COURS D'ADULTES
pas suivi l'école dans leur jeunesse, ou qu'une continuation de renseignement primaire en vue de fortifier, chez ceux qui la quittaient, la première instruction qu'ils y avaient reçue.
Ils se sont modifiés et transformés.
Il existe bien encore et il devra encore quelque temps exister des cours de lecture, d'écriture, de calcul pour les illettrés, car en dépit de la loi d'obligation, il est encore trop d'enfants qui ne fréquentent pas l'école et qui sentent plus tard la nécessité d'apprendre à lire, à écrire et à compter.
Le manque d'instruction leur est particulièrement sensible quand, éloignés de leurs familles, ils éprouvent le besoin d'écrire à leurs parents et de lire les lettres venues du pays, quand ils se trouvent placés dans un milieu où leur ignorance leur fait honte vis-à-vis de leurs camarades. C'est ainsi que dans de nombreuses villes de garnison, quand il n'existe pas d'école régimentaire, on voit des soldats assidus à des cours pour illettrés.
Mais en général, les cours ont pris un autre caractère : ce ne sont plus les matières de l'école que l'on enseigne à nouveau ou que l'on complète : les cours revêtent un caractère d'éducation plus générale, et s'orientent de plus en plus dans le sens professionnel.
Les coiffs d'adultes sont de deux sortes : les uns créés par les municipalités, d'accord avec les instituteurs qui ne peuvent jamais être contraints à s'en charger : toute autre personne, d'ailleurs, peut
COURS PROFESSIONNELS 8i
être admise à les organiser et professer, sur la proposition du maire, par décision du préfet. Les communes doivent fournir le local, assurer les dépenses de chauffage et d'éclairage, contribuer à la rétribution du maître ; TEtat les subventionne.
D'autres sont des cours libres fondés par l'initiative privée, ils sont soumis pour leur ouverture aux mêmes conditions que les écoles libres.
De grandes associations comme la Société pour Vinstniction élémentaire, la polytechnique, la philotechnique, la polymathique, la philomathique, la Société d' enseignement moderne, ont créé ainsi de nombreux cours libres.
Des patronages, des amicales, des syndicats, ont de leur côté compris des cours dans leur organisation : presque tous ceux de cet ordre sont nettement professionnels.
§ 5. — Cours professionnels.
La loi de 1886 avait eu soin d'indiquer l'intérêt de cet enseignement professionnel dans, les cours du soir en spécifiant qu'ils étaient destinés aux adultes et appentis.
Nous n'avons pas à développer toutes les considérations qui justifient cet enseignement poursuivi en même temps que l'instruction générale, à rappeler les résultats des enquêtes faites en France et à l'étranger, les vœux émis dans les congrès de la Ligue française de V enseignement en vue de la
préparation technique de la jeunesse à une profession ou à un métier et sur la nécessité de rendre cet enseignement obligatoire, non plus qu'à proposer un programme.
L'opinion publique s'est saisie de la question, le gouvernement a déposé un projet devant le Parlement ; en souhaitant qu'il aboutisse le plus rapidement possible, nous avons à signaler les efforts faits par l'initiative privée, les moyens employés par elle pour entrer de plus en plus dans la voie tracée, pour préparer l'action qui résultera de l'organisation attendue et à laquelle elle^aura toujours à prêter un concours très précieux.
Quelques grandes écoles pratiques relèvent des ministères de l'Agriculture, du Commerce et du Travail; les écoles primaires supérieures donnent l'enseignement professionnel et sont organisées en sections agricole, commerciale et industrielle, mais les unes et les autres ne s'adressent qu'à une élite : elles comptent à peine 6,000 élèves.
« Ce qu'il faut, écrivait il y a vingt ans déjà M. Ferdinand Buisson, c'est que l'enseignement technique se répande partout en France, qu'il pénètre la masse de la nation et qu'il devienne un des éléments essentiels de tout notre enseignement populaire ; c'est que, partout oii sont réunis des enfants de douze ans qui se destinent à l'agriculture, au commerce ou à l'industrie, il se trouve un enseignement agricole, commercial, industriel sérieusement organisé, mis à leur portée, adapté
à leurs besoins et les menant à leur but. »
Ce sont les cours cçmflémentaires qui seront les organes essentiels de cet enseignement indispensable à la masse des travailleurs.
