‹ La commune l'église et l'état dans leurs rapports avec les classes laborieusesChapitre 17 sur 49 · U COMMUNE · texte numérisé non relu

U COMMUNE

fonds ^, gelaient portés 4X>mme en Angleterre » non vers le sol ^ mais vers la fortune mobilière, le travail, source de la vraie richesse» aurait décuplé les produits de la terre et de l'industrie, et aurait renouvelé en France les merveilles financières de nos voisins d outre^ Mancbo.

Ne nous applaudissons donc pas outre mesure du morcellement du sol ; ne nous effrayons pas de Toluta cleque pourrait, jusqu^à un certain point, oppostràses progrès la résurrection des biens de main^^orte , et, i^^rès avoir désintéressé le fisc dans cette question par l'établissement d'un droit périodique de mutatioik» en<^ eourageons, loin de la restreindre, pour les biens comme pour les personnes, cette liberté d'association qui est Tessence mftme de la société, et qui a été le principe de tout ce qui s'est fait de grand en Europe et dans les £tals^Unis d'Amérique*

Assurément l'ouvrier ne trouvera pas dans le réta^ blissement des corps de métiers une panacée contru la misère. Cest le propre surtout de l'industrie manufac«> tarière de créer partout où elle domine des milliers de trl^vailleurs imparfaits, et d'entasser dans tous les centres de production des populations dont l'existeace précaire est toujours subordonnée h l'invention d'une machine ou d'un procédé nouveau. Les ravages produite parmi les classes ouvrières par les révolutions indus«trielles et politiques ne sauraient être prévus. Créer un

i Leâ deiti tiers des créances hypothécaires liquidées proviennent des privilèges des vendeurs et des emprunté hypothécaires faits pour solder Us termes échus de prit de vente.

LÉGLISE ET LÉTAT. iSI

f6Adg de réserve pour ces éventuaiités terribles, ce serait recounaitre et sanotioaner le droit ao travail par ane sorte d'i^pel incessant à la possession de ce fonds. Mais ce qu'il faut prévoir^ c^est l'inégalité des forces, desin^ telligences, des positions, c'est la difficulté quun ouvrier honnête rencontre trop souvent dans sa faiblesse ou dans son imprévoyancei et qu'il est du devoir de la société de l'aider à surmonter^

Un régime fondé sur la libre concurrence des tra^ vailleurs ne peut pas lui offrir, il est vraii une proteo^ tion aussi étendue que celle qu'il pouvait trouver à quelques égards dans le vieux système des mattrises et des jurandes. L'individualisme pousi^ à ses dernières limites a livré le faible au fort sans défense^ et a ameoé la réaction de tous ces systèmes socialistes» inspirés» quelques-^uns du moins, par une pensée généreuse, mais faux et dangereux en «e qu'ils exagèrent tous les droits de r£tat| mais il est possible, sans riçn ôter il la liberté individuelle, de développer avec fruit la liberté d'association.

Ce besoin d'association des travailleurs est tellement compris, que les propositions tendant à le mettre en pratique affluent de toutes parts. Malheureusement, ces propositions conçues en présence d'une société po* litique qui ne reconnaît en quelque sorte que des indi^ vidus et TËtat ne cherchent que dans le gouvernement le lien de l'association, tandis qu'il faudrait le cher*cher au sein de chaque commune*

Proclamer et organiser la liberté des communes, c'est proclamer et organiser la libre association des travailleurs; c'est offrir aux classe^ ouvrières, dans leurs syn-

