CHAPITRE VI
La (êHîchè; là gftlle d'asile, \tkù\t ^Hnlttiré^ l'étole profeisiôfiaehe,rdpprëtitissagé, le compàgtibnàagëj tels sdtit les divers dëgtês pat* bù l'etifant de l'ouvriet* peut être appelé à passer potit se rendre digne d'oûétlper daM le ifaondè îûdilstrlel la place qui lui â été assignée par là ProVideuée.
NoUÈ tiartâgéôUs la sollicitude deë âô(iiâUlites pbUi^ tëbteë lés bï^anchés de l'éducalioû populaire. Nous vdUlottS qu'elle preniie TeUflânt au bét^ceati fet qu'elle lé suive adolescent et adulte jusqb'iau tuoniént où il choî* sil ti éxéi*éè UUè proféssibn indépendaute. Mais ndus difftéi'btts dëë êbcialisies sur UU poiut de la plui$ Haute itriportaucé. A leurs yeux, XÈîût est le seul débiteur de Téducatlon des citôyebs. Aux liAtrfeè, celte dette est csélle de la famllé, puis celle de la cGtnmunei l'État n'y cotitribue qué subsidiairement^
De 'celte disëidence dans le priticipe fondamental
découlent des différences dans les conséquences pratiques.
Ces différences sont surtout sensibles dans tout ce qui touche aux établissements qui reçoivent Tenfant du pauvre au seuil de la vie, les crèches et les salles d'asile.
On trouve dans le compte-rendu d'un ministre de l'instruction publique de la révolution de Février une appréciation exacte de ces établissements, k Les crè- , ches, dit M. Carnot, rentrent dans la catégorie de ces institutions de charité que Textréme misère rend indispensables, mais qu'accompagnent toujours des inconvénients moraux. Les crèches permettent à la mère^de famille d'aller gagner un salaire nécessaire ; mais, en facilitant son travail hors, de la maison, elles portent atteinte à la vie intérieure. Les salles d'asile ellesmêmes ne sont pas complètement exen^ptes de ce reproche. 11 faat veiller sur ces intéressants établissements, il faut les améliorer, mais les maintenir stricte-, ment dans les limites de la nécessité. Ils sont par leur nature destinés à se restreindre en même temps que s'augmente le bien-être général. Plus il sera permis à la mère d'être mère chez elle, moins l'État devra la sup-; pléer par des soins étrangers. »
L'espritde famille (les socialistes paraissent trop I oublier], voilà la vraie source de toutes les vertus privées et publiques; voilà l'agent le plus actif du bien-être et de la moralité de la classe ouvrière. On ne saurait comprendre, à moins de Ta voir vu, dit un économiste qui a exploré récemment nos contrées manufacturières, on ne saurait comprendre à quel point la vie de famille
L'ÉGUSE ET L'ÉTAT. «7
contribue k fortifier les habitudes d'ordre et d'économie pour les classes ouvrières. C est grâce à ces habitudes que les paysans se maintien^ent sains et robiistes dans nos campagnes à Taide d'un salaire qui serait insuffisant à l'ouvrier des villes. Eh bieni croit-on encourager beaucoup Tesprit de famille eu relâchant, sans- une absolue nécessité, ]6 lien qui attache la mère au berceau de Son enfant? Croit-on que les soins d'une berceusey d'une mentorine étrangère, si empressés, si tendres qu'ils soient, puissent remplacer le cœur d'une mère, ce chef-d'œuvre de la nature? Mieux vaut assurément, pour une pauvre femme obligée de travailler^ envoyer son enfant à la crèche pendant le jour et le reprendre pendant la nuit, que de le confier à une nourrice loin de cbez elle ; mais le beau idéal de la mère de famille^ c'est de rester en quelque sorte identifiée k son nonrrisson. Les plus grands efforts de l'homme d'État doivent être tournés vers le foyer domestique. C'est dans cet asile de la vertu et du vrai bonheur qu'il doit retenir autant que possible le père et surtout la nière et l'enfant par la nature des occupations et par l'attrait da comfprt; et si les misères socialeis, développées par l'état désordonné des classes ouvrières, l'obligent de recourir à des palliatifs nécessaires, mais qui tendent par leur nature à relâcher le lien de famille, il ne faut pas que ces remèdes partiels et temporaires détournent son attention des remèdes plus héroïques que réclame le mal profond qui travaille la société.
