ÉLÈVES
La première préoccupation d'un patronage ou des citoyens qui veulent, quand il n'existe pas de société de cette nature, faire action de patronage, sera de rechercher et de réunir les jeunes gens et les jeunes filles.
Rien ne doit être plus aisé : toute cette jeunesse
était déjà groupée à Técole qu'elle vient de quitter.
Le tout sera de maintenir unis, par la voie de Yassociation amicale^ ces anciens ou anciennes élèves.
L'instituteur et l'institutrice seront ,les meilleurs intermédiaires, s'ils ne sont eux-mêmes les promoteurs, pour la fondation de VAmicale (ou petite A); ils s'entendront tout d'abord avec quelques jeunes gens dont ils connaîtront l'activité, le bon esprit et les sentiments de camaraderie.
Par lettres ou visites à domicile, les parents seront informés du projet de création, du but de l'œuvre, de son intérêt et seront engagés à envoyer leurs enfants à une réunion préparatoire, pour laquelle des convocations seront adressées à tous les anciens ou à toutes les anciennes élèves de l'école.
Que Y Amicale soit rattachée h un patronage, ou qu'elle doive vivre de sa vie propre, il sera bon, dans cette réunion préparatoire, de rédiger des statuts et de donner une organisation particulière et autonome à ce groupement.
Il sera préférable que ni un membre du patronage, ni le maître ou la maîtresse fondateurs, ne prennent la présidence de Y Amicale : il faut, autant que possible, que ces jeunes gens s'habituent à la vie sociale par la pratique de l'association, prennent l'accoutumance de l'initiative personnelle par les responsabilités mêmes des fonctions que leur auront confiées leurs camarades, puissent délibérer en
toute liberté sur les intérêts communs, le programme à élaborer, la conduite de l'association.
Les membres du patronage, les instituteurs et les institutrices resteront leurs guides éclairés et avisés, ils leur prodigueront le concours de leurs conseils, Tappui de leur intervention, une collaboration précieuse dans leurs réunions, causeries, lectures, jeux et fêtes, dans tous leurs actes récréatifs, éducatifs et sociaux.
S'il y a, dans la commune, un patronage postscolaire^ l'association profitera de toutes ses organisations; s'il n'y en a pas, \ Amicale créera ellemême dans son sein tous les organes qui en font office et qui seront l'objet des chapitres suivants.
Les réunions de jeux, de lectures, de causeries, devront être fréquentes; elles auront lieu plus spécialement le jeudi et le dimanche, soit dans un préau d'école qui ne sera pas refusé, soit dans un local mis à la disposition de l'association par la municipalité ou par un ami de l'école. Des visites à la ville voisine, à la ferme, aux grandes entreprises industrielles et commerciales seront organisées.
La petite A prêtera son concours au patronage ou, à défaut de patronage, agira de sa propre initiative pour entourer de sa sollicitude les élèves actuels de l'école, leur donnera des fêtes, des représentations, leur distribuera des récompenses ; ses membres les accompagneront dans leurs excursions, s'intéresseront à leurs travaux, leur faciliteront l'en-
trée à l'apprentissage, quand finira le temps scolaire. Chacun des anciens pourra très efficacement servir de tuteur volontaire à un cadet, et aiflsi sera créé et développé le lien de solidarité efttre les générations qui se succèdent à Técôle commu' nale.
Dans certaines communes rurales, dans certains quartiers de villes, pour donner plus de solidité et de continuité à ce lien, on n'a constitué qu'une seule association comprenant à la fois les élives actuels et les anciens ou anciennes élives de l'école, qui ont des réunions séparées, des distractions distinctes, mais qui, en certaines circonstances, tiennent des séances communes, mêlent leurs jeux, les anciennes et les anciens donnant les conseils et l'exemple aux jeunes, leur étant un appui, leur servant d'entraîneurs vers la y'it.
Ailleurs encore VAmicale réunit, en une seule association, jeunes gens et jeunes filles qui, dans la diversité de leurs goûts et de leurs aptitudes, se prêtent un concours mutuel : les fillettes avec leur esprit d'observation, leur imagination plus vive, concevant les projets de distractions, de fêtes, de spectacles à donner en commun; les garçons discutant ceux-ci et les solutionnant avec leur raison plus fermement mûrie, chacun apportant sa collaboration pour la réalisation : les premières dans les menus détails auxquels conviennent Tagilité de leurs doigts, leur goût plus sûr; les se-
conds, dans les préparatifs qui nécessitent de la vigueur.
