‹ La commune et les œuvres complémentaires de l'écoleChapitre 3 sur 41 · DANS LA DÉMOCRATIE · texte numérisé non relu

DANS LA DÉMOCRATIE

Condorcet, présentant à TAssemblée législative les 20 et 21 avril 1792, son plan d'instruction fubliquCy demandait que « toute collection de maisons renfermant 400 habitants eût une école et un maître ».

Un commencement de satisfaction ne fut donn<^ à ce vœu que quarante ans plus tard : la loi du 28 juin 1833 porte que « chaque commune esf tenue d'entretenir au moins une école primaire élé mentaira »; encore ne s'agissait-il pas seulement d'écoles publiques : a Les écoles plus particulièrement affectées à l'un des cultes reconnus par l'Etat pouvaient être autorfsées comme écoles communales; » en outre, les exceptions, les tolérances, les prorogations de délais furent telles que de longues années s'écoulèrent durant lesquelles

nombre de communes demeurèrent sans école publique ou privée.

La République, considérant l'instruction du peuple comme une nécessité dans un pays de suffrage universel, édicta l'obligation et la gratuité de l'enseignement primaire : elle dut, dès lors, prendre les mesures indispensables pour mettre partout des écoles à la disposition de la jeunesse; ces écoles, s'ouvrant aiix enfants sans distinction de croyances ou d'opinions des familles, devaient être laïques, et la République ajouta la laïcité à l'obligation et à la gratuité.

La loi du 20 mars 1883 prescrit l'établissement d'une école non seulement au chef-lieu de la commune, mais « dans tous les hameaux et centres de population éloignés du chef-lieu ou distants les uns des autres de 3 kilomètres et réunissant un effectif d'au moins 20 enfants d'âge scolaire ».

Une école spéciale de filles doit être créée dans toute commune ou réunion de communes de 500 habitants.

Les frais d'acquisition, de construction et d'appropriation des locaux scolaires, ou de location de l'immeuble, ainsi que ceux d'acquisition du mobilier scolaire deviennent une dépense obligatoire de la commune, l'Etat et le département contribuant aux dépenses psir des subventions suivant ies proportions déterminées.

L'école, fondée par la commune, ne pourra être, comme sous les lois de 1833 et de 1850, une école

privée : elle doit être nécessairement une école publique dans laquelle ne sera pas donné renseignement religieux.

Pour bien montrer que l'instruction du peuple est une œuvre d'intérêt national et doit être partout conduite dans le même esprit, la République a fait de l'enseignement primaire un service d'Etat : c'est l'Etat qui nomme et rétribue les instituteurs, c'est lui qui arrête les programmes et les méthodes.

Uécole n'en conserve pas moins son caractère communal : elle est un organe essentiel dans la commune, qui est chargée de l'établir et qui reste propriétaire des locaux qu'elle doit entretenir; le maire a un droit d'inspection de l'école, il assure l'exécution de l'obligation scolaire, il convoque et préside la commission scolaire dont le conseil municipal désigne les membres pour un tiers, il est président de la Caisse des Ecoles instituée par le conseil municipal en vue d'encourager et de faciliter la fréquentation scolaire.

En organisant l'instruction pour tous, en la rendant obligatoire et gratuite, en la voulant laïque pour garantir le respect de la liberté de conscience, la République n'a pas seulement répondu à une pensée de justice envers les hommes, à une idée d'égalité entre eux, elle a aussi obéi à une préoccupation d'ordre politique et social ; l'école est d'intérêt général.

C*est satis doute un devoir de justice de fournir aux enfants — pour le jour où ils aborderont la vie dans laquelle tant d'inégalités les attendent — tout au moins un bagage égal des premières connaissances indispensables à tout homme.

Il est certes de l'intérêt particulier de chacun de recevoir une instruction qui lui permettra, sa volonté aidant, de se faire une place dans le monde, d'assurer son existence et celle de sa famille.

Mais il est non moins d'intérêt politique dans une démocratie de faire l'éducation du souverain que doit être le peuple, de rendre les citoyens capables et dignes d'exercer la souveraineté que leur confère le bulletin de vote, d'éclairer chaque jour davantage le suffrage universel.