Les salles d'asile sont beaucoup plus multipliées que les crèches, et il est bon qu'il en soit ainsi. Ces institutions, dont le but est, selon les expressions d'iin mi-
nistre de Titisiniction ptabli4iié, de dioiiiiher leë (ihaiicés prématurées de ragabondage et de nttt et Afd ptêparer à la {mtrie le ttésor iBépaisable duiië jetifaesse plts forte^ plus morale, plas Vigoureuse pour la pàiit et poQr la guerre, ceâ iuslitutions ont rendu des ketrices à la classe ouvrière, et ont mérité les eneoiiragëthente que les chambres législatires et les (k^ns^ils-gèttéfaût leur donnent surtout depuis douze ans. Il y aVcût eâ 4837 264 salles d'asile, recetant 29, SU enfants. Le rapport fait par M. Vilietiiain eu 4840 donstate qu'il ^ en avait alors 555, recevant ensemble b0,9l^6 enfautS; Le nombre actuel des salles d'asile est de 800. Les subyentions de TËtat, allouées joiar le budget de 1 849^ È"é* lèvent à 300,000 fr.; eelles des départements s'élèvent à 4 00,000 fr. La direction dé ces précieux établiâse-^ ments est généralement bonne; Ils sont soumis à dëii règlements préparés par une commisfeibn de ttèfes de famille et approuvés parleconseil supérieur de TUtiiVersité. Les enfants y sont traités avec dooceur> dirigés dans leurs jeuî, occupés sans fatigue et surtout ne reçoivent que des impressions salutaires. Lés conseils mu^nicipaux, les comités des villes rivaliseiit de zèle pour multiplier, dans la mesure de leurs ressources fiuan-^ cières, ces asiles de la première enfance. Il faut les eu-' courager sabs doute, mais de manière cependant à ne pas contrarier le développement encore plus nécessaire des écoles primaires et professionnelles*
Quant à l'enseignement primaire, nous petisons avé6 les socialistes qu'on ne saurait trop en étendre l'inappréciable bienfait ; mais nous dififérons avec eux siir la solution de presque toutes les conditions du problème.
L'ÉQUSK ET L'ÉTAT. 80
Les gociaJistea péciament renseignement gratuit poup tous; nous ne voulons la gratuité que pour ks indigents.
Les SQCiiaUstes Ye^Ient un enseignement philosephi* qQ6{ noiis voulons «n enseignement religif^ux.
ies s^ialistes venleni un ènseignemept exelusive- Dent donné par r£tat; noua demandons^ nous, le lit)re cencQurs du pèie de faqoille, de Tautorité communale et d^ TautorUé religieuse à la grande œpvre de Téducaikm du peuple.
i^ t^èf e d^it nonrrir pt élf ver ses enfants» et il paye sa dette soit en adoptant un système d'éducation pri-> véi, sdX en acquittant la rétril^ution allouée h Tinstitutenr public. La oHumime paie s^ dette à son tour en fenmisaant à tmis nne instruction primaire publique et aux indigents un enseignement gratuit. Le département et rit^ doivent suppléer auecessivement à Tinoiffisaace despessourpes municipales, voilà les principes de la matière. Le seoiaiisme les dénature en écar^nt autant qu'il le peut Taction bienfaisante de la famille» de U poqmune et de 1 église, pour concentrer toute Tinflief ea^ anr rédiioation du peuple dans les mains de» {déposés de TEtat.
Pes ddeumentepf&oiels ^rmi lesquels nous citerons le rapport fttit par M. Horeau Christophe, inapccteur général des prisons, constatent Timmense péril de» influences epcialistes développées par ce faux système.
« Jamais, dit-it, à ^uoune époque et diea aucdn peu- ^, rinstruetion primaire n'a reçu une telle impulsion et n a imposé à la nation de si immenses sacrifices; mal^ henreasement les rés^Ui^s moraux de Tinst^uotion
actuelle sont loin de i*épondre aux promesses de son chiffre. »
M. Moreau Christophe produit à Tappni de cette réflexion des tableaux statistiques qui prouvent que le nombre des jeunes criminels est loin d'offrir une progression toujours décroissante depuis la progression toujours ascendante du nombre des enfants admis dans les écoles primaires, et que le taux des crimes est bien loin d*étre moins élevé dans la partie de la France la plus éclairée et naguère marquée des teintes blanches de M. Charles DujHn que dans la partie la plus obscure.
