‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 26 sur 77 · LE PROCUREUR A LA SALLE VALENTLNO · texte numérisé non relu

LE PROCUREUR A LA SALLE VALENTLNO

assise sur la base nécessaire du suffrage universel que par l'adhésion de ses anciens adversaires, majorité de la veille, — et de la Patrie qu'il n'était possible de sauver après nos désastres que par l'union de tous ses enfants. Je leur disais comment à Paris la révolution du A septembre s'était accomplie ; ce que je venais d'y voir, et l'impression réconfortante que j'en avais rapportée ; tous les partis oubliant leurs divisions pour se dévouer à la défense nationale :

Pour que la République devienne le Gouvernement définitif du pays, ajoutai-je, il ne suffît pas d'avoir renversé un trône. J'aperçois, pour la fonder, deux méthodes opposées : la première, et suivant moi la bonne, c'est de la faire aimer; l'autre, plus contestable, c'est de la faire craindre, au risque de la rendre odieuse. Encore faut-il choisir entre ces deux politiques, et ne pas faire à Lyon l'essai de la terreur quand, à Paris, c'est la République de liberté et de fraternité qui gouverne. Ne vous attardez pas aux mirages de l'histoire, et ne croyez pas que la violence fraye la route à la liberté. Nos pères, pour faire la Terreur, avaient des raisons que nous n'avons pas, et cependant c'est la Terreur qui a perdu la première République ; c'est le souvenir sanglant de 1793 qui, depuis près d'un siècle, a fait obs-

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tacle à l'établissement du régime pour lequel nous avons si longtemps combattu. Le seul moyen d'assurer la durée de la République dans notre démocratie, c'est de prouver qu'elle répudie toute violence; qu'elle veut le bonheur de tous, la sécurité et la justice pour tous.

J'obtins d'abord quelques timides applaudissements, vivement réprimés par les cris : « A bas, la claque! » Puis les manifestations approbatives devinrent plus nombreuses, et quand je terminai ma harangue, au milieu d'applaudissements nombreux, je crus avoir cause gagnée.

Mais, en sortant par la porte qui s'ouvrait sur la place de la Croix-Rousse, je me trouvais en face d'une foule hurlante, qui n'avait pas entendu, et à laquelle je ne pouvais faire écouter mes explications.

Ce n'était plus cette population inquiète, ombrageuse, irascible, mais laborieuse et sincère qui rêve d'un idéal social, tout en tissantla soie au bruit monotone des métierh ; c'étaient les vagabonds, les repris de justice, les gens sans aveu, aux faces congestionnées par l'envie et

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