Il est d'intérêt social que, le jour où ils seront en possession de leurs droits, les hommes sachent aussi pratiquer leurs devoirs les uns envers les autres; ils prendront conscience des seconds en même temps que des premiers dans une éducation commune, avec des joies et des douleurs partagées les préparant à la vie commune en vue du bien commun. La Mairie qui est la maison des droits doit avoir à côté d'elle, suivant le mot de Léon Bourgeois, l'Ecole qui est la maison des devoirs.

Il est d'intérêt national de ne laisser inculte aucune intelligence, de prévenir que l'absence d'instruction d'un seul être humain fasse obstacle à l'éclosion d'une volonté, d'un mérite, d'un génie

qui eussent pu produire un savant, un artiste, tout au moins un homme utile à l'humanité, à la patrie et à ses concitoyens. « Toutes les fois qu'on néglige une intelligence, a dit Gambetta, on vole le pays peut-être d'un trésor. »

A cette instruction, à cette éducation, à cette préparation intellectuelle de la vie, la femme a les mêmes droits que Thomme parce qu'elle en a un même besoin. Au point de vue politique, domestique et social, il est tout aussi indispensable de les lui assurer, parce que le rôle de la femme n'est pas moins important que celui de l'homme.

Chargée de veiller sur la plus tendre enfance, aussi bien moralement que matériellement, la femme doit se faire à tous instants l'éducatrice de ses enfants, leur donnant les premières leçons, leur étant un exemple et un modèle.

Gardienne du foyer domestique, elle ne doit pas être seulement la ménagère qui l'entretient ou le surveille, — hôtel du riche, logis de l'ouvrier, ou chaumière du paysan — qui y apporte l'ordre, la propreté, la lumière, l'économie, qui sait le rendre gai et attrayant; il faut quelque chose de plus à la femme, et de non moins essentiel : il faut de l'essor à sa pensée, de la culture à son esprit.

Elle doit être le conseil judicieux que le mari consultera aux heures difficiles de la vie, elle doit être préparée à comprendre et à suivre ses desseins, capable aussi de goûter avec lui ce qui est beau.

grand et juste, voire de s'entretenir des questions intéressant la chose publique.

Aussi faut-il qu'il n'y ait pas de différence d'orientation entre la femme et l'homime; l'instruction et l'éducation affranchiront son esjîrit, libéreront son jugement; elle se refusera aux mots d'ordre venus du dehors; sa conscience, éclairée par l'étude, lui dictera seule les motifs de ses avis er de ses conseils.

L'accord des sentiments des deux époux, les aspirations communes de leur cœur, la même éducation de leur raison feront vraiment d'eux les associés qu'ils doivent être dans la vie, appelés à traverser ensemble les bons comme les mauvais jours, à mêler leurs satisfactions et leurs tristesses, à prendre souci des mêmes devoirs.

La mission de la femme s'étend encore au delà du cercle de la famille : ainsi que l'homme, elle a des devoirs sociaux à remplir; elle ne doit pas rester étrangère au grand courant de solidarité "qui s'impose à la démocratie; elle doit revendiquer, et il faut la mettre en mesure d'exercer son droit d'être éducatrice, au sens large et élevé du mot, aussi bien dans la société que dans la famille.

Pour atteindre de pareils résultats, il importe — chez le jeune garçon dont on veut faire un homme, chez la jeune fille qui doit être femme — de mener parallèlement à l'instruction proprement dite l'éducation du sentiment, du caractère et de la volonté.

Uœuvre est vaste; elle dépasse les forces de récole et les limites de ses murs; celle-ci ne reçoit les enfants que de 6 à 13 ans, et une première éducation précède l'entrée à Técole, comme aussi Téducation se doit continuer entre la sortie de récole et Tentrée dans la vie, sous peine de laisser . se compromettre tout le fruit des leçons du maître.

Même pendant le temps scolaire, l/instituteur ne peut suffire à la tâche; on ne peut tout lui demander : ses heures de travail officiel sont absorbées par renseignement classique, et il faut bien lui garder un peu de temps de liberté pour son repos, pour le développement de son instruction personnelle, pour sa vie de famille.