« Dans les prisons départementales, ajoute H. Moreau Christophe, les plus effrontés coquins sont toujours ceux qui ont aiguisé dans les écoles Finstrament de leur intelligence.
a II en est de même dans les prisons de Paris, où le petit nombre de maû qui s*y trouve passe pour ainsi dire inaperçu au milieu du nombre considérable d'habiles qu'on distingue dans les collèges de Pantin.
« Ceux des directeurs des maisons centrales qui paraissent s'être livrés avec le plus de soin à l'étude pratique de l'influence de l'instruction sur le inoral des détenus sont à peu près unanimes pour attester que cette influence est toute de désordre et de démoralisation.
. « Elle produit le même effet dans les bagnes. »
J'ant-ril conclure de tout ceci que la culture de l'intelligence, loin d'affaiblir les penthai^ts criminels, tend au contraire à les accrotlre et à les fortifier*? A Dieu ne plaise que. jd profère jamais un pareil blasphème... Le
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mal vient uniquement du mode de culture et non de la culture même de l'intelligence.
Un inspecteur de Tinstruction primaire, M. Dehen, a publié, le 1 ®'^ octobre 4 842, une statistique qui confirme dune manière éclatante le témoignage de M. Moreau Christophe. « Du travail auquel nous nous sommes livré, dit-il, il résulte que, pour la plupart des départements, et notamment pour ceux du nord et de Test de la J'rance, la moralité serait en raison presque inverse du développement de l'instruction primaire, c*est-àr dire que la majeure partie de ces derniers départements, qui renferment le plus grand nombre d'élèves primaires, se trouvent compter en même temps le plus grand nombre d'accusés, toute proportion gardée d'ailleurs dans l'un comme dans Tautre cas avec la population respective des départements.
tf Le double but que s'est proposé la loi sur l'instruction primaire, en multipliant les écoles, a été certainement d'instruire et de moraliser ; l'instruction se répand sans doute, mais Téducation se fait-elle généralement suivant le vœu du législateur ?
« Il ne suffit pas d'enseigner les connaissances propres à augmenter le bien-être matériel, de s'adresser seulement à Tinlelligence, à l'esprit; c'est du cœur qu'il est essentiel de s'occuper plus spécialement, c'est le cœur qu'il importerait de former dans nos écoles: voilà comment on contribuerait à moraliser le peuple par l'instruction. »
A ces paroles significatives mais réservées d'un membre de l'Université nous n'ajouterons qu un mot. D'un bout de la France à l'autre des réclamations
ti U COMMUNE,
unanimes s'élèveni contre le pei^nnel des instituteurs communaux, dont un grand nombre, malheureusement trop fidèle à un imprudent appel, prend part aux élections politiques dans un détestable esprit ^e démagogie socialiste, et corrompt par ses exemples «utant que par ses leçons la jeune génération dont le tl^t lui est confié. La journée du 43 juin a jeté sur ce péril social une sinistre lueur. Lmsurrection a été fomentée sur plusieurs points par des instituteurs comnttnaufx, par des fonctionnaires supérieurs de Tenseil^nement primaire. Est-ce clair, et comprendra-!- ^m enfin la néœsinté, Turgence dun prompt et énergique remède?
Le projet de loi présenté à TAssemblée constituante méconnaissait les principes fondamentaux de cette matière. Il déniait à l'autorité ecclésiastique et à l'autorité municipale l'influence ^ui leur appartient sur Téducation populaire, et dont elles ont usé partout pour le plus grand bien des masses. Il tuait en germe les cor* porations religieuses enseignantes, et attribuait à TStat d'une manière indirecte un monopole dont le socialisme seul aurait profité.
