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CHAPITRE II

Section I. — Avant TÉcole

La première enfance appartient à la famille.

Quand celle-ci fait défaut, quand les parents empêchés par la misère, éloignés de la maison par leur travail et les nécessités de l'existence, ne peuvent donner à leurs enfants tous les soins voulus^ l'assistance y pourvoit soit par ses organes officiels, soit par des œuvres d'initiative privée telles que : sociétés d'allaUement maternel^ crèches y pouponnières y garderies y petites familles, maisons maternellesy etc.

L'assistance — en tant qu'elle fait œuvre de bienfaisance — ne relève pas du cadre de notre étude (i).

Mais cette première période de l'enfance n'exige pas seulement des soins matériels, une nourriture

(i) V. La Commune et V Assistance facultative y par M. Ogier. Bibliothèque municipale populaire.

saine, une hygiène appropriée : Téducation y a déjà sa place; le développement intellectuel et moral aussi bien que physique de Tenfant ne part pas seulement de 1 école, il commence en réalité dès la naissance.

Aussitôt qu'il ouvre les yeux, l'enfant est frappe par la vue des choses; il suit la lumière qui se déplace; il tend les mains, rencontre un corps dur et prend la notion de la résistance; puis en avançant en mois, à force d'entendre parler, il finit par balbutier les premiers mots.

Que se produit-il en lui? La leçon verbale non plus que le raisonnement ne peuvent avoir prise sur son cerveau; mais il observe î s'il ne se rend pas compte du poui-quoi des choses — et si on ne peut encore songer à le lui expliquer — du moins voit-il le lien qui existe entre elles, la relation entre les mouvements et leurs effets.

Il sait ce qui lui a causé une douleur, il saisit le mouvement des lèvres qui produit des sons articulés; il fuit ce qui lui a été désagréable, ou il cherche à imiter ce qu'il voit faire aux autres.

Cette tendance à l'imitation, si puissante encore sur les adultes et même sur les personnes d'âge mûr, peut être contenue chez eux dans de justes limites par leur raison.

Chez le bébé, incapable de tout autre sentiment, elle règne en jnaîtresse : il faut savoir à la fois s'en méfier et s'en servir pour son éducation initiale.

AVANT L'ÉCOLE ij

Il faut éviter à ses yeux les gestes déplacés, les mouvements brusques, à ses oreilles les mots malsonnants, les querelles bruyantes.

Le choix des premiers albums d'images sera d'importance, comme aussi la gaieté et la propreté de la maison dans laquelle il est élevé, si on veut lui laisser des impressions de ce qui est beau et agréable; la douceur, dans les procédés à son endroit, lui donnera les premières notions de la bonté.

Par esprit d'imitation, il prendra l'habitude de <e qui est bien; et cette habitude — qui, dit-on, est une seconde nature — le suivra dans son développement intellectuel et moral.

A partir de Tâge de deux ans, la loi prévoit que ce commencement d'éducation, par la famille ou par les œuvres d'assistance qui la remplacent, pourra se continuer dans des établissements scolaires spéciaux.

La législation a substitué à leur dénomination ancienne de salles d'asile^ celles d'écoles maternelles et de classes enfantineSy pour bien marquer qrfilne s'agit plus là seulement de maisons qui ont l'assistance pour objet principal : c'est la première éducation qui se précise : dans les quelques mois qui précéderont l'âge scolaire, mais non plus tôt, un peu d'instruction s'y mêlera, par les éléments de la lecture et de l'écriture, aux jeux et exercices manuels.

Ces établissements seront précieux non seulement dans les villes industrielles où les parents

ouvriers, pris par l'atelier, se trouveraient autrement contraints d'abandonner leurs enfants à la maison, seuls ou sous ime surveillance douteuse, ou même encore de les laisser vagabonder dans les rues, mais aussi à la campagne où les travaux des champs éloignent souvent de la chaumière le père et la mère.

Le rôle des municipalités, quand l'Etat ne sera pas intervenu, sera sinon de créer des écoles maternelles coûteuses à établir, du moins d'annexer aux écoles primaires des classes enfantines.

L'initiative privée aura aussi son action importante : aux termes de la loi, un ou plusieurs comités de dames patronnesses pourront être institués, sous la présidence du maire, auprès des écoles maternelles, pour veiller à l'observation des prescrip- tions de l'hygiène, à la bonne tenue de l'établissement, à l'emploi des fonds ou dons en nature recueillis en faveur des enfants.

Ces dames pourront, de leur initiative individuelle, provoquer ces donations en argent où en nature, s'occuper de la création de crèchies ou pouponnières préparatoires à l'école maternelle, visiter les familles, empêcher qu'aucun enfant ne reste abandonné à la maison ou dems la rue, inciter les parents à l'envoyer, pendant leur absence, à la crèche ou à l'école maternelle, réunir et fournir au besoin les quelques vêtements nécessaires aux enfants, procurer des jeux,, des albums d'images, offrir un peu de leur temps pour participer

aux distractions, organiser des fêtes enfantines.

