‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 13 sur 77 · LA COMMUNE A L HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

LA COMMUNE A L HOTEL DE VILLE

la révolution parisienne ? Et pourquoi l'un serait-il subordonné à Tautre ? Leurs origines n'étaient-elles pas les mêmes ? Se prévalant l'un et l'autre de l'acclamation populaire, source commune de leur légitimité, n'avaient-ils pas les mêmes droits ? Il fallut remplacer « les instructions » par (( les communications », et ajouter « de Paris » aux mots « Gouvernement provisoire », pour mieux marquer l'indépendance du Gouvernement de Lyon.

Le Comité siégeait en permanence ; il suspendit sa séance à trois heures du matin.

Le lendemain 5 septembre, à neuf heures, la séance était reprise ; lecture était donnée de plusieurs dépêches de Paris annonçant la composition définitive du Gouvernement provisoire et l'envoi à Lyon du citoyen Challemel-Lacour comme préfet du Rhône.

Ce fut un beau tapage qui accueillit cette dernière nouvelle ! 11 y aurait donc encore des préfets? Pourquoi pas des chambellans ? Les représentants de la ville qui, la première, avait proclamé la République allaient-ils s'effacer

devant un fonctionnaire pour le choix duquel ils n'avaient même pas été consultés ? Et qui leur était imposé par quelle autorité ? Par un Gouvernement exclusivement composé de députés, de Paris, un Comité de bourgeois, où le nom de Rochefort était le seul gage donné au parti révolutionnaire !

On proposa de renvoyer le nouveau préfet à ses expéditeurs. Toutefois, après une longue discussion et à titre de transaction, on convint de recevoir Challemel-Lacour en qualité de « délégué du Gouvernement de Paris auprès duGouvernement de Lyon », quelque chose comme un ambassadeur avec une qualification plus démocratique, et c'est ce titre de « délégué » qui lui sera constamment donné dans les Procès-Verbaux des séances du Comité ' .

Le Ministre de l'Intérieur eut-il le pressentiment des résistances que son Préfet allait rencontrer à Lson ? Toujours esl-il (jii'il adressa la dépêche suivante au Comité de Salut public,

\. Voir les l'rocès-verbnux des séances du Comité de Salut public^ publiés par Regard. Lyon, 12, rue de La Barre. 1870.

LYOiN COxNTRE PARIS 41

avec la visible préoccupation de gagner à son représentant la confiance d'une population ardemment ré|)ublicaine:

Paris, 5 septembre 1S70, 5 //. iS m. du snir.

Le Ministre de l'Intérieur au Comité de Salut public à Lyon

Challcmel-Laconr\ vicouriEux républicain, part oe soir avec les pouvoirs nécessaires. Continuez à maintenir Tordre.

La qualification de Préfet avait disparu ; l'épithète de « vigoureux républicain » qui l'avait remplacée, et que Gambetta avait sans doute considérée comme une trouvaille, manqua, à vrai dire, son eiïet. Il ne s'agissait pas de savoir si Challemel était « vigoureux », mais de connaître s'il avait la prétention de substituer son autorité à celle de la Commune de Lyon ?

Le (élégramme du Ministre de l'Intérieur était, du moins, la reconnaissimce implicite des pouvoirs du Comité de Saint public.

Le Ministre écbangeait avec cette Assemblée une correspondance ofUcielie et la cliargeait de (( maintenir l'ordre ».

Les fonctionnaires n'avaient pas attendu celle sorte de légitimation pour faire leur soumission à ce Comité de Salut public accepté avec confiance par la grande majorité des républicains, subi par les conservateurs avec une résignation mêlée de terreur, mais dont personne ne contestait l'autorité.

Des juges de paix, un substitut, desemployés de la préfecture avaient, dès la matinée du 5 septembre, fait leurs offres de service. D'autres vinrent les jours suivants.

Le langage de la j)resse qui avait soutenu l'Empire n'était pas fait pour décourager l'empressement de ces adhésions.

Voici le requiem, que le &alut Public^ consacrait au régime déchu dans son numéro publié le 5 septembre :

L'Empire s'est écroulé comme un édifice solide en apparence, mais dont les appuis sont depuis longtemps ronj^és par les termites. 11 disparaît tout entier, sans

L Dans un rapport sur les journaux de Lyon trouvé à l'hôtel rie ville après le 4 septembre, on Ut : « Le Salut public, c'est le journal de l'administration, mais il affecte une indépendance plus nuisil)!e qu'utile et qui ne trompe personne. »

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