‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 15 sur 77 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

« UN VIGOUREUX RÉPUBLICAIN ». —CHALLEMEL-LACOUR DEVANT LE COMITE. — LE PRÉFET AU SECRET DANS SA PRÉFECTURE. — LA PROPOSITION CARLOD.

Le 6 septembre, à dix heures du matin, Challemel-Lacour arrivait à Lyon, avec sa valise, son ami et secrétaire particulier Dionys Ordinaire, et un neveu quelconque, sans emploi déterminé.

Cliallemel-Lacour était à peu près inconnu de ses nouveaux administrés; quelques lettrés avaient lu de lui dans les revues des études philosophiques ou littéraires ; les républicains les mieux informés savaient qu'ancien normalien, ancien professeur de philosophie, il avait été proscrit après le 2 décembre ; qu'il avait longtemps habité la Belgique, puis la Suisse, et que, plus récemment, il avait avec Delescluze organisé la souscription pour l'érection d'un monument à Baudin.

Introduit dans la salle des fêtes, où siégeait solennellementle Comité de Salut public, le préfet du Gouvernement de la Défense nationale y fut reçu avec les égards dus au représentant d'un pouvoir qu'il importe de ménager, mais aussi avec une méfiance voisine de l'hostilité. Il y subit un long interrogatoire au cours duquel il assouplit sa raideur naturelle, se courba au niveau de son auditoire, s'efforça de gagner sa confiance par des déclarations appropriées aux circonstances, et mit toutes les ressources de sa haute intelligence h s'insinuer dans les sympathies d'une démocratie ombrageuse et revêche.

J'ai sous les yeux le passage du procès-verbal où il est sommairement rendu compte de cette première entrevue. Je lis :

Le citoyen Challemel-Lacour est introduit au sein du Conseil. Une longue conversation s'engage avec le citoyen délégué. Beaucoup de renseignements lui sont demandés. Le citoyen Chepié prend acte, au nom du Comité, des déclarations du citoyen Cliallemel. On décide qu'une délégation de cinq membres procédera

à rinstallation du citoyen Gliallemel dans sos pouvoirs. Sont nommés pour cette mission les citoyens Chepié, Grinand, ]Maynard, Vollot, Bergeron '.

Les cinq commencèrent par installer le « citoyen délégué » dans ses appartements; ils lui attribuèrentquatre pièces, basses, mal éclairées, mal aérées, à l'entresol de l'hôtel de ville, ayant vue d'un côté sur la rue Puits-Gaillot, de l'autre sur la cour près du grand théâtre; on y avait accès par une sorte d'escalier de service sur les marches duquel s'échelonnaient des gardes nationaux, l'arme au pied, ayant pour consigne de ne laisser entrer aucun visiteur sans l'autorisation de l'un des présidents du Comité.

1. L'acceptation de Ghalleinel-Lacour en ciualité de<< délégué » fut portée à la connaissance du public par l'affiche suivante :

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