dics, dans leurs défenseurs, un rempart inexpugnable contre ces hauts barons de l'industrie qui abusent quelquefois de l'isolement des serfs que la misère leur inféode; c'est leur donner les moyens de réglementer les tarifs avec plus de liberté et d'intelligence que ne peuvent le faire des décrets uniformes et dépourvus de sanction, émanés de TÀssemblée nationale; c'est, d'uE câté, tarir la source de ce» mariages précoces et imprévoyants qui sont la cause principale de l'excès de population ^ ; c'est ouvrir, de l'autre, de larges canaux à la bienfaisance» non-seulement par les caisses de secours mutuels et de retraites , mais par une bonne organisation de travaux publics de charité, d'institutions de prévoyance 9 de bienfaisance et de crédit, d'écoles primaires et professionnelles, de tout ce qui peut assurer le bien-être et la moralité du peuple ; c'est surtout empêcher par le seul moyen praticaÛe la résprrection dangereuse de ces ateliers nationaux/ triste plagiat de l'esclavage antique et du régime des fellahs, qui exagéraient et faussaient le principe d'association au point de transformer en une seule et immense armée de travailleurs ou plutôt d'oisifs enrégimentés sous la discipline du gouvernement, devenu l'entrepreneur général de toutes les industries, des ouvriers divers par leurs aptitudes, et qui, méconnaissant ainsi la triple loi de la division du travail, des vocations naturelles et des droits de l'intelligence, rendaient ce travail aussi improductif, aussi nul pour l'ouvrier que pour la société.

t Voy, le rapport de M. Cbapul.

Le vrai moyen d'augmenter et de régler la production, c'est de créer à côté du travail individuel et libre le régime également libre des associations de travailleurs. Or, ce sera le premier résultat de raffiranchissement des communes.

Joignez à ce puissant levier la liberté religieuse^ Cessez de vous effrayer à la vue d'une confrérie de pénitents. Propagez au contraire autant qu'il sera en TOUS ce besoin de religion qui a éclaté dans les premiers jours de la révolution de Février, au sein même de l'insurrection triomphante, et qui se reproduit dans les statuts de la plupart de ces sociétés de secours mutuels spontanément créées et organisées par le peuple qui les a presque toutes placées sous l'invocation d'un saint. Assez longtemps la bourgeoisie française, cette classe dont la prépondérance politique est désormais un fait acquis et irrévocable, s'est laissé distraire par le fantôme du jésuitisme de Tabime ouvert sous ses pas par les utopies socialistes. Que^faudra-t-il donc pour l'éclairer, si le coup de tonnerre de la révolution deFévrier» si les désastres de toute nature qui en ont été la suite, si les périls qui nous menacent encore ne peuvent triompher de ses étroits préjugés?

Un écrivain non suspect, M. Louis Blanc, a rendu aux anciennes confréries un hommage qu'il est bon de constater :

ce La fraternité, dit-il, fut le sentiment qui présida k la formation des communautés de marchands et d'artisans constitués sous le règne de Saint Louis. Dans ce moyen-âge qu'animait le souffle du christianisme , mœurs, coutumes, institutions, tout s'était coloré de

iU LA COMMUNE, VÈGim HT LtTAT.

la taéine teinte. Le style même des statuts se tesentait de rinfluence dominante de Tesprit chrétien.

« L'égliseétait le centre de tout. EUemarquait TheiBre dtt travail, elle donnait le signal da repos. Quand la cloche de Notre-Dame ou de SaifU^Méry avait 0onné YÀngelm, les métiers cessaient lie battre, Touvrage restait suspendu ; et la Cité, de bonne heure endormie» attendait le lendemain que le timbre de Tabbaye pro^ ohaine annonçât le commencement destravaux du jour. Protéger les faibles avait été une des préocupations du législateur chrétien. Loin de se fuir, les artisans d une même industrie se rapprochaient Tun 1 autre pour se donner des encouragenients réciproques et se rendre de mutuels services. Les métiers formaient autant de groupes pressés dans la même rue ou sur les bords du fleuve» et ne reconnaissaient d'autre rivalité que celle d une fraternelle concurrence. »

C'est ainsi que procédait le génie du christianisme appliqué à Torganisation industrielle. La forme po^ litique a changé; le fond des principes est resté le même.

Ce que Tautorité a imposé à une autre époque, la société éclairée» moralisée par Texpérience, peut Tadopter librement aujourd'hui. Donc refuser aux classes ouvrières la liberté de chercher dans Te^rit d'association chrétienne le contre-poison du socia*lisme, et de refaire en quelque sorte par un élan libre et spontané cette grande œuvre de Saint Louis d'où est sortie presque tout entière la civilisation du moyen 4ge » c est un double crime de lèse-humanité et de lèse*divinité.

CHAHTRE VIII.

