‹ La commune et les œuvres complémentaires de l'écoleChapitre 15 sur 41 · ŒUVRE DU TROUSSEAU · texte numérisé non relu

ŒUVRE DU TROUSSEAU

bout des neuf années, produit par élève 54 francs, moyennant lesquels chaque participante se confectionne un trousseau composé de 73 pièces.

Encore inexpertes pendant les premières années, elles se contentent des ouvrages les moins difficiles : torchons, essuie-mains, serviettes; le cqût des matières premières nécessaires pour ces travaux* étant peu élevé, elles se constituent une avaiice de fonds qui permettra de se procurer, pendant les dernières années, le linge plus fin et plus cher pour les ouvrages plus délicats qu'elles seront aptes alors à faire : jupons, pantalons, chemises, draps.

Le tout a été calculé de façon que l'œuvre se suffise à elle-même, sans nécessité d'avances de fonds par la société.

Des récompenses, sous forme de bons d'étoffes, sont accordées aux plus zélées et aux plus assidues.

Le trousseau n'est remis à la jeune fille qu'à 18 ans, à moins qu'elle ne se marie avant cet âge.

Il arrive fréquemment que des personnes s'intéressant à l'œuvre, fassent quelques petits dons en argent ou en étoffes, permettant d'augmenter le nombre des pièces de trousseau pour les jeunes filles qui s'en montrent les plus dignes.

Des mères de famille prennent part aux travaux, les enfants les plus aisées viennent en aide à leurs camarades nécessiteuses en acquittant leurs cotisations.

D'anciennes membres de l'œuvre lui restent atta-

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chées et reviennent, mariées ou établies, prêter leur concours.

C'est plaisir de voir les petites écolières, encadrées de leurs aînées, dans ce travail en commun : elles ont un air de gaieté et sont soutenues par le sentiment de l'acte de solidarité et de prévoyance qu'elles accomplissent.

Cette œuvre, dont le but matériel est de fournir un trousseau, développe en outre chez les enfants le goût du travail et l'amour du foyer domestique; elle permet aux jeunes filles de venir, en dehors des heures de classe, se constituer la meilleure des dots : la pratique de l'économie domestique avec l'avantage d'un trousseau tout prêt pour le jour où elles entreront dans la vie.

Fondée en 189g, \ Œuvre du trousseau a été de suite appréciée, comme elle méritait de l'être, et nombreuses sont aujourd'hui les communes dans lesquelles institutrices et amies de l'école ont, à l'imitation de M™"" Béguin, créé des institutions semblables, s'inspirant et des idées de la fondatrice et de l'organisation si. pratique qu'elle a donnée à son œuvre.

Une société des Amis de V Œuvre du trousseau instituée à la Ligue française de renseignement fournit tous conseils, renseignements et modèles de statuts.

PATRONAGES SCOLAIRES 6i

§ 12. — Patronages scolaires.

On ne saurait demander aux instituteurs et aux institutrices d*assumer la charge de toutes ces œuvres qui doivent entourer Tccole; l'action est et doit rester entièrement libre de la part de ceux d'entre eux qui, pouvant l'entreprendre, le voudront.

A leur défaut, ou pour aider ceux qui agissent, l'initiative privée peut et doit intervenir; et nombreuses sont les écoles autour desquelles des femmes et des hommes de bonne volonté se sont groupés en association de patronage de la jeunesse scolaire.

Un patronage solidement constitué, de pères et de mères de famille, de citoyens pénétrés de leur devoir social envers l'enfance, de l'utilité que la bonne et solide éducation de la jeunesse présente pour elle-même, pour la commune, pour la nation, devra comprendre dans la sphère de son action tout l'ensemble des œuvres scolaires que nous avons passées en revue, soit qu'il les crée lui-même et les fasse fonctionner, soit qu'il s'intéresse à quelque organisation déjà existante.

Il provoquera et réunira les ressources nécessaires : dons en argent ou en nature, récompenses sous forme de bons à la cantine, de bourses de colonies, de timbres pour la mutualité scolaire, d'étoffes pour l'Œuvre du trousseau.