Dans les interclasses, et le soir, et le matin d'ailleurs, Tenfant est à la maison... quand il n*est pas laissé à la rue, et pendant ce temps encore l'éducation se doit poursuivre, sinon elle risque de se déformer.

Il n'est pas trop des forces combinées de l'Etat, des municipalités, de l'initiative privée pour assurer l'œuvre complémentaire de l'éducatioa

L'Etat qui a fondé l'école, qui l'a dotée de la gratuité, qui nomme ses maîtres et les rémunère, ne peut prendre à sa charge toute cette mission auxiliaire ; il doit l'encourager, il doit intervenir par sa protection législative et morale, par ses subventions.

C'est à 'l'action concertée de la commune, des

familles, des amis de Técole que revient plus particulièrement le rôle de veiller autour de Tœuvre scolaire, qui se passe sous leurs yeux et à laquelle ils sont plus immédiatement et plus directement intéressés.

C'est à leur dévouement qu'il faut faire appel; il devra s'employer en vue de créer et de soutenir toutes les institutions destinées à protéger l'école et à permettre que l'éducation de la jeunesse soit suivie dans l'esprit de large tolérance, de vérité et de justice, seul digne d'une nation qui est et entend demeurer maîtresse de ses droits.

L'œuvre est aussi noble et belle qu'elle est vaste : elle est bien faite pour tenter les âmes généreuses; elle n'est le lot exclusif de personne; elle doit accepter, provoquer, exiger le concours de toutes les bonnes volontés.

L'initiative privée fait beaucoup moins défaut dans notre France qu'on ne se plaît généralement à le dire : il suffit le plus souvent de lui montrer un but élevé à poursuivre et les moyens pratiques de l'atteindre pour la mettre en mouvement.

Les municipalités, de leur côté, soucieuses de voir se créer au sein de la commune un centre de relations, d'intérêts et d'affections qui attache leurs concitoyens au lieu où se sont passées les premières années de la jeunesse, lieu qu'on ne quitterait plus qu'avec regret et auquel on serait toujours tenté de revenir quand on l'aurait dû quitter,

et comprenant tout l'intérêt qu'il y a pour elles dans ce foyer de vie civique où chacun réchauffera son cœur, éclairera son esprit et sa raison, — les municipalités peuvent beaucoup pour aider au développement et au succès de l'éducation populaire.

De la collaboration activé, dévouée, intelligente des bons citoyens et des représentants municipaux sont écloses, en nombre de régions, depuis une dizaine d'années, toutes ces œuvres que l'on a justement dénommées : Œuvres complémentaires de r Ecole,

Mais il est encore beaucoup de communes, beaucoup d'écoles qui ne sont pas dotées de ces institutions.

Ce n'est pas que le besoin ne s'en soit fait sentir, non plus que le désir d'y pourvoir; mais on se demande comment il faut s'y prendre, par où il convient de commencer, quelles formalités sont à remplir, quels concours peuvent être sollicités et obtenus.

Nous avons voulu donner réponse à ces questions, faciliter l'œuvre de ceux qui ne cherchent qu'à agir, en faisant connaître les fondations qui existent, leur rôle et son importance, leur organisation, les procédés ingénieux employés ici ou là pour les réaliser et pour vaincre les difficultés du début, les ressources en compétence, en bonne volonté, en argent auxquelles on peut faire utilement appel.

Chacun y pourra puiser des leçons, des exemples.

des modèles à imiter, sauf à y introduire toutes modifications que Tingéniosité personnelle suggérera ou que les besoins locaux paraîtront nécessiter.

Oii y verra tout ce qui peut et doit être fait, et le moyen d'y arriver, pour que TEcole de la République et de la démocratie soit en mesure de remplir efficacement sa mission qui est de former des citoyens et des mères de famille.

L'action, dont l'ensemble constitue le Patronage démocratique de la jeunesse^ s'exercera avant y fendant et aprhs l'école en vue de la pré parer y de la fortifier et de la continuer.

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