CHAPITRE XXVllI
LYON DEHMEH ESPOIR DE LA COMMUNE.— LE COMPLOT DE GENÈVE. — L'ARRESTATION DES ÉMISSAIRES
Il n'est plus possible aux moins clairvoyants de ne pas prévoir Tissiie procliaine et fatale de « l'action décisive » annoncée par M. Thiers. Chaque jour, le siège devient plus étroit; l'artillerie de l'armée nationale reconstituée écrase les forts et menace le mur d'enceinte. La solennelle intervention de la franc-maçonnerie, qui plante sur les remparts les bannières des loges, n'arrête pas le bombardement.
Il reste à la Commune un espoir : c'estle soulèvement des villes du Midi, la marche de leurs renforts au secours de F^aris, la nécessité pour le Gouvernement de diviser ses forces. Lyon domine la vallée du Rhône: Lyon est acquis au programme d'autonomie communale et de révolution sociale; c'est à Lyon que la Commune envoie ses délégués dans la seconde quinzaine d'avril pou l' provoquer une dernière insurrection.
Les 16 et 17 avril, la générale est plusieurs fois battue dans les quartiers de la rive gauche du Rhônepar ordre dos Comités révolutionnaires. J'ai sous les yeux un ordre portant le timbre d'un (( Comité central ». Il est ainsi conçu:
Ordre est donné au citoyen Granger de faire battre la générale et de mettre en armes la garde nationale dans son quartier, à laGuillotière.
Pour le Comité révohilionnnire de salut île la France : Pour le Président :
L'un des secrelaïres, (Signature illisil)le).
Ces appels aux armes sont ri'itéréssans succès.
Mais une tentative plus sérieuse nous est révélée par des correspondances saisies et par les renseignemenis du communard X,.., au service de la préfecture, dont il composait, je crois bien, toute la police secrète.
Aidés par des Lyonnais réfugiés à Genève après les émeutes des 28 septembre et 22 mars, les émissaires de la Commune enrôlaient dans cette ville des soldats prisonniers et des habi -
234 LA COMMUiNE A LYON EN 1870 ET 1871
lanls de la Haute-Savoie venus pour vendre leurs denrées.
Une troupe de cinq cents hommes, armés de fusils chassepots, devait marcher sur Lyon, en recrutant des adhérents sur son passage'. On proclamerait la Commune ; on arrêterait, comme au 4 septembre, les principaux fonctionnaires et magistrats; on prendrait des otages.
Au besoin, Lyon servirait d'asile à la Commune de Paris, et soutiendrait un siège, grâce aux munitions et à tous les approvisionnements accumulés pourTéventualilé d'un investissement par l'armée allemande.
Le 29 avril, deux complices de cette machination furent arrêtés au palais de justice, à la porte de mon cabinet, c'était Payel, désigné pour occuper après le succès le poste de directeur de la Sûreté, et Codex auquel on attribuait de noirs desseins contre ma personne, parce qu'il avait dans sa poche, au moment de son arrestation, une lame triangulaire, grossière-
1. Annales de l'Assemblée nationale. Rapport de Ducarrfi, député du Rhône, sur le rôle de rinternationale dans l'insurrection du 18 mars.
ment emmanchée, dont la pointe, prolégée [)as un bouchon de liège, était aiguisée avec soin. Ces gens étaient munis de mandats de la Commune provisoire.
Dans la soirée du même jour, je fis arrêter pk;sieurs émissaires dont le départ de Genève m'avaitété annoncé; Tun d'eux, Albert Leblanc', délégué de la Commune, était porteurd'affiches qu'il devait faire placarder dans la nuit du 29 au 30.
J'ai conservé un exemplaire de chacun de ces documents, dont je reproduis le texte. C'était d'abord la proclamation suivante delà Commune de Paris :