‹ La commune l'église et l'état dans leurs rapports avec les classes laborieusesChapitre 23 sur 49 · LA C01U«}N · texte numérisé non relu

LA C01U«}N

tore et du eommeree^ les eonseils et les» commissions de swlobrité et d'hygiène publiques créées dans chaque département par Tarrété ministériel du 48 décembre 1848 peuvent déjà imprimer aux conseils municipaux un élan que secondersûent les aiseciations privées de bienfaisance débarrassées des entraves qui s^oppa- «ent à leur action. Les municipalités, mises en possession de franchises et de ressources plus étendues que odles dont elles JMysient, aissi^iniraient les quartiers par deft pereements d^ rue& et par des subven tiens aooordéea an oenstruoteurs de maisons spéciatemmit destinées à des logements d*»n prix peu élevé. Elles eneouittgeNiient les assoetations eharitables qm se formeraient pour faciliter la construction, la location ^ et même Tachât de ces maisons par les ouvriers.

Une société de ce genre, h SociAé ie» cités eutrièrêSy s'est déjà formée à Paris sous le patronage du Président de la République, au capital de six millions de fnincs. « Son but est de procurer aux locataires de ces cités des logements sains, Mon aérés et surtout à des prix a^-dessous de ceux qu'ils payent pour une m^ chambre dans des maisons insalubres; les logements se composeront d'une petite cuisine et de deux chambres à coucher, et aussi d'une seule chambre, et a<»'ont chauffés au moyen de calorifèrçis qui, en été, serviront de ventilateurs. Le$ bà^menls seront élevés de trois étages, et sépitrés les uns des autres par des

\ La Conférence de Saiot-Yincent-de-Paul a créé Uae i^sse d%oiicu(ai« pour W% laf«r» de» famiMes ouvrières Jncftgeiilf».

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coBi^ et des jardias; les rez^de-cbaiiBsées seront dis^ posés en magasins» boutiques ei atelieiv. Chaque hkti!^ ment contiendra 40 à 50 familles ; un lavoir^ unéta-» blissement de bains et une salie d'asile pour r^^toir ks enfants pendant que les mères se rendront h leur» travaux, seront établis dans chaque cité. Il y aura deà chambres meublées dans les prix de 6, 8 et 4 fr. par mois» pour les ouvriers et ouvri^es qui n'am^aieni pas le moyen d'acheter un mobilier ; une partie du prix sera affectée à la location de la chambre» et Vmir% au remboursement des meubles, qui appartiendront aux locataires après parfait paiement. Une grande salle sera destinée à un cbauffoir public ; elle pourra aussi deve« nir le lieu de réunion des ouvriers de Tarrondissement qui voudront se faire embaucher. Les patrons trouVe^ ront Ik des hommes de tous les corps d état. Ces ob<* vriers se feront inscrire chez Tinspecteur de ia cité> qui vérifiera leur livret ; ce qui deviendra une indieâlioQ certaine pour les patrons qui auraient besoin de tra* vailleurs. »

Ce plan est déjà en exécution, et la Construction de la cité ouvrière du 3""^ arrondissement » située tues Pétrelle et Rochechouart^ se poursuit activement. Déjà les bâtiments ont atteint lequatrième étage, et prochai* nement ils seront couverts. Les di^sitionft de ces trà^ vaux, dirigés par M* Vigny, sont très^^heureuses. En laissant beaucoup d'air dans les cours, on a su leur conserver la verdure des jardins qui avoisinent la cité^ > De vastes escaliers conduisent, à chaque étage, à de grands couloirs bien éclairés, sur lesquels débouchent les logements; on peut ainsi circuler facilement

dans tous les bâtiments. L'aspect extérieur de la cité, quoique sans luxe, ne manque pas d'une certaine élégance ^

Il n'y a dans cette cité-modèle quune chose à reprendre peut-être, c'est qu'elle ne respecte pas assez rindividualité des ménages, et court le risque de porter atteinte k cette vie de famille qui est la sauvegarde des mœurs de la classe ouvrière. Que les fourriéristes n'ayant que faire, disent-ils ', de quatre cents cuisines, quatre cents étables, quatre cents caves, quatre cents greniers, et de cette multiplicité de magasins» de boutiques et de mesquines constructions incohérentes que chaque famille répète suivant ses moyens, aient eu la singulière pensée xle confondre cent familles dans le péle-méle du phalanstère, on ne doit pas «'en étonner. Mais on procède autrement en Belgique,où les cités ouvrières commencent à se propager. Les habitations réparties dans les différents quartiers de la ville, afin d'éviter leur trop grande agglomération sur un même point, sont disposées en général de manière à servir un seul ménage. On s'attache à donner à chacune d'elles un caractère d'individualité qui la rende plus attrayante. Les maisons sont de trois classes : la première, qui est celle des plus petites habitations, est destinée aux ouvriers ordinaires; la deuxième, qui est celle des habitations moyennes, est destinée aux employés inférieurs et aux ouvriers de première classe ; la troisième, qui est celle des plus grandes habitations, est destinée aux em-

« Moniteur da Î4 septembre 4849.

