‹ La Commune d'AlgerChapitre 18 sur 36 · IV. — LA COMMUNE D’ALGER A LA TÊTE DE L'ALGÉRIE · texte numérisé non relu

IV. — LA COMMUNE D’ALGER A LA TÊTE DE L'ALGÉRIE

I1 était impossible de faire venir de France, avant l’arrivée du général Lallemand, un gouverneur civil, force était donc de se rabattre sur un algérien. Vuillermoz étant le premier des élus d’Alger, le Conseil municipal demanda de nouveau qu’on lui confiât les pleins pouvoirs en attendant Didier. Il était le véritable maître d’Alger. Le Gouvernement n'avait qu’à reconnaître l’état de fait. Quant au commissaire extraordinaire, peu importaient ses connaissances de l'Algérie. On ne demandait

(1) Archives Nationales, F. 80, 1681. Marc Dufraisse à Ministre de l'Intérieur à Tours. Les généraux expulsés sont Walsin-Esterhazy, Lichtlin, et à Oran, le général Saurin, un capitulé qui ne devait en rien son expulsion à la question du Gouvernement général.

(2) Maire d’Alger à Ministre Intérieur, 2 novembre 1870. Le Gouvernement au

Maire d'Alger, 3 novembre.

qu'un pur républicain. Pour le reste, Vuillermoz le conseillerait. « Fiez-vous à nous sur ce point », écrivait-il à Gambetta (1). On attendait de ce dernier une prompte réponse; rien ne vint. L’entente des modérés avec le Gouvernement semblant irréalisable, les extrémistes se firent écouter. Le 7 novembre, l'assemblée générale de l’Association républicaine, qui groupait sept cents personnes environ, après avoir étudié la situation, proposait de faire élire le commissaire civil provisoire par les électeurs français des trois provinces. Ceux-ci éliraient ensuite trois représentants de chaque province chargés de jeter les bases d’une nouvelle Constitution coloniale. Enfin, Vuillermoz était proposé aux suffrages pour le poste de gouverneur (2). Toutefois, en raison de l'urgence de ces réformes, l’Association prévoyait une légère dérogation à ces principes. Elle remettait l’organisation de l'Algérie à ses Comités de défense. Le journaliste Thuillier, qui était l’auteur d’un autre projet, admettait un triumvirat composé d’un délégué par province pour gérer l'Algérie, en attendant l’arrivée du commissaire extraordinaire. Un vote populaire aurait ratifié le choix des Comités (3). Déjà, en septembre, il avait préconisé une étroite collaboration des Comités de défense des provinces avec un Comité central qui aurait été lui-même en rapport avec la Ligue du Midi (4). Les Comités étant issus du vote populaire, devaient avoir la prééminence sur lies fonctionnaires, disait-il à l’époque. Après les émeutes d’octobre, ces derniers ayant été balayés, la solution la plus conforme aux principes démocratiques était l’exercice du pouvoir par les délégués eux-mêmes. Les radicaux étaient gagnés aux idées autonomistes et les plus exaltés d’entre eux penchaient même pour une organisation fédérale. A la faveur de l’anarchie, ils essayèrent d’organiser l’Algérie selon leurs vues. A l’appel de l'Association républicaine, les délégués des clubs de Constantine et de Philippeville, Joly et Vinet, vinrent à Alger et participèrent aux travaux d’une commission chargée d’étudier l’organisation civile de l'Algérie et de l’Assemblée qui la voterait. Le comité d'Oran subissant une crise intérieure, ne put pas participer à ces travaux.

Mais l’accord était difficile à réaliser. Les Algérois, soucieux

(1) Maire d’Alger à Gambetta, 5 novembre 1870. Rapport La Sicotière, p. 97 a b. (2) Akhbar, 13 novembre 1870. Rapport La Sicotière, p. 98 a

a Thuillier aux Comités de Défense d'Oran et de Constantine, 7 nov. Ibid.

4) Algérie Française, 28 septembre.

Page 1