A PariS) ils ont été organisés, au point de vue compaercial et industriel d'une façon tout à fait remarquable, qui défie la comparaison avec l'étranger, et donne des résultats excellents ; l'exemple est à suivre dans les grandes villes et les centres ouvriers.
A côté de ces cours d'un caractère municipal et officiel, des sociétés importantes ont, elles aussi, orienté leur enseignement dans le sens d'une préparation technique, les associations -polytechnique, fhïlotechnique, polymatkique, fkïLomathique, la Société cC enseignement moderne ont, avec leurs cours d'instruction proprement dite, multiplié leurs cours professionnels spéciaux : comptabilité, sténodactylographie, travaux manuels, etc., fondé des sections nombreuses, tant en province qu'à Paris, aussi bien pour les jemies filles que pour les jeunes gens. — I-e Grand Orient a ses cours commerciaux, les syndicats professionnels ont créé des cours industriels, commerciaux et agricoles. Dans de xisymhren:x. patronages et amicales fonctionne également un enseignement technique avec coinrs de comptabilité, de sténographie, cours manuels, cours de coupe et d'assemblage, cours ménagers, cours d'hygiène, etc.
Le mouvement a gagné ks communes ruralea :
les cours d'adultes en même temps qu'ils se transformaient dans le sens professionnel, voyaient leur nombre s'accroître. Dans son rapport annuel sur réducation populaire, M. Edouard Petit donne cette statistique : de 8,288, dont 966 de jeunes filles, en 1894- 1895, 1^ nombre des counrs d'adultes s'est élevé à 48^248, dont 17,868 pour les jeunes filles, en 1906- 1907, sans compter 6,000 cours environ dus à la seule initiative privée.
Celle-ci doit encore accentuer ses (efforts en ce sens : ce sera un aliment utile et efficace pour l'activité des œuvres post-scolaires. Amicales d'anciens et d'anciennes élevés^ faironagesy doivent faire de l'enseignement professionnel un de leurs buts essentiels et un de leurs modes principaux d'action au profit de leurs membres ou de leurs jeunes patronnés.
Les industriels et commerçants qui font partie d'un comité d^ patronage devront utiliser leur savoir pour professer ces cours dans les villes^ au plus grand avantage d'un bon recrutement de leurs apprentis, les membres des syndicats agricoles^ des caisses de crédit mutuel rural, des sociétés d'assurances mutuelles contre V incendie ou la mortalité du bétail, pourront offrir leur collaboration aux patronages et amicales ruraux (i).
On pourra utilement, soit à la ville, soit à la
(i) V. Commune et V Agriculture, par M. Pierre Decharme. Bibliothèque municipale populaire.
campagne, recourir aux médecins, pharmaciens, vétérinaires, professeurs départementaux et spéciaux d'agriculture, pour les leçons d'hygiène, de médecine courante, de soins aux animaux, d'applications culturales, — aux hommes de loi : avocats, avoués, notaires, magistrats, greffiers pour un enseignement de droit usuel, pour la rédaction de baux et de contrats de travail — aux mères de famille pour les travaux d'aiguille.
Il n'est guère de communes, si déshéritées qu'elles soient, qui ne puissent rencontrer, soit en ellesmêmes, soit dans leur voisinage, quelques amis ou amies de la jeunesse pour donner cet enseignement pratique. A défaut d'une véritable science, ces collaborateurs volontaires feront part au moins à leurs jeunes auditeurs de ce qu'ils savent et de leur expérience personnelle.
Tout patronage, toute amicale peuvent et doivent, dans une mesure quelconque, trouver les concours gracieux nécessaires et organiser un ou plusieurs de ces cours pour lesquels ils ne manqueront pas de recevoir l'appui de la municipalité.
§ 6. — Cours domestiques et ménagers.