Le nouveau ministre, M. de Falloux, et la commission qu'il a nommée ont enfin ouvert les yeux ;et ont répété le cri d'alarme qui retentit de toutes parts. Ils ont reconnu que l'instruction était demeurée jusqu*à ce jour trop isolée de l'éducation, et que l'éducation était demeurée trop isolée de la religion, « Prétendre, a dil lun des rapporteurs de la commission, plier un ènfent au jôug de la discipline et de l'obéissance, créer en lui un principe d'énergie qui le fasse résister à ses pas-
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àoiïs, accepter volontairement la loi ia travail et.dii devoir , contracter les habitudes de Vordre et de la ré^ golarité» et ne pas demander cette force H la religion ^ c'est tenter une œuvre impossible. » Le ministre a ré^ pété et s'est approprié ces paroles. En conséquence le projet de loi a transporté au curé ou pasteur et . au maire de la commune Faction que les comités locaux institués par la loi de 4 833 n'avaient exercée qu'impart faitement; il a remis ensuite au comité du départe? ment, où se trouvent en présence le recteur, Tévêque et le préfet, la responsabilité de ces surveillants eux^ mêmes; puis, enfin, il a laissé au ministre le choix d'un inspecteur spécial par département. Des délégués cantonaux surveilleront aussi les écoles publiques et libres du canton, et adresseront leurs rapports tant au conseil académique qu'aux autorités locales, et remplar* ceront avec avantage les comités d'arrondissement,
Le projet de loi élève le traitement de Tinstitutettr à un minimum de 600 fr., en y comprenant la rétribution municipale et la rétribution scolaire. On n'a pas voulu avec raison mettre aux prises l'indigence et l'orgueil ; mais on a en même temps supprimé le principe de Tina-» movibilitéde l'instituteur primaire, ce redoutable bou^ levard d'où le socialisme menaçait la société.
Le choix de l'instituteur communal a été laissé au conseil municipal. Cette innovation est conforme h ce qui se pratique avec succès dans presque tous les Ëtats de l'Europe. En Allemagne, il faut, ponr devenir maître d'école, être élu k la fois par le consistoire et par la com^ mune. Si c'est le consistoire qui propose à la commune des mattres d'école dont il répond, il faut que les can*
didats fassent leurs preuves dans le village en présence de Tautorité de la commune ; d autre part» quand la commune ou le seigneur du village fait dioix d'un maître d'école, il faut qu'il soit conBrmé par le consistoire, qui lui fait subir un examen ; et c'est le pasteur qui rinstalle. L'Italie et l'Espagne catholiques ont, comme rAllemagne protestante, un système d'éducation primaire fondé sur le concours de lautorité communale et de l'autorité religieuse. Quelques personnes se préoccupent du mauvais esjprit qui règne dans certaines communes. Qu'elles veuillent envisager où nous a conduits le régime de lacentralisation appliqué à l'enseignement primaire. Dans les communes même où Tignorance bien plus que les mauvaises passions inspirent de mauvais choix politiques, les choix des instituteurs seront bons. Un père de famille même impie cherche à sauvegarder la foi et les mœurs de ses enfants.
En ce qui touche la gratuité, le projet de loi pose dans l'article 23 le principe qu'elle n'est accordée qu'aux familles qui sont hors d'état de payer ; mais l'article 37 accorde à toute commune la faculté d avoir une école entièrement gratuite. Ce correctif était nécessaire dans les grands centres de population. A Paris, à Lyon, à Marseille, à Bordeaux, à Toulouse, toutes les écoles primaires, soit de filles, soit de garçons, soit mutuelles, soit simultanées, sont complètement gratuites. Les frères des écoles chrétiennes ont en France 2,021 classes; sur ce nombre 4 ,445 sont communales; toutes sont entièrement gratuites. II est si difficile, surtout dans les grandes villes, de former des listes pour établir les deux catégories d'enfants en état de
payer la rétribution scolaire et d'enfants hors d'état de la payer I II est d ailleurs si nécessaire, dans l'intérêt de l'union de toutes les classes et des progrès de Tinstruction , de ménager la susceptibilité des pauvres honteux I Ces considérations suffisent pour justifier la faculté laissée aux conununes , sans préjudice néanmoins du principe fondamental qui veut que la charge de l'éducation de Tenfant incombe d'abord à la famille, puis à la commune, puis au département, enfin à l'État.