Ses membres, individuellement, visiteront les

familles, assureront les soins médicaiix, distribueront médicaments, vêtements, vivres et jouets aux enfants, prendront part aux réunions de la cantine, aux travaux de V Œuvre du trous seau , participeront aux distractions, lectures, promenades et jeux, s'occuperont des enfants en cas d'absence momentanée ou de chômage des parents.

Ces patronages doubleront ainsi l'action de la municipalité et de la Caisse des Ecoles, ou la remplaceront là où elle n'existe pas.

L'instituteur et l'institutrice, par leurs avis, par leurs renseignements, par leur collaboration personnelle dans la mesure où ils croiront possible de la donner, apporteront une aide toujours précieuse à l'initiative privée ; mais ils seront largement déchargés de tout le poids du fonctionnement et des responsabilités de l'œuvre.

Ils comprendront toute la valeur que ce concours volontaire, autour de l'école, peut avoir pour leur action même à l'école et ils éprouveront la satisfaction de se sentir secondés par des amis, qui connaissent et apprécient leur dévouement et leurs services et qui entendent ne pas les laisser isolés dans leur mission éducairice.

PATRONAGES ' POST-S COL AIRES 6 j

Section lïl. — Après l'École.

§ 13. — Patronages post-scolaires.

Commencé avant l'école, continué pendant sa durée, le patronage de la jeunesse doit se poursuivre après.

L'école n'a pu achever l'œuvre de l'éducation; à peine a-t-elle pu la commencer, en même temps qu'elle donnait les premiers éléments de l'instruction.

La jeune fille, le jeune homme, qui quittent ses bancs à 12 ou 13 ans, sont loin d'être encore suffisamment amiés contre les difficultés et les dangers de la vie.

L'agriculteur, l'arboriculteur, l'horticulteur n'abandonnent pas le grain à lui-même dès qu'il a germé, l'arbuste lorsqu'il montre ses premières pousses, la plante avant qu'elle n'ait produit ses fleurs et ses fruits; ils les protègent contre la voracité des insectes nuisibles, des bêtes malfaisantes, contre l'envahissement des mauvaises herbes, contre l'intempérie des saisons : gelée ou sécheresse; ils prennent soin de la terre qui les nourrit, leur donnent un tuteur, redressent les fausses directions, leur fournissent l'eau dont ils manquent, la chaleur qui leur est nécessaire, taillent et émondent

les branches inutiles, pour favoriser la croissance.

L'adolescence veut être cultivée avec les mêmes soins; l'école a donné à son enfance la bontie sève : encore faut-il empêcher celle-ci de tarir, quand l'école n'est plus là pour surveiller et hâter sa circulation; l'inexpérience de l'adolescent a besoin d'un guide, d'un défenseur contre ses propres entraînements, d'un protecteur contre les tentations dangereuses, les fréquentations fâcheuses qui le guettent et dont il ne sait se défier; il faut, pour le développement moral, intellectuel et physique, créer et entretenir le milieu nécessaire, comme l'on prépare la terre à laquelle la semence est confiée.

C'est l'organisation de ce milieu social, où le jeune homme et la jeune fille pourront grandir et se fortifier de toutes façons, qui doit constituer l'œuvre du patronage.

M. Léon Bourgeois, dans une page éloquente, a donné la définition et le programme du patronage tant autour de V école que four le lendemain de V école :

« Aider au recrutement de l'école publique, en assurer la fréquentation régulière, créer dans l'école et autour d'elle les diverses œuvres de secours matériel et d'appui moral qui y attireront, y retiendront les enfants, en feront, pour eux et pour leurs parents mêmes, un centre habituel et préféré, une petite maison commune; établir entre les élèves, par des associations de jeux, d'exercices, d'épargne.

