‹ La Commune d'AlgerChapitre 10 sur 36 · IV. — LE COMITE DE DEFENSE · texte numérisé non relu

IV. — LE COMITE DE DEFENSE

Les radicaux se prétendaient, en effet, nommés non par le préfet, mais par acclamation populaire. Warnier avait seulement ratifié la volonté des citoyens. Ses conditions ne comptaient donc pas. C’est pourquoi ils prétendaient tout diriger. Leur porteparole, Thuillier, disait :

< Que peut faire le Comité ? Tout.

« La défense nationale embrasse le dedans et le dehors. Le Comité de défense nationale doit, sous peine d’être rapidement débordé par la réaction, éloigner des emplois, des fonctions qu’ils continuent d'exercer, les âmes damnées de l’Empire...

« Nous n’admettons point que vous acceptiez jamais, vous les délégués du peuple. à agiter dans le vide les questions d’intérêt public, à parler pour n'être point entendus, c’est-à-dire, obéis. » (1)

Ils rêvaient de diriger toute l'Algérie, d'exercer une dictature analogue à celle des Comités de la Convention. Dans toute l’Algérie, des Comités d’action et non de consultation, élus par le peuple, devaient être fondés. Un organe central, composé de leurs délégués, siégerait à Alger et gouvernerait le pays. Il s’'aboucherait avec la ligue du Midi qu'Esquiros avait établie à Marseille. Mais cette conception précise n’appartenait qu'à l’étatmajor du parti radical et à ses militants.

Le grand public, s’il admettait l’autonomie et une démocratie algérienne s’administrant librement sans tutelle de la Métropole, se rapportait à la future Constituante pour réaliser cette réforme (2). Selon jes radicaux, les agents du pouvoir exécutif n'étaient plus que les subalternes dociles de leurs administrés, ce que ceux-ci ne pouvaient accepter sans renoncer à leur tâche. Cependant, malgré ces divergences, le préfet et le Comité commencèrent à collaborer. Dès la première séance, les membres du Conseil voulurent être mis au courant de la situation militaire de l’Algérie et s'occuper des envois de troupes dans la Métropole. Le gouverneur, sommé de leur donner ces renseignements, refusa. Warnier ne voulut pas leur accorder la voix délibérative qu'ils demandaient. Mais, pour ne pas les irriter, il accepta la forma-

(1) Algérie Française, 28 septembre 1870.

(2) Arch. Nat., F. 80, 1681. Algérie Française, 28 septembre 1870. Droit du Comité, 28 septembre 1870.

tion d’un Conseil de Prud'hommes à Alger et la suppression du Comimissariat central (1).

Cette concession était grave, car elle désorganisait les services de police et elle allait priver de tout renseignement les autorités. Elle resta inutile, car les radicaux reprirent leurs exigences à la séance suivante. Une nouvelle consuitation n’eut pas plus de résultat.

C’est alors que le général Durieu, profondément froissé par le ton des radicaux et de leur presse à son égard, adressa aux Algériens une proclamation leur faisant connaître la volonté du Gouvernement de la Défense Nationale de voir les généraux et les préfets collaborer étroitement sous ses ordres. En réalité, son appel visait surtout les habitants d’Alger, ainsi qu’il l’écrivait lui-même au préfet de Constantine (2). Rédigé dans un style d’un laconisme extrême, son texte parut un insupportable défi du chef du clan militaire et de la réaction. Le Comité démissionna, trois jours après sa nomination, et adressa à son tour à ses concitoyens une proclamation dont certaines phrases devaient ameuter ses partisans.

« Le maintien du gouvernement militaire de l'Algérie, décidé par le gouvernement de la République, rend notre concours désormais inutile et impossible. » (3).

Parler du maintien du régime militaire aux Algériens, c'était les rendre furieux. Le ton des journaux extrémistes rend bien l'effet que produisit cette flèche du Parthe.

< Monsieur le baron Durieu a lancé hier soir une proclamation digne de son passé bonapartiste : l’Algérie se rit de ses menaces, écrivait « Le Colon ».

« Il a fait charger les canons tournés sur la ville, il a distribué des cartouches aux soldats de la République pour assassiner les républicains.

Lisa Soldats, miliciens, Algériens de toute nationalité, nous n'avons qu'une pensée au cœur : l’amour de la République ; qu’une volonté : le triomphe de la Révolution, et dans quelques jours, dans quelques heures peut-être, nous aurons appris au don Quichotte des Bonaparte et des Murat ce que vaut l’Algérie. » (4)

On ne pouvait pas mieux faire appel à la rébellion.

(1) Actes du Gouvw. de la D. N. Dépositions Warnier, Brunet, Vuillermoz.

(2) Rapport La Sicotière, p. 31.

(3) Arch. Nat., F. 80, 1681.

(4) À. Lams&kt. Dans « Le Colon », cité par l'Indépendänt de Constantine, 6 octobre 1870. Arch. Gouv. Gén., EE . 469.

Page 1