CARAYON-LATOUR, LES MOBILES DE LA GIRONDE
port du comte Louis de Ségur sur les marchés conlractés à Lyon pendant la guerre. 11 repoussa avec une correction de langage peu commune et une élégante impertinence les attaques dont son administration avait été l'objet ; sa parole dégagée de toute emphase, de toute boursouflure, de toute expression triviale ou vulgaire, éclipsa ce jour-là l'éloquence de Gambetta et ses amis le proclamèrent le premier orateur du parti républicain.
Mais il avait eu la fâcheuse inspiration de faire appel au témoignage de l'ancien commandant des mobiles de la Gironde, et Carayon ainsi appelé à la tribune y fit la déclaration suivante :
— J'ai eu l'honneur de commander un bataillon de mobiles. A mon arrivée à Lyon, j'ai eu la douleur de voir le drapeau rouge sur l'hôtel de ville. Mon bataillon fut envoyé dans un village des environs, à Vénissieux. Mes mobiles n'étaient pas depuis quatre heures dans ce village que le drapeau rouge était enlevé. Le maire de Vénissieux adressa un rapport au
préfet contre le commandant, les officiers, sousofficiers et soldats du bataillon. Me trouvant chez le général Bressoles, j'ai vu le rapport du maire de Vénisseux qui avait été envoyé au général. Or en tête j'ai lu : « l'aites-moi fusiller tous ces gens-là. Sig?ié : Cliallemel-Lacour. »
Ces paroles furent accueillies à droite par des cris d'indignation, à gauche avec une morne attitude.
Challemel gravit lentement les marches de la tribune. Tout ému, ayant perdu toute assurance, il dit qu'il ne se rappelait plus; qu'il ne doutait pas de l'affirmation de M. de Carayon- Latour, mais qu'elle devait être le résultat d'une erreur; qu'il était indispensable de retrouver la pièce.
Alors une autre voix s'éleva, celle du comte Piampon, dont l'autorité était grande auprès de tous les partis dans l'Assemblée nationale :
— Du moment que M. de Carayon-Latour dit qu'il a vu, il n'y a pas d'enquête à faire.
Challemel était désarçonné. Il reprit et com-
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pléta à la séance du lendemain ses explications embarrassées :
— N'esl-il pas probable, dit-il, que cette annotation sur un rapport que j'ai renvoyé au général commandant la division, ait simplement voulu dire : il y a là du désordre, de l'indiscipline ; des faits graves me sont signalés ; vérifiez, et s'ils sont vrais, sévissez avec vigueur. Qui jamais a pu penser que cette annotation fût un ordre?
Sans doute ! La mauvaise foi des partis et l'aveuglement des passions politiques ont pu seuls prendre à la lettre cette annotation, et supposer que le préfet avait médité de faire dans Vénissieux une hécatombe de Girondins. Mais il faut a\ouer que cet administrateur, pour ordonner une enquête, avait d'étranges façons.