UNE AME DE MAGISTRAT
ments militaires, des roulements de tambour. Curieux de voir ce qui se passait, j'empilais sur un escabeau la « Collection des Auteurs latins », qui faisait partie de ma petite bibliothèque, et, sur les épaules de Cicéron, j'essayais en vain d'atteindre jusqu'à la lucarne d'où me venais la lumière, lorsque je fus surpris par un gardien qui, entr'ouvrant discrètement ma porte, m'annonça la visite de '.<. M. le procureur impérial » !
Le personnage long, roux, maigre, osseux et grêlé qui entra dans ma cellule, n'était qu'un substitua du procureur ; mais le gardien savait sans doute que « le parquet est indivisible ».
Je saluai; je montrai de la main un siège rudimentaire et je dis à mon visiteur inattendu :
— A quelle circonstance. Monsieur, dois-je l'honneur... ?
— Monsieur Andrieux, interrompit, non sans quelque embarras, l'honorable magistrat, je n'ai pas eu jusqu'ici l'occasion de vous en faire part, mais j'ai toujours éprouvé pour vous la plus sincère sympathie. C'est pourquoi
je m'empresse de vous apporter une nouvelle qui ne peut manquer de vous intéresser : la République vient d'être proclamée à l'hôtel de ville... Le peuple, en marche sur la prison, ne tardera pas à vous délivrer. Je pourrais devancer sa justice et prendre l'initiative de signer un ordre de mise en liberté. Mais qui sait ce qui peut arriver ?Et ne vaut-il pas mieux laisser à la foule les responsabilités ?
Je donnai à ce substitut l'assurance que je ne désirais point qu'il se compromît davantage ; je le remerciai de sa démarche; il prit congé après maintes effusions, convaincu qu'il avait acquis des titres à la faveur du nouveau Gouvernement.
Il serait superflu d'insister sur les réflexions que ce court entretien dut suggérer à un jeune avocat élevé dans le respect professionnel de la magistrature. Aussi bien furent-elles de courte durée, interrompues par de plus graves événements.
Les portes de ma bastille venaient de céder sous la pression de la foule qui se répandait