I la «ineljplliie 4e l*A<eller| «e la i«rlflle«l«M dtm prud'homme*.

Nous avons déjà parlé de la police des classes ou vrières dans ses rapports avec Tautorité municipale et avec le pouvoir central. La discipline intérieure des corps de métiers est le complément des lois de police et des lois pénales. Quelque parfait en effet que soit un code pénal, son indulgente morale ne saurait suffire à tont. Vous ne verrez pas ici, disait en présentant celui 4e 181 Torateur du gouvernement, vous ne verrez pas retracer le^ vices, ces nombreux générateurs des crimes, redoutables fléaux qui échappent à Tempire des joii; criminelles et dont il appartient à d'autres institutions de prévenir on dç diminuer les ravages

Toute loi pénale doit définir exactement les délits, déterminer les peines et circonscrire le ministère du juge dans la servile application de la loi aux faits qu'elle a fiéyu»^ et incriminés, fille ne sauraU être^

disait an célèbre magistrat S dont l'article 4 du Gode pénal a consacré Topinion, ni trop étendue» ni trop précise : précise pour séparer les objets, étendue pour développer chacun d'eux. Mais est-il possible de définir des vices intérieurs et cachés, qui, quoiqu'ils manquent rarement de se trahir aux yeux de la conscience publique, ne se révèlent pas néanmoins par des actes extérieurs constituant isolément des crimes ou des délits?

Toute poursuite criminelle doit marcher environnée de garanties et de formes protectrices ; mais est-ce par des enquêtes légales et avec tout T appareil de la justice régulière qu'on peut porter le flambeau dans les désordres de la vie privée?

Chez les peuples de l'antiquité, la discipline morale était exercée par les censeurs. Les censeurs avaient à Rome toute puissance sur les ordres, mais sur les ordres seulement : il leur était interdit, comme le remarque Montesquieu ', d'ôter à personne une magistrature, parce que cela aurait troublé l'exercice de la puissance publique; mais ils nommaient et dégradaient les sénateurs et chevaliers, transféraient les citoyens d'une tribu dans une autre, les privaient du droit de suffrage et ne les laissaient dans la tribu qu'afin de contribuer aux charges. Ces marques publiques d'honneur ou d'infamie étaient déférées par les censeurs dans des cérémonies solennelles et périodiques, où Topinion publique, cette conscience universelle que la bas-

> M. de ServaD, Discours sur la Législation criminelle,

^ De la Grandeur et de la décadence des^omains, ch. Yiii.

LÉGLISE ET LÉTAT. 127

sesse et le prime ne bravent jamais impunément, f^v^ lait en quelque sorte par leur bouche.

La magistrature des censeurs était comme le couronnement de toutes les dignités; elle avait la chaire cunile, la pourpre et presque toute la pompe du consulat, à Texception des licteurs.

Tant de majesté unie à tant de puissance fit de l'inslitution des censeurs le principal mobile de la grandeur des Romains. « Si le luxe et Tavarice, causes ordinaires de la ruine des États, s'introduisirent si tard à Rome; si la pauvreté, la frugalité, la simplicité et la modestie y furent si longtemps en honneur, je ne doute point, dit RolUn *,quun si rare bonheur ne doive être principalement attribué à Tinexorable sévérité de certains censeurs rigidement attachés aux mœurs antiques don^ ils connaissaient combien il était important de ne point se départir. t>

L'institution des censeurs n'a point été adoptée par les monarchies de FEurope, mais elles y ont suppléé par la discipline des corps. Dans notre ancienne organisation sociale, les corps étaient les législateurs, les juges, les censeurs de leurs membres. Le pouvoir disciplinaire dont ils étaient investis était, sous bien des rapports, la censure des anciens, moins la censure adaptée aux mœurs monarchiques. «Dans une vaste monarchie, dit avec raison Montesquieu, il ne faut point de censeurs ; les censeurs y seraient gâtés par ceux qu'ils devraient corriger ; ils ne seraient pas bons contre la corruption d une monarchie, mais la corrup-

< Histoire romaine^ l. I.

m LA COMMUNE.

