecteur Lustreman, médecin en chef. M. le chef d*escadron de gendarmerie Thenet , grand prévôt.
M. le général de division de Ladmirault, commandant.
M. le général Saget, chef d'état-major.
M. le général Lafaille, commandant Tartillerie.
M. le général Dubost, commandant le génie.
M* rintendant militaire Santini, intendant.
Le 20 mai.
Paris, — Depuis quinze jours, au bruit de la canonnade incessante qui gronde autour de Paris comme un tonnerre,
a population a compris que la lutte aboutirait forcément à
eetta terrible bataOle des raee de Paris, qui est ponr tovm
une cause d'épouvante. Aussi les départs ont-ils été nombreux et la population a-t-eile sensiblement diminué.
Cette perspective de la bataille dans les mes est la juste terreur des habitants qni sont restés. Que va-t-il se passer? On dit partout que, depuis Tentrée du Comité cen* tral au ministère de la guerre, on a pris des mesures pour ^iaire sauter les monuments publics. On cite cette parole sinistre du Cri du peuple de galles : « Si M. Thiers est chimiste, il comprendra I » Mais nous devons dire que toutes ces nouvelles ne sont v as prises au séâeux et que personne ne soupçonne Paria menacé destruction,
Vbiusaillbs. — Chose étrangel Plus on approehe du dé-
uoûment, plus les cocardes nionarchiques se montrent au grand jour. La tolérance du gouvernement é£;alô celle du roi soliveau. On annonee l'arrivée prochaine du comte de Chambord, des princes d'Orléans, du prince Napoléon. Légitimistes, orléanistes, bonapartistes se disputent la peau de Tours, qui n*estpas encore terre, et qui résiste : «Kncore deux ou trois jours, disent ces paladins, et la Répu« blique et la Commune auront vécu ! » Co qui nous console, c'est de voir ces trois têtes se fourrer dans le môme bonnet* Chimère et impossibilité.
Le 21 mai*
Paris. Les troupes de Versailles sont dans Paris. Les
soldats ont pénétré à trois heures et demie, et les communications entre ies quartiers attaqués et le reste de la capitale sont devenus si difficiles, que tout Paris à peu près a ignoré toute la journée ce grand événement. A huit
lieurôs du suir, le oitojen Deiescluze, délégué à la guerre,
essayait encore, dans un dernier bulletin, sï^nù de lui, de contester le fait; mais le doute n'était plus permis.
C'est sur la riye droite, par la porte de Saint-Cloud, au Poini*dn«Jour, que les premières troupes françaises sont entrées dans Paris. Ce premier point était enlevé dans raprès-midi de dimanche , pur quatre compagnies , bientôt suivies du corps entier du général Douay. Nous allons suivre les opérations de la bataille journée par journée.