Quant à l'enseignement obligatoire^ le projet de loi le proscrit, bien que nos anciennes ordonnances de 4 580 et 4724, la loi du 29 brumaire an II, le décret du 27 brumaire an VI eussent tenté de l'établir k des époques diverses. Cette obligation qui existe dans plusieurs États de l'Allemagne a toujours été repoussée par nos mœurs. Le rapport fait en 4 843 par M. le ministre de l'instruction publique dit avec raison qu'en France le progrès de l'instruction s'accomplira moins par la contrainte que par le secours du temps et le progrès de l'opinion. 2,460 de nos communes sont privées d'écoles, 49,769 sont dépourvues d'écoles spéciales pour les filles : ces commuiies seraient donc obligées de violer la loi! Il y a plus : 4,200,000 enfants quittent les écoles en été pour se livrer à des tra** vaux agricoles nécessaires à la subsistance de leurs familles. L'humanité et l'intérêt de l'agriculture s'opposent à ce que les pauvres agriculteurs soient privés de celte faculté. Fondez et dotez, dirons-nous avec lexposé des motifs, encouragez les sacrifices, les émulations, renversez les entraves, récompensez les sor-
vices» et voan aurez en peu d'années mieux que Ten** geignement obligatoire , vous aurez renseignement avidement recherché et béni.
L'école primaire ne doit être pour Tenfant du peuple qu'une initiation à Tapprentissage professionnel. Les pensionnats primaires, les écoles d'adultes et d'apprentis» les écoles du dimandie^ les écoles dans les ateliers et manufactures, les classes d'hôpitaux^ les cours publics relatifs aux manufactures doivent corn** pléter autant que possible l'éducation des classes on^ vrières. Il faut créer pour elles un enseignement intermédiaire entre celui qu'on reçoit dans l'humble école de village et celui des classes de grec et de latin de nos collèges. L'école primaire ne fournit pas une série de notions assez variée et assez étendues; elle laisse pour la vie industrielle comme pour la vie agricole des lacunes que sont destinées à combler les insti** tutions complémentaires énumérées dans le chapitre 5 du projet de loi. Plusieurs industries possèdent déjà des écoles professionnelles ; TËcole polytechnique est fondée pour les besoins de Tarmée» des plaooa fortes, des travaux publics» de la marine; celle des mines pour l'exploitation des richesses minérales; celle des arts et métiers pour les professions, les métiers divers. Il faut (et c'est ce que fait le projet) encourager toutes les écoles d'apprentis et d'adultes» et multiplier autant que possible cet enseignement agricole que les projets de M. Tourret tendaient peut-être à développer sur une trop grande échelle, mais qui, restreint dans de justes bornes, aura pour effet de retenir dans les campagnes les fils des cultivateurs, et de leur faire corn-
prendre ({u'i! vaut mieux yirre dans bu commune et y exercer honorablement la plus noble, la plus belle, la plus libérale des professions, que d'allé dans les villes solliciter des places et se mettre à la disposition des partis.
Au sortir des écoles primaires et professionnelles^ Tenfant de Touvrier doit entrer chez un mMtre ei afprentiêêagep et il doit encore retrouver ioi une protection qui ne porte aucune atteinte à la libertés Les lois des peuples anciens eoiigeaient un apprenti»» sage de quiconque voulait s*adonner au commerce, k l'industrie, aux arts mécaniques. Les Égyptiens con«* nurent les premiers ce besoin qu*ont les apprentis d^unè application constante et d'un travail opiniâtre pour devenir d'excellents maîtres t cette connaissance déter** mina la loi si célèbre qui ordonnait aux enfants d^ suivre la profession de leur père. Les Romains n'ai* lèrent pas aussi loin, mais ils ne permettaient d'entrer dans les coI%f a opt^cum qu'après an apprentissage et à un âge qui permit de croire que les apprentis avaient acquis toutes les connaissances nécessaires pour rem-^ plir les devoirs de leur état. Dans notre ancien droit français, le contrat d'apprentissage était aussi obliga^ toire, et de 43314 à 4791 on trouve une foule dan-^ eiens édits qui en déterminent les conditions. L'esprit de réglementation exclusive qui caractérise cette bran-^ che du régime industriel est incompatible avec les principes de la liberté moderne^
