‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 55 sur 77 · LE DRAPEAU ROUGE A L HOTEF. DE VILLE · texte numérisé non relu

LE DRAPEAU ROUGE A L HOTEF. DE VILLE

Commune de Lyon cessera de llottei* sur le dôme de riiotel de ville à partir du 3 mars 187 1 .

Art. 2. — Le drapeau noir sera hissé pendant trois jours au balcon de l'hôtel de ville en sig'ne du deuil de la Patrie mutilée.

La délibération s'enfermait dans un prudent silence sur le drapeau tricolore; mais, dès le lendemain, on le voyait réapparaître sur ce palais municipal dont il était absent depuis de si long mois.

Si l'on eût demandé à l'adjoint Barodet de quoi pouvait bien être fu'v le drapeau rouge, il eut sans doute souri dans la belle barbe noire qu'il portait alors, et peut-être eùt-il répondu qu'il faut une religion pour le peuple. C'était sans doute le fond de sa pensée, quand il écrivit plus tard qu'en rédigeant la délibération proposée à ses collègues, il l'avait « aiguisée en paratonnerre pour dégager l'électricité populaire et conjurer l'orage ' ».

La tempête n'éclata pas ; mais les précau-

1. BarorJet. Eclaircissemenls historirjue,-. [,eUre à M. le Z)"' Creslin.

lions oratoires dont le texte était enguirlandé n'étaient pas inutiles : car pour les exaltés des quartiers révolutionnaires, la destinée de la République semblait liée à la couleur du drapeau.

J'ai souvenir que, peu de jours après l'arrivée de Challemel-Lacour, comme je sortais de chez le préfet, un garde national agitant son fusil d'un air de menace m'aborda dans la cour de l'hôtel de ville, et me montrant le dôme :

— Citoyen procureur de la République, me dit-il, souvenez-vous que le premier qui montera là-haut pour toucherau drapeau rouge sera descendu avant le drapeau. C'est notre consigne!

La crainte de la guerre civile avait seule empêché Challemel d'ordonner la mesure réparatrice que lui dictait son devoir, et qui répondait sans nul doute à ses sentiments de patriotisme.

Au fond, ses craintes étaient comprises et partagées par les libéraux et par les conservateurs lyonnais, et ce n'est qu'après son départ, quand le danger fut |)assé, qu'on songea à lui reprocher, comme une sorte de complicité,

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d'avoir si longtemps toléré le drapeau rouge.

Une anecdole contribuera à faire comprendre quel était à ce sujet Tétat d'esprit de nombreux conservateurs dans les jours qui suivirent le 4 septembre.

Beaucoup plus tard, vers le milieu de juillet 1871, et, par conséquent, longtemps après le rétablissement de l'ordre, je reçus au parquet la visite d'un vénérable prêtre, curé de la commune de Vaugneray. Il venait me demander de faire enlever le drapeau rouge qui insultait à la piété et au patriotisme deslidèlessur le clocher de son église.

Je m'étonnai d'apprendre que le « haillon de guerre civile » voisinait avec la croix sur l'église de cette paisible commune, .l'ouvris une enquête; j'entendis le juge de paix, M. Perrin de Bénévent, fort attaché aux idées les plus conservatrices, autant par ses sentiments personnels que par ses traditions familiales ; il me fit cette stupéfiante déclaration :

— Après le 4 septembre, me dit-il, dans l'intérêt de l'oidie, j'ai cru devoir donner un

gage d'adhésion an nouveau gouvernemenl. Je suis venu moi-même à Lyon acheter de rétoffe rouge ; puis j'ai convoqué à mon audience les gardes champêtres de toutes les communes de mon canton, et j'ai donné cà chacun d'eux le calicot nécessaire pour fabriquer le drapeau de la République, en les invitant à le placer sur le clocher de leur église.

Je n'ai pas besoin de dire que l'erreur du juge de paix de Vaugneray fut réparée sans résistance, et que la satisfaction du curé fut partagée par tous ses paroissiens.

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