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IL L — A LA RECHERCHE D'UN GOUVERNEUR

Le maintien du régime militaire continuait, en effet, à inquiéter les Algériens. Ils avaient cru que le Gouvernement du 4 septembre allait, dès son arrivée, abolir le système impérial.

Ils avaient considéré la nomination des préfets d’Algérie par le ministre de l'Intérieur comme le prélude de cette réforme radicale. Au lieu de voir se réaliser ces espérances, ils étaient priés d’obéir au général Durieu, comme dans le passé ; l’Algérie avait à sa tête des généraux qui n’avaient plus de soldats à commander. Cette soumission de civils à des militaires leur semblait. absurde. Et puis, on leur disait : « patientez jusqu’à la paix ». La paix venue, les troupes rentrées en Algérie, la camarilla militaire ne réussirait-elle pas, par quelque artifice, à se maintenir encore au pouvoir ? Mieux valait en finir une bonne fois.

Les extrémistes, après leur échec du 11 septembre, avaient voulu envoyer à Paris un délégué pour demander la nomination, en Algérie, d’un commissaire général du Gouvernement. Ils avaient un candidat, Cluseret, que ses violents articles de < La Marseillaise » leur désignaient comme un vrai républicain (2). Mais les événements de la guerre les avaient empêchés de réaliser ce projet. Ils conservaient cependant l’idée d’abolir immédiatement le Gouvernement général. On avait fait du chemin depuis « les cahiers algériens » de Warnier, qui prévoyaient. à la fin d’une longue évolution cette mesure, la dernière des réformes. La guerre et la révolution offraient l’occasion de s'émanciper, il convenait de la saisir. Aussi, le 14 octobre, le. Conseil municipal d'Alger, dénonçant le Gouvernement général comme un obstacle au développement de la colonie, demandait à la délégation de Tours sa suppression. Fidèle à la théorie de: la primauté des élus du peuple sur les agents du Pouvoir exécutif, il émettait même la prétention de déléguer un commis-saire civil extraordinaire pour succéder au gouverneur (3).

A Tours, les délégués des Comités de défense algériens pres—

(1) Actes du Gouvernement de la D. N. Déposition Warnier, p. 262 c.

(2) Akhbar, 15 septembre 1870.

(3) Conseil Municipal d’Alger, séance du 14 octobre 1870. Rapport La Sicotière, p. 24 c. Arch. Nat., F. 80, 1681. Alger, 15 octobre, au Citoyen Gambetta, conseil municipal élu d’Alger, confirme au nom de la population les vœux instants des:

délégués du Comité de Défense : Suppression du Gouvernement Général, Commis

saire civil extraordinaire par délégation du Conseil. — Le Maire : VurzrerMoz.

saient en même temps Crémieux de leur donner enfin la constitution qu’ils réclamaient (1). Crémieux, dont les attributions

S’étendaient à l'Algérie, essaya de les satisfaire, sans renoncer

aux prérogatives du pouvoir central. Hostile lui-même à l’armée et au régime militaire qu’il trouvait « détestable », il admettait bien la présence d’un civil à la direction de l'administration algérienne, mais il était difficile de trouver un homme alliant la notoriété à la fermeté de caractère et à la connaissance du pays. Une autre difficulté venait de la renommée, assez peu enviable, que leur agitation avait faite aux Algériens, et qui faisait hésiter bien des gens.

Crémieux commença par offrir ce poste délicat à son collègue de la délégation de Tours, Glais-Bizoin, mais celui-ci, pensant que les services qu’il rendrait seraient plus importants en France, refusa. Camille Jourdan prononça alors le nom de Marc Dufraisse, ancien représentant du peuple, en 1848, que Crémieux voulait nommer préfet à Marseille ou à Nice. Dufraisse, n'ayant aucune connaissance de l'Algérie, déclina l'offre. Le président de la délégation s’adressa alors sans plus de succès à Jules Grévy qui refusa (2). Les délégués perdaient patience et lui parlaient de troubles possibles. D’Algérie parvenaient des rapports inquiets recommandant d'éviter les désordres pour ne pas tenter les indigènes. Crémieux, pour éviter ce danger, accéda à la demande des représentants algériens et, conseillé par un publiciste constantinois, le conseiller général Viguier, il présenta à la signature de ses collègues, le 24 octobre 1870, neuf décrets qui donnaient un statut civil et un gouverneur à l'Algérie.

Durieu avait demandé son rappel en France, lorsque le Gouvernement, malgré son avis, avait rappelé les derniers régiments en garnison en Algérie. On le lui accordait, et on relevait de ses fonctions le secrétaire général du gouvernement de l'Algérie, Testu. Le général Lallemand, qui avait commandé la subdivision d'Orléansville et passait pour favorable aux républicains, fut nommé commandant des forces de terre et de mer. Lebatteux, protégé de Crémieux, qui accompagnait la délégation algérienne, succédait à Testu. Enfin, le procureur de la République près le Tribunal de la Seine, Henri Didier, était nommé gouver-

(1) C’étaient l'avocat Allie, Paul Blanc, colon et rédacteur de la Jeune République, Camille Jourdan et Le Batteux, qui tous deux se trouvaient à Tours pour Alger; l'avocat Poivre, l'ingénieur de Chabannes et Brunache pour Constantine; le géologue Pomel et l’avocat Pujade pour Oran. ra Er € (2) Rapport La Sicotière, p. 84 et 85. Déposilions Glais-Bizoin, Dufraisse, Crémieux.

neur civil (1). Ce dernier choix donnait satisfaction aux délégués, Didier, ancien représentant de l'Algérie à l'Assemblée Nationale en 1848, n’ayant pas cessé de critiquer sous l’Empire la politique du royaume arabe. Malheureusement, ce gouverneur selon leur cœur ne pouvait pas rejoindre ses administrés. Il était assiégé dans Paris et, jusqu’à la délivrance de la ville, il lui était impossible d’aller prendre possession de son poste.

Il semble que dans la hâte qui présida à la rédaction de ces décrets, Crémieux n’envisagea pas les complications que devait faire naître cette situation. Une dépêche avait rappelé le gouverneur général Durieu le 23 octobre, mais les décrets ne parurent que le 28 dans « Le Moniteur ». Et comme pour remplir ses fonctions, en attendant son successeur, le Gouvernement avait désigné le général Walsin-Esterhazy, commandant la division d'Oran, un militaire sembla de nouveau investi de l’autorité.

Pour la foule, qui ignorait les décisions de Tours, ce choix. connu le 26 octobre, signifiait le maintien du gouvernement militaire. Plus même, la personnalité du général lui donnait le caractère d’un défi (2).

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