On ne peut assurément aujourd'hui ni forcer leë en-^ fants de suivre la profession de leur père, ni rendre le contrat d apprentissage obligatoire. On ne peut qu'en
courager les enfants à ne pas quitter le métier de celui qui leur a donné le jour, et qui a pu leur en faire sentir toutes les finesses ( la perfection de la main-d'œuvre anglaise est la conséquence de cet usage) . Quant au contrat d'apprentissage, on ne peut aussi y exciter que par lattrait des distinctions données par les associations libres. N est apprenti qui ne veut. Mais le contrat une fois formé doit être entouré des garanties les plus propres k le faire tourner à l'avantage de l'ouvrier, du maître et de la société. 11 y a dans cette partie de notre législation industrielle une lacune que le ministre de l'agriculture et du commerce sentit, en \ 845, la nécessité de combler, et qui a donné lieu & un projet de M. Peupin et à un rapport fait par M. Parrieu au nom du comité du travail, porté Tan dernier devant l'Assemblée constituante. Les bornes de notre travail ne nous permettent pas d'entrer dans les détails relatifs aux caractères et aux conditions du contrat d'apprentissage^ aux devoirs réciproques des maîtres et des apprentis. Il y a là deux éléments difficiles à concilier : le principe de liberté qui domine notre législation industrielle comme notre législation politique, et la nécessité d'assurer par des protections efficaces la faiblesse de lapprenti. Bornons-nous à rappeler avec un estimable écrivain* que l'éducation de l'apprenti n'est pas purement matérielle, qu'elle est morale avant tout; que l'obligation du maître ne se borne point à exercer l'œil et les bras de l'apprenti comme on ferait d'une machine intelligente, qu'elle consiste essentiellement
* M. Mollol, le Contrat cPapprentisitagey p. 12^
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à former son caractère et son cœur^ qu'elle crée une sorte de tutelle pour l'enfant» et qu'ainsi il faut, pour rendre cette tutelle efficace, la combiner incessamment avec celle de lautorité domestique, communale et religieuse.
L'apprentissage fini, le compagnonnage commence. Il était obligatoire dans lancienne législation. L'édit de 4 581 et l'ordonnance de 4673 en avaient fixé la durée à trois ans. Il doit être libre aujourd'hui^ mais il doit être réglementé. Il y aura toujours , quoiqu'on fasse, des maîtres et des compagnons. La société est toute paternité et dépendance bien plus que fraternité et égalité. Les ouvriers qui ont prétendu secouer le joug de leurs patrons et se constituer en associations indépendantes ne se sont pas aperçus d'abord que leur levier d'Archimède manquait de point d'appui. L expérience a dû les instruire* A quoi ont servi les trois millions votés par le décret de T Assemblée constituante du 5 juillet 4848, pour fonder et encourager des associations d'ouvriers ? Des cinq cent onze demandes adressées au ministère du commerce, trentedeux ont été accueillies et n'ont rien produit jusqu'à ce jour. Les fonds de TÉtat ont été gaspillés sans aucun profit, et les associations fraternelles et égalitaires qui avaient adopté pour symbole le niveau de M. Proudhon , celle des ateliers de mécanique de MM. Derosne et Cail, celle des tailleurs de la rue de Clichj, organisée par M. Louis Blanc, bien d'autres encore, ont honteusement échoué. La force des choses nous ramène donc par une pente insensible à cette éternelle loi de la hiérarchie sociale qui doit se re-
irourer dans latelier oomme ailleurs. Ce qu'il fatil assurer à l'ouvrier qui n'est pas encore établi, œ n'est pas une fausse indépendance, source de misère et de démoralisation, ce sont des facilités pour l'emploi de son activité.
Des bureaux de placement organisés dans chaque chef- lieu de canton peuvent offrir sous ce rapport de précieuses ressources .
