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les honteuses concussions d’autrefois, mais ils ont bénéficié et bénéficient d’une cause économique profonde : l'apparition de la richesse mobilière. Les Français en arrivant créèrent la richesse mobilière par suite du commerce, de l’industrie, de la domesticité et de tous les besoins d’une vie occidentale. La richesse mobilière dépasse bientôt la richesse foncière, et il se produit alors un déséquilibre, En même temps les transactions, auparavant réduites dans le temps et dans l’espace, croissent rapidement et s’étendent au loin. Comme la concussion existe toujours et fait en quelque sorte partie intégrante de la personnalité annamite, les causes de fraude ont augmenté dans la même proportion. Les notables, surveillés de plus en plus strictement, ne peuvent pas voler de grosses sommes, mais ayant de plus grandes occasions qu'auparavant, il n’y a rien de changé. Concussionner 100 piastres à propos d’une seule affaire ou voler 1 piastre sur cent transactions, cela revient au même. Mais ce qui est encore plus grave, c’est la puissance qu’exerce l’argent sur les esprits, la fortune conduit au pouvoir plus aisément aujourd’hui que ne le faisaient autrefois une science solide et une respectabilité parfaite — ce problème délicat ne touche d’ailleurs pas que l’Indochine —. Pour réagir contre ces tendances, ce n’est pas au Protectorat, ce n’est pas aux notables seuls qu’il faut s’en plaindre; ce sont les mœurs qu’il faudrait faire évoluer, c’est une éducation qu’il faudrait donner à l'indigène, Le mal n’existera plus lorsque lAnnamite aura compris qu’il ne doit plus se laisser dépouiller par son chef direct, qu’il ne doit pas consentir et le
du À Va
plus souvent proposer de toucher moins que son dû, ne pas souffrir du notable ce qu’il a pris l'habitude de ne plus tolérer de la part du fonctionnaire français. On voit là que c’est une œuvre de longue haleine, mais c’est là la cause profonde.
‘ConSEIL DES NOTABLES. — Théoriquement c’est l’ensemble des habitants qui prend part à la discussion qui réglera les affaires publiques. En fait ce sont fes notables et leur représentant qui administrent la commune. Le conseil des notables rappelle un peu notre conseil municipal, mais il faudrait se garder de vouloir y trouver une analogie profonde; on trouve quelques principes communs mais la composition et les attributions de ce conseil ont leurs caractères propres.
Dans chaque commune, en Cochinchine du moins, le conseil des notables doit comprendre au moins un président, un vice-président et 9 membres dont les attributions sont les suivantes :
1° Le président est le premier notable, il figure toujours en tête de liste sur les écrits communaux et est le véritable chef du village, c’est lui qui dirige les discussions et qui garde les archives de la commune. Dans certains villages il a une part des rizières communales. Autant que possible les ‘habitants de chaque hameau poussent le premier d’entre eux à la situation de premier notable pour recevoir en compensation le maximum de privilèges; cette rivalité entre les différents hameaux est souvent une cause de demande de séparation. Ce premier notable est appelé huong-ca en Cochinchine et tiên-chi ou tu-chi