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on tendait vers le travail rénuméré et non plus forcé. Un pas de plus devait être fait, la corvée fut supprimée nominativement et remplacée par le terme de prestation. Les jours de corvée, considérablement réduits, purent être convertis en numéraire et l'impôt personnel s’en trouva accru d’autant. Sans doute l'impôt en argent est préférable quant à l’égalité fiscale car il supprime la difficulté d’attribuer des lots égaux à chacun, sans doute cela convient-il mieux à nos idées humanitaires. On a fait remarquer, il est vrai, que certaines familles acquittaient plus facilement l'impôt en corvée que l’impôt en numéraire, que de plus les riches en profitent pour se décharger sur les pauvres gardant leur préférence pour l’impôt en nature. À cela on peut répondre que si on divise les habitants du village en deux catégories, les riches et les pauvres, la compensation obtenue n’aura certainement pas l’aspect de contrats librement combattus mais cependant assez justes dans l’ensemble. L'Etat s'adresse au village c’est-à-dire à la collectivité, et tout s’arrange en combinaisons en argent qui règleront en même temps les compte-courants embrouillés qu'ont entre eux les habitants du village. On peut répondre aussi que, grâce à la prospérité économique sans cesse croissante du pays, la fortune mobilière apparaît faisant ainsi une compensation à la fortune immobilière; enfin et surtout les réformes communales tendent à dégager l’individu de la collectivité où il se trouve englobé. Cependant la corvée, si on peut encore employer ce mot impropre en la circonstance, puisque le travail est payé, subsiste encore pour les travaux urgents. Ainsi une digue est-
elle sur le point de se rompre ou a-t-elle déjà cédé, une légion de coolies est aussitôt mobilisée; tout se fait en effet à la main : la digue est reconstruite ou renforcée panier de terre par panier de terre, petit panier rond que l’indigène porte sur la tête. Mais ce travail est loin d’être haï par les Annamites, ces derniers comprennent l'utilité de travaux qui sauvent le village et les rizières des effets désastreux de l’inondation; aussi n'est-il pas rare de voir jeunes femmes et enfants venir apporter leurs bras à l’œuvre commune. 1
Il était de l’honneur d’un pays colonisateur comme la France de supprimer la corvée dans ce qu’elle avait d’odieux et de barbare, et celle-ci n’y a pas failli.
$ V. — Responsabilité de la Commune.
La notion de responsabilité, inconnue à ce point et sous ce jour en France, pèse sur le village et les notables d’un poids lourd, elle est en Annam la pierre angulaire, de l’édifice social. Toute personne qui ne dénonce pas un individu ayant commis un méfait et qui le connaît est tenue personnellement de ce méfait, telle est la loi annamite. Aussi l’indigène se croit-il souvent sous l’emprise d’une responsabilité imaginaire, et là où nous sommes tentés de voir lâcheté n’y a-t-il la plupart du temps que souci de se dégager de cette responsabilité fictive qui l’oppresse. La commune n’échappe pas à cette notion de responsabilité et il ne pouvait en être autrement si on se rappelle comment s’est formé le village. Disons de
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suite, comme ce début le laissait déjà entrevoir, que la responsabilité de la commune annamite ne ressemble en rien à la responsabilité de la commune française.
La notion de responsabilité du village est un moyen commode dont nous avons largement usé, parfois même abusé, pour administrer la commune indigène. Il faut tout d’abord soigneusement distinguer entre le village et les notables, c’est-à-dire entre la collectivité et ses représentants. Cette distinction est d'autant plus nécessaire à savoir que les textes officiels ne la font pas toujours, et emploient parfois indifféremment un terme l’un pour l’autre. Les notables sont responsables de la bonne administration de la commune et de l’exécution des lois d’intérêt communal ou général sur le territoire de la commune; le village entier est responsable pour certaines matières déterminées.
D'une façon générale le village est responsable du paiement de l’impôt. La commune est responsable des emprunts faits à la Banque de l’Indochine à propos des prêts sur récolte, les contestations soulevées sont jugées par l’Administrateur. Le village peut encore être responsable vis-à-vis d’un particulier, mais seulement sur ses biens communaux; un arrêté du Gouverneur Général, à la date de 1906, autorise les notables du village à passer des contrats avec les particuliers en donnant comme garantie les biens communaux, ces contrats doivent être approuvés par le Résident. La commune est responsable encore en matière de recrutement, elle doit remplacer tout déserteur dans les délaïs voulus, elle est passible d’a-