tion d'uae monarclûe serait trop forte contre eux.» La discipline intérieure des corps n'offre aucun des incon* vénients de la censure exercée par des fonctionnaires spéciauXé Dans un vaste Ëtat, de^ censeurs partku-* liers ne pourraient suffire à leurs cbarges , tandis que dans le cercle étroit de chaque famille politiquev rien ne pçut se dérober à Tœil vigilant dçi la disoipime. Dans un siècle d'égoïsme et d'indifférence pour le bîetr public, des censeurs particulier^ préféreraient leurre* pos et leur sûreté aux soins inquiéta et périlleux d'une ^quisition diffidle. Dans les Qorps, au contraire, la censure est toujours active et sévère, parce qu elle esl intéressée, parce que cbaque membre devient, a«x yeux de l'opinion, solidaire de tous ses coliques. Enfin, dans un état envahi par laxorruption, la dictature censoriale, exercée sur les iuceurs publiques par des fonctionnaires spéciaux, deviendrait, C()mmeàBoiiie dans les temps de décadence, méprisable par son impuissance^ pdieuse par ses excè^ j mais quand cette die-* tature est exercée dans chaque ordre par un conseil de pairs amovible et renouvelé annuellement, quand elle pèse aujourd'hui sur celui qui V«erçaithier, les d^ositaires d'un pouvoir momentané sont eonteiuis dans son exercice par la crainte d'un juste retour, et Toa n'a pas plus à craindre l'excès de la sévérité quecdtti de l'indulgence. Ainsi, quelque dangereuse que puisse paraître au premier abord Tindépeçidance deuscorps^ elle offre au législateur la plus préci^u^e des garanties, celle de l'honneur qu'elle favorise; car i'bonieurest l'aiguillon le plus puissant de la vertu.

Détruites avec l'organisation corporative du moyen

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âgc,4es iûgiîtulioûs disciplinaires ont été rétablies peu à peu dans plusieurs professions libérales, telles que celles d'avocats, d'avoués et de notaires. Elles existent, quoiqu'à un moindre degré, dans les collèges de médedûs et de chirurgiens. Les charges d'agents de change, de courtiers, de commissaires-priseurs ont été soumises à un syndicat. Quelques industries qui se rattachent k lalimentation du peuple, telles que celles des boulangers et des bouchers, ont été pareillement syndiquées et assujéties à une sorte de discipline morale. Mais, h part ces exceptions fort restreintes, les professions industrielles sont tout à fait individualisées. Plus de lien entre leurs membres, plus de rapports hiérarchiques; aucune mesure de prévoyance, si ce n'est ces deux articles de la loi de germinal an XI sur la police des manufactures :

Art. i \ . Nul individu employant des ouvriers ne pourra recevoir un apprenti sans congé d'acquit, sous peine de dommages-intérêts envers son mattre.

Art. 42. Nul ne pourra, sous les mêmes peines, recevoir un ouvrier s'il n'est porteur d'un livret perlant le certificat d'acquit de ses engagements, délivré par celui de chez qui il sort.

Ces articles ^i insuffisantsne sont pas même exécutés, faute de disposition coactive. Les ouvriers sont hostiles et les entrepreneurs indifférents à la mesure des livrets; de sorte que l'administration se trouve hors d'état de surveiller d'une manière efficace les mœurs et les mouvements des ouvriers. Le préfet de police a essayé de suppléer à l'insuffisance de la loi et de l'arrêté du Gouvernement du 9 frimaire an Xll, qui en régie l'exécu-

tion par une ordonnance du 1" avril 4834, portant injonction aux fonctionnaires dépendants de son administration de poursuivre devant le tribunal de police comme contrevenants les ouvriers qui négligeraient de se pourvoir d'un livret. Mais les tribunaux ont paralysé les effets de cette ordonnance, comme prescrivant des mesures coërcitives non autorisées par la loi. On a conçu un nouveau projet touchant le régime des livrets, analogue à ce qui se pratique en Allemagne, en Suisse, en Savoie, où le livret tient lieu de passe-port à l'ouvrier. Mais ce projet n'a pas eu de suite jusqu'à présent. La loi de Tan XI subsiste seule incomplète et impuissante à tel point, qu'à Paris vingt-cinq mille ouvriers à peine se pourvoyent annuellement de livrets.

