‹ La Commune d'AlgerChapitre 20 sur 36 · V. — LE REFUS DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

V. — LE REFUS DU GOUVERNEMENT

Le mouvement communaliste ne pouvait réussir que sil réalisait l'unanimité de l’opinion algérienne. Trompés par l’absence de résistance qui s'était manifestée à Alger, Vuillermoz et ses amis pensaient que les modérés ne leur résisteraient pas et que les agents du pouvoirs central montreraient partout une faiblesse égale. Ces deux postulats se trouvèrent faux.

Les Comités de défense radicaux ne faisaient pas partout la loi. A Constantine, à Bône notamment, les républicains modérés étaient les plus nombreux (2). Au 4 septembre, le Gouvernement avait désigné comme préfet un modéré, Lucet, qui, plus jeune que Warnier, et assuré de l’appui de l’opinion, n'était pas disposé à s’effacer sur les injonctions de la municipalité d'Alger. Pour faire échec à celle-ci, il joua de la rivalité extrémement vivace des villes de province et d’Alger. La capitale, siège du Gouvernement général, avait été favorisée par l’Empire, à la grande colère des provinciaux, qui désiraient ardemment la fin de cette hégémonie. Donner les pleins pouvoirs à Vuillermoz, c'était renforcer celle-ci. A aucun prix, les provinciaux n’acceptaient cette solution. Hostiles à tout Gouvernement général, qu’il fût civil ou militaire, ils manifestaient leur

(1) C’étaient Tiaret, Mostaganem, Relizane, Sidi-Bel-Abbès, Oran pour cetie province ; Dellys, Blida, Cherchell, Médéa, Boufarik, Boghari, Marengo pour celle d’Alger; Sétif, Bougie pour celle de Constantine. Maire d’Alger à Gambetta, 9 novembre 1870. Ibid, p. 103 a b.

(2) Archives Nationales, F. 80, 1681.

antipathie pour les propositions de Vuillermoz ; celle-ci se transforma, sous l'influence du préfet, en opposition intransigeante (1).

Le 10 novembre, le Conseil de Constantine repoussait à l’unanimité la « tentative regrettable » du maire d’Alger et affirmait son adhésion à la République modérée de Tours. La veille, sur le conseil du sous-préfet, Alexis Lambert, le Conseil municipal de Bône condamnait l'initiative d'Alger. L'opposition du département de Constantine rendait irréalisable le plan de Vuillermoz (2).

En même temps, le préfet intérimaire d’Alger se plaignait au Gouvernement des empiétements du Conseil municipal d’Alger qui correspondait avec les mairies des provinces et demandait des instructions (3).

Le Gouvernement de Tours, inquiet cette fois, crut que les extrémistes algérois voulaient imiter leurs amis de Lyon et de Marseille. Un télégramme prudent annoncant à Vuillermoz qu’on n’acceptait pas son initiative, avait été expédié le soir du 9 novembre. Le 10, fort de l’adhésion des Constantinois, on parlait enfin énergiquement.

& Nous apprenons que vous faites le dictateur et que vous constituez une commission pour préparer l’organisation du Conseil communal.

« Le Gouvernement annule cet acte d’usurpation ; il vous engage, et au besoin vous ordonne, de cesser toutes violations de la loi qu’il ne peut tolérer plus longtemps. Il est temps d’en finir avec des usurpations que nous ne pouvons pas tolérer plus longtemps ».

En même temps, le général Lallemand était prié de mettre Vuillermoz à la raison s’il persistait dans sa rébellion (4).

Placé devant l’alternative de repousser les ordres du Gouvernement ou de se soumettre en se plaçant dans une position assez délicate aux yeux de ses amis, Vuillermoz ne songea plus qu’à se retirer de l’aventure sans compromettre son prestige. Dissimulant les dépêches du Gouvernement qui le désavouaient, il conseillait, dès le 11 novembre, aux radicaux d'Oran

: (D Delmarès, secrétaire du Comité de Défense de Constantine, à Hué, pharmacien à Bône, Indépendant de Constantine, 15 nov. Lucet, préfet de Constantine à Gouvernement, 10 nov.; à Sous-Préfet Bône ; à Commissaire civil de Djidjelli, 9 nov. Rapport La Sicotière, p. 99-104. Déposition du Bouzet, p. 243.

(2) Lambert à Préfet de Constantine, 9 nov. 1870. Délibération du Conseil municipal de Constantine. Rapport La Sicotière, p. 106 a.

(3) Ibid, p. 100 c.

(QU) en de Tours à Maire d'Alger, 10 nov. Rapport La Sicotière, p. A12a;

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LA COMMUNE D'ALGER, 1870-1871 6] d'attendre le commissaire civil que le gouvernement de Tours promettait (1).

Du reste, ses craintes relatives au rétablissement du régime civil étaient apaisées par l’arrivée du général Lallemand dont le titre de commandant des forces de terre et de mer concrétisait un ordre de choses nouveau.

Le général, connu pour ses opinions républicaines, s'était fait précéder d’une proclamation reconnaissant le régime et avait, de ce fait, gagné les sympathies de la population. Il trouva le maire d’Alger dans les meilleures dispositions du monde, protestant de son loyalisme et déplorant l’erreur du gouvernement de Tours à son égard (2).

Le soir, une grande réunion de l'Association républicaine devait l’investir des pleins pouvoirs. Il se déroba à cet honneur (3). Entraîné davantage par les circonstances que par ambition dans une aventure délicate, il s’en tirait avec un assez grand bonheur, faisant faire à sa ville l’économie d’une révolution sanglante sinon d’une agitation aussi stérile que bruyante.

(1) Maire d'Alger à Président du Comité de Défense, 11 nov. Rapport La Sicotière,

p. 100 c, 102. Me h

(2) Vuillermoz à Gouvernement; Lallemand à Ministre de la Guerre à Tours, 11 nov. 1870. Rapport La Sicotière, p. 106-112; Arch. Nol., F. 80, 1681.

(3) Lallemand à Guerre, 11 nov. : Gouvernement à Lallemand, 12 novembre.

Ibid, p. 111 b, 112 a.

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