V. — LA SITUATION AU QUATRE SEPTEMBRE
Cette population condamnée à l'oisiveté forcée, ressentait vivement les désastres de la guerre. L'armée d'Afrique commandée par Mac-Mahon, avait subi des pertes très élevées à Wissembourg, à Wœærth et à Reiïischoïfen. Or, beaucoup de fils ou de gendres de colons en faisaient partie. A Sedan figuraient les nouveaux appelés et beaucoup d'anciens militaires qui avaient repris du service. Les indigènes, de leur côté, avaient fourni de nombreux hommes aux turcos qui s'étaient héroïquement fait tuer dès les premières bataiiles. La consternation était donc générale : au deuil national s’ajoutaient les deuils de chaque famille.
Cette atmosphère funèbre, cette nervosité, lourdes de dangers pour un gouvernement aussi impopulaire que l’Empire, étaient d'autant plus graves que les notables de la Ville capables de faire contre-poids aux impulsions populaires manquaient. Suivant la coutume du pays, les gens riches se reposaient en France pendant l'été, les fonctionnaires, les magistrats étaient. en vacances.
Il n’y avait plus d'éléments modérateurs pour calmer des gens que la douleur et la misère pouvaient égarer. Ce n'étaient pas les débris de l’armée qui pouvaient assurer l’ordre. Il ne restait en Algérie que quatre régiments, deux dans la province d'Oran,
(1) Actes du Gouv. de la D. N. Déposition Warnier, p. 260 c.
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où il fallait surveiller les frontières marocaines, un Gans celle d'Alger et un dans celle de Constantine. Avec eux, les dépôts des régiments spéciaux à l'Algérie, les spahis indigènes, la Légion de gendarmes d'Afrique et les officiers des bureaux arabes complétaient les forces de la Colonie. La milice devait être réorganisée et ne pouvait guère servir qu’à assurer l’ordre si tout allait bien. On aurait mal vu les bourgeois algériens réprimer seuls une insurrection des montagnards kabyles. Or, cette menace était réelle (1).
La réorganisation administrative de l’Algérie avait vivement ému les grands chefs indigènes, dont beaucoup avaient, en apprenant cette nouvelle, offert leur démission au Gouvernement. Certains avaient exprimé le désir de se retirer en Orient plutôt que &’obéir à des civils, d’autres s’inquiétaient des intentions malveillantes que les colons avaient manifestées à leur égard (2).
L'entrée en guerre les avaient rapprochés de l'Empereur auquel ils avaient proposé « leurs bras et leurs biens », mais à la nouvelle des désastres, ils avaient manifesté une activité qui inquiétait fort le Gouverneur Général (3).
Menacé d’une insurrection arabe à laquelle, faute de troupes, il ne pouvait pas faire face, celui-ci devait tout mettre en œuvre pour faire croire à sa force. Le salut de l’Algérie était à ce prix. Or, au lieu de pouvoir compter sur la population française, il avait tout à redouter d’elle.
Révolutionnaires perdus dans leurs rêves, chômeurs sans. moyens de subsistance, colons menacés dans leurs intérêts, éprouvés souvent dans leurs affections, formaient une population inquiète, nerveuse, qui, suivant l'expression d’un témoin, relevait de la pathologie. Toutes les conditions favorables à un mouvement révolutionnaire se trouvaient réunies.
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(1ÿ Actes du Gouv. de la D. N. Déposition Warnier, page 261.
(2) Arch. Gouv. Gén. E.E. Rapports Mac-Mahon au Ministre de la Guerre, 12 mars. et 12 avril 1870.
(3) Ibid. Rapports du général Durieu, 9 août, 5 septembre 1870.
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