Si la vie de famille, si les soins du ménage ne sont pas une profession pour la femme, épouse ou mère, que de connaissances, néanmoins, ils nécessitent pour elle!
On a pu et dû commencer dès l'école à donner
aux fillettes les premières notions de cuisine a la cantine scolaire, les premiers éléments du vestiaire par quelques leçons de couture dans les œuvres du trousseau, leur apprendre les nécessités de la propreté pour l'hygiène et la bonne santé.
Tout cela doit être continué et précisé lorsque la fillette devient jeune fille et est mieux à même de comprendre de quelle utilité lui sera tout cet enseignement quand elle prendra la charge d'une famille.
La composition d'un menu d'aliments réellement nutritifs, le prix de chacun d'eux, le mode de cuisson, le nettoyage de la vaisselle, sont des connaissances indispensables à une bonne et économe ménagère; un cours de cuisine pratique s'indique tout naturellement : à défaut de ressources en argent, on pourra utiliser les objets de la cantine, la direction sera confiée à une dame du patronage ou à l'institutrice qui voudra bien lui prêter son concours pour lequel elle devra être rémunérée.
La confection des vêtements et la couture du linge, leur entretien, leur nettoyage, leur raccommodage ne peuvent être ignorés par une future maman qui tient à voir son maxi, ses enfants, ellemême toujours convenablement et proprement vêtus et qui ne peut multiplier les dépenses que ne lui permet pas son faible budget. L'enseignement se fera dans des réunions provoquées et dirigées par quelque amie de l'école et du patronage; chacune des jeunes filles apportant des étoffes et les objets
nécessaires pour la confection ou le raccommodage de ses vêtements ou de son linge, ces cours peuvent fonctionner sans frais.
On aura soin de distraire ces réunions par des causeries et des lectures familières et de les utiliser pour la tenue du ménage en faisant porter causeries et lectures sur des sujets appropriés : aération de la maison, disposition des meubles, choix de gravures, images ou tableaux muraux, affectation des pièces .- cuisine, salle à manger, chambre à coucher; nettoyage des planchers, carreaux et murs, etc., toutes conditions d'hygiène et aussi de gaieté de l'habitation essentielles pour inciter le mari à ne la pas déserter, pour habituer les enfants à prendre le goût de Tordre et de la propreté.
Des leçons plus complètes pourront être faites à ces aspirantes mères de famille, par des cours du médecin local au patronage, sur les premiers soins à donner en cas d^aceident ou cie maladie, sur l'hygiène de la personne et de la maison.
Le même médecin, ou quelque mère de famille, devra aussi donner aux jeimes filles, pour les préparer à leur rôle de mamans, des enseignements maternels d'élevage des enfants (puériculture) : alimentation du bébé, manière de l'emmailloter, de le porter, de le faire marcher, soins de propreté, bobos et indispositions de l'enfance. Des exercices pratiques égaieront ces leçons par des exercices sur une grande poupée ou même les animeront par des applications sur de petits frères ou petites sœurs.
Les -patronages et amicales de jeunes filles doivent tous, tant à la ville qu'à la campagne, organiser cet enseignement domestique et ménager qui se fait sans frais et ne fait appel qu'au concours de bonnes volontés.
§ 7. — Conférences.
. La conférence se différencie essentiellement du cours.
Sa durée trop brève ne permet pas d'en faire une leçon : même sur un sujet déterminé, elle ne pourrait fournir une instruction complète.
Tout en contenant un enseignement (car elles doivent être éducatives en même temps que récréa-» tives) les conférences ne peuvent constituer un enseignement régulier : elles ont surtout pour but d'appeler l'esprit sur des faits, des œuvres ou des événements d'ordre social, scientifique, littéraire, politique, historique, géographique, etc., el de faire naître la réflexion sur eux, d'exciter à regarder des choses au milieu desquelles on vit sans les apercevoir, de donner conscience d'impressions qu'on n'avait que vaguement éprouvées, d'inviter à observer des phénomènes de la nature auxquels on n'avait pas prêté attention, d'inspirer le désir de lire un livre qu'on ignorait, d'aller voir des chefsd'œuvre d'art qui vous avaient laissé jusqu'alors indifférent.
