SON AGE
principaux notables s’enfuirent devant nous, emportant ou détruisant tout ce qui aurait pu faciliter notre administration : les archives, les registres de la propriété foncière, les rôles d'impôts. Les provinces et les communes se trouvèrent subitement sans chefs, nos officiers et nos administrateurs ne trouvaient plus personne à qui s'adresser. Nous ne pouvions songer à remplacer immédiatement les chefs indigènes par des fonctionnaires européens, il n’y fallait d’ailleurs pas songer pour l’administration des communes : différence de langues, de mœurs, c'était une civilisation presque inconnue et qu’on ne pouvait comprendre du jour au lendemain. Devant les besoins urgents de notre administration, on décida de créer un nouveau corps de fonctionnaires. Aux anciens lettrés, aux anciens notables, connus de tous, dont la science et l’honorabilité étaient entières ou presque, succédèrent par suite de notre intervention, des interprètes, des malins, des domestiques même, Ces nouveaux arrivants étaient naturellement plus ou moins honorables, mais ils nous rendaient de pré-. cieux services et le Gouvernement devait souvent fermer les yeux. Cependant avec la paix française, les nouvelles générations se sont rapprochées de nous, l’administration indigène s’est apurée et le Protectorat s’ingère de plus en plus dans l’organisation communale pour contrôler et même parfois pour agir de sa propre autorité. Malgré tout, il est possible de se demander si les notables actuels valent les anciens notables. Sans doute, ceux-ci sont plus surveillés, leurs pouvoirs ont désormais des limites, le paysan ne connaît plus les terribles vexations et