de mutualité, l'habitude du bien social; créer pour les abandonnés, les délaissés, des petites familles; puis, rage scolaire passé, le temps d'école achevé, maintenir ces groupements et' ces liens, faire que les anciens élèves se considèrent comme des débiteurs volontaires de l'école, augmenter leur dette envers elle en en continuant les bienfaits, ofiFrir dans ce but au jeune homme et à la jeune fille les livres d'une bibliothèque, les objets d'étude d'un petit musée, les distractions d'une promenade ou d'un jeu en commun, l'intérêt d'une conférence, le profit d'un cours complémentaire ou professionnel, la protection d'une tutelle morale, l'heureuse fortune d'un placement honorable et la chance d'un avenir; mêler pour tout cela à l'action initiale de l'instituteur ou de l'institutrice, à celle des auxiliaires légaux de l'enseignement : délégués cantonaux, membres des commissions scolaires, des caisses des écoles, des municipalités, l'action volontaire des pères et des mères de famille, riches ou pauvres, jeunes ou vieux, de tous ceux qui pourront donner quelque chose d'eux-mêmes, de l'argent, un local, des objets en nature, des livres, fût-ce seulement une heure de leur temps; appeler à l'aide tous ceux qui savent, qui peuvent enseigner, professeurs des écoles supérieures, des collèges, des lycées, des facultés, écrivains, auteurs dramatiques, artistes, et demander à chacun sa contribution personnelle; intéresser également les chefs d'industrie, les propriétaires de domaines,

les patrons grands et petits, quiconque peut avoir besoin demain d'un serviteur, d'un ouvrier, d'un employé; faire ainsi peu à peu, et sur tous 1^ points du pays, naître et vivre un essaim de petites sociétés locales, dont chaque membre prendra conscience de sa place dans l'organisme de la cité, et comprendra quel est l'échange de service» d'où sort incessamment le développement de la civilisation, voilà ce que nous appelons à la Ligue française de renseignement y le Patronage démocratique de la jeunesse. »

Sans doute, il y a la famille, et rien ne vaut son action pour la bonne éducation de l'enfant; mais la famille n'a pas toujours la possibilité matérielle et le goût de l'exercer, il peut se faire qu'elle ne possède pas les qualités nécessaires à cet objet.

Quand les pères et njières ont de suffisantes heures de repos, quand ils les consacrent à leur foyer, à leur éducation personnelle, à celle de leurs enfants, ils sont assurément les meilleurs guides; on ne saurait songer à se substituer à eux, car on n'offrirait* rien de meilleur que leur tendresse, leur fermeté, leur sollicitude éveillée et consciente de ses devoirs.

Mais combien de parents, retenus au travail du matin jusqu'au soir, rentrent harassés chez eux, suffisant ù peine à gagner le pain de la maisonnée, impuissants à exercer sur leurs fils et leurs filles

la surveillance morale, à compléter leur instruction et leur éducation!

Quelle satisfaction ce serait pour ces laborieux, honnêtes employés, ouvriers de la ferme ou de l'usine, de penser que leurs petits ne resteront pas abandonnés à la maison ou à la rue aux heures de liberté que leur laissera l'apprentissage, qu'une maison hospitalière leur est ouverte dan^ laquelle ils trouveront un complément éducatif par des distractions saines, des conseils avisés, au milieu d'une atmosphère meilleure qui combattra celle qu'ils ont pu respirer, dans des contacts dangereux, à l'atelier !

Que de jeunes gens aussi, abandonnés par leurs père et mère qui désertent trop souvent le foyer pour le cabaret et les mauvais lieux, ou exposés aux pires contagions et aux mauvais exemples quand ils les rencontrent à la maison dans les vices de leurs parents!

A ceux-là également,' il faut tendre une main secourable et fraternelle; il faut les aider à franchir les passes périlleuses, il faut les mettre dans le droit chemin, les y accompagner jusqu'à ce qu'ils soient en mesure de se conduire et de se défendre eux-mêmes.