Au contact les uns des autres, sous l'œil vigilant des dames et des hommes du patronage, des maîtres et des maîtresses, ils prendront conscience de leurs devoirs : les jeunes filles, dans la tendresse de leur cœur, sauront trouver les mots qui consolent d'une peine leurs petits camarades, les garçons apprendront à faire usage de leurs forces pour soutenir et défendre la faiblesse de leurs jeunes compagnes de VAmicale.
Une fraternelle amitié, sans arrière-pensée, naîtra entre tous, faisant concevoir aux uns le respect qu'ils doivent avoir pour la jeune fille, développant chez celle-ci Testime envers son camarade de jeunesse.
En signalant ces divers modes. d'organisation et de fonctionnement, nous avons entendu montrer qu'il ne saurait s'agir d^imposer partout un modèle uniforme. Les fondateurs tiendront compte, poui l'entreprise qu'ils réaliseront, des milieux variables, des besoins particuliers, des mœurs locales.
§ 3. — Bibliothèques populaires,
« Le complément de l'école primaire, a écrit Jean Macé, c'est la bibliothèque pofulaire : la première est la clef, mais l'autre est la maison. Avoir la clef sans la maison, on ne peut pas précisément appeler cela être logé. »
Aussi cpmmença-t-il son mouvement de propagande intellectuelle, qui devait aboutir à la fondation de la Ligue française de V enseignement, par Tœuvre des Bibliothèques populaires. A quoi eût servi,' en effet, au peuple de savoir lire, s'il n'avait rien ^ lire?
Toute coipmune rurale et, dans les grandes villes, tout quartier devra posséder sa bibliothèque populaire. ,
La bibliothèque peut être conçue soit comme une œuvre indépendante ayant sa vie et ses statuts proi^res, soit comme une annexe d'un patronage ou d'une Amicale dont les statuts prévoiront la création parmi ses moyens d'action.
Un premier fonds de livres, si peu important soit-il, sera constitué avec des dons d'ouvrages faits par les fondateurs ou organisateurs de la bibliothèque et avec ceux qu'ils pourront provoquer autour d'eux ; mais ce petit fonds ne . saurait suffire, les quelques livres, dont il se composera, seront lus en peu de mois et il devra être renouvelé; sur les cotisations des membres, il conviendra de réserver, tous les ans, une proportion déterminée pour des achats de livres nouveaux et pour leur reliure.
Il ne faut pas se dissimuler toutefois que, sauf peut-être dans les grandes villes, cette ressource sera annuellement bien faible, et que d'ailleurs, à attendre les échéances des cotisations, on risquera de laisser, pendant de longs mois, la bibliothèque
dépourvue d'intérêt, de voir Tindifférence se mettre parmi les sociétaires et ceux-ci disparaître peu à' peu.
Il est nécessaire, dès lors, de chercher d'autres procédés : d'une part, on devra insister auprès de la municipalité pour qu'elle inscrive à son budget un crédit à cet effet; d'autre part, on pourra s'adpesser au ministère de l'Instruction publique qui alloue des livres en dons, sous réserve que ces livres lui reviendront en cas de dissolution de la société. Signalons encore que, dans un certain nombre de départements, les conseils généraux subventionnent les bibliothèques populaireSy que l'on pourra solliciter la Société Franklin qui fait des envois de livres, que la Ligue française de V enseignement procure des réductions d'environ 30 0/0 sur les achats.
Une très ingénieuse combinaison a été imaginée par une société de Loir-et-Cher en vue de se procurer dès son début un fonds de livres important et d'attacher solidement les adhérents à l'œuvre.
