‹ La Commune 1871: le coup d'état du 18 marsChapitre 8 sur 14 · LA BATAILLE · texte numérisé non relu

LA BATAILLE

Le 22 mai. — Nuit terrifiante. La générale, le clairon, le

tocsia û'ont pas cessé d'appeler, toute la nuit, les citoyens aux armes.

Les fédérés, aidés par les enfants, s'occupent de la construction de nouvelles barricades. Paris, en uue journée et une nuit, en élève cinq cent quatre-vingt-deux I

Le matin, les proclamatioiis se succèdent : prociauiation du délégué à la guerre et du Comité de salut public aux citoyens; proclamation du Comité de salut public aux soldats; proclamation du Comité central à l'armée de Ver sailles.

La Commune, qui a déclaré Cluseret innocent , Fenvoie

à la dôfense de Montmariic, et charge Dombrowski de Bouteair l'attaque à Batignolles.

Mais l'armée de Versailles entre comme un torrent. Les

généraux LadmiiauU et Clinchant attaquent pai' les Champs-

Êljâées et le faubourg Saini>Honoré, tandis que le général Montaudon opère un mouvement tournant par Glichy et Saint-Ouen.

Sur la rive gauche» attaquée par le corps d^armée du général de Cissey, la diyision du général Lacretelle, qui a son quartier général place Breteuil, et la divi^^ion du général LeTassear, qui a son quartier général chaussée du MainOi commencent avec ensemble leurs opérations. Les Invalides et la caserne Babylone sont au pouvoir de rarmée.

C'est dans la première opération que le commandant Durouchonx, colonel du lOd^ bataillon de la garda nationale, reçoit, au coin des raes du Bac et de Grenelle, une blessure mortelle en attaquant une biirricado construite par le citoyen Sicard» membre de la Commune.

On voit que la lutte commence par Touest, et poosse les fédérés vers Test, en touriiant Paris au nord et au sud. Pendant que les opérations, de ce grand mouvement tournant, sont menées vigoureusement, l'armée pousse au centre les bataillons de la garde nationale vers rHdtel de ville et la Bastille.

Au milieu de cette eifrojable bataille qui embrasse tout Paris, il est impossible, à moins d'y avoir assisté, de se rendre compte de Teffroyable canonnade qui sème la mort dans toutes les rues I

Dans cette première journée du lundi 22, les batteries de Monceaux envoient des obus sur le centre de Paris, et les battt'rics de Montmartre, encore au pouvoir des iédérés, essaient de répondre au feu de ces batteries.

Toutefois, arrivés à la dernière période de la lutte, il nous importe de constater deux impressions qui ont leur impor» tance dans ce terrible moment : La pren^iôre, c'est que personne ne doute de l'issue de la lutte et que la Commune est considérée comme vaincue; la seconde, c'est qu*& cette heure suprême, personne ne se doute encore de la cinniinelle résolution des fédérés de brûler Paris. Ce dernier point mérite d'attirer Tattention de rhistoriea.

' 23 mai FoadAQii toute la matinée du 83, le oorps da général ClinohaAt emporte une à une lea barricadeB

du quartier de Clichy, des Bati^nolles, do la ruu Biaache, de la rue Pigalle et de la Chaussée -d'Antin.

Mais Tavantage le plus considérable est sans contredit «elui qui rend l'armée maîtresse de la formidable position des liauteurs de Montmartre. Deux divisions l'ont attaquée à la foisy Tune par Touest et Tautre de front par la rne Lepic. Etf en effet, dans la matinée pn fait flotter le drapeau tricolore au haut du moulin de là Galette. Les fédérés s enfuient vers la Yillette et les buttes Chaumont*

Sur la riTO gauche» les opérations commencées la yeille étaient continuées rue du Bac contre le passage Sainte- Marie et rue do Sèvres coutre Timpui •laiilc barricade do la Croix-Rouge» A la fin de la journée Tarmée restait maîtresse de toute la riye gauche depuis TÉcole militaire» jusqu'à la rue du Bac.

C'est à la fin de cette terrible journée du mardi 23 mai que rinceadie commence son œuvre infernale* Sur la rive droite, la rue Rojale» le ministère des Finances, les Tuileries, le château du Palais-Royal, et sur la rive gauche, la Caisse des dépôts et oonsignations, la caserne d'Orsay, Iq conseil d'État» la Légion d'honneur étaient en fen»

Cette sinistre nouvelle court dans tous les quartiers et répand dans tout Paris une impression d'épouvante et d'horreur I

Le 24 mai. — La nuit n'a pas arrêté la bataille, et de

tous côtés le cercle de i attaque s'a^^randil, et lo cercle de la défense se rétrécit. Dans la matinée du 23, Faction eit des plus violentes dans le centre, au Pont-Neuf, rue Montmartre^ aux Halles, rue de Rivoli, au Palais-Royal. La Banque de Franco, si courageusement défendue par hi» Beslaj, sous la Commune, est occupée dès le matin par la ligne. De tous côtés, on sent que Taction se concentre vers le quartier général de ia Cua^mune, niotel do \iiie.