Après les leçons de l'école et de ses œuvres, toute cette jeunesse doit trouver un milieu éducatif et récréatif où elle achève de se., préparer à la vie, que cette vie doive être celle du citoyen ou celle de la mère.

La Société de patronage^ qui s'est constituée

dans la commune pour la jeunesse scolaire, pourra utilement joindre à son action la protection de la jeunesse post-scolaire, sans qu'il soit nécessaire de fonder pour cela une nouvelle société; il lui suffira simplement de créer une section spéciale pour son œuvre prolongée.

Cela sera d'autant plus pratique et utile que, dans les communes rurales particulièrement, les bonnes volontés ne seraient pas assez nombreuses pour fournir les éléments de deux sociétés, que les membres du patronage retrouveront, dans la deuxième section, les jeunes gens et jeunes filles qu'ils ont connus, suivis et protégés dans la première et seront ainsi mieux à même de juger leur caractère, leurs goûts, leurs aptitudes, de les orienter vers une carrière, un métier, une profession, que les adolescents viendront avec plus de confiance à ceux qui ont guidé leur enfance, qu'ils pourront même prêter leur concours pour assister, en une mesure quelconque, les enfants qui sont encore à l'école, par l'institution d'un Tuiorat des aînés pour les cadets ^ jusqu'au jour où, arrivés à l'âge d'hommes ou de femmes, ils deviendront membres du patronage et se feront à leur tour les éducateurs et les éducatrices de ceux et de celles qui leur succéderont sur les bancs de l'école.

Les deux groupes d'ailleurs devront rester bien distincts dans le patronage; les enfants d'âge scolaire et les adolescents qui ont quitté Técole n'ont

pas la même force physique, les jeux des uns ne peuvent convenir aux autres, leurs goûts ne sont pas les mêmes, leur développement intellectuel n*est pas arrivé à égal degré, ils ne sauraient être instruits de même façon, la raison plus ou moins éclairée comporte un langage différent, des institutions nécessaires aux premiers sont devenues inutiles aux seconds; par contre, d'autres deviennent indispensables aux aînés plus près d'entrer dans la vie et d'assumer ses responsabilités.

Il sera intéressant d'annexer au comité de patronage un office juridique pour les conseils à donner en vue de la rédaction des contrats d'apprentissage et de travail, ou en cas de difficultés dans leur interprétation et dans leur application.

L'office aura encore l'occasion d'intervenir utilement, par ses avis ou par son action personnelle, dans les contestations auxquelles se trouveront mêlés de jeunes patronnés.

Un patronage complet comprendra l'ensemble des œuvres dont l'énumération figure au programme ci-dessus, dressé par Léon Bourgeois, et à chacune desquelles il convient de réserver un paragraphe spécial, car toutes peuvent faire l'objet d'une organisation particulière, quand le patronage n'existe pas dans la commune ou quand il ne les comprend pas toutes dans sa sphère d'activité.

La crainte des responsabilités civiles qu'on peut encourir dans une oeuvre de patronage ne doit pas

7ô AMICALES D'ANCIE:NS ÉLÈVES

entraver Taction; lès cas d*accidents ont été rares fcrt heureusement et si Ton sait prendre toutes les précautions utiles, on les évitera.

D'ailleurs, jK)ur dissiper toute préoccupation à cet égard chez les personnes qui ont la charge de direction ou de fonctionnement, une proposition de loi, déposée au Parlement et dont le vote, nous Tespérons, est imminent, considère le -patronage comme une continuation de l'œuvre scolaire et dégage les collaborateurs de toute responsabilité civile dans l'action, sauf pour leurs fautes lourdes et personnelles, que le patronage ait fonctionné à l'école ou en dehors de l'école.

En attendant le vote de la loi, il appartiendra aux associations de chercher à couvrir elles-mêmes leurs agents dans la plus large mesure possible, en les assurant contre ces responsabilités, ou en assurant les enfants contre les accidents, ou encore en obtenant des parents qu'ils renoncent éventuellement à toute réclamation.

§ 2. — Associations d'anciens et d'anciennes

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