Le rôle de la conférence est d'éveiller l'intérêt et
la pensée : le cours par son enseignement continu pourra seul les satisfaire complètement.
D'ailleurs, ils ne s'adressent pas au même public : la conférence doit pouvoir être entendue par tout le monde, le cours ne vise que ceux qui lui demandent une instruction sur une matière spéciale.
La conférence est isolée, elle doit se suffire à ellemême; à un cour s y il faut une série de séances.
La conférence devra être simple, à la portée de tous ses auditeurs, elle appellera à elle, non seulement les adolescents, mais les hommes d'âge mûr et les femmes pour donner à tous une notion de ce que personne ne doit ignorer.
La commune, par elle-même, offrira des sujets de nature à intéresser ses habitants : qu'on leur dise son histoire — la vie des hommes qui ont donné leur nom aux rues et aux places — qu'on leur explique le budget municipal — le fonctionnement du bureau de postes, télégraphe et téléphone avec quelques renseignements historiques et scientifiques — que les chemins, routes, rivières, canaux, chemins de fer, tramways soient l'occasion de montrer leur rôle dans la vie économique, les relations des hommes, etc., chaque matière peut donner naissance à une conférence d'autant plus attrayante que les assistants en ont la vie chaque jour sous les yeux, sans toujours s'en être bien rendu' compte.
Des conférences géographiques sous forme d'excursions ou de voyages, amèneront les auditeurs à
faire des comparaisons sur les moaumentSj.sur Tart, sur les mœurs, sur les climats chez Les divers peuples, dans les difféiBntes régions.
Les surjets d'actualité, dans quelque ordre que ce soit, attireront toujours un public nombreux et attentif.
Les conférences peuvent ainsi et doivent être, très variées, et chacun des faits restera d*antant mieux fixé dans l'imagination qu'il aura, au cours de Texposé, été accompagné de projections lumineusfô qui le rendront plus saisissable:
Il faudra cependant se garder ^e multiplier les projections; les explications orales devront toujours faire le fond de la conférence pour qu'elle reste véritablement éducative : un simple défilé dé vueSj sans commoi^ire, par leur passage rapide devant les yeux; ne laisserait rien dans l'esprit
Le Musée pédagogique et la Ligue française de Venseignement possèdent, sur les sujets les plus divers, d'importantes collections de vues, qu'elles mettent à la disposition des sociétés, des conférenciers, des instituteurs. Des centres de dépôts de vues ont été établis en province par la Ligue et desservent les communes avoisinantes. Quelques sociétés locales se sont aussi constitué un fonds personnel de vues qu'elles prêtent aux conférenciers de la région. Dans presque chaque canton, il existe une lanterne à projections qui circule d'école à école.
La Société nationale des conférences populaires^
la Société républicaine des conférences envoient, sur demande, des conférences toutes rédigées : mais il importera de ne les prendre que comme thèmes et comme documents de renseignements : la simple lecture mot à mot risquerait d'être monotone et de fatiguer l'auditoire : le conférencier devra y ajouter ses commentaires personnels, nés de ses recherches et de ses réflexions.
Si Ton peut expédier, sans trop de frais, vues et textes de conférences, le déplacement des conférenciers est souvent coûteux; on devra, pour éviter autant que possible les dépenses du voyage, recourir à des compétences locales ou empruntées â la ville voisine : membres de renseignement, artistes, médecins, hommes de loi, professeurs d'agriculture, etc.
De Paris, V Union démocratique pour V éducation sociale envoie des conférenciers en province contre remboursement des frais; certains centres ont aussi des associations de conférenciers pour le départe^ ment ou l'arrondissement.
Dans les villes qui sont le siège de Facultés, une école de conférenciers volontaires pourrait être utilement organisée par les étudiants aussi bien pour leur profit personnel que pour celui de leurs auditeurs; la chose a été tentée et fonctionne avec succès, depuis vingt -cinq ans, à Bordeaux.
Il serait bien à désirer également que des femmes de bonne volonté pussent apporter, comme conférencières, le fruit de leurs études et de leurs obser-