Cette indépendance presque absolue de tout lien, de toute surveillance, altère insensiblement les mœurs de l'ouvrier honnête, et le conduit souvent par une pente plus ou moins rapide du désordre au vice et du vice au crime. Livré dès sa jeunesse, surtout dans les grandes villes, à des séductions presque irrésistibles, il ne trouve d'appui ni dans la famille, dont les liens sont tellement relâchés que le mariage est presque tombé en désuétude, ni dans un entrepreneur qui n'exerce sur lui aucun patronage, ni dans le sentiment religieux presque entièrement éteint. Que, cédant au besoin le plus impérieux de la nature, il s'unisse par un mariage précoce et imprévoyant ou qu'il vive dans le concubinage, il éprouve pour nourrir sa famille des difficultés telles qu'il succombe en quelque sorte à la tâche et cherche dans l'ivresse un moyen d'échapper au chagrin qui le mine. 11 dévore le pain de ses enfants dans les orgies

du cabaret ; il se dépouille de ses vêtements et les échange cantre des habits de rebut, véritable livrée de Tindigence ; il contracte des dettes qu'il ne peut payer; et c'est ainsi que, malgré des sentiments naturellement honnêtes, il roule quelquefois et entraîne toute sa famille au fond de Fabime.

Pour arrêter les progrès de cette démoralisation , il ne suffit pas d'employer des mesures de police qui sont généralement acceptées avec répugnance par les gouvernés, parce qu'elles trahissent la défiance des gou-* vernants. C'est ainsi, comme le remarque avec raison un économistes qu'on a déconsidéré le livret, qui en soi n'a rien d'offensant. Le livret est pour l'ouvrier ce. qu'est pour le soldat 1 état de services. Il constate les ateliers ob il a passé , les conventions particulières sous lesquelles il a travaillé. Le législateur ou l'administrateur, interprétant la loi, a permis qu on y inscrivit l'éloge ; il a interdit qu'on y notât un blâme quelconque. Le livret constate les comptes de l'ouvrier avec son chef: k ce titrç il le lie lorsqu'il a reçu des avances; mais, sous ce rapport, si les mœurs sont libérales, si l'opinion est prononcée contre l'oppression, le livret est avantageux à l'ouvrier, car il lui facilite des avances que dans la plupart des cas il n'aurait pas obtenues autrement. Le livret devrait donc être populaire, et il ne l'est pas ; les ouvriers y voient un stygmate de la police, ils cherchent k s'y soustraire, tandis qu'ils accepteraient avec joie le joug d'une discipline morale exercée par ces pouvoirs intérieurs qui, institués pour

1 M. Michel Chevalier, Organisation du Travail.

corriger lesmœur&par 1 honneur, achèvent ce que les autres ont commencé, et mettent Tordre dans les actions que ne peut atteindre la justice régulière : pou« voirs de correction et non de juridiction, comme le remarquent Loyseau^ et Bodin*, qui répugnent par leur essence à toute application de peines matérielles» et qui ne s'adressent jamais qu*k Thonneur, soit qu'ils se bornent à avertir, à réprimander, à censurer, soit qu'ils prononcent des interdictions temporaires ou perpétuelles.

On le voit donc, l'esprit d'association développé dans le^ masses peut aider jusqu'à un certain point à les contenir et & les moraliser. Des sociétés vouées à cette œuvre philanthropique se sont établies avec succès dans plusieurs grands centres d'industrie, tels que Mulhouse, Nantes, Saint-Ëtienne, etc. Il serait possible de combiner ces sociétés de patronage avec des associations d'ouvriers librement formées et syndiquées, et d'y trouver un moyen d'améliorer la condition des classes ouvrières. Ces associations journellement oc-^ eupées de questions d'alimentation, de logement, de vêtement, de la surveillance morale des spectacles, des eabarets et autres lieux publics, pourraient , en se mettant en rapport avec les chambres de, cortimerce, les chambres consultatives des manufactures, les conseils de prud'hommes, les conseils municipaux, propager les bons règlements dans les ateliers, développer dans les classes ouvrières des habitudes d*ordre et d'é-»

* Des Offices, liv. I, ch. ïiii, 11° 68.