* Destinée sociale^ par Vîcior Considérant, t. I, p. 482.

ployés et chefs d'ateliers distingués. Le locataire peut devenir propriétaire de la maison qu'il occupe, mais seulement après dix ans d'habitation, k moins que le conseil d'administration n'abrège ce délai. La société reçoit, même par petites sommes, les économies de ses locataires; ces sommes, avec les. intérêts quelles ont produits, sont affectées exclusivement au paiement du prix d'acquisition.

C*est ainsi que l'esprit chrétien et municipal, tout en venant en aide aux classes laborieuses, ménage sagement les inégalités sociales et les mœurs domestiques^ et excite l'amour de la propriété dans les classes ouvrières.

Le socialisme procède autrement. Communiste ou phalanstérien, il méconnaît les lois naturelles, ici avec Owen et Cabet en réunissant dans un même édifice deux ou trois mille ouvriers tisserands, tissant tous du matin au soir, mangeant à la même table la même nourriture, mettant en commun tous leurs biens et tous leurs efforts, et n'ayant droit qu'à des parts égales ; là avec Fourrier et Considérant en substituant à la commune telle qu'elle existe aujourd'hui, telle qu'elle est sortie des entrailles de la France par le travail des siècles, je ne sais quelle utopie chimérique de commune sociétaire, agrégation bizarre de^ caprices et d'appétits qui ne s uniraient un jour dans le phalanstère que pour se livrer une guerre à mort.

Les cités ouvrières ne prospéreront qu'à la condition de s'éloigner tout à fait des utopies socialistes et de rentrer dans le plan d'organisation chrétienne que la Belgique a adopté. Évitons d'agglomérer les ouvriers

de manière k en faire un danger pour h iiranquilliié publique, et à convertir les cités ouvrières, par la réunion des hommes, en foyers de sédition, et, par la confusion des sexeâ> en foyers d'immoralité.Que les familles puissent s'entr aider, mais qu elles ne soient pas oon^ fondues.

Il ne faut même pas que les maisons particuli^^ puissent être impunément fouillées sous prétexte de salubrité. En cette matière si délicate, il faut procéder par la voie de la persuasion plutôt que par celle de la contrainte. Le vrai moyen d'obtenir justice des spéeu^ lations immorales de ces propriétaires qui calculent ce que doit leur produire chaque cube d'air respirable dont ils privent leurs pauvres locataires , c'est la multiplication des commissions locales chargées de pour* voir aux mesures d'assainissement même dans les maisons particulières. L'ascendant qu'elles ont exercé partout où le choléra morbus a étendu ses ravages prouve quel parti l'on peut tirer du sage emploi de cette autorité morale, apanage précieux des pouvoirs moni*^ cipaux« Une inquisition poussée trop loin et teuidant à déterminer d'une manière inflexible et uniforme les dispositions intérieures des [maisons particulières atten-* terait peut-être à la liberté du domicile et au droit de propriété.

Un honorable représentant^ M. de Melun (du Nord), a dépassé peut-être le but en proposant d'autoriser les administrations municipales nou'seulement à prescrire les mesures nécessaires à la salubrité des hc^itations et à interdire la location des maisons ou logements dont l'assainissement serait impossible, mais encore

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à exproprier pour cause d'utilité publique les maisons dont l 'insalubrité serait due à une cause extérieure.

Le droit de propriété, si sacré qu'il soit^ doit céder il est vrai à Tutililé publique moyennant une juste et préalable indemnité. C'est un principe écrit dans les lois romaines, reconnu, quoiqu'en Tabsence d'un texte précis de loi, par lancienne jurisprudence française, et consacré par le Code civil et par nos institutions politiques. La salubrité publique est la première des nécessités sociales. De même qu'on a pu, dans l'intérêt de la sûreté des habitants des maisons, régler par un arrêté de police la hauteur des façades des bâtiments dans la ville de Paris, non-seulement sur la voie publique, mais même pour les parties intérieures de ces maisons ; de même on pourrait, dans l'intérêt de la santé des citoyens, fixer un minimum de surface, de hauteur et de largeur, des appartements, des cours, des allées ; prescrire le nombre et, les dimensions des fenêtres; soumettre les égouts, fosses d'aisance, etc. , à des prescriptions sévères; exempter d'impôts les constructions destinées aux logements d'ouvriers et favoriser les concessions des terrains destinés à recevoir des constructions. On pourrait même aller jusqu'à autoriser l'inspection des maisons particulières afin de vérifier les conditions de salubrité; mais démolir les construc* tiens déjà existantes I mais chasser malgré eux les ouvriers de leurs habitations, pour les obliger d'aller en chercher à un prix supérieur peut-être dans des quartiers moins favorables à l'exercice de leur industriel Dans ces propositions inspirées par des sentiments

louables, peut être y a-t-il un souvenir trop palpitant des caves de Lille. Du point dé vue financier comme du point de vue moral, n'exagérons pas la réaction si nous voulons la rendre efficace.

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