‹ La Commune d'AlgerChapitre 19 sur 36 · TOM · texte numérisé non relu

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de conserver la prééminence de leur ville, n’admettaient pas l'autonomie totale de chaque province. Après plusieurs jours de palabres, les délégués constantinois et l'Association -républicaine se mirent d'accord en prenant pour base le projet de Thuillier. Un commissaire civil extraordinaire, ayant les pleins pouvoirs, gouvernerait à Alger, assisté de neuf conseillers élus, siégeant en permanence. Des Conseils provinciaux composés uniquement de Français désigneraient deux délégués au « conclave algérien » chargé de rédiger la constitution algérienne (1).

Ces discussions devaient rester stériles, mais elles contribuaient à répandre dans le public l’idée que l'Algérie seule pouvait décider de son organisation. Vuillermoz, sans s'engager dans ces débats dénués de portée, avait reçu les délégués constantinois. L'idée d'organiser le pays sans la métropole ne lui répugnait pas ; bien au contraire.

Sa position le forçait cependant à se montrer plus réaliste que Thuillier et ses collègues de l'Association républicaine. Tandis que ceux-ci se contentaient de discourir, il passa à l’action. Le 7 novembre, fort de l’appui du club radical, il avouait au président du Comité de défense de Médéa :

« Je crois à un fort gâchis dont nous voulons sortir par commissaire extraordinaire dix fois demandé, attendons réponse décisive cette nuit, que nous vous communiquerons. Autrement, Algérie fera d’elle-même. » (2)

Le même jour, il adressait à Gambetta cet ultimatum :

« Pas de réponse à notre télégramme. Nous vous informons que Comités de salut public se forment en dehors de nous pour faire élire le commissaire extraordinaire que vous ne voulez pas nous envoyer. On trouve qu’avoir nommé Henri Didier enfermé dans Paris est une mystification. Si refusez ou atermoyez encore, le devise du pays sera : Algérie fara da se. Soyez avisés ; nos voix ne sont plus écoutées. Envoyez commissaire ou consacrez nos pouvoirs » (3).

Toujours prudent, le maire d’Alger se réservait une retraite en se prétendant débordé par ses amis. En fait, il avait assez de prestige pour les retenir, mais les délégués constantinois écrivaient à leur Comité : « Le projet de l'association était de

(1) Indépendant de Constantine, 31 dérombre 1870. Récit des délégués constantinois. Rapport La Sicotière, p. 98 v, 29.

(1) Rapport La Sicotière, p. 100 b.

(3) Ibid, p. 97 b.

créer ici une véritable dictature » (1). Les radicaux algérois prétendaient gouverner la Colonie soit par un commissaire civil qui eût suivi les conseils de leur chef, soit, à défaut de ce mannequin, directement.

« Assez et trop longtemps, nous avons subi la faiblesse d’un Gouvernement écrasé par les soins de la défense ; préoccuponsnous d’assurer enfin notre indépendance et notre sécurité. notre réclamation est restée sans effet, nommons en un (commissaire civil). En agissant ainsi, nous ne serons pas des rebelles.

« Donnons à ce commissaire un pouvoir provisoirement dictatorial. En avant. La patience devient coupable. Finissons-en ! » écrivait Flasselière dans « La Solidarité », le journal de Vuillermoz (2).

Le 8 novembre, le Conseil municipal et le Comité de défense nommaient le maire commissaire extraordinaire civil par intérim et soumettaient cette décision aux Comités de défense des villes algériennes et au Gouvernement de Tours (3). Ces Comités étant l’émanation des clubs et non du suffrage universel, on arrivait à cette situation étrange d’un gouvernement se réclamant de la volonté populaire à Alger et la méconnaissant ailleurs. Mais, pour ces Jacobins, seuls ceux qui partageaient leurs idées étaient dignes de diriger la démocratie en ces heures graves. Avant même que les Comités ne les eussent approuvés, ils entreprenaient la réorganisation du pays en nommant le jour même une commission chargée d'organiser des communes dans toute l’Algérie, « la Commune étant la base primordiale de toute démocratie » (4). Il s'agissait de transformer en communes toutes les agglomérations européennes de l’intérieur et d'accroître le terrain des anciennes, afin d'activer la colonisation. C’était en quelque sorte le don de joyeux avènement de la municipalité d'Alger aux colons. Elle prouvait en agissant ainsi qu’elle n'avait pas oublié les revendications algériennes du temps de l’Empire. Sans tenir compte de l’époque, elle les appliquait.

Le moment était bon pour gagner des sympathies. De nombreux Comités de défense, dès le 9 novembre, donnaient leur adhésion à la nomination de Vuillermoz. Si Constantine se montrait réticente, si Philippeville exigeait que Vuillermoz fût

(1) Rapport La Sicotière, p. 98 b.

(2) Déposition Fabre La Maurelle, p. 276 b.

(3) Arrêté municipal du 8 novembre. Rapport La Sicotière, D'A9740: (#4) Arrêté du 8 novembre 1870. Ibid, p. 100.

seulement l'exécutif d'un triumvirat où chaque province serait représentée, la plupart des villes approuvaient l'initiative d’Alger (L)-

Pour ces éternels opposants, la Délégation de Tours avait hérité des tares de l’Empire. A force de blâmer l'autorité et l’ordre du régime défunt, ils avaient acquis la haine de tout gouvernement. La volonté du peuple, la leur, devait primer. Puisque les républicains français ne l’approuvaient pas, on se passait d’eux. Le mouvement communaliste ne pouvait pas être appelé une révolte. C'était tout au plus une insubordination, une tentative pour placer le Gouvernement en face du fait accompli, avec la certitude qu'il s’inclinerait devant le peuple.

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