* De la République^ liv. ïll, ch m.

eonomie, et obtenir de t'adminisimion et du Gouvernement les améliorations praticables.

Ne pourrait-on pas trouver aussi dans Tensemble de ce système^ et particulièrement dans les syndicats et dans les conseils de prud hommes, un moyen au moin^ indi-^ rect d atténuer les fluctuations qui élèvent et abaissent alternativement le salaire, et de maintenir la l'émnné-' ration du travail dans les limites propres à concilier tous les intérêts et à assurer à l'ouvrier une existence convenable?

L eiamen de cette question offre d'autant plus d'in-^ iérét, qu'on né saurait se dissimuler les progrès du mal dont se plaignent les classes ouvrières.

Assurément le salaire des ouvriers est plus considé-^ rable aujourd'hui qu'il ne Tétait avant 1789 ; on cal-^ cale communément qu'il s'est accru d'un tiers. Mais le prix des denrées alimentaires et des logements s est accru dans une proportion beaucoup plus forte S de

^ Sons Louis XTI, quelques années avant ta suppression des corporations, les ouvriers en bâtiment gagnaient à Paris de 24 à 50souspar jour, la moyenne était de 34 sous. Les cordonniers, les passementiers, lestaiUeurs, les chapeliers, les tanneurs, etc., recevaient à peu près le même salaire. Les ouvriers d^un ordre plus élevé, tels que les opticiens, les imprimeurs, les horlogers, les orfèvres, les bijoutiers, etc., gagnaient de 2 fr. à 6 fr. par jour ; ceux qui gagnaient tette dernière somme étaient peu nombreux : par conséquent la moyenne des salaires, dans cette catégorie d'ou- Triers, doit être évaluée à S fr.

A cette époque, les ouvriers en bàtiiîient gagnent de 2 & 3 fr. 50 c. par Jour; ceux qui gagnent d''avantage sont fort rares : ainsi la moyenne des salaires des ouvriers en bâtiment est de 2 fr. 75. Il en est de même pour les ouvriers cordonniers, tanneurs, ch«|-

telle sorte que louvrier trouve aujourd'hui pli» de difficulté à vivre qu'il n'ea avait autrefois. M. de

peUers, etc.; et rajouterai que les ouvriers orfèvres, bijootierSi borlogers en pendule, ne gagnent pas davantage. Les ouvriers en montres qui travaillent en boutique gagnent un peu plus ; mats ils sont, pour la plupart, considérés comme des commis de ma< gasin. Leur salaire est de 4 à 5 fr. par jour.

En comparant le salaire des ouvriers d'autrefois avec le salaire des ouvriers de notre époque, on peut remarquer quMl y a une différence d'un tiers en faveur de ces derniers ; mais si Ton compare le prii des denrées alimentaires de nos jours avec ceux de Fépoque de Louis XYI, on se convaincra facilement que les ouvriers, avant la révolution de 89, étaient plus benreoi, et en proportion mieui rétribués que les ouvriers d'aujourd'bui. Pour te prouver avec évidence, il suffit de faire la comparaison qae voici :

En 1780 on pouvait avoir un logement convenable à Paris poor 40 fr. par an ; le vin ordinaire en cave ne revenait pas h plus de 5 sous la bouteille ; la viande commune se vendait au morceau, suivant la grosseur; les viandes cboisies, telles que le veau, le filet et la tranche de bœuf, se vendaient à la livre, au prix de 6 à 7 sous ; un gigot de mouton ordinaire se vendait 24 sens. Le beurre en livre, et notez bien que cette livre pesait alors presque toujours cinq quarterons, se vendait de 6 à 7 sous pendant Tété, et de 8 à 4 sous pendant Tbiver. Deux poulets nouveaux valaient de 1 5 à 25 sous. On avait deux litrons de haricots, de lentilles ou de fèves de marais pour 6 liards ; les œufs valaient 4 sous le demi quarteron dans Tété et 7 sous dans Tbiver. On avait une corde de bois pour 20 fr. (la corde contient deux voies); le<^arbon ordinaire valait 3 fr. les 6 doubles décalitres ; enfin le pain de première qualité ne dépassait pas le prix de 12 sous les quatre livres, et le poids j était.

