LES MASSACRES
11 nous est impossible de ne pas donner à cette latte gigaa«» tesque un épilogue indispensable . Le massacre des oteges a
occupé une plac^ trop importante au milieu despéripéties sanglantes de ce drame de sept jours pour ne pas être mis sotts les yeux de nos leoteurs. Mais nous crojons qu'il est de toute justice, devant le tribunal de l'histoire, de mettre dans lautre plateau de la balance, les fusillades accomplies par les vainqueurs aprôs leur triomphe. Commenti en effet, ne pas remarquer que les hommes de la Commune, traités, pendant deux mois, d'assassins par le gouvernement et l'opinion à Versailles, n'ont pas fusillé un seul de leurs otages» pendant qu'ils ont eu le pouvoir en mains, et comment, d'un autre côté, ne pas observer que les fusillades sur place et les fusillades commandées par les cours inartiales ont été exécutées après la victoire de Tannée, c'eit-àrdire à Theure où Paris et la France n^avaient plus rien à craindre de la Commune. La justice et la vérité sont inflexibles, et si Thistoire a demandé sévèrement compte an général Gavaignac de la transportation sans jugement <lQ'il a ordonnée contre les insurgés de juin 1848, elle
demandera également compte augonveniemeiit de M. Thiers des fusillades froidement accomplies pendant plnsieurs
jours, après la victoire. Cette politique de vengeance sera d^autant plus sévèrement jugée, qu'il est arrivé, plus d'une fois, àFarmée de fusiller des innocents poar des coupables.
Cette réflexion faite, racontons ces lamentables journées, en conamençant par l'exécution de l'intortuné Ghaudejr.
C'est seulement le vendredi 19 m^ que Ton amena de Hasas M. Gustave Chaudey, d'après un ordre de Dacosta^ substitut do Ivi-ault, procureur de la Commune. Le directeur de Saintû-Péiagie, qui était, depuis le 22 mars, le citoyen Ranvier, frère du membre de la Commune, eutl'au* dace de Técrouer comme < déclaré coupable d'assassinat, » en qualité de « journaiiâte et avocat, natif de Yesoul, âgé de cinquante-trois ans. >
A onze heures et demie du soir, le mardi 23, Raoul Rigault arrive à la prison, l'injure à la bouche, le revolver au poing, et met tout en l'air pour qu'il soit procédé sur-lechamp aux exécutions. Égorger Chaudej était pour loi une satisfaction personnello. ]:>îentôt entraîné avec trois gardes républicains dans le couloir sud, il est placé àTangie du fond et fusillé par un peloton de fédérés requis pour cette boucherie. Un des gardes cherche à s'échapper, il est poursuivi dans l'allée de gauche à coups de revolver. On sait ayec quel héroïsme Ghaudej a su se résigner à mourir. Parmi ceux qui ont aidé Rigault à l'assassiner se trouvait un escroc, Préauit de Védel, transféré de Mazas à Sainte- Pélagie, où il était soi-disant bibliothécaire.
Aussitôt après, ordre est adressé < au citoyen directeur € de la Pitié d'envoyer prendre les corps de quatre horumes « qui viennent d'être fusillés dans la cour de cette maison
< par ordre du citoyen Raoul Rigault, procureur de la Com-
< mnne,
< Signé : Le directeur de Pélagie, ayant mandat d'exécution,
€ Ranvier. »
Faute d'autre moyen de transport, quelques-uns des assassins furent obligés de se charger eux-mêmes de la translation. Un sergent de fédérés aecompagné de deux gardes^ dont un était rndement mené parle sergent pour la mollesse de son zèle, puis Tescroc Préault de Yédel, apportèrent quatre corps, deux sur un brancard et deux dans une petite voiture à bras. Ils étaient accompagnés du citoyen î;rcfiier chef, nommé Beim, qui était, paraît-il, un international anglais, et du citoyen troisième greffier. Clément.
Déposés à ramphithéàtre, ils j furent Tobjet de soins respectueux. Ordre avait été envoyé de «faire enterrer les a nommés Cbaudej, Capdevielle, Bonzon et Paratte. Les « formalités^ était-il dit, seront remplies ensuite, ce qui ne (( peut être fait maintenant, ne pouvant pénétrer à FEdlel « de ville.
« Signé : Le directeur de Pélagie muni des pou -
voirs nécessaires,
« Ranvibr. »
Le lendemain jeudi, les corps furent mis en bière ; celui de Chaudej fut iigecté, en attendant qu'on le réclamât. C'est ce même jour que Tarmée, pénétrant enfin jusqu'à
l'Entrepôt, vint délivrer le quartier, et que Al. l)uret, ancien adjoint du deuxième arrondissement, put accourir jusqu'à la Pitié, où le suivit bientôt M. Jules Barbier, beaa*frére de Chaudey.
Passons au massacre des Dominicains d*Ai'cueii.
Le jeudi, 25 mai, ces religieux furent conduits à la prison disciplinaire do secteur, avenue d'Italie, 38, oû commandait le citoyen Cerisier, colonel du 101™^ bâtai lion. Vers quatre heures, l'après-midi, un détachement vint chercher les religieux pour les faire sortir. Arrivés à la porte extérieure de la prison, le chef du détaciiement leur crie :
•>-* Sortez un à un dans la rue .
Les religieux obéissent, et ehaenn d'eux à sa sortie est
accueilli par les décharges d'un peloton d'exécution, commandé par Cerisier.
Douze religieux tombèrent ainsi souf les balles des fédérés,
A Mazas, ce fut pis encore.
Le meroredi, 24 mai, & sept heures du soir, le direotenr de la prison, nommé Lefrançais, faisait appeler monseU
gneur Darboj, archevêque de Paris, le président Bonjean, Fabbô Ailard, membre de la société internationale de secours aux blessés, le père Du Coudraj, supérieur de rÉoole Sainte<Oenev!èye, le père Clero, de la Compagnie de Jésus, et l'abbé Deguerry, curé de la Madeleine. Les prisonniers furent amenés dans un chemin de ronde et fusillés sans pitié. Ces exéeutions du 24 ne furent que le prélude de
celles qui curent lieu le ^surlendemain.
Le vendredi soir, quinze autres prisonniers, parmi lesquels M. de Yraisse, autrefois employé à la préfecture de police, le père Radigue et le père Oilivaîn, de la Compagnie de Jésus, tombèrent encore sous les balles des assassins.
On a pu ainsi compter vingt et une victimes, en y com*
prenant l'abbé Surat, vicaire ::v!iéral, et Tabbé Bécourt tués sur les barricades du faubourg Saint-Autoine.