Oette journée du 24 montre la lutte «toc tontes eei scènes

les plus horribles. L'incendie, la bataille, les fusillades des fédérés faits prisonniers, font de cette guerre un duelépou. vantaUe et sans pitié. On ne voit plus que la mortj on ne rêve plus que la destruction.

Sur la rive gauche, la journée a été occupée par l'attaque des grandes barricades de la Croix-Rouge et de la place Saint-Snlpice qui ont été emportées vers le soir; mais le quartier Montroupre, forùiié avec le plus grand soin, reste encore au pouvoir des fédérés. Dans la journée» la pou* driére dn Luxembourg, qui a sauté, a fait éprourer & toute la rive gauche une commotion efRrojable.

Toutefois cette journée du 24 est décisive. L'armée de la Commune refoulée sur tous les points est obligée de se replier sur THétel de -ville, qui est lui-même liyré anz flammes. Tout ce quartier du centre est en feu. L'Hôtel de ville, les maisons de la place, la rue do la Tacherie, le commencement de la rue Saint-Martin« Tayenue Victoria, le Théâtre-Lyrique, le théâtre du Châtelet, le commence-» ment du boulevard Sébastopol, plusieurs maisons rue de Rivoli, le Palais de justice^ la Préfecture de police brûlent au milieu d'une atmosphère embrasée. Partout la ftisiUade, les mitrailleuses, la canonnade, les obus, la mitraille, Tincendiel...

Le 25 mai, — A partir du 25 mai, on peut déjà dire que la Commune est vaincue. Montmartre tire contre les bnttes Chaumont, et en pénétrant dans Tintérieur de Paris on roit que les troupes sont maltresses de la grande rue Lafayette, des boulevards jusqu'au Château -d'Eau et

l'intérieur de T Hôtel de ville. Les bataillons des fédérés sont donc en pleine retraite sur tons les points.

On continue à se battre avec acharnement ; mais la bataille recule vers l'île Saint-Louis, la rue Mouûetard, la place de la Bastille, le faubourg du Temple, BelleviUe, Ménilmontant et le bonleyard du Prince-Eugène. Tout Tinté*

rieur de Paris est déjà libre. Les habitants sortent; mais quel tableau! quel aspect 1 On ne marche dans la rue que sur du verre pilé, on ne respire qu*an air empoisonné de

pétrole, et la vuedesmonumeaU et des maisons eu liammes donne le irisson 1

Le 2G niai, — Jour et nuit la bataille continue; mais, ainsi que nous le disons, en s'ôloignant du centre aux extrémités, vers les régions de Test. Les buttes Chaumont, qui sont au pouvoir des fédérés, ne cessent de lancer des obns sur Paris. L'Hôtel de ville, les Halles, Saint-Eustache et la Banque paraissent être le point de mire de leur artillerie*

L'armée pousse dans leur retraite les bataillons de la garde nationale. Fendant qu'une colonne enlève la place du ChAtean-d'Eau et la caséine du Prince^Eugène, une

autre colonne attaque la place de la Bastille, tandis qu'une troisième colonne se dirige par les boulevards extérieurs vers Belleville et Ménilmontant. L'insurrection est donc

attaquée de tous les cotés à la fois.

Sur la rive gauche , Tarmée continue ses opérations,

La rue des Écoles^ qui a été éncrg^iquement défendue, est libre. La rue de Rennes également fortifiée a été abandonnée par les fédérés dont un certain nombre s'est réfugié du côté de Montrouge, où la Commune avait, comme nous

l'avons (lit, un point d'appui considérable. Mais ccttû dernière retraite, atteinte par la troupe, n'est plus elle-même un abri sûr; les fédérés ne pouvant plus compter sur les forts qui sont rendus, n'ont plus d'autre ressource que de se réfugier dans les catacombes, et c'esL lo parti qu'ont dû prendre plusieurs colonnes des défenseurs de la Commune, (Test là que l'armée a dû poursuivre les combattants qui résistaient encore.

Le 21 mai. — On dit partout que Paris touche à la fin de la lutte. Toute résistance est désormais inutile, et la

prolongation de la bataiUo ne ^^e comprend que par le reflif absola de se rendre de la part des fédérés.

La divisioii du général Montandon a enlevé dans le eonrant

de ia joui née la b;irricade qui se trouvait à Fentrée de l^i Ville tte, et vers le soir le général de Ladmirault s'est emparé des buttes Chaamont, d'où Tartillerie des fédérés lançait sur Paris, depuis trois jours, une pluie d'obus.

De soû côté, le général Yinoy s est emparé du boulevard Voltaire, de la mairie du Tingtième arrondissement qui commençait à brûler et a poussé ses régiments jusqu'au fort de Vinccuues dont les défenseurs se sont rendus fidiscrétion. Les ofiieiers de la Commune qui commandaient le fort out été immédiatement fusillés sur place.

Lp 28 mai. — C'est le dernier jour de la lutte. Les généraux. Douay et Cliuchant s^empareut des hauteurs de Belleville et de Ménilmontant, et le général Vinoy chasse du Pôre-Lachaise les fédérés qui s'y étaient réfugiés. Ce sont les derniers actes de cette bataille de sept jours et le général Mac-Mahon publie une proclamation où il annonce qne Paris est délivré.

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