Ainsi, à Tépoque dont je parle, un ouvrier qui gagnait 34 sous par jour, pouvait facilement se loger, boire du vin, manger souvent de la viande, se chauffer et se vêtir. C'est un calcul qu'il est

Morogues» dans sa brochure sur la misère des ouvriers, évalue à 760 francs le salaire annuel d'une famille d'ouvriers de Lille, et à 859 francs \ 5 centimes la dépense de c^tte famille. Un manufacturier de Sainte- Marie-aux-Mines , M. Edmond Molher, publie des chiffres analogues^; le minimum de la dépense par

facile de faire. Aujourd'hui rouvrier qui gagne 3 fr. par Jour ne peut pas arriver au même résultat, car un logement des plus misérables est loué 100 Tr. par an. Le Tin (et quel Tin !) coûte 60 centimes la bouteille; la viande de mauvaise qualité Taut 65 centimes la livre; la tranche de bœuf, le gigot de mouton, le veau valent de 75 c. à 4 fr., et notez bien que les acheteurs sont enchantés quand les bouchers ne leur donnent qu'un quart d'os par chaque livre de viande : on a donné à cet impôt exorbitant le nom de réjouissance. Là volaUle,' les œufs, les fruits, les légumes, le bois et le charbon, ont suivi de nos jours la même progression ; ajoutons que le luie à Paris est aussi grand qu'il l'était à Rome et à Babylone au moment de leur décadence. {Enquête sociale, p. 464.) 1 Nourriture pour le mari et la femme, à raison de 3 fr. pour

chacun par semaine, soit pour l'année 312 fr.

Logement - . 100

Bois et luminaire. . > 60

Vin et tabac. 20

. Savon, abonnement à la caisse des secours et autres dépenses. • 33

Chaussure et dépenses imprévues 25

Total. . . . 550 fr.

ou 1 1 fr. par semaine.

Le mari peut gagner par semaine, ÎLraison de cinq

jours de travail à 4 fr. 80 c 9

La femme. 1

Total. ... 10 fr.

semaine est, d'après lui, de < \ francs, ^l le maximum du salaire < francs ••

D'ailleurs les vicissitudes de l'industrie sont devenues tellement usuelles, que le chômage se reproduit périodiquement tous les quatre ou cinq ans, et jette sur le pavé , sans ressources, des milliers de travailleurs qui n'ont qu'une profession factice, éphémère, avantageuse aujourd'hui et demain sans emploi.

L'intervention directe et officielle de l'autorité dam la réglementation des salaires, l'association /brc^^ du capital et du travail sont des moyens désavoués par la saine économie politique. Mai3 ne peut-on pas venir indirectement en aide à lisolement et à la faiblesse par des moyens de persuasion et de conciliation ?

L'institution des prud'hommes offre sous ce rapport des ressources trop négligées jusqu^à ce jour.

Les prud'hommes, dit M. MoUot* sont les juges de paix de l'industrie.

Leur science, c*est l'équité.

Leur objet capital, la conciliation.

Les statistiques judiciaires prouvent que sur cent difficultés les prud'hommes en éteignent quatre-vingtdix-sept par la conciliation .

Aussi cette juridiction , fondée par Tempereur pour compléter la loi de l'an XI sur la police des manufactures, s'est-elle rapidement propagée.

La loi du 4 8 mars 4806 n'avait été faite d*abord que pour la ville de Lyon ; toutefois elle généralisa les

* De l'Amélioration du sort des Travailleurs^ ^849. « De la Justice industrielle des Prud'hommes^ p. 11.

LÉGLISE ET L'ÉTAT, 157

dispositions en décidant, art. 33 et 34, que la mesure serait étendue à toutes les autres villes de fabrique, s&- Ion les besoins de la localité , quelle que fût la nature des industries. Les conseils de prud'hommes se sont mul* tipliés depuis lors ; près de cent places manufacturières en sont pourvues en ce moment.