Les premiers membres ont fait l'avance de leurs cotisations pour cinq ans, ce qui a produit tout de suite une somme de 1,000 francs suffisante pour constituer une bibliothèque sérieuse : leur avance devait leur être remboursée d'année en année, soit par la dispense du versement de la cotisation, soit, s'ils quittaient la société, en argent par le montant des cotisations des nouveaux adhérents. En fait chacun s'est trouvé intéressé à l'œuvre et personne
ne Ta quittée : au bout de cinq ans, la dette était payée; la bibliothèque recouvrait la disponibilité de ses cotisations, ses services étaient connus et appréciés, et non seulement elle avait passé sans encombre les premières années toujours dif ficilesy mais des sociétaires nouveaux lui étaient venus permettant, même pendant ces cinq années, d'acquérir encore d'autres ouvrages, de tenir ses rayons bien garnis, de satisfaire ses lecteurs avides de nouveautés.
En empruntant aux membres pour acheter des livres qui garantissaient l'emprunt et en grevant la société au profit des sociétaires, on a pu assurer la vie et la prospérité de la bibliothèque, et créer une union intime entre sociétaires et société.
Dans certaines bibliothèques, au lieu d'une cotisation annuelle, on fait opérer le versement sous forme d'un abonnement mensuel, ce qui permet aux sociétaires d'échelonner la dépense et de la supporter plus facilement; dans d'autres, en outre de la cotisation ou de l'abonnement, on demande dix centimes par livre prêté aux non- sociétaires, et cinq centimes aux sociétaires, ou bien encore le prêt est gratuit pour ces derniers.
Les patronages et les Amicales^ qui ont une bibliothèque suffisamment pourvue, dans les communes où il n'y a pas de bibliothèque populaire, pourront ainsi se créer une ressource supplémentaire, en prêtant, moyennant un droit de lecture, des livres à des personnes de la localité qui ne seraient pas membres de la société.
Les livres devront toujours être rangés, classés et catalogués avec soin : les rayons de bibliothèque reviendront à bon marché, si on a su s'attacher un menuisier du pays comme membre de la société; dan3 les communes rurales, le catalogue pourra être tenu sur quelques feuilles de papier, sans qu'un registre coûteux soit indispensable : un petit cahier de dix centimes pour mentionner les sorties et les rentrées de livres et un autre poiu: la comptabilité suiïiront
La question de savoir si les livres devront être lus sur place ou s'ils pourront être emportés à domicile, et la durée du prêt (huit, quinze ou trente jours) seront réglées par chaque bibliothèque comme ses organisateurs le jugeront le plus pratique et le plus utile : il ne saurait y avoir de règle uniforme.
Les bibliothèques populaires se placent en général sous le régime de liberté créé pour les associations par la loi de IQOI, quelques-unes cependant ont préféré la forme coopérative qui constitue chacun de ses membres propriétaire, pour sa part, des livres.
En certaines régions, où les ressources trop faibles ne permettent pas de renouveler le fonds de livres, et où l'intérêt de ceux-ci est vite épuisé, on a imaginé les bibliothèques circulanteSy sous forme de roulement de livres entre les communes affiliées, en général par canton; des caisses, contenant 25 à 30 volumes, sont échangées périodique-
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ment de commune à commune. Supposons une entente semblable entre six. comimunœ, et ime périodicité d'une durée d-un an; chacunen'aura bien: pendant Tannée que 30 volumes à la disposition des. lecteurs, mais, dans l'espace de six ans, ses habitants auront pu en lire chacun 180.
Ce qu'on ne saurait trop recomtmander dans l'or^ ganisatioa d'tme bibliothèque populatrcy c'est le choix scrupuleusement fait des ouvrages : le comité devra apporter un soin vigilant dans les achats et exercer un contrôle rigoureux sur les dons qu'il pourra recevoir; car trop souvent on se débarrasse à son profit — ou plutôt à son détriment — d'ouvrages malsains qui ne sauraient trouver place dans une œuvre à but éducatif. On devra éviter les ouvrages à tendances et rechercher surtout ceux qui éveillent l'esprit, portent à la réflexion et sont de nature à élargir le champ de la pensée, à fortifier la raison, à affermir le jugement
On consultera avec fruit, pour les acquisitions de livres, le catalogue publié sous les auspices du Musée pédagogique et celui de la Ligtie française de V enseignement.
% 4. — Cours d'adultes.
Les cours d'adultes ou classes du soir n'ont guère été à l'origine, quand n'existait pas l'instruction obligatoire^ qu'une reproduction très élémentaire de la classe du jour pour les illettrés qui n'avaient