‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 54 sur 77 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

LE DRAPEAU ROUGE A L'HOTEL DE VILLE. - LE CLO- C[1EK DE VAUGNERAY ET LE ZÈLE DUN JUGE DE PAIX.

Dès son arrivée, Valenlin avait résolu de rendre au drapeau tricolore la place qu'usurpait encore le drapeau rouge ; mais dans Tinlérêt de Tordre il avait désiré que l'initiative en fût prise par le Conseil municipal.

Le Conseil était d'ailleurs depuis longtemps préparé à ce changement dont il prévoyait la nécessité prochaine, mais qu'il ajournait toujours. Dès son installation il s'efforçait d'atténuer la signification du drapeau rouge; il attribuait à son maintien un caractère provisoire, et faisait afficher le 24 septembre la déclaralion suivante : « Considérant que, le 4 septembre, en face de la France envahie, la ville de Lyon a proclamé la Patrie en danger, et en a arboré le signe; considérant que le péril est

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plus grand que jamais, délibère : Le signal de la Patrie en danger restera arboré sur l'hôtel de ville jusqu'à ce que le péril ait cessé. »

A partir de ce jour, le lapin, une fois de plus, est baptisé carpe, et l'argument de la Patrie en danger sert à repousser toute objection contre le drapeau de la Commune.

Cependant peu à peu l'intransigeance de la première heure faiblit et laisse entrevoir un accommodementprochain. A la séance du 14 février, le citoyen Benoît propose « de remplacer le drapeau rouge par le drapeau national. Le drapeau rouge sera déposé aux archives de la ville. Le citoyen Barodet exprime le désir de voir les deux drapeaux ilotter l'un à côté de l'autre sur l'hôtel de ville. La solution est ajournée ».

La municipalité se rendaitcompteque l'heure était venue de s'incliner devant les trois couleurs ; toutefois, elle attendait une occasion propice et craignait de déchaîner une nouvelle sédition.

Cette occasion fut l'acceptation des prélimi-

naires de paix par TAssemblée nationale. Les sacrifices imposés au pays dépassaient les prévisions les plus douloureuses ; le Conseil municipal suspendit sa séance en signe de deuil. Alors l'adjoint Barodet, qui jusque-là s'était toujours prononcé pour le maintien du drapeau rouge, en demanda lui-même la suppression, et fit voter la délibération ci-après, destinée à l'affichage :

Le Conseil municipal,

Vu racceptation des préliminaires de paix par TAssemblée réunie à Bordeaux ;

Considérant que le sacrifice et riuimiliation qu'il s'agissait d'épargner à la France sont maintenant consommés, et que les patriotiques espérances dont le drapeau rouge était Temblême se trouvent, par le fait du traité de paix, ajournées à des temps meilleurs;

Considérant d'ailleurs qu'il est bon de faire disparaître tout ce qui peut être à un titre quelconque une cause de division entre tous ceux qui veulent sincèrement la République;

Délibère :

Ahticle premier. — Le fier drapeau de la Patrie en danger et de la résistance à outrance ne survivra pas à l'humiliation de la France; le drapeau rouge de la

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