Deux décrets impériaux» Tun du 1 1 juin 4809, ree^ Ufié le SO février suivant, Fautredu 3 août 4840, ont développé les principes de la loi de 4 806.

L'assemblée constituante, appelée par M. le ministre Flocon à l'examen d'un projet qui devait refondre de fond en comble l'institution des prud'hommes, d's^Mts les principe démocratiques y s'est bornée , par le dé^ cret du 27 mai 1848, à consacrer l'égalité numérique des patrons et des ouvriers dans les conseils de prud'hommes actuellemept existants, et à régler les condi* tiofis de l'électorat et de l'éligibilité. La question deâ attributions a été réservée. Le désir de les voir étendre a été manifesté dep«is lors à Toccasion de la proposi- ^ de quelques i^ései^tants de Lyon, en faveur de l'établissement de chambres industrielles.

On pourrait donc établir d'abord dans chaque industrie un eonseil de prud'hommes spéciaux, élu par tous tes intéressés, ^ formant un conseil de famille qui sentit apfelé à concilier tous les différents entre ouvriers et en^epatrons et ouvriers.

On ^blirait ensuite au chef-lim de chaque canton un eonseil représentant d'une manière générale t'agri^ culture et Tindustrie.

U ^rait coHiposé de sept membres : deux ouvrière ou valets de iearme^ deux chefs ouvriers ou fermiers, deux

négociants, marchands, fabricants ou propriétaires, et un ancien propriétaire , négociant ou chef ouvrier. Ce conseil s'assemblerait une fois au moins par semaine. On lui déférerait les différents entre ouvriers, entre patrons et ouvriers, que le conseil de famille, institué dans chaque corps d'état, n'aurait pas pu concilier. Il connaîtrait en dernier ressort jusqu'à concurrence de 4 00 fr. des contestations relatives k T interprétation des contrats d'apprentissage ou de compagnonnagei et en général de toutes celles qui naîtraient des travaux relatifs aux industries représentées par le conseil. Tout différent portant sur une somme supérieure serait déféré aux tribunaux de commerce ou autres tribunaux compétents.

Les conseils de prud'hommes resteraient en même temps investis des fonctions de police que leur attribuent la loi du \ 8 mars 4 806 et les décrets du 4 4 juin 4809 et du 3 août 484 0, au sujet de la coùtravention aux lois ou aux règlements, de la conservation de la propriété des dessins, et des règlements de compte entre négociants et chefs d*ateliers, etc.

Les fonctions administratives seraient conservées et même étendues. L'art. 39 de la loi de 4 806, qui oblige le conseil de prud'hommes de tenir un registre exact du nombre de métiers existants et du nombre d'ouyriers de tous genres employés dans la fabrique, cet article si important pour constater la prospérité ou la décroissance de l'industrie, ne resterait plus une lettre morte. Les prud'hommes ne s'ingéreraient plus dans la fixation des tarifs, qui resteraient subordonnés k la loi de l'offre et delà demande; mais ils interviendraient commeconcî*

lialeurs, comme arbitres volontaires dans tous les différents relatifs à la fixation des salaires, et ils en publieraient chaque semaine les mercuriales, afin de prévenir les surprises et les exactions.

Ainsi, dans la fixation des tarifs^ la liberté du patron resterait entière; mais l'ouvrier trouverait dans les prud'hommes/sinon des juges, au moins des organes et des conciliateurs; et Ton verrait alors les intérêts s'équilibrer en quelque sorte d'eux-mêmes, et les salaires s'élever à un taux juste et satisfaisant. L'usage, déjà assez répandu, d'intéresser les commis aux bénéfices, se propagerait; l'intéressant exemple fourni par l'industrie agricole dans les fruitiers de la Suisse et de la Franche-Comté s'étendrait de soi-même à l'industrie manufacturière ; les intérêts deviendraient de plus en plus solidaires ; les esprits et les moeurs se rapprocheraient, et, au lieu de cet antagonisme sauvage qui nous menace incessamment d'une guerre sociale, nous verrions se développer, sous l'empire d'un principe d'associaliott entouré d'une grande liberté de formes et de solides garantiesi le bien-être, l'ordre et la paix.

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