Montaigne * émettait il y a 400 ans le vœu « qu'il y eût i$ villes certain lieu désigné auquel ceux qui auraient besoing de quelque chose se pussent rendre et faire enregistrer leur affaire à un officier établi d cet effet. . .; et semble, ajoutait-il, que ce moyen de nous entr'advertir apporterait non légière commodité au commerce publicque; car, à tous coups ,ilya des eondi* tions qui s' entrecherchent, et pour ne pas s'entendre , laissent les hommes en extrême nécessité, »
Le système des corporations mettait cependant en rapport du temps de Montaigne le màttre et Touvrier. Des bureaux de placement spéciaux existaient d'ailleurs, du moins à Paris. Mais comme ces bureaux tenus par des agents d'affaires répondaient en général asses mal à la confiance publique , le préfet de police Dubois voulut donner aux bureaux de placement un caractère officiel et les soumettre à une surveillance particulière. Plusieurs ordonnances en date du 23 ventAse an XI, du 20 pluviôse an XII, du 4 S germinal an XII, etc. , or^ ganisèrent à Paris de 1 803 à \ 804 dix-sept bureaux de placements, défendirent à toutes personnes autres que
^ Eêsaiêf Hy. I) cbap. xxxiv.
L ÉGLISE ET L'ÉTAT. lOi
les titulaires d'emplois de s'immiscer dans le placement des ouvriers ; firent défense aux mattrea et patrons de prendre des ouvriers, garçons ou aides q[ui ne seraient pas porteurs d'un i)u}letin de placement, et obligèrent 1 ouvrier de se munir d'un livret, s'il voulait obtenir un bdletin de placement. Mais ces utiles établissements ne furent pas suffisamment protégés contre la concurrence déloyale des industriels dont le journal V Atelier ^ dénonça les coupables manœuvres envers leurs Crédules clients. Un administrateur illustre, M« de Chabrol, avait entrepris des travaux statistiques qui l'eussent probablement conduit au rétablissement des bureaux de place*ment. Mais ces travaux, interrompu^ par la révolution de Juillet et repris dans de mauvaises conditions par le gouvernement provisoire * et par le préfet de police Caussidière, n'ont encore abouti à aucun résultat utile.
La ville de Strasbourg est la seule où existe un barreau de placement d'ouvriers. Cette institution munieipale, qui remonte ^quarante ans, quoique fort imparfaite, y a produit de bons effets.
Nous empruntons à un travail de M. Amédée Henàequin • la description des fonctions des placeurs d'ou^ yriers de Strasbourg.
Ces fonctions, dit-il, sont les suivantes :
4* Faciliter le travail, en mettant en rapport les on* triers et les maîtres;
Sr Constater le contrat de louage d'ouvrage et eu assurer l'exécution ;
*Naméro d'avril 1841.
* Décret du 8 mars 1848.
* tk Vofi^nUaiioh et de la UaHutqûe clu travaily p. 22.
S"" Surveiller la police des arts et métiers.
I. Afin de remplir le premier office» le placeur doit tenir deux registres sur papier timbré» cotés et paraphés par let commissaire de police de son arrondissement; Tun de ces registres reçoit les noms des citoyens pa* tentés demandant des garçons, et lautre les noms des garçons de métier cherchant de Fouvrage.
II est enjoint à tout garçon de métier de se faire inscrire chez le placeur de sa profession dans les yingtquatre heures de son arrivée dans la ville ; si le garçon de métier, une fois inscrit et embauché, change de bontique» il doit informer de ce fait le placeur.
Lorsqu'un citoyen patenté demande au placeur un ouvrier, le placeur lui présente les garçons à tour de rôle et suivant la priorité de leur inscription » sans aucune préférence ; cependant le citoyen patenté inscrit le premier a le droit de choisir entre tous les garçons portés sur le registre.
En cas de contestation les registres font foi» et le maire décide» sans frais quelconques.
Le placeur inscrit gratuitement le nom de Touvrier qui cherche de Tou vrage ; mais chaque fois que le mattre se fait inscrire sur le registre de demande d'ouvriers» il doit au placeur une indemnité de 25 centimes. Lorsqu'un placement est effectué» le placeur à droit kJ^O centimes, payables par le maître. Si le placeur agit comme expert» le juge compétent détermine la rétribution qui doit lui être allouée.
Les agents de la police désignent à chaque nouvel arrivant l'adresse du placeur de sa profession.
Il est défendu à tout garçon de métier , républicole
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OU étranger, de courir au hasard pour demander de l'ouvrage. L'ouvrier étranger ne doit pas séjourner dans la ville au-delà de dix jours sans entrer en boutique.