Dans les communes rurales qui ne possèdent ni crèche, ni école maternelle ou classe enfantine, et dans lesquelles des comités de dames patronnesses n'existent pas légalement, des femmes de cœur pourront se grouper volontairement à Teffet d'y suppléer autant que possible : soit qu'elles s'offrent pour recevoir alternativement les enfants dont les parents sont retenus à l'atelier ou aux travaux des champs, soit qu'elles amènent les mères de famille à garder, à tour de rôle, les enfants de leurs voisines.

Il ne sera pas nécessaire pour cela de constituer une société, avec une organisation régulière, souvent compliquée et avec statuts. Une simple entente, en vue d'une œuvre utile à accomplir, y fera face.

Une personne dévouée pourra même, à elle seule, en prendre l'initiative et commencer d'agir en ce sens dans les limites de son temps disponible. L'effort qu'elle fera, les premiers résultats qu'elle obtiendra, les avantages que son action offrira aux familles ne manqueront pas d être appréciés : son exemple lui amènera des imitatrices et des collaboratrices; il suffit souvent qu'une personne commence, pour faire naître d'autres initiatives; les concours lui viendront et la municipalité qui constatera de quel fruit peut être pour la population laborieuse et peu fortunée, ainsi que pour la bonne éducation des enfants, une semblable entreprise, ne lui marchandera pas son appui matériel et moral.

i6 PENDANT L'ÉCOLE

Section IL — Pendant l'Ecole

§ i*'. — Caisse des écoles.

L*objet des Caisses des Ecoles est d' « encourager et faciliter la fréquentation scolaire ».

S'inspirant de créations dues à l'initiative privée, Victor Duruy introduisit le principe de ces institutions dans la loi du lo avril 1867, qui marquait un pas en avant vers la généralisation de renseignement primaire et sa gratuité : leur organisation était recommandée à l'attention des municipalités, mais ne leur était pas imposée.

Quand la République établit enfin l'instruction obligatoire pour tous, la Caisse des Ecoles devait également devenir obligatoire et Jules Ferry ne manqua pas d'en faire le complément nécessaire de l'obligation scolaire dans la loi du 28 mars 1882.

Il eut soin toutefois de lui laisser son caractère particulier d'oeuvre fonctionnant par la double initiative de la commune et des amis de* l'école.

Si la Caisse est créée par une délibération du conseil municipal, si les avis du Conseil d'Etat lui ont reconnu la qualité d'établissement public, elle n'en reste pas moiiis autonome et indépendante, agissant comme une association ordinaire, avec ses statuts délibérés et votés dans ses assem-

blées générales de souscripteurs, avec son comité d'administration élu par ceux-ci et parmi eux, complété, s'il y a lieu, par des membres de droit désignés par les statuts, comme le maire, les membres de la commission scolaire, l'inspecteur d^académie ou primaire dans les chefs- lieux de département ou d'arrondissement.

Utile déjà, quand on se bornait à encourager l'enseignement primaire, cet organe devint indispensable quand il s'agit d'imposer la fréquentation de l'école à tous les enfants.

Il ne suffisait pas, en effet, d'inscrire l'obligation de scolarité dans la loi, d'édicter des sanctions pénales contre les parents qui n'enverraient pas leurs enfants à l'école; encore fallait-il que l'obligation n'imposât pais des charges trop lourdes qui eussent rendu injustes et inapplicables les sanctions.

On a bien, en proclamant la gratuité, fait disparaître, pour les indigents et les familles peu aisées, le paiement de l'ancienne rétribution scolaire. Mais que de causes encore peuvent tenir la jeunesse écartée de l'école!

C'est l'incurie des parents qui n'ont pas un souci suffisant de l'éducation nécessaire à leurs enfants et qui négligent trop facilement ou oublient trop souvent de les envoyer avec régularité à l'école.

C'est, en certaines communes, l'hostilité que des ministres du culte manifestent à l'égard de l'école laïque et l'opposition que lui font des personnes se disant bien pensantes.

i8 CAISSE DBS ECOLES

C'est la misère qui ne permet pas à la famille de donner à Tenfant la paire de souliers, le vêtement propre et non déchiré, sans lesquels il n'osera se présenter devant ses camarades et son maître.

C'est la nécessité de se procurer les fournitures scolaires trop coûteuses, non seulement pour les indigents, mais même pour ceux qui se trouvent dans une situation gênée et pour les familles nombreuses.

C'est aussi l'intérêt qui porte les ménages ouvriers, industriels ou agricoles, à utiliser le concours de leurs enfants, si jeunes soiérit-ils, aux besoins de la maison ou des champs, et leur fait, sacrifiant l'avenir au présent, préférer l'aide matérielle immédiate à l'instruction.

C'est encore l'éloignement de l'école qui rend p^ible — particulièrement en hiver par les neiges et le froid — le chemin deux fois par jour, et cependant l'impossibilité de laisser, entre les deux classes, lenfant à la voie publique, sans surveillance, sans la nourriture de son repas de midi auquel feront souvent défaut pour les malheureux et le petit panier de provisions, et les provisions elles-mêmes.

A ces causes, dont quelques-unes peuvent constituer des excuses plus ou moins valables suivant les cas, les textes ajoutent des raisons légales d'absence : la maladie des enfants, le décès d'un membre de la famille, l'éloignement temporaire de

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