‹ La commune l'église et l'état dans leurs rapports avec les classes laborieusesChapitre 21 sur 49 · U8 LA COMMUNE · texte numérisé non relu

U8 LA COMMUNE

le monde moderne doit aujourd'hui les progrès commerciaux de TAûgleterre, de la Belgique, de la Hollande, et bientôt, il faut l'espérer, de la France. Tout ce qui se fait de grand en Europe et dans les États- Unis d'Amérique est l'ceuTre du même esprit ; vouloir le paralyser, ce serait s'attaquer au germe de toute civilisation.

Agricoles ou industrielles, les associations locales pourraient devenir le centre d'institutions de crédit garanties par la connaissance que des compatriotes et des ^voisins acquièrent toujours aisément de leurs affaires respectives, malgré le secret des hypothèques légales et des privilèges fonciers. Le crédit ne prospère que dans les pays où fleurissent les libertés locales. Voyez l'Allemagne, l'Ecosse, l'Amérique : chaque districl, chaque village y a, à côté de son église et de son école, une petite banque où l'agriculteur et Tourner trouvent à emprunter sous la garantie non-seulement de leurs terres, de leurs outils, mais sous la garantie tout aussi réelle, quoique impalpable, de leur habileté, de leur moralité, de leur réputation ; ce sont là les véritables banques populaires; il ne peut pas y en avoir d'autres. L'affranchissement des communes aiderait à les multiplier.

On pourrait établir dans chaque chef-lieu de canton une banque k-la-fois agricole et industrielle qui serait commanditée, désignée et contrôlée par les hommes considérables de la localité. Le fonds social se composerait des souscriptions des habitants, serait leur propriété exclusive et devrait être par conséquent affecté à leurs propres besoins. Ces banques pourraient se lier

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entre elles et se cautionner réciproquement. Loin de se faire concurrence, elles seraient naturellement disposées à s'entre-aider. Elles pourraient d'ailleurs recevoir une impulsion uniforme de la société mère qui siégerait à Paris, et qui se renfermerait dans une mission purement organisatrice, ne faisant pas d'opéra-* lions pour son propre compte, et se bornant h surveiller et h garantir contre les chances de perte les bancpies locales en retour d'nne faible part dans leurs bénéfices annuels. Ces banques, administrées et patronéespar les notabilités locales, astreintes k publier périodiquement leur situation, subissant la double sur« veillance de leur conseil particulier et de la société, n'auraient besoin pour prospérer ni de privilège, ni de papier-monnaie. Les placements seraient solides, parce qu'ils seraient surveillés de près par clés hommes que leur position mettrait à même de suivre la marche de chaque jour, de pénétra: dans les détails intimes, de veiller ^ ce qu aucun abus ne s'introduisît dans l'administration. L'ensemble des associations cantonales formerait une vaste et puissante association, basée sur le principe hiérarchique, qui en relierait tous les éléments et en formerait un tout compacte et indissoluble ^

Chacun des comptoirs dépendants de celte associer lion constituerait un Mont-de-Piété oh l'agriculteur et l'ouvrier trouveraient de l'argent à un intérêt raisonnable. Peu d'institutions, on l'a déjà dit, se sont écartées autaut que celles des Monls-de-Piété des vues primitives de leurs fondateurs. Us consacrent l'usure

* L'organisation du comptoir V Unité repose sur ceç principes.

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au lieu de la réprimer ; ils démoralisent la classe ouvrière et la ruinent partie au profit des hospices ou des indigents, partie au profit d'un état-major d'employés qu'on avainement cherché jusqu'à ce jour à réformer *. Tels sont les effets les plus directs d'une institution fondée par de saints pontifes pour garantir les peuples contre le fléau de l'agiotage. Que si, dans quelques villes, les Monts-de-Piété ont retenu ou recouvré quelque chose de leur véritable caractère, on le doit à des associations locales de bienfaisance. C'est ainsi qu'en l'année 1684 fut fondé à Montpellier, par une réunion de personnes charitables et sous les auspices de l'évêque, un Mont-de-Piété qui subsiste encore, et dont les prêts, entièrement gratuits, sont pour le peuple de cette ville un trésor inestimable. Une autre ville du Midi, Toulouse, a créé en 1 827 une institution de même nature. Le rétablisi^ement des libertés communales multiplierait de pareils exemples ; chaque commune se ferait un devoir de renoncer aux bénéfices que les Monts-de-Piété actuels prélèvent sur le salaire du pauvre ; elle fournirait de plus, outre le local et les employés, dont la plupart seraient gratuits, une allocation mensuelle qui ne serait pas une nouvelle charge pour elle, car la subvention aux hospices, aux bureaux de bienfaisance, serait moins forte en compensation. Le minimum des prêts serait abaissé en même temps que le taux de l'intérêt; les caisses d'à-compte se multiplieraient ; la rigueur des ventes à l'expiration des dé-

1 Voy, le projet de décret présenté à l'Assemblée constituante cl les observations qu^il a provoquée».

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lais fixés serait adoucie, et les Monts-de-Piété redeviendraient par degrés dignes de cette noble appellation de bienfaisance qu'ils méritaient, comme le remarque M. de Yatteville, lorsque» fondés par une ardente charité, ils prêtaient gratuitement aux pauvres les trésors pieux recueillis par la voix d'un Barnabe de Terni, d*un Charles Borromée, venus en quelque sorte pour accomplir cette promesse touchante du roi-prophète : Il sera miséricordieux au pauvre et à V indigent, et il le délivrera de Vusure et de V injustice.

Le papier-monnaie dévora» il y a environ ^0 ans, les ressources des Monls-de-Piété. Les Monts-de-Piété rendus à leur destination première et érigés en banques locales y commanditées par une société mère avec ou sans privilège de TÉtat, tueront à leur tour le papiermonnaie, et aideront plus puissamment au soulagement des classes ouvrières que le rêve de la circulation de douze milliards de lettres de gage.

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