IL Le placeur n >est pas seulement un administrateur munidpal d'un genre particulier; des fonctions de greffier ou de notaire lui sont dévolues.
Si le contrat de louage d'ouvrage formé librement entre le maître et louvrier est rédigé par écrit, le placeur contresigne l'acte et en garde là minute ; s'il n'y a lieu qu'à un contrat verbal, les termes d'engagement et de dénonciation de service restent fixés, pour chaque métier, aux époques déterminées par Tusage ou par les anciens règlements. ♦
Le placeur veille à l'exécution de l'engagement qu'il a contresigné» et dénonce au maire ou au juge de paix les infractions commises, selon qu'il s'agit d'un étranger ou d'un républicole.
III. Enfin le placeur hérite d'une partie des attributions qui appartenaient aux anciens syndics ; il est chargé de la police intérieure de sa profession, il doit parfaitement surveiller la loyauté des marchandises et la salubrité des denrées; il est déclaré par le maire inspecteur juré permanent, et doit se faire assermenter en cette qualité par le juge de paix. Il dénonce au commissaire de police les contraventions aux lois sur les patentes.
L'institution des placeurs a été modifiée depuis par divers arrêtés de police; l'un leur a prescrit de tenir, outre les deux livres destinés à enregistrer, l'un les garçons de métier cherchant de l'ouvrage, l'autre les maîtres cherchant des ouvriers, un troisième registre sur
lequel doivent être inscrits jour par jour les garçons de métier et les apprentis travaillant chez chaque mattre, avec Fépoque de leur entrée et sortie de Fatelier ou boutique. Un autre arrêté a attaché aux bureaux de placement plusieurs établissements qui les complètent, tels que les gites d'ouvriers, les caisses de secours, deô bureaux municipaux de contrôle des contrats et de compagnonnage, ainsi que de surveillance pour les livretset les cartes de sûreté.
Si chaque ville, si chaque cheMieu de canton imitait Fexemplede Strasbourg, on réaliserait sans frais l'idée de Montaigne. Il suffirait d'ouvrir dans Tun des bureaux de la mairie un registre de renseignements ; on pourrait même, dans les villes où existent des conseils de prud'hommes , charger les secrétaires de la tenue de ces registres, qui seraient exposés à la porte du local oh siègent les prud'hommes, et qui appelleraient naturellement l'attention des fabricants et des ouvriers obligés d'y venir fréquemment. Ces moyens si simples et si négligés, malgré l'insistance que mettent à les signaler les conseils de prud'hommes très-compétents en cette matière, conduiraient sans peine au but qu'on cherche inutilement à atteindre par les bureaux d'agents d affaires établis aujourd'hui dans tous les grands centres manufacturiers et par les bourses de travailleurs que le préfet de police Caussidière avait cherché à fonder au risque d'en faire des clubs et des foyers de coalition.
On ne pourrait pas espérer sans doute de remédier par là aux chômages généraux produits par ces grandes crises commerciales qui se renourellent tous les cinq ans ; mais on viendrait en aide à ce chômage indivi-
duel qui frappe en temps ordinaire l'ouvrier timide et peu capable, quoique plein de bonne volonté. On obtiendrait de plus, par le simple rapprochement du chiffre nominal des ouvriers indiqué dans les recensements généraux de la population et le chiffre vrai qui serait établi dans les bureaux de placement, un moyen de déterminer d'iine manière approximative le chiffre du salaire dans chaque profession, «t le nombre des ouvriers employés dans chacune d'elles.
Gardons-nous au surplus de centraliser à Paris un type uniforme de bureaux de placement. L'organisation de ces bureaux dépend d'une foule de circonstances locales et accidentelles, et elle doit être, quant aux détails, abandonnée à la prudence des autorités municipales. Des fonctionnaires, dit avec raison M. Amédée Hennequin, réunissant les qualités que les statuts de Strasbourg exigeaient des échevins , c'est-à-dire des gens probes, de bonne conduite et sachant bien s'expli*qner, étant établis dans tous les centres de production, communiquant entre eux , et mettant à la disposition du public tous les renseignements qu'ils recueilleraient chaque jour, préviendraient les fausses démarches, les abus et les souffrances qui naissent aujourd'hui de la distribution confuse et absurde des travailleurs et des travaux.