‹ La Commune a Lyon en 1870 et 1871Chapitre 59 sur 77 · LES OFFICIERS DE LA GARDE NATIONALE · texte numérisé non relu

LES OFFICIERS DE LA GARDE NATIONALE

de collaborer au manifeste suivant par l'adoption duquel elle s'est terminée :

Citoyens,

Un malentendu regrettable a fait prendre les armes à toute la garde nationale de Lyon et a amené des faits graves qu'elle réprouve àrunanimilé. Revenus de leur surprise, tous les officiers, en présence de leurs chefs de bataillon, réunis en une pensée de dévouement absolu à la République, viennent faire cesser, avec ce malentendu, les inquiétudes delà population. Le suffrage universel, base unique de nos institutions républicaines, a été violé en la personne des mandataires élus de la Commune de Lyon. Un Comité, contre le vœu de la délégation des officiers de la garde nationale qui voulait le maintien du Conseil municipal, s'est emparé de l'autorité ([ue le peuple ne lui a pas conférée. 11 comprendra qu'il doit, lui aussi, se rallier au senliment de bonne harmonie et à la défense de la République, inconséquence, la garde nationale, par la voix de ses délégués, légalement représentée, se met à la disposition pleine et entière du Conseil municipal élu de la Commune de Lyon. File le conjure de rentrer dans la salle de ses délibérations et de veiller au salut de la République, que nous jurons tous de maintenir.

{Suivaient les sif/natiircs des chefs de bataillon et du général provisoire Chapotot.)

234 LA COMMUiNE A LYOïN EN 1870 ET 1871

La presse nous prêta un utile concours. Unis clans un même sentiment de patriotisme et d'honneur, tous les grands journaux signèrent et publièrent, en tête de leurs colonnes, un appel commun à tous les bons citoyens, et pour la première fois peut-être la signature du Progrès se rencontra avec celles du Salut Public^ du Courrier et de la Décentralisation.

Durant la nuit du 24 au 25, vers deux heures du matin, je pus pénétrer, sans être reconnu, à rhôtel de ville dans la salle des lions et jusque dans la cour centrale ; je constatai que les gens de la C-ommune étaient en petit nombre; qu'ils paraissaient découragés ; que beaucoup d'entre eux étaient ivres, et j'allai, quelques heures plus tard, faire part au général Crouzat de ma conviction qu'avec une cinquantaine d'hommes résolus nous pouvions reprendre l'hôtel de ville et en finir avec l'émeute.

CHAPlTRi: XXYI

UNE HEUREUSE DIVERSION. — LES MOBILES DU RHONE REVIENNENT DE RELFORT. — ÉVASIOX NOCTURNE DE LA COMMUNE.

Grâco à une heureuse diversion préparée parla mairie, nous n'eûmes pas besoin de recourir à la force.

Dans la journée du 2i mars, on pouvait lire sur les murs de Lyon :

ARRIVÉE A LYON DLS MOBILES DE DELEORT

Les mohiles du Rhôyie qui faisaient partie de la garnisoyi de Belfurt feront demain samedi leur entre'e solennelle à Lyon. Les deux bataillons de ce corps seront e'chelonnes sur ^e cours de Brosses à midi. Le maire de Li/on, entoure' de son Conseil municipal, ira les recevoir à Ventrée du pont de la Guillotière à une heure.

Tous les bataillons de la garde nationale sont convoqués pour assister par détachements à la rc'ceptioyi qui sera faite A ces braves enfants de la cite.

Du cours de Brosses, le cortège se rendra à l'hôtel de ville parla rue de la Barre, la place Bellecour, les quais des Céleslins, Saint- Antoine, d'Orléans, la rue d'Algérie et la place des Terreaux. Le défile aura lieu

devant le maire el le Conseil municipal, place's sur le

perron de l'hôLel de ville.

Lyon. 24 mars 1871.

Signe : Héxox.

Pendant la nuit du 24 au 25, sous la protection d'une garde de plus en plus réduite, de moins en moins confiante, la « Commission provisoire de la Commune '>, en permanence, délibérait.

Ils étaient sept. Le luxe des plafonds, des boiseries, des tentures faisait avec leur accoutrement un contraste auquel d'ailleurs la salle Henri-IV commençait à être habituée.

Accoudés autour de bouteilles vides et de débris de victuailles, dans la fumée des pipes, ils échangeaient leurs réflexions pessimistes sur la prochaine arrivée des mobiles, et sur cette impertinente affiche qui réglait la marche du cortège jusqu'à rhôtel de ville, sans considération de Tautorité nouvelle et de la révolution qu'elle avait accomplie ! Pour un peu ils eussent traité de factieux le maire et son Conseil municipal.

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