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aussi bien le titre honorifique lui-même que les fonctions administratives accompagnant ce titre: pour les uns il n’est qu’une distinction recherchée, pour les autres il s’ajoute à la fonction administrative. Cette ligne de démarcation très nette entre ces deux per-
sonnalités du notable, n’a été établie qu’assez tardi-
vement : la Cochinchine a vu stipuler cette distinction par l’arrêté du Gouverneur Général, mais lAnaam £°t le Tonkin ont dû attendre jusqu’en 19290. Néanmoins souvent les pièces administratives créent cette confusion encore à l’heure actuelle d’où la précaution à prendre quand on les lit.
On distingue les notables majeurs et les notables mineurs, et, pour frapper davantage l'esprit, cette différence a été résumée dans la formule suivante : les notables majeurs délibèrent, les notables mineurs exécutent. Il ne faudrait pas exagérer cette distinction car cette formule, comme toute formule n’est pas absolue et contient sa part d’erreur, on trouve des notables mineurs qui délibëèrent et des: notables majeurs qui exécutent. Il serait plus rationnel de dire que les notables mineurs apparaissent plus comme des fonctionnaires municipaux que comme des conseillers municipaux.
Quoiqu'il en soit de ces différences parfois subtiles, les notables obéissent à des règles communes. Les notables sont en effet hiérarchisés, ils ne peuvent prendre rang dans la hiérarchie sans avoir passé par les grades inférieurs; la coutume réglemente le temps dévolu pour passer d’une classe à une autre, et indique minutieusement le titre, le rang, les prérogatives et les obligations de chaque grade. la liste com-
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plète des notables de chaque commune doit être déposée et tenue à jour à la maison commune ainsi que dans les bureaux de l’Administrateur chef de province.
Les notables sont choisis, autant que possible parmi les propriétaires fonciers de la commune ou les habitants les plus aisés, devant avoir au moins vingt et un ans d’âge; ils sont élus par tous les contribuables réunis en séance publique, pour une durée non déterminée et qui finit par devenir illimitée. Il arrive cependant exceptionnellement qu’un habitant pauvre soit élu, mais il faut alors que ce dernier jouisse d’une grande réputation de respectabilité et que sa connaissance des affaires publiques puisse être utile à l’intérêt général de la commune. Le notable est destitué de ses fonctions pour des motifs exceptionnellement graves et dans un concours de circonstances qui n'arrivent pratiquement presque jamais, aussi le cas normal est celui où le notable donne volontairement sa démission. Le démissionnaire présente lui-même à ses collègues un succésseur dont il peut répondre, et les contribuables sont alors convoqués au « dinh » du village où le candidat est élu s’il a obtenu la majorité des voix présentes., En cas de contestations, celles-ci sont réglées en dernier ressort par l’Administrateur chef de province.
Outre leur avancement, les notables peuvent recevoir des distinctions honorifiques telles que des décorations. Ainsi peuvent être proposés pour des médailles, les notables s’étant distingués par le zèle et le dévouement dont ils ont fait preuve dans la ges-
tion des affaires communales. Cette distinction ne doit être d’ailleurs distribués qu’avec modération et après une enquête approfondie sur les mérites réels des candidats, leurs antécédents, leur moralité, leur degré d'instruction, leurs rapports avec les différents services représentés dans les provinces.
Mais si le corps des notables exerçant des fonctions administratives se trouve limité par le nombre de ces fonctions et des attributions qui s’y attachent, il n’en est pas de même lorsqu'on ne considère que le notable du point de vue dignitaire. Le nombre de ces notables est en principe illimité. Ici il n’y a plus d'élection, les garanties de respectabilité sont passées au second plan, on devient notable pour avoir acheté des titres vendus par la commune lors d’une crise financière, pour avoir obtenu un diplôme délivré par l'autorité supérieure en récompense de service rendus; on devient notable surtout enfin pour avoir atteint l’âge de soixante ans — un Indochinois âgé de soixante ans est presque un centenaire européen —, cette dernière coutume qui rend un si bel hommage à la vieillesse est un des plus nobles traits de la morale annamite.
Ces notables qui dirigent et représentent la commune, ces administrateurs que le Protectorat est seul parfois à connaître, quelle est leur valeur morale, et quelle confiance devons nous avoir en eux ? Certes il ne faut pas dénigrer de parti pris l’administration indigène actuelle, mais il serait dangereux d’affirmer, comme certains l’ont fait, que ce corps est digne de toute éloge. Il ne faut pas oublier que lors de la conquête de la Cochinchine, les mandarins ainsi que les