‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 27 sur 77 · UNE NUIT AU VIOLON · texte numérisé non relu

UNE NUIT AU VIOLON

par la haine, qu'on ne ^oit rassemblés en si grand nombre qu'aux jours d'émeute, l'écume des grandes villes poussée à la surface par l'orage. Et les poings se tendaient vers moi, éclairés par la lueur des becs de gaz dans la nuit ; et la foule criait : « A bas! A bas, Andrieux ! 11 a mis en liberté Sencier, qui voulait envoyer les républicains à Cayenne. A l'eau ! A l'eau ! »

Dans la rue, comme dans l'enceinte des parlements, les hommesassembléssont lâches; l'intensité des sentiments bas et vils est en raison directe du nombre de ceux qui les éprouvent en commun.

A Lyon, toujours près du fleuve ou de la rivière, entre le Rhône et la Saône, le cri « à l'eau ! » c'est le cri de mort, et il eût été sans doute ma condamnation, suivie d'une exécution rapide, si un brave limonadier du coin, plus tard conseiller municipal, le citoyen Ruffin, n'avait eu l'idée de requérir les gardes nationaux du poste voisin et de provoquer mon arrestation.

Au milieu d'un peloton d'hommes armés, je

marchais vers le poste de la mairie de la Croix- Rousse, et satisfaite de cet acte de justice, la foule applaudissait, tout en continuant ses injures et son charivari.

Ruftin m'avait arraché à Texécution sommaire; mais les gardes nationaux prenaient au sérieux leur rôle de justiciers, et, se tenant pour responsables de leur prisonnier vis-à-vis du peuple, ils m'enfermèrent dans une sorte de cave qui, d'ordinaire, sous le nom populaire de « violon », servait de lieu de détention provisoire pour les vagabonds et les malfaiteurs jusqu'à l'heure de leur transfert au dépôt du palais de justice.

La salle où je me trouvais n'avait pas servi depuis le 4 septembre; elle conservait les traces et les odeurs des hôtes qui m'y avaient précédé ; un peu d'air et une vague lueur de réverbère y pénétraient par une espèce de chatière, fermée par des barreaux de fer. Cette ouvciture ne tarda pas à être découverte par les rôdeurs qui guettaient leur prisonnier. Et par ce trou les huées contre